‹ Cours de littérature (volume 3)Chapitre 74 sur 228 · I . un nouvel ordi- ses s sente à moi · texte numérisé non relu

I . un nouvel ordi- ses s sente à moi

de la mort se dissipent, Madame o'esl plus dan- le tombeau : la moit. qui semblait tout détruire, a tout établi. Et cette transition, qui sort du cœur même du sujet, est comme le sur lequel tourne le discour-. Boss i mainte-

nant, dans la seconde partie, ce qu'il y a de tirand et de solide en l'homme :« Voul :voir, en un m si que

l'homme ? Tout son devoir, tout son objet, toute sa naturde craindre Dieu : tout le I un, je le déclare: mais

aus=i tout le reste u*esi pas l'homme. -1 et

solid* te la mort ne peut enlever. Il ne le prouve pas

seulement de l'homme en général, en approfondissant sa nature, ruais de la princesse en particulier, en reprenant, dans atiels, l'histoire de sa vie et aussi de sa mort.

voir encore une fois Madame aux avec la moi : en pour elle : quelque cruelle que la mo:

paraisse, el rvir à celte foi 3 que pour accomplir l'œuvre de la

•t sceller en cette prir; ruelle prédestination..,

ie la mort a tout d'un couj> arrêt*' le cours de la plus belle : monde : (fisom qu'elle a mis fin aux plus

court, je 1 avoue; mai* l'opé- .- a été forte, mais la fidélité de l'âme a été parfait- . : un art cjnsornm '• de réduire en petit u. : ;t?e ; et la -

| lait quelq'. rmer en un jour la per-

:"une long'.

Instruits que ce malheur apparent a été pour elle linstrument du salut, nous savons maint-.-!.

mort lui a donné », et nous sommes tout prêts à écouter l'orateur quand, dans sa conclusion, il nous engage à songer à nousmêmes, à n'attendre pas toujours des miracles de la grâce, à mépriser dès aujourd'hui ce qu'il nous faudra un jour mépriser par force, et à prendre enfin les sentiments que la seule pensée de la mort nous devrait inspirer à tous les moments de notre vie.

Les deux portraits de Madame correspondant aux deux récits de la vie et de la mort.

De même qu'aux deux parties de l'oraison funèbre de Madame correspondent deux récits de sa mort, écrits à deux points de vue différents, de même Bossuet ne s'est pas contenté de tracer, dans la première partie, un premier portrait, si délicat pourtant, de la princesse; il l'a repris dans la seconde, et non par complaisance d'artiste ou de courtisan: ce second portrait ne fait pas double emploi avec le premier; tous deux font partie intégrante du raisonnement, et concourent à la démonstration.

Dans la première partie, en effet, quels mérites de Madame sont loués? Ceux que le monde admire et que la mort anéantit. Tous les contemporains lui accordent un goût fin et sûr. Mascaron, dans une oraison funèbre souvent éloquente, bien que très inférieure à celle de Bossuet, dit que, « par la connaissance de ce qu'il y a de plus fin, de plus délicat dans les belles-lettres, dans les sciences épineuses et dans les beauxarts, elle avait cultivé et augmenté cette délicatesse d'esprit qu'elle avait reçue de la nature1». Molière, en 1662, et Racine, en 1667, lui dédièrent Y École des femmes et Andromaque , la première grande comédie de l'un, la première grande tragédie de l'autre. « On savait, dit Racine, que Votre Altesse Royale avait daigné prendre soin de la conduite de ma tragédie. On savait que vous m'aviez prêté quelques-unes de vos lumières pour y ajouter de nouveaux ornements... La cour vous regarde

J. Mascaron, dans cette même oraison funèbre, dit qu'elle vit arriver la mort « avec la joie d'une personne qui découvre parfaitement une vérité dont elle cherchait à se persuader depuis longtemps ». Le mot de joie est bien fort ; mais le reste de la phrase indique assez que Madame cherchait encore la vérité.

