‹ Cours de littérature (volume 3)Chapitre 71 sur 228 · Lettre do 16 jaiUet 1 " 3 '■■ Port-Royal, IV · texte numérisé non relu

Lettre do 16 jaiUet 1 " 3 '■■ Port-Royal, IV

Dote de la satire IX. Bojleau «lit qoe Feuillet, fumeux prédi est fort

Dieu, que je ne vous ai poinl connu, » dit-elle avec un grand sentiment de douleur. Cela me donna bonne espérance. Je lui dis : Eh bien, Madame, voua vous êtes confessée? — Oui, rru> répondit-elle. — Je ne doute point. lui dis-je alors, que vous ne vous soyez confessée d'avoir violé tant de I vœux de votre baptême par l'amour que vous avez eu pour la grandeur, ayant vécu parmi les délices et les plaisirs, les jeux et les divertissements, dan- le luxe, les pompes et les vanités du siècle, et ayant eu le cœur toujours plein de l'amour du monde... Vous n'avez jamais su la religion chrétienne. — 0 mon Dieu! que ferai-je donc? Je le vois bien, mes confessions et mes communions n'ont rien valu. — 11 est vrai, Madame, votre vie n'a été que péché ; il faut employer le peu de temps qui vous reste à faire pénitence... Humiliez-vous, Madame; voilà toute cette trompeuse grandeur anéantie sous la pesante main de Dieu. Vous n'êtes qu'une misérable pécheresse, qu'un vaisseau de terre qui va tomber et qui se cassera en pièces, et de toute cette grandeur il n'en restera aucune trace. — Il est vrai, ô mon Dieu! » s'écriat-elle.

Tout change dès que Bossuet arrive, et Feuillet semble prendre soin lui-même de le marquer : « Elle fut aussi aise de le voir comme il fut affligé de la trouver aux abois. 11 se prosterna contre terre, et fît une prière qui me charma : il entremêlait des actes de foi, de confiance et d'amour1. » Daniel de Cosnac, aumônier de Monsieur, est plus explicite, bien qu'il n'écrive que par ouï-dire :

M. l'évêque de Condom, que Monsieur avait mandé, étant venu, elle commanda qu'on le fît approcher ; elle témoigna satisfaction de le voir. // lai dit en l'abordant : « Madame, l'espérance ! » Elle se tourna de son coté et lui répondit : « Je l'ai tout entière, je suis résolue à la mort, je suis soumise a Dieu, je veux ce qu'il veut, j'espère en sa miséricorde. » Ce prélat, autant ravi de la pureté de ses sentiments qu'étonné d'un si triste spectacle, se prosterna en terre avec toute l'assistance, et, ayant invité Madame a s'unira son intention, il fit une prière à Dieu pour demander la rémission des péchés par le sang de Jésus-Christ crucifié, représentant à cette princesse que si Dieu nous traitait selon la rigueur de sa justice, nous ne devions attendre que l'enfer et la damnation éternelle; mais qu'elle ne devait espérer que miséricorde et que grâce. pourvu qu'elle mit toute sa confiance au mérite et à la bonté d'un tel Sauveur. Elle dit : « Mon cœur vous répond. — Vous voyez, lui dit-il, Madame, ce que c'est que le monde; vous le voyez par vous-même ; n'ètes-vous pas bien heureuse que Dieu vous appelle à son éternité? » Elle témoigna par une action bien marquée qu'elle ressentait ce bonheur.

On ne sait qui Ton doit ici le plus admirer, de Madame qui, mourante, garde ce même sourire et cette même douceur dont

1. Prière de Bossuet. prosterné à «enoux au lit de mort de Madame, épanchement naturel et prompt do ce prand cœur attendri, vous fûtes le trésor secret ou il puisa ensuite les grandeurs touchantes de son oraison funèbre. » (Sainte-Beuve, Causeries du lundi, VI.)

elle a ia.il ordinairement ses paroles, ou de Bossuet,

qui sail te m père i l'autorité du prêtre par l'émotion contenue bonté délicate de l'homme, de l'ami.

