I. Voir l'Introduction de l'édition I
pateurs des droits temporels. A son tour la puissance temporelle a semblé vouloir tenir l'Église captive...; tant le siècle a prévalu, tant l'Église est faible et impuissante! » Quelques années auparavant, Louis XIV, en établissant le droit de régale, s'était exposé à être regardé lui-même comme un adversaire des droits de l'Église; mais Bossuet, résolument optimiste, no veut voir en lui qu'un roi « zélé pour l'Église, et toujours prêt à lui rendre davantage qu'on ne l'accuse de lui ôter » ; il veut espérer que la discipline ecclésiastique sera entièrement rétablie et que l'Église reverra « la beauté des anciens jours ». Mais en regard des doits de l'Église il met ses devoirs : il souhaite « que, par une règle inviolable, ceux-là demeurent exclus de l'épiscopat qui ne veulent pas y arriver par des travaux apostoliques ». Au lendemain de la révocation de l'édil de Nantes, il proclame que l'obligation s'impose aux prêtres catholiques d'être « infatigables à instruire, à reprendre, à consoler, à donner le lait aux infirmes et le pain aux forts, enfin à cultiver ces nouvelles plantes et à expliquer à ce nouveau peuple la sainte parole dont, hélas! on s'est tant servi pour le séduire ». Parmi ces sages paroles, pourquoi faut-il que retentisse cet hymne d'une joie cruelle :
Ne laissons pas cependant de publier ce miracle de nos jours : faisons-en passer le récit aux siècles futurs. Prenez vos plumes sacrées, vous qui composez les annales de l'Église : « agiles instruments d'un prompt écrivain et d'une main diligente » ; hàtez-vous de mettre Louis avec les Constantin et les Théodose... Mais nos pères n'avaient pas vu, comme nous, une hérésie invétérée tomber tout à coup ; les troupeaux égarés revenir en foule, et nos églises trop étroites pour les recevoir ; leurs faux pasteurs les abandonner sans même en attendre l'ordre, et heureux d'avoir à leur alléguer leur bannissement pour excuse; tout calme dans un si grand mouvement; l'univers étonné de voir dans un événement si nouveau la marque la plus assurée comme le plus bel usage de l'autorité, et le mérite du prince plus reconnu et plus révéré que son autorité même. Touchés de tant de merveilles, épanchons nos cœurs sur la piété de Louis; poussons jusqu'au ciel nos acclamations ; et disons a ce nouveau Constantin, à ce nouveau Théodose, à ce nouveau Marcien, à ce nouveau Charlemagne, ce que les six cent trente Pères dirent autrefois dans le concile de Chalcédoine : « Vous avez affermi la foi; vous avez exterminé les hérétiques : c'est le digne ouvrage de votre règne. c'en est le propre caractère. Par vous l'hérésie n'est plus. Dieu seul a pu faire cette merveille. Roi du ciel, conservez le roi de la terre : c'est le vœu des évèques. »
Il est impossible de mettre ici en doute la sincérité de Bossuet : un tel accent ne trompe pas. La révocation de l'édit de Nantes n'est pas, d'ailleurs, un événement brusque et isolé.
i conclusion logique d'une politique religieuse poursuivie pendant de longues années. En 1662, dans les sonnons sur
I - /' 5 (tes ois, il B'adressail au roi el lui traçait son devoir: Peut-être car qui Bail les secrets de Dieu?), peut-être qu'il a permis que Louis le Juste, de triomphante mémoire, se soit rendu mémorable éternellement en renversant le parti qu'avait formé l'hérésie, pour laisser à son successeur la gloire de l'éloutfer toul entière par un sage tempérament de sévérité el
Lience. » Kn i<»8l, dans le 4° sermon pour le jour de Para sent que l'heure du triomphe approche. Louis XIV est comparé à un nouveau Gyrus que Dieu suscite pour porter le premier coup à la Babylone de l'hérésie. Plus tard, quand Cyrus eul renversé Babylone, Bossuet écrivait encore à Nicole : « Je ne veux point raisonner sur tout ce qui s'est passé en politique raffiné : j'adore avec vous les desseins de Dieu, quia voulu révéler, par la dispersion de nos protestants, ce mystère d'iniquité, - 1 purger la France de ces monstres. » On a beau nous dire qu'un la Fontaine, une Se vigne, un la Bruyère, ont parlé comme parlait Bossuet1, notre conscience répugne à excuser ce que notre intelligence explique.
En revanche, on ne pourra pas dire que ce morceau lyrique c t violent ne soit pas à sa place dans cette oraison funèbre. Non seulement le Tellier, mais les le Tellier, acharnés ennemis de Colbert, qui ouvrait toutes grandes aux protestants les portes de l'industrie et de la marine, hâtèrent par une persécution savamment organisée l'heure où la révocation de l'édit de Nantes fut, pour ainsi dire, mûre et sembla facile, mais ils en pressèrent et en aggravèrent l'exécution. Bossuet veut que nous nous attendrissions sur le zèle impitoyable de ce chancelier qui, mourant, tient encore à vivre jusqu'à ce qu'il ait sanctionné de sa signature « le grand ouvrage de la religion ». En appuyant avec une vigueur si peu discrète sur ce prétendu « triomphe de Ja foi », il nous donne le droit d'appliquer au chancelier le
iouteux éloge qu'il adressait au roi : « Vous avez exterminé les hérétiques : c'est le digne ouvrage de votre magistrature; c'en est le propre caractère ». Et, s'il ne faut pas s'étonner qu'une telle vie ait un tel couronnement, il faut regretter peut-être qu'une telle oraison funèbre, si digne et si égale, avec
Iles parties sereines, aboutisse à celle glorification passionnée des « exterminateurs ».
i la justification qne tenté M. Lansondaiu son /;
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