I - que Uossuet ait vue ou voulu voir dans
tare, c'est celle qui justifiait d'avance la monarchie de Louis XIV, et elle la justifie si bien, à l'aide de citations si nombreuses et si opportunes, d'exemples si bien choisis et si le bien que la Providence, de toute A tout fait conspirer a 1 uentet à l'affermis-
la monarchie française, car la France « peut se glorifier d'avoir la meilleure constitution d'État qui soit possible, et la plu< conforme à celle que Dieu lui-même a établie; ce qui montre tout ens - sse de nos ancêtres, et la
tiou particul Dieu sur ce royaume ». 11 est vrai
•:t ajoute tout aussitôt :
BOSSUEÏ LS
On doit s'attacher à la forme du gouvernement qu'on trouve établie dans Bon pays. — « Que toute âme soit soumise aux puissances supérieures : car il n'y a point de puissance qui ne soit de Dieu; et toutes celles qui S"iit, c'est Dieu qui les a établies : ainsi, qui résiste à la puissance, résiste à l'ordre de Dieu. »
Il n'y a aucune forme de gouvernement ni aucun établissement humain qui n'ait ses inconvénients: de sorte qu'il faut demeurer dans l'état auquel un long temps a accoutumé le peuple. C'est pourquoi Dieu prend en sa protection tous les gouvernements légitimes en quelque forme qu'ils soient établis : qui entreprend de les renverser, n'est pas seulement ennemi public, mais encore ennemi de Dieu.
Il va même jusqu'à proclamer la légitimité de tout gouvernement qui dure, ce qui n'est peut-être ni très moral ni très prudent, mais ce qui semble bien prouver qu'il n'est pas le théoricien aveugle du droit divin. Ces concessions, pourtant, plus apparentes que réelles, n'altèrent en rien le fond de la doctrine, et toute la première partie de l'ouvrage est un effort puissant plutôt qu'heureux pour montrer comment l'autorité royale est née de l'autorité paternelle, car « les hommes naissent sujets, et l'empire paternel qui les accoutume à obéir, les accoutume en même temps à n'avoir qu'un chef ». Par une sorte de contrat que Bossuet se garde de définir, ils ont donc abdiqué leurs droits entre les mains d'un seul, et pour toujours.
La monarchie est la forme de gouvernement la plus commune, la plus ancienne et aussi la plus naturelle... Si le gouvernement monarchique est le plus naturel, il est par conséquent le plus durable, et dès là aussi le plus l'oit. De toutes les monarchies, la meilleure est la successive ou héréditaire, surtout quand elle va de mâle en mâle et d'aîné en aîné.
Si les rois sont « sacrés par leur charge, comme étant les représentants de la majesté divine, députés par sa providence à l'exécution de ses desseins », leur autorité doit être sacrée comme leur personne, et tout attentat contre elle est « un sacrilège ». — « Dieu établit les rois comme ses ministres, et règne par eux sur le peuple... Il y a donc quelque chose de religieux dans le respect qu'on rend aux princes. Le service de Dieu et le respect pour les rois sont choses unies.. . Cette seconde majesté n'est qu'un écoulement de la première, c'est-à-dire de la divine, qui, pour le bien des choses humaines, a voulu faire rejaillir quelque partie de son éclat sur les rois... Les princes sont des dieux et participent en quelque façon à l'indépendance divine... Je ne sais quoi de divin s'attache au prince... » A la vérité, Bossuet leur recommande de n'user qu'en tremblant de
COORS DE LITTERATURE
. Il leur rappelle qu'ils ne sont ttêmes, mais pour le public », qu'ils sont - 0 rois, Leur crie-t-iî, hardiment
3t divine et salutaire au genre humain, ec humilité. Si pourtant le roi refuse de lime mieux se faire haïr de ses sujets par son ieil, qui l'en punira"? Personne : « Le prince li-méme quand il connaît qu'il a mal fait ; tre son autorité il ne peut y avoir de remède que dans 11 ne restera pas à jamais impuni, mais il le ard de la justice humaine »; il n'est pas affranchi de toute loi. mais il n'est pas soumis « aux peines des lois ». •poids à cette omnipotence : c'est la crainte de Dieu: le prince devra craindre Dieu d'autant plus qu'il ne de- • lindre que lui. Il le devra, sans doute; mais, s'il s'affranchit de la crainte même de Dieu, où sera la barrière?