comme l'arbitre de tout oe qoi se fait d'agréable. Kl nous qui travaillons pom plaire an public, nous n'avons p!u> que

,'ix savants si nous travaillons selon les règles: uveraiix ire à Votre Ait — Royale. •■ Sans

prendre loul à fait à la lettre les Batteries des dédicaces ni même les éloges des oraisons funèbres, on peul juger que Sainte-Beuve n'exagère rien lorsqu'il écril : Avec Madame commence proprement le goût moderne de Louis XIV; elle contribue à le fixer d ans sa pureté1. Déjà Bossuet lui-même, dans un sermon sur les Jwj- m nts humains, prêché à l'Oratoire, 1- jour des Hameaux «1.- 1669, devant Madame, avait lou»' en elle • ce juste discernement, ce jugement exquis, ce goût déli- Kn face de son cercueil, il ne craint pas de rappeler. : le dans les mêmes termes qu'employait Racine, « qu'elle connaissait si bien la beauté des ouvrages de l'esprit, que l'on croyait avoir atteint la perfection quand on avait su plaire à Madame > . Mais pourquoi le rappelle-t-il? Ce n'est pas seulement parce qu'à cet esprit « vif el pénétrant » Madame joignait la modestie, parce qu'elle était tout l'opposé d'une femme savante, une sœur de la Henriette de Molière : c'est parce qu'il tient en réserve la nuit effroyable où s'évanouiront en quel- 8 heures tant de dons charmants et fragiles de l'intelligence. Il est à son aise pour tout exalter, parce qu'il va tout abaisser. Là même pourtant il insiste moins sur les qualités brillantes que sur k-s qualités sérieuses et sincères:

Elle étudiait Bes défauts : elle aimait qu'on lui en fit des leçons sincères : marque assuré.- d'un- àme forte, que ses fautes ne dominent pas, et qui ne craint point de les envisager de près, par une secrète confiance des ressources qu'eue sent pour Les surmonter. C'était le d tssein d'avancer dans cette étude à la tenait si attachée à la lecture de l'histoire, qu'on appelle avec raison la sage conseillère des princes. C'est là que les plus gran :

p us de rang que par leur vertus, el que. d< : ir les

mains de la rnort, il viennent subir. >ans cour el sans suite, le jugement de * peuples el de ton esl le qu'on découvre que le lustre

qui rient de la flatterie et iel, el que couleurs, quelque

fndustrieusement qu'on les applique, ne tiennent p;i-. La, notre admirable prince-se étudiait -x donl la fie compose l'histoire : elle y

• rouans et de leur- fados héros; et. soi* - former -ur 1- vrai, elle méprisait cea froides el <lang

i. CauMeriet du lundi, VI. Voltaire avait écrit déjà [Siècle de Louit XIV Bile î l'esprit nouvelle, et introduisit à la cour une politesse

et des grâce» .loot j peine le reste de l'Europe avait 1 H-

Ce bel éloge de l'histoire est bien de celui qui allait écrire le Discours sur l'histoire universelle. Celte condamnation des romans est d'un moraliste chrétien, qui n'avait jamais lu sans doute M110 de Scudéry ni la Calprenède, mais qui devinait « un grand creux » dans la plupart des œuvres profanes, et qui faisait grâce à l'histoire seule, parce que l'histoire est une leçon.

A quel endroit de l'oraison, au contraire, se place le second portrait de Madame? Non plus avant le récit de la mort soudaine, mais après le récit de la sainte mort. Cette mort, sujet de deuil pour la France, a été, pour la princesse, le salut. « Quel péril n'eût point trouvé la princesse dans sa propre gloire?... Représentez-vous cet esprit qui, répandu par tout son extérieur, en rendait les grâces si vives : tout était esprit, tout était bonté... Avec tant de grandes et tant d'aimables qualités, qui eût pu lui refuser son admiration?... Quelle créature fut jamais plus propre à être l'idole du monde? Mais ces idoles que le monde adore, à combien de tentations ne sont-elles pas exposées?... En cet état, la vie n'est-elle pas un péril? la mort n'est-elle pas une grâce? » On voit combien logique est la suite des idées dans le développement, et combien il serait difficile d'en isoler un portrait qui, loin d'y être un hors-d'œuvre aimable, y prend la valeur d'une preuve.