|{iissiu>t à Salai - I><»nis. — Comparaison «1rs maisons fa. iD'Iircs «1rs ilonv Ilcnrio'le. — ('aractrrr p:t rtirniirr >l<-

l't»i-aison «lr il «' ■■ i-ï «"tic A*Aa$taterre : le ■ moi »: l'élégie*

uni enanl . au lendemain de cette catastrophe encore présente aux esprits, celui qui a vu Madame si de - la morl parlant de Madame dans Saint-Denis

entièrement tendu de noir » de sorte qu'il ne resiait aucun ..tut des prélats nombreux, des princes comme <'.ondé, Conli, M1J de Longue ville; des étrangers : Montaigu el Buckini-'hriTi leurs d'Angleterre, Hamilton, Jean-Casimir, qui

.; onne de Pologne contre le titre d'abbé de Saint- Aucune pompe funèbre, dit la Gazette, ne faite jusqu'à présent avec la magnificence qui a paru eu -ci, et l'on peut rnème douter si ce que l'histoire nous dit nciens mausolées pourrait égaler la beauté et la majesté de celui qui vient d'être admiré en cette triste cérémonie. » Et lécrit ces squelettes de sept pieds de haut, ailés et leui linceul, qui soutiennent à l'extérieur les armes de la princesse, à l'intérieur les tentures funèbres ; ces quarante flambeaux de cire blanche de quatre pieds dr haut, et ces trois cents chandeliers; ces autels à L'antique, ornés de grandes urnes où fument les parfums; cesfigui représentant à une

face la Noblesse, la Jeunesse, tenant une guirlande de fleurs rompue , la Poés la Musique, a ces dernières représen-

tant l'inclination que cette princesse avait pour l'une et pour l'autre i : a l'autre face 1 I . l'Espérance, la Force et la Douceur, " cette dernière tenant un rameau d'olives avec une ruche de mouches à miel à ses pieds . Ce n'est pas d'un tel décor ni d'une telle assistance qu< B - tel pouvait être ému; mais au • cercueil que recouvraient un drap d'or bordé d'hermine el le manteau ducal, Madame reposait, telle que la mort l'avait faite, et il se souvenait de cette mort terrifiante et

i . Voir 1 '

louchante à la fois, et aussi de cette oraison funèbre de la mère qui avait précédé de si peu celle de la fille; et il s'écriait, dressant à Condé, qui devait survivre dix-sept ans à Henriette :

Monseigneur,

J'étais donc encore destiné à rendre ce devoir funèbre à très haute puissante princesse Henriette-Anne d'Angleterre, duchesse d'Orléans. Elle que j'avais vue si attentive pendant que je rendais le même devoir à la reine sa mère, devait être sitôt après le sujet d'un discours semblable, et ma triste voix était réservée à ce déplorable ministère.

Autrement paisible dans sa généralité était l'exorde majestueux et lent de l'Oraison funèbre de Henriette de France : « Celui qui règne dans les deux... » Plus tard, en adressant à l'abbé de Rancé, le 30 octobre 1680, les oraisons funèbres delà mère et de la fille, Bossuet écrivait : « Je vous envoie deux oraisons funèbres qui, parce qu'elles font voir le néant du monde, peuvent avoir place parmi les livres d'un solitaire : en tout cas, on peut les regarder comme deux tètes de mort assez touchantes. » Très touchantes, sans doute, mais diversement : L'oraison de Henriette de France est celle d'une reine malheureuse, dont Bossuet considère la destinée comme une leçon pour tous les rois: l'oraison de Henriette d'Angleterre est celle d'une femme plus encore que d'une princesse, et la mort prématurée de cette femme est un grave sujet de méditation pour tous les hommes. La même idée, certes, celle de la Providence, maîtresse absolue de la vie et de la grandeur humaine, domine les deux discours; mais l'oraison de la vieille reine n'est pas autre chose que l'ample et calme développement de cette idée, et s'il s'y mêle quelque tristesse, c'est une tristesse sereine; l'oraison de la jeune duchesse généralise la leçon en l'étendant à tous ceux qui naissent et qui meurent, et pourtant donne à l'exemple qui précise la leçon un charme plus particulier et plus personnel. Et l'exemple touche ceux mêmes que la leçon ne convainc pas, car Bossuet, loin d'atténuer ici sa théorie de l'action providentielle, l'expose et l'applique de façon à étonner le lecteur moderne, si la figure aussitôt évoquée de Henriette ne faisait oublier ce qu'il peut y avoir de trop absolu dans l'expression tout au moins de la théorie. Bossuet ne craint pas de dire non seulement que Madame a été choisie, sacrifiée par Dieu, pour instruire les hommes, mais que pour l'instruire et le sauver à son tour, « il a fallu renverser tout un grand royaume ». — « Si les lois de l'État s'opposent à son salut éler-