Bossuet, il est vrai, trace, au livre V, un beau portrait du
prince dont l'autorité est soumise à la raison, et il s'efforce, en
d'établir une distinction profonde entre la
nionaichn- absolue et la monarchie arbitraire ou despotisme.
ttant même que cette distinction soit fondée, qui
êchera la monarchie absolue de dégénérer en monarchie
Mais, fût-il méchant, fùt-il « réprouvé »,
nction qui a consacré le roi « le rend toujours véné-
te sainteté, inhérente au caractère royal, « ne
: aucun crime ». C'est à Dieu seul à faire jus-
lux hommes à respecter le prince tant
qu'il plaît à Dieu de le consen . I. o té : larée I même
ion n'exemptent pas des sujets de l'obéissance qu'ils
-...!.- i a la violence
- remontrances respectueuses, sar^ mutine-
- murmure, et des j ur leur conversion. » Le
mal parler du i »it ce roi, est assimilé au
*'' ir,J- hémer contre Dieu. 11 y a, sans doute, des j » e u -
iIH ont ch air les abus du pouvoir d'un seul,
let refuse d'entrer dans ces restrictions el d'étudier
: il lui suffit que les rois
aient devant les yeux la mort, le jugement de la postérité et le
modèle, et cependant David lui- -i tombé, tant est grande la faib,
d d'autres tomberont après lui, et leurs peuples, il est vrai, auront droit de se plaindre, mais « par les voies légi-
limes», et « toujours avec respect ». — « Les remontrances pleines d'aigreur et de murmure sont un commencement de sédition, qui ne doit pas être souffert ».
Tel est ce livre, écrit par un évêque pour le fils d'un roi absolu, ce livre où l'Écriture à tout moment est citée, commentée, avec une intelligence familière de son texte et de son esprit, avec une sorte de candeur dans la foi politique, et pourtant avec un art infini; ce livre si convaincu et si peu convaincant, où l'esclavage, par exemple, est approuvé parce que saint Paul l'approuve; où l'on inscrit en tète des devoirs particuliers de la royauté : « Le prince doit employer son autorité à détruire dans son État les fausses religions. »
On peut employer la rigueur contre les observateurs des fausses religions ; mais la douceur est préférable. « Le prince est ministre de Dieu. Ce n'est pas en vain qu'il porte l'épée : quiconque fait mal le doit craindre comme le vengeur de son crime. » Il est le protecteur du repos public, qui est appuyé sur la religion; et il doit soutenir son trône, dont elle est le fondement, comme on a vu. Ceux qui ne veulent pas souffrir que le prince use de rigueur en matière de religion, parce que la religion doit être libre , sont dans une erreur impie. Autrement il faudrait souffrir, dans tous les sujets et dans tout l'État, l'idolâtrie, le mahométisme, le judaïsme, toute fausse religion; le blasphème, l'athéisme même, et les plus grands crimes seraient les plus impunis.
Dans ce même livre VII, on trouve un bien curieux développement de celte proposition : « Les rois ne doivent pas entreprendre sur les droits et l'autorité du sacerdoce. » Ozias, roi des Juifs, ayant voulu entreprendre sur ces droits sacrés et porter sa main à l'encensoir, n'a-t-il pas été frappé de la lèpre? D'ailleurs, « le sacerdoce et l'empire sont deux puissances indépendantes, mais unies. Le sacerdoce dans le spirituel, et l'empire dans le temporel, ne relèvent que de Dieu. Tout l'État du monde roule sur ces deux puissances. » C'est ce qu'ont bien compris tous les rois de France depuis Clovis : « La France est le seul royaume de la chrétienté qui n'a jamais vu sur le trône que des rois enfants de l'Église..., Dieu, par son infinie miséricorde, n'ayant même pas permis qu'un prince qui était monté sur le trône dans l'hérésie, y persévérât. »
Puisqu'il paraît, par cet abrégé de notre histoire, que la plus grande gloire des rois de France leur vient de leur foi et de la protection constante qu'ils ont donnée à l'Église, ils ne laisseront pas affaiblir cette gloire, et la race régnante la fera passer à la postérité, jusqu'à la fin des siècles.
llflliel à I Acatlcniic française ( H»? I )- — Bossuet cl 1 enclon académiciens.
