‹ Cours de littérature (volume 3)Chapitre 87 sur 228 · XV · texte numérisé non relu

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— Lettres à Burigny, 12 sept. 1761, et a M™» du Deffand, 26 mai L776.

JUGEMENTS

L'oraison funèbre de la reine est l'une des plus médiocres que Bossuet ait composées. Les oraisons funèbres sont de belles déclamations. Je suis seulement fâché qu'il ait tant loué le chancelier le Tellier, qui était un si grand fripon.

Voltaire, Lettre sur les Panégyriques et Lettre àBurigny, 12 sept. 1761.

L'oraison funèbre de Marie-Thérèse et celle du chancelier le Tellier ne sont pas en général de la même force que les quatre autres. Le sujet n'en était ni aussi riche ni aussi intéressant : il convenait de le relever autant qu'il était possible par les ornements de l'art : c'est là qu'ils étaient bien placés. L'ile de la Conférence et l'époque du mariage de Louis XIV, l'entrevue de Mazarin et de Louis de Haro, étaient des accessoires importants pour l'orateur... Quant à la première, Louis XIV, au moment où elle mourut, en avait fait en une seule phrase le plus grand éloge possible : « Voilà, dit-il, le premier chagrin qu'elle m'ait donné. » Le discours de Bossuet ne pouvait être que le développement de ce beau mot. Mais on sait que les vertus domestiques et modestes ne sont pas celles qui prêtent le plus à la grande éloquence, à celle qui s'adresse aux hommes rassemblés. Dans tout ce qui prétend aux grands effets, il faut quelque chose qui se rapproche du dramatique... A l'égard du chancelier le Tellier, l'ouvrage de Bossuet offre ici un de ces exemples de l'exagération du panégyrique contredite par la sévérité de l'histoire. Ce magistrat eut certainement des qualités estimables et rendit des services au gouvernement dans le temps de la Fronde. Mais il ne sera jamais regardé comme un modèle de justice et de vertu.

La Harpe, Lycée, II, i, 3.

Dan- I - m funèbre de Marie-Théi - . B tssuel ne s'élève à la même hauteur que dans celles de la reine ,1 \ :• i réel de Madame Henriette. Mais au lieu de lui en faire un reproche, on doit approuver son goûl et sa reine, respectable par ses vertus et sa bonté, n'avait aucune influence sur les affaires ni même sur l'opinion. Klle ne I ni vides ni regrets a aucune ambition, à aucun intérêt, à aucune espérance. Klle décorait le trône plutôt qu'elle ne l'occupait, et on aurait été étonné d'entendre Bossuet parler avec pompe et tracas d*une vie et dune mort à laquelle la génération qui en a été témoin a été aussi indifférente que celle qui l'a sur

I traison funèbre de la princesse palatine est peut-être de toutes les oraisons funèbres de Bossuet celle qui fail le mieux sentir combien ce génie si ferme et si hardi avait de souplesse et de tlexibilité pour donner à tous les sujets qu'il traitait Le caractère et la couleur qui leur étaient propres...

On a peine à comprendre comment l'oraison funèbre du chancelier le Tellier n'a jamais été appréciée comme il nous semble qu'elle mérite de l'être. On l'a presque toujours jugée ;i inférieure aux autres chefs-d'œuvre du même genre et du même auteur, qu'à peine est-on frappé de quelques traits d'un ordre supérieur, qui commandent nécessairement l'admiration... Par bonheur pour Bossuet et pour nous, le chancelier le Tellier avait été associé à des événements et à des personnages célèbres ; et Bossuet a fait de l'histoire d'un homme sage, lent et calme, l'histoire la plus Adèle d'un temps remarquable par de grands mouvements et de grandes vicissitudes.

DeBausset, Eistoir net, 1. VIII, m.

L'oraison funèbre veut pour sujets de ses enseignements . jis, des personnages historiques, des fortunes éclatant»-, mples. I ouïes les fois qu'un devoir a imposé à : ..•!• . •:■ -d'un mérite ou d>- vertus secondaires, l'appareil du discours parait disproportionné à son eifet : témoin les quatre oraisons qui viennent à la suite des six qu'il

rendit publiques. Le génie de l'orateur n'a pas pu suppléer à la médiocrité de la matière ; ce qui prouve que les genres ont leurs richesses propres et que les grandes qualités de Bossuet lui viennent du fond des choses. Quand les choses ne le soutiennent pas, le plus éloquent des hommes se laisse aider par la rhétorique des écrivains qui n'ont que de l'esprit.