nel, Dieu . loul l'Étal pour l'affranchir de ces lois. Il

nt à dire que Dieu a déilion d'Angleterre pour sauver l'âme de Madame. M s i prédestination et de la grâce •>, il

•i au premier plan; le dogme tbéologique s'efface bientôt devant les grands lieux communs de morale humaine, et la mort Fient tout oU'usquer de son ombre, même cette révolution donl la princesse a été victime et donl Bossuet avait le tableau en ti .ii t > -i larges et si hardis dans l'oraison de 1669. Ce serait loi faire injure que de croire qu'il avait sujet en un premier effort, et qu'il craignait de se répéter. Les choses qu'il jugeait nécessaires de redire, il les redisait. D/Ormesson déclarait ce sujet << stérile »,sans doute parcequ'on n'y pouvait plus refaire les portraits de Charles 1er et de Cromwell. 11 est certain qu'il n'était pas aussi essentiellement iqiu que le précédent : les conflits politiques et religieux n'en sont pa- absents, mais n'y sont pas l'essentiel. Ces terrirénements qui ont pesé sur la vie entière de la mère n'ont jeté qu'une ombre sur le berceau de la Qlle. Ce qui est terrible dans la destinée de Madame, ce ne sont pas ses humiliations passées, c'est sa mort récente et foudroyante, à vingtsix ans. A la différence des situations correspondra donc une différence profonde dans le ton. Le « moi >•. dont les hommes du xvnc siècle usent si discrètement, ce « moi » que Pascal jugeait haïssable, ici il se fait aimer, si bien, comme l'a remarmond, qu'on passe aisément de l'admiration du discours à celle de la personne de l'orateur1. Il semblerait déplacé, au contraire, que des émotions si personnelles et si directement n ;it traduites dan- un style imper-

sonnel, que le devoir du prêtre effarât les souvenirs de l'homme, et que l'oraison funèbre ne se transformât pas à certains moments en élégie. C'est un témoin qui parle, et un témoin qui fut un ami.

Que dirai-je 'le *a libéralité? Kilo donnait non seulement avec joie, mais

.ne hauteur d'àme qui marquait t->ut ensemble et ie mépris du don et

Tantôt i»ar - I même par

elle relevai arl de donner agréablement,

qu'elle avait si bi'-n pratiqué durant sa v. . jusqu'entre

i mort...

Comme M. <)■• Condom lui pariait, ca première Femme 'le chambr; d'elle pour lui donner quelque chose dont elle avait bc-oin; elle lui « i à t ea

Elle a aimé en m ou ran! le Sauveur Jésus, les bras lui ont manqué plutôt que l'ardeur d'embrasser la croix; j'ai vu sa main défaillante chercher i en tombant de nouvelles forces pour appliquer sur ses lèvres ce bienheureux signé de notre rédemption : n'est-ce pas mourir entre les bras et dans le baise? du Seigneur?

M. Brunetière a dit de celte oraison que c'était le modèle de la Méditation, parce que Bossuet s'y laisse voir lui-même à nous, comme Lamartine dans son Crucifix ou dans son Désespoir1, Il y a du lyrisme dans cette éloquence : qu'on se rappelle la belle et large comparaison des eaux courantes, déjà esquissée dans l'oraison funèbre de Henri de Gornay, tant de mouvements spontanés, d'apostrophes, d'où l'art du rhéteur est absent, de cris qui semblent s'échapper d'une àme encore frémissante. Mais ce. qui nous pénètre, c'est la mélancolie dont l'orateur, le poète, est pénétré lui-même, et, dans l'expression de cette mélancolie, la simplicité la plus absolue : « Madame a passé du matin au soir, ainsi que l'herbe des champs. Le matin, elle fleurissait; avec quelles grâces, vous le savez; le soir, nous la vîmes séchée. » Pour être éloquent avec simplicité, Bossuet n'a qu'à laisser parler son cœur, et à se souvenir de l'Ecriture dont il s'est longtemps nourri : le langage biblique est l'expression naturelle de sentiments simples et forts, et, bien que Bossuet cite encore le plus « grave » des historiens latins, Tacite, les souvenirs profanes sont ici plus rares que dans l'oraison funèbre de Henriette de France : tout coule de source, et d'une source profonde.

La composition dans l'oraison funèbre tle Henriette d'Angleterre et le « Sermon sur la mort »•

Mais trop parler d'élégie à propos d'un discours dont la mort tragique de Madame fait le fond, ce serait risquer de laisser une idée peu exacte d'un génie oratoire si viril. Oui, ce discours est touchant, parce qu'on sent que l'orateur est touché ; mais l'ensemble n'en est pas moins puissant. C'est une méditation

anglais, afin que M. de Condom ne l'entendit pas, conservant jusqu'à la mort la politesse de son esprit : < Donnez à M. de Condom, lorsque je serai morte, l'emeraude que j'avais fait l'aire pour lui. • (M"« de la Fayette.) 1. Conférence faite à Dijon le 15 avril 1894.

l" I OURS DE LITTÉRATURE

sur la mort de Madame, mais aussi el plus i ncore une méditation sur la mort en général. Quelle leçon sortait pour tous, nlièrement pour cel auditoire de princes et de rourtislrophe,que Bossuet n';i garde : contraire, à chaque tournant de son : ramène dos esprits el nos yeux, avec la complaitriste du moraliste chrétien! uuelle occasion unique s'offrait défaire vivre ce texte si bien choisi, qui, en d'autres circonstances el dans la bouche •l'un autre orateur, aurait pu sembler banal, mais qui devient i< i singulièrement expressif : n Vanité des vanités, et tout est vanité '

Plusieurs années auparavant 1662 , Bossuet avait prononcé rmon mr la Mort, admirable et dont on a pu dire pourtant qu'il était •• une ébauche toute tracée d'avance » de l'oraison !'!ame, comme les sermons sur la Providence et sur V Ambition sonl les ébauches des oraisons de Henriette de France el d- I Le sermon semble écrit un peu vite, et la fin en

»--t brusque : l'art est pins achevé dans l'oraison funèbro, où le développement est sobre jusqu'en sa magnificence, et qui réalise avec plus de sûreté de -.'oùt l'harmonieux équilibre des parties dans l'ensemble. Les citations de David celle d'où sort le développement si rigoureux et si émouvant à la fois sur l'accident et la substance, et de Tertullien sont les mêmes, mais transformées par la manière dont le génie même de Bossuet les applique à un sujet et à un genre ditFérents. Pour le fond, la division même et le plan, il n'y a pas, il ne pouvait pris y avoir du différence, puisque dans les deux discours Bossuet doit partir de la même vérité et aboutir à la même leçon.

O mort, aooa te rendo nie tu répands sur notre Igno-

rance : toi seule nom convaincs de notre i seule nous fais connaî-

tre notr<- dignité; si l'homme s'estime trop, tu sais déprimer son orgueil; si l'homme se méprise Irop, tu - son courage; »-t. pour réduire tontes

tempérament, tn lui apprends ces deux vérités, qui lui ouvrent les jreui pour se bien connaître : qu'il est infiniment méprisable, en tant qu'il passe, et infiniment estimable, '.'ii tant qu'il aboutit à l'éternité.

Mai! ad point, l'homme infiniment estimable, si on le

considère du côté du ciel, n'est pas traité dans le même esprit

par le sermonnaire : à la misère de l'homme •< en tant qu'il

et opposait alors sa grandeur, même intellec-

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