I v in 1671, Bossuet fut reçu à l'Académie en remplacement de M. du Châtelet, et le discours qu'il prononça dans la ■plion vaut la peine qu'on s'y arrête.
S l'on en croit l'historien de l'Académie, Pellisson, c'est de eplion de Patru 1040 que date, à proprement parler, le ors académique. Le célèbre avocat prononça un remercient al on demeura si satisfait, qu'on a obligé tous ceux qui ont été reçus depuis d'en faire autant . Pellisson cite treize de ces remerciements, parmi lesquels celui de Corneille, qui est un chef-d'œuvre de gaucherie. Mais Je premier dis- - vraiment digne d'attention qui soit venu jusqu'à nous lui de Bossuet, reçu en 1671. Avant Fénelon, avant la ionc eu le mérite de donner au discours académique l'ampleur qu'il a conservée. Comme eux, d'ailleurs, i! a profité de l'occasion exceptionnelle qui s'offrait à lui d'exla langue et la littérature; il est vrai qu'il lis sa doctrine n'en est pas moins ^t a cette double importance de nous donner à la fois une théorie du style de Bossuet et une théorie du style tel que - du xvir3 -iècle l'ont conçu • Ainsi que le I i sa
ms quelle mesure i! • - fixer une
. toujours changeante et incertaine, et, en particulier, la lang nt nous voyons tous les jours . et qui devenait bai 1 rancemême le cours . Rome et Athènes seules étaient-ell «session de produire des ouvi '•nrn Qui ne voit qu'il fallait plutôt, pour la gloire de la nation, former la langue française, afin qu'on vit prendre à nos m ton plui ' plus vif, dans une phrase qui nous Ile, et qu'affrai, : sujétion d'être toujours de l'a; enfin aspirer .a la gloire et à la beauté des orig le but marqué; ; lels moyens employer pour l'atteindre? Bossuel ■■■ quelques ré- . s sur Tus des langues. Ou
sait que Vaugelas donnait comme fondement au langage ce qu'il appelait « le bel usage », c'est-à-dire l'usage de la cour, dirigé et corrigé par l'usage des meilleurs écrivains. Plus que lui, Bossuet est frappé delà nécessité de régler cet usage capricieux, d'en « réprimer les bizarreries», de « tempérer les dérèglements de cet empire trop populaire ». On sent ici, comme partout, l'homme d'autorité. Mais qui aura la difficile mission de diriger la liberté de l'usage, sans la contraindre? qui, sinon l'Académie, « conseil réglé et perpétuel, dont le crédit est établi par l'approbation publique »? — « Telle est donc l'institution de l'Académie; elle est née pour élever la langue française à la perfection de la langue grecque et de la langue latine. » Et comment réussira-t-elle dans cette entreprise? En donnant au public, à l'Europe entière, « cet ouvrage admirable..., ce trésor de la langue, si docte dans ses recherches, si judicieux dans ses remarques, si riche et si fertile dans ses expressions », le Dictionnaire. Fénelon n'attribue pas moins d'importance au Dictionnaire; mais, quand Fénelon écrit, le Dictionnaire a paru depuis longtemps (1694), et Bossuet parle vingt-trois ans avant la première édition.