Cette remarque est vraie de plus d'un passage des oraisons funèbres de Marie-Thérèse, d'Anne de Gonzague et de le Tellier. C'était à peine assez pour la grandeur du genre et pour l'attente qu'il suscite, de la piété louchante de Marie-Thérèse, de la conversion miraculeuse d"Anne de Gonzague, des utiles talents de le Tellier et de cette fortune qui ressemble un peu au légitime avancement d'un fonctionnaire exact et capable. Cette disproportion du sujet avec le genre arrachait à Bossuet certains embellissements qui, quoique marqués de sa force, n'en sont pas moins des expédients pour élever de petites circonstances au niveau de l'oraison funèbre. Je ne suis point touché de la fameuse apostrophe à l'île des Faisans, ni de cette autre aux cours de l'Europe, sur le mariage de Marie-Thérèse et de Louis : « Cessez, princes et potentats, de troubler par vos prétentions le projet de ce mariage ! Que l'amour, qui semble aussi vouloir le troubler, cède lui-même ! » Ces endroits et d'autres, où Bossuet semble s'exciter à froid à la grande éloquence, sont les seuls où, pour s'être façonné à la rhétorique d'un genre, son naturel s'est altéré.

Nisard, Histoire delà littérature française; Didot.

Cette oraison funèbre de la reine, qu'autrefois, Dieu me le pardonne ! j'avais trouvée presque ennuyeuse, est un chef-d'œuvre de grâce et de pureté. C'est d'un bout à l'autre le tableau ravissant de la candeur et do l'innocence chrétienne. Cette pauvre reine, humainement parlant, n'avait guère eu d'autre mérite que sa piété. Ses vertus étaient de celles qui n'ont pas grand éclat dans le monde, soumission, modestie, douce résignation aux infidélités du roi! Ce n'était pas par ces qualités modestes qu'une reine de France pouvait attirer dans une cour où brillaient les la Yallière et les Montespan. Elle était belle, mais de cette beauté calme et un peu monotone qui n'est que le reflet de la candeur et de la pureté de l'âme. Sa sainteté même,

timide et douce comme sa personne, n'avait rien qui brillât

aux yeux de monde. Pour faire son 'esl dans son coeur

qu'il fallait aller chercher tout ce qu'ell ieux,

• Ire, d'héi s s . . lementases dei ira; c'est

kme bi isée p ir des douleurs se-

- qu'il fallait peindre; c'esl l'idéal, en un mot, de la piété toute pure, et la vertu d'autant plus accomplie qu'elle esl éclat extérieur, que Bossuet avait à faire voir à ses auditeurs;

>s cette peinture qui donne à l'oraison funèbre dé la un charme, une douceur, une beauté incomparables. Jamais la perfection d'un cœur innocent, jamais la virginité de L'âme n'a été représentée avec un sentimenl si vrai...

Toute l'histoire de la conversion d'Anne de Gonzaguè et des états par lesquels p une est quelque chose de merveil-

leux dans le discours de Bossuet. Je préfère pourtant à la description admirable de la conversion d'Anne de Gonza^ue celle de sa vie pénitente. Je ne connais rien qui fasse mieux sentir, en fait d'art et d'éloquence, l'alliance intime du beau et du - On croirait voir un tableau de Philippe de Champagne. A la vérité, ces sortes de vies vouées à la pénitence la plus rigoureuse au milieu du monde étaient assez communes du temps de Bossuet : il avait eu souvent l'occasion de les étudier et de les prendre sur le fait...

Dans l'oraison de Je Tellier. c'est le ministre chrétien que -l a voulu peindre. L'Original ressemblait-il bien au portrait? Il est malheureusement permis d'en douter. Bossuet était orateur : pardonnons-lui, et ne demandons pas à l'éloquence la rigoureuse exactitude de l'histoire. 11 y a un passage, dans cette

- ;»n funèbre, où B ss i ' -•• livre lui-même plus qu'il n'acoutume de le faire dan- ses discours; car c'est là le défaut de ce grand homme, si c'en est un; habituellement, il est trop évéque.

[ui fait que ses ouvrages, quelque admirables qu'ils

it, ne sont pas de ceux qu'on veut toujours avec soi, et dont

la lecture est un plai-ir de toutes les heures. On les lit comme

ils ont été composés, avec une sorte d'apprêt et de solennité, en

composant son esprit et son maintien.

- . P iétés morales et littéraires ; Perrin.

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