M. Braoetièri édition des Sermonê, p. t
tuelle, avec une sorte d'admiration involontaire1. Il veut parler, dit-il, en théologien, mais il se trouve qu'il a parlé là presque en philosophe. Dans l'oraison funèbre, la raison humaine ne sera point glorifiée, et l'homme ne sera relevé que par le secours de la grâce. C'est que le sermon a un caractère de généralité et de sérénité qui permettent à l'orateur de « réduire toutes ses pensées à un juste tempérament »; dans l'oraison funèbre, l'exemple d'où sort le discours est trop émouvant pour ne pas appeler une opposition plus marquée, une leçon plus directe et plus impitoyable.
Cette comparaison suffirait à donner une idée précise de ce que doit être en substance l'oraison de Madame. La composition, fortement mais non pas artificiellement antithétique, a cette simplicité caractéristique des belles œuvres où la nature et l'art s'associent et se complètent Tune par l'autre.
Il ne faut pas permettre à l'homme de se mépriser tout entier, de peur que, croyant avec les impies que notre vie n'est qu'un jeu où règne le hasard, il ne marche sans règle et sans conduite au gré de ses aveugles désirs. C'est pour cela que l'Ecck;siaste, après avoir commencé son divin ouvrage par les paroles que j'ai récitées, après en avoir rempli toutes les pages du mépris des choses humaines, veut enfin montrer à l'homme quelque chose de plus solide, et conclut tout son discours, en lui disant : « Crains Dieu, et garde ses commandements : car c'est là tout l'homme : et sache que le Seigneur examinera dans son jugement tout ce que nous aurons fait de bien et de mal. » Ainsi tout est vain en l'homme, si nous regardons ce qu'il donne au monde, mais au contraire tout est important si nous considérons ce qu'il doit à Dieu. Encore une fois tout est vain en l'homme, si nous regardons le cours de sa vie mortelle, mais tout est précieux, tout est important, si nous contemplons le terme ou elle aboutit, et te compte qu'il en faut rendre. Méditons donc aujourd'hui, à la vue de cet autel et de ce tombeau, la première et la dernière parole de l'Ecclésiaste, l'une qui montre le néant de l'homme, l'autre qui établit sa grandeur. Que ce tombeau nous convainque de ce néant, pourvu que cet autel, où l'on offre tous les jours pour nous une victime d'un si grand'prix.nous apprenne en même temps notre dignité. La princesse que nous pleurons sera un témoin fidèle de l'un et de l'autre. Voyons ce qu'une mort soudaine lui a ravi, voyons ce qu'une sainte mort lui a donné.
Cette division si lucide, que Bossuet nous présente sous plusieurs formes successives, comme pour l'enfoncer dans les esprits les plus inattentifs, explique d'avance pourquoi il croira devoir faire un double récit de la mort de Madame. Dans la première partie, en effet, destinée à mettre en lumière la vanité des grandeurs humaines, Bossuet rappelle l'illustre nais-