La fonction propre de l'Académie étant ainsi définie, Bossuet caractérise, avec un rare bonheur d'expression, l'œuvre accomplie déjà par elle. Il faut citer tout ce passage :
Par vos travaux et par votre exemple, les véritables beautés du style se découvrent dans les ouvrages français, puisqu'on y voit la hardiesse qui convient à la liberté, mêlée à la retenue, qui est l'effet du jugement et du choix. La licence est restreinte par les préceptes; et toutefois vous prenez garde qu'une trop scrupuleuse régularité, qu'une délicatesse trop molle, n'éteigne le feu des esprits, et n'affaiblisse la vigueur du style. Ainsi nous pouvons dire que la justesse est devenue par vos soins le partage de notre langue, qui ne peut plus rien endurer ni d'affecté ni de bas : si bien qu'étant sortie des jeux de l'enfance et de l'ardeur d'une jeunesse emportée, formée par l'expérience et réglée par le bon sens, elle semble avoir atteint la perfection qui donne la consistance.
Quelle plus claire définition du génie ferme et raisonnable du xvne siècle ? Quelle vue plus lumineuse de l'histoire littéraire d'une époque qui a connu tour à tour et l'ardeur féconde, mais un peu déréglée, de la jeunesse, et la force apaisée de la maturité, où triomphe ce grand régulateur de la langue, « le bon sens »? Le style de Bossuet lui-même et de ses illustres contemporains, qu'est-ce autre chose qu'un heureux mélange de hardiesse et de retenue, à égale distance de l'affectation, qui est
l'-'in: semble de
qua: mitant Foi
- dis i :. la jus
irqné qae Bossuet mel sui toul en - Ire la délicatesse trop molle qui efféminerait le style, sting ; melon, qui, dans son discours de
. se montre touché surtout des qualités - et naturelles du style: « On a pris un genre d'écrire \turtl... Toute la perfection de l'art consiste rement la simple nature qu'on le prenne pour .. Le vrai sublime, dédaigneux de tous les ornements emprunt - s trouve que dans le simple. » Le simple, le natulimable, voilà des mots qui sont familiers à Fénelon, qui - B ssuet, plus majestueux et plus sévère. Si l'on | oint de vue, la comparaison des deux discours I ssuel . Fénelon suffit pour faire connales qui séparent les caractères, les œuvres et les omparaison ne serait pas défavorable à Bossuet, place entre le grand et le simple, qu'il unit, tanin réside trop exclusivement dans le
Au . fparés par l'idée qu'ils se forment
du st ,ii et Hossuet se rencontrent en plus d'un juge-
critique de détail, et l'auteur de la hetln à l'A-
- . savoué sans doute cette belle définition de L'éloquence ne se contente pas de plaire : soit ••tienne sa liberté natui • ndue de la
dans li i rte, elle prenne un vol plus hardi dans la - est-il véritable que l'éloquence n'est in?ei ou plutôt qu'elle n'est inspirée d'en haut que pour enflammer
I.' B asuet cite, à l'appui d saint | - l'auteur favori de Fénelon. Là pourtant encore
une ,; r la poésie comme pour la prose,
Bossu .- ger >]>■ la règle, et y voit
une limite et qu'un appui nécessaires; I Ion y verra une tyrannie. Il ie, mieux que lui, Bossuet personnifie le vrai le, dont la raison est la souveraine universellement i econnue.
BOSSUEÏ 21
Bossuet dans son diocèse de Mcanx ( 1 US 1- 1 ~0 l ). — La déclaration du clergé de France. — Les ouvrages de piété*
L'autorité de Bossuet s'affermissait à la cour ' et hors de la cour. C'est la période éclatante des oraisons funèbres, dont on se borne ici à indiquer la succession chronologique : 1669, Oraison de Henriette de France; — 1670, Oraison de Henriette d'Angleterre; — 1683, Oraison de Marie-Thérèse; — 1685, Oraison d'Anne de Gonzague; — 1686, Oraison de Michel Le ïellier; — 1687, Oraison de Condé.