Cette vigueur du logicien n'ôte rien à la précision sans sécheresse ni à la grâce sans mollesse de ses peintures. Rien n'est oublié de ce qui peut fixer dans notre esprit, par un trait net, l'image delà morte. D'autres traits moins appuyés, parleur indécision même, laissent deviner ce qui ne peut être dit : « Si quelque chose manquait encore à son bonheur, elle eût tout gagné par sa douceur et par sa conduite. » Ce « quelque chose » qui manquait au bonheur de Madame, pouvait -on à la fois l'indiquer avec plus de hardiesse et le voiler avec plus de discrétion? Il va beaucoup de ces nuances fines dans un discours dont le sujet exigeait de l'orateur plus de tact encore que de puissance. Rossuet n'y exagère rien; et qu'avait-il besoin d'exagérer? Par elle-même la mort de Madame était le plus éloquent des sermons; chercher à en fortifier l'effet, c'eût été travailler à l'affaiblir. Mascaron la peint héroïque sur son lit de mort. Ce n'est pas une héroïne que nous peint Rossuet; il se garde de lui prêter « celte ostentation par laquelle on veut tromper les autres... Tout était simple, tout était solide, tout était tranquille. » C'est par ce respect de la vérité qu'il nous rend la femme plus qu'admirable, aimable dans sa résignation presque souriante.

COURS DE LU rÉRATURE

Il disait à ses auditeurs : \ itre mémoire vous la peindra

mieux incomparable douceur que

né pourront jamais faii - mes par< s. x tus qui ne

pouvons M . ■ par les paro!< - B ssuet, nous

- pourtant de la ?oir telle qu'elle fut, lant,

à lui, - en nous insé|

Me de l'image «ju'il nou? a laissée d'elle.

BIBLIOGRAPHIE

TEXTES

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LIVRES

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Voltaire. — Siècle de Louis XIV, ch. x, xxvi et xxxn.

JUGEMENTS

N - nsquelqu - 3 particulières, d'une beauté admi-

rable : lelli - sont les oraisons funèbres de la reine d'Angleterre

et d^' Mail ime pai M. de Gondom. Il y a dans ces discours un

certain esprit répandu partout, qui l'ait admirer l'auteur sans

. autant que les ouvrages après les avoir lus. Iî

imprime son caractère à tout ce qu'il dit, de sorte que, saus

: jamais vu, je passe aisément de l'admiration d< discours à celle de sa personne.

Saint-Kvremoni», Lettre à Créqui 1671 .

L'élo2e funèbre de Madame, enlevée à la fleur de son ag mort- - di B ssuet, eut le plus grand el le plus

rare des a 3, lui de faire verser des larme- à la cour. 11 fut oblig< paroles :« 0 nuit désastreuse, nuit

ible, où retentit tout à coup, comme un éclat de tonnerre, étonnante nouvelle : « Madame se meurt! Madame morte, n L'auditoire éclata en sanglots, et la voix de l'orateur fut interrompue par ses soupirs et par ses pleurs.

Voltaire, Siècle de Louis XIV, cb. xxxn.

Deux portraits surpassent tous les autres par la précision du et l'intensité de la couleur : celui de Madame et celui du prince de Condé. C'est que Hossuet lésa peints avec amour; c'est que la vivacité des souvenirs personnels l'emportait. Puis son âme répondait à ces deux âmes, et d'intimes sympathies les lui faisaient pénétrer. Ce qu'il y avait en lui de tendresse profonde était remué par la grâce charmante et la mort cruellement précoce de Madame ; la gloire et le vaste génie du prince de Condé intéressaient les plus hautes parties de son inlell . tout ce qui, en lui, tendait à l'action et aux

grands efforts.

Lans B ; Lecène.

LETTRES

Mme de Sévipné rend compte àMmede la Fayette de l'oraison funèbre de Henriette d'Angleterre qu'elle vient d'entendre prononcer.

(Moulins. — Lycée de filles. — Composition, 1886.)

On raconte que Henriette d'Angleterre, qui s'était vivement intéressée à Y Andromaque de Racine, pendant qu'il y travaillait, l'avait, suivant le mot du poêle, « honorée de quelques larmes » à la première lecture que celui-ci lui en fit.

Vous supposerez qu'au lendemain de cette séance (novembre 1667), Henriette d'Angleterre fait part de ses impressions à Racine, le félicite d'avoir produit une œuvre à la fois si forte et si touchante, et lui prédit le plus vif succès non seulement auprès de la cour et de la ville, mais auprès de la postérité, qui ratifiera — elle en a la conviction — le jugement du public contemporain.

(Brevet supérieur. — Finistère, 1898.)

« Bossuet, dit M. de Bausset, avait consenti à laisser imprimer l'oraison funèbre de la reine d'Angleterre, par respect pour le vœu de la princesse sa fille : il ne put se refuser à montrer la même déférence aux prières de Monsieur, pour l'oraison funèbre de Mmc Henriette. »

On écrira la lettre de Monsieur à Bossuet.

DISSERTATIONS ET LEÇONS

Portrait de Madame dans l'oraison funèbre. Comparer aux

Paris. Leçon d'agrégation, 1 ^ T : i . — Jura. Brevet

supérieur. Aspirant--. Iv^~.

ssuel, dans l'oraison funèbre de Madame, concilie 1" mépris chrétien des grandeurs s avec le culte

de la gloire.

ris. — Leçon d'agrégation, 1891.)

1 est le caractère des oraisons funèbres de Bossuet? Ana- ' apprécier, au point de vue littéraire et au point de vue historique, l'oraison funèbre de Henriette d'Angleterre.

(Pari-.- M. uréatdel' bment spécial,

1886 et 1891.

Montrer comment Bossuet, dan- L'oraison funèbre, a su mêler le développement d'une vérité religieuse à reloge des person-

- . fane voir que le sermon -"/■ /" |for< se retrouve dans L'oraison funèbre de la duchés^- dOrlé-ans.

Pi 3 ESSORAT I»F- ÉCOLES NORMALES. Aspir.'i!.

Analyser et comparer l'exorde de l'oraison funèbre de la ine d'An d'Orléans.

reine d'Angleterre et celui de l'oraison funèbre de la duchesse

(Professorat des écoles normales. — Leçon. ï

Dans l'oraison funèbre de la duchesse d'Orléans, Bossuel loue cette princesse d'avoir, en étudiant l'histoire, « perdu insensiblement le goût des romans et de leurs fades héros. Soigneuse de se former sur le vrai, elle méprisait ces froides et dangereuses fictions. » Vous apprécierez ce jugement de Bossuet, ce dédain des romans et cetle préférence avouée hautement pour la lecture de l'histoire.

Depuis l'époque où Bossuet a écrit ces lignes, de grandromanciers ont voulu composer des fictions qui ne fussent ni moins exactes ni moins vraies dans un certain sens que l'histoire elle-même. Cette tentative eût-elle modifié l'opinion de Bossuet s'il eût connu ces ouvrages ?

(Fontenay-aux-Roses. — Devoir de litte'rature.)

Boileau a dit :

Pour me lirer des pleurs il faut qnevous pleuriez.

Vous appliquerez cette maxime littéraire à l'oraison funèbre de Henriette d'Angleterre, duchesse d'Orléans, et vous l'expliquerez par des exemples précis pris dans ce discours.

(Var. — Brevet -supérieur. — Aspirantes, 1887.)

Villefranclie-de-Rouergue. — J. Bardons impr,

LES TROIS ORAISONS FUNEBRES

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