Mi maires du m 3 iat-Hilaire
-. M li Choisy. Uoarvilk a signalé seulement chez le Tellier « un peu
■ chant à la rancune ».
nt-Simon. notes sur le Journnl de Dnngean, î\ octobre I 4. Abbé de Saint-Pierre, Annales polifiq
Si Ton fait très large, dans ces témoignages, la part de l'exagération et même de l'injustice, il n'en reste pas moins (pie le Tellier, dans l'histoire, nous apparaît assez différent de ce qu'il est aux yeux de Bossuet ; adroit plus que droit, modéré par politique plus que par modestie naturelle, ambitieux au fond, mais d'une ambition patiente et silencieuse, c'était, dit le marquis de Sourches, le plus habile des courtisans de son temps. C'était aussi le plus implacable des rivaux : Fouquet et Colbert en ont su quelque chose. Mais, pour en revenir à l'homme privé, il avait plusieurs des qualités de V honnête homme, surtout au sens restreint où l'on prenait ce mot au xvue siècle; l'élévation de l'esprit et la générosité du caractère lui faisaient défaut. Magistrat, il semble l'avoir été de naissance; mais était-il vraiment de ces juges qui veulent « que les lois gouvernent, et non pas les hommes »? etmérite-t-il d'être associé à Lamoignon dans cette sorte d'apothéose platonicienne : c( La justice, leur commune amie, les avait unis; et maintenant ces deux âmes pieuses, touchées sur la terre du même désir de faire régner les lois, contemplent ensemble à découvert les lois éternelles d'où les nôtres sont dérivées; et si quelque légère trace de nos faibles distinctions parait encore dans une si simple et si claire vision, elles adorent Dieu en qualité de justice et de règle ? » Ce n'est assurément pas sa vie terrestre, souple et d'une intégrité toute relative, qui eût préparé le Tellier à cette contemplation de la Justice absolue.
Mais Bossuet parlait devant un auditoire où les magistrats étaient nombreux, et l'on dirait que parfois l'oraison funèbre du grand chancelier se change en un sermon sur la justice. Vues de ce biais, certaines pages de ce discours prennent une singulière valeur morale et même historique. Les juges artificieux qui ne gardentque les apparences de la justice; les juges corrompus et lâches dont la justice arbitraire, sans règle et sans maxime, se tourne au gré de l'ami puissant; ceux qui embrouillent à plaisir les fils d'une procédure malicieuse; ceux qui prononcent, au lieu de jugements, des oracles ambigus et captieux; ceux qui veulent s'agrandir, et changent en une souplesse de cour le rigide et inexorable ministère de la justice, toutes ces âmes prostituées à l'ambition, avec quelle vigueur indignée Bossuet les flétrit! Tout ce beau développement aboutit, il est vrai, à déclarer que la justice « s'est construit un sanctuaire éternel et incorruptible dans le cœur du sage Michel le Tellier » ; mais ce qu'il y a d'excessif dans l'éloge ne doit
COURS DE I.ll rÉRÀTl RE
- ;aire oublier ce qu'il y a d'énergiquemenl vrai dans . *ni'- poui !•• développement sur le conseil du roi, i le Tellier, qoi par lui • modère tout le cours d
Combien de foi- ùnt que le> affaires n'avaient ni do règle ni
de fin; - nue; que la
LTersalt avec tant de facilité les jugements de toutes
- : enfin que le nom du prince
était employé à rendre tout incertain, et que souvent l'inquiétude sortait du
ù elle devait être foud: Sooi , le con-
ritable fonebon ; et l'autorité i • mutable à an juste
tenait par inme la balance é.
Est-ce qu'il n'est pas facile, ici encore, de retenir ces détails si curieux pour l'histoire des mœurs et des institutions au xvne siècle, sans être obligé d'admettre que le Tellier ail déraciné à jamais tous les abus? Est-ce que naus n'entendons pas ients des malheureux plaideurs .' Est-ce qu»nous ne voyons pas ce tribunal, qu'évidemment Hossuet a vu lui-même, ces juges inattentifs, ou inquiets, ou distraits, qui
s -coûtent par bienséance, pendant que leur pens-'ailleurs, et ceux dont les oreilles sont bouchées par les pré- \ entions?
Mais ces détails ne pouvaient suffire à l'intérêt d'une oraison funèbre telle que la conçoit Bossuet, génie épris de grandeur. Il donne donc pour cadre à l'histoire des avancements succes- .-if- de le Tellier l'histoire même de la France, et le discours, après l'exorde, s'ouvre par une belle page historique où Richelieu et Mazarin sont rapprochés et loués. Dans la première partie du discours, on s^nt un peu le procédé, car il y a quelque distance de Richelieu à le Tellier; mais on admire la brisante de certains traits : « Le cardinal de Richelieu était parti, peu regretté de son maître, qui craignit de lui devoir trop. » Dans la seconde partie, quand le Tellier arrive aux affaires, le procédé, si c'en est un, semble légitime, et l'on ne . même pas à s'étonner que les grands hommes groupé- Kossuet autour de son héros d'un jour soient là G ruine pour lui faire coi
Le eu lé brillant; le Tellier ministre de la guerre et grand ehaneelier. — Le Tellier, Bossue t et la révocation de l'édit de Xantes.
Le rapprochement de le Tellier et de son fils Louvois n'est pas le seul qui s'offrit naturellement à l'esprit de l'orateur : ce rapprochement, d'ailleurs, serait traité dans un tout autre esprit par un historien, et tournerait à l'antithèse, carie Tellier lui-même semble avoir eu peur quelquefois de son fils, tandis que, chez Bossuel, le fils semble continuer le père, dont les leçons et les exemples l'ont formé. Il y avait des affinités plus réelles entre Mazarin et le Tellier : « Jamais patron et client ne furent mieux assortis : finesse d'esprit, souplesse de caractère, affectation de politesse, modération dans le succès, persévérance dans les revers, tels étaient les traits communs de leur génie. Ces deux hommes s'étaient reconnus au premier coup d'œil et sentis nécessaires l'un à l'autre. Dès lors ils associèrent leur fortune1. » Bossuet montre seulement, et avec finesse, quel genre de services le Tellier, toujours maître de lui-même, et « supérieur par cet endroit au ministre même », a pu rendre, non sans courage, à l'impatient et soupçonneux Mazarin, toujours « ennuyé de son état » dans l'exil, toujours prêt à revenir trop tôt à la cour. Il nous peindra bientôt de couleurs plus vives, mais toujours avec la même vérité, Mazarin expirant avec la triste consolation d'être demeuré le maître jusqu'au bout : « Au plus haut point de sa gloire, sa joie est troublée par la triste apparition de la mort; intrépide, il domine jusqu'entre ses bras et au milieu de son ombre... »
Tous ces tableaux et ces portraits ne sont point des horsd'œuvre éclatants, et Bossuet, s'il retrace l'image des malheurs de la Fronde, n'a pas tort, là où les Maboul et même les Fléchier hésitent et se troublent, dépenser et de dire qu'il n'a point à s'en excuser. On ne voit même pas comment il eut pu donner à cet homme et à cette vie quelque apparence de grandeur s'il avait fait abstraction des grands événements dont le Tellier avait été le témoin et l'acteur plus ou moins indépendant. S'il appuie