Les deux premières oraisons seulement, celles des deux Henriette, ont été prononcées avant la nomination de Bossuet à l'évêché de Meaux (1681). Dans la péroraison de la dernière, Bossuet annonce qu'il va consacrer désormais à ses seules ouailles « les restes d'une voix qui tombe et d'une ardeur qui s'éteint ». Mais la période qui s'étend de 1681 à 1687 est une des plus brillantes de cette brillante carrière. Il est, après le roi, le grand inspirateur et directeur de l'assemblée du clergé de France, réunie en 1682 pour régler les démêlés survenus entre Louis XIV et le pape Innocent XII, au sujet des droits de
4. Je n'entends pas dire par là que Bossuet ait été proprement un prélat de cour; je sais qu'à la cour même il a montré quelque courage, par exemple vis-àvis de Mme de Montespan; mais, enfin, Bossuet n'est pas un Bourdaloue, et Sainte-Beuve n'a pas eu tort d'écrire : u 11 n'y a qu'une opinion sur le génie oratoire de Bossuet ; il y en a. il peut y en avoir deux sur son esprit, sur sa personne et son caractère. On a trouvé dans les papiers de Colbert la note suivante, qu'un correspondant bien informé adressait au ministre, au sujet de l'abbé Bossuet. alors âgé de trente-cinq ans (1662) : « Attaché aux jésuites et à ceux qui peuvent « faire sa fortune plutôt par intérêt que par inclination, car naturellement il est « assez libre, fin, railleur et se mettant fort au-dessus de beaucoup de choses. Ainsi. « lorsqu'il verra un parti qui con duit à la fortune, il y donnera, quel qu'il soit, et il « pourra servir utilement. » Quel qu'il soit n'est pas juste, et rien, dans la vie d^ Bossuet, n'autoriserait cette idée d'une ambition à tout prix. C'est un mot mis à la légère. D'ailleurs, l'information qu'on vient de lire et que le correspondant anonyme semble avoir donnée dans un esprit, non pas d'hostilité, mais de parfaite indifférence, n'a rien qui doive surprendre. Bossuet. d'abord attaché aux jésuites ou à leurs adhérents, puis lié avec les messieurs de Port-Royal, puis se tenant à distance et observant la neutralité, était assurément un politique : il ne se sentait pas de goût en général pour être du parti des disgraciés, des persécutes et des vaincus", il avait fort égard à la doctrine et aux opinions en faveur à la cour; il avait un faible pour tout ce qui régnait à Versailles; son esprit même, son talent, avait besoin, pour se déployer tout entier et atteindre à toute sa magnificence, de l'appui et du voisinage de l'autorité et de l'accompagnement de la fortune. » [Nouveaux Lundis, XII.)
- lai qui prononça iture sur
I iché a la déclaration de
infaillibilité personnelle tlu pape
uts soieni irréformablea, que
: de l'Église tout enti i ir les
i vraiment lechjefde 11
pourra bientôt,sans étonner personne,
lu :i' 'in de Père de l'Égl
ssi qu'il «ompose le Catéchisme de mmunion, les Méditations sur il les mysti s. I» slinées, non à être publiées, mais à édifier qu-lques communauté religieuses, les
ne sont ni des traités dogmati-
- mystiques. Ce sont les effusions d'une àmé
tendre h la fois - tireuse, les élans d'un esprit passion-
t, mais bien équilibré, qui s'abandonne sans
per. Les I divisées en s naines », semblent
plus proprement le caractère d'un ouvrage de piété;
la première au moins, sur l'unité et la perfection de
:andeur simple et grave, qui émeut. Au reste,
jusqu'il la théologie, Bossuet est poète. Veut-il nous faire
entendre ce qu'était l'âme bumaine avant que Dieu ait dé-
brouillé son cbaos et fécondé son néant, il voit, il peint ce
il le cbaos primitif de l'univers avant que Dieu eût sépar-'-
la terre des eaux et y eût fait briller sa lumière.
•ut-puissant, ô Dieu de sloir itre immense et volon-
- .-clés et ton: Uions ou révolu-
is regarde comme vous étiez avant tout coramence- -t-à-dire que je v. comme roui
/ ; la créature a chan.
.jjurs ce que vous êtes. Je lai ute créature, et ,
.1 avant tous les belle et riche aumône
'. le monde! Que la terre était pauvre sous les
;•• dans sa sécheresse avant que vous en eussiez fait
tant de frui mt la nais-
que vous l'eussiez comme tapissée d'herbes et de
/ couverte de tant d'animaux! Que
■ ii t qu'elle eût été
..-■- animé et de
.t que vous '
- 1 1 — ï 1 pauvre, avant que z semé d'é
.1 pour présider au jour, et la lune pour tait informe, et que le : ; lorsque la lumière lui manquait! Avant tout ce n'était qu'un pur néant!
BOSSUEï 23
toos, Seigneur, qui étiez et qui portiez tout en votre puissance, « vous n'avez fait qu'ouvrir votre main, et vous avez rempli de bénédictions » le ciel et la terre.
Les Méditations sont pleines de mouvements rapides de l'âme. 11 semble qu'on voie Bossuet méditer et prier. Elles sont pleines aussi de belles pensées, souvent frappées en beaux mois, presque en maximes :
Quand on a le cœur pur, on a l'œil lumineux, et l'intention droite... Il y a de feintes douceurs, des douceurs dédaigneuses, pleines d'une fierté cachée ; ostentation et affectation de douceur, plus désobligeante, plus insultante que l'aigreur déclarée... Ce qui rend l'esprit aigre, c'est qu'on répand sur les autres le venin et L'amertume qu'on a en soi-même. Lorsqu'on a l'esprit tranquille par la jouissance du vrai bien et par la joie d'une bonne conscience, comme on n'a rien d'amer en soi, on n'a que douceur pour les autres; la vraie marque de l'innocence, ou conservée, ou recouvrée, c'est la douceur... Il faut dans les paroles du chrétien une sainte vivacité ; il faut reprendre avec force, et quelquefois piquer jusqu'au vif, comme fait un grain de sel. Mais ne mettez point trop de sel ensemble : au lieu de piquer la langue pour réveiller l'appétit, vous mettriez en feu toute la bouche.
Pourtant, à ces observations piquantes, qui dénotent un moraliste, on préfère encore les passages où se révèle le cœur de Bossuet :
Le péché est le seul mal qu'on guérit en le pleurant. Pleurons sans fin, pécheurs, tant que nous sommes : que nos yeux soient changés en sources intarissables, dont le cours perpétuel creuse nos joues, comme parle le Psalmiste. La rémission des péchés est le fruit de ces précieuses larmes. Ah ! mille et mille fois heureux ceux qui pleurent leurs péchés, car ils seront consolés !
Mais ceux qui pleurent d'amour et de tendresse, qu'en dirons-nous? Heureux, mille fois heureux! Leur cœur se fond en eux-mêmes, comme parle l'Écriture, et semble vouloir s'écouler par leurs yeux. Qui me dira la cause de ces larmes? qui me la dira? Ceux qui les ont expérimentées souvent ne la peuvent dire, ni expliquer ce qui les touche. C'est tantôt la bonté d'un père ; c'est tantôt la condescendance d'un roi; c'est tantôt l'absence d'un époux; tantôt l'obscurité qu'il laisse dans l'âme lorsqu'il s'éloigne, et tantôt sa tendre voix lorsqu'il se rapproche et qu'il appelle sa fidèle épouse ; mais le plus souvent c'est je ne sais quoi qu'on ne peut dire.
C'est ainsi que Bossuet sait être à la fois moraliste profond et poète inspiré. Nulle part ce mélange si naturel et pourtant si rare n'est plus saisissable ni plus saisissant que dans ce Traité de la concupiscence, qui porte en sous-titre ces paroles de saint Jean : « N'aimez pas le monde , ni ce qui est dans le monde. » Toutes les sortes de concupiscences, c'est-à-dire d'attachement passionné, orgueilleux et vain aux choses de la terre,
1TTÉRATURE
udamnées avec une n< tteté impi-
ne craint
celle insatiable avidité de Bavoir
puéi île quand elle n'a pas pour bul de nous
utile à la vie humaine » : jusqu'à
bt immodéré de : , de la lecture, surtout delà
- romans, des comédies, des
-qu'aux ambitions misérables des paysans, >i inlrai-
s bancs d ins leurs paroisses ». Les beaux
bes, les poètes anciens et modernes, sont
en durement traités. Lui-même, le sévère Boileau»quia
si pas épargné :
: iU chrétiens prennent le même esprit : la relilus dans le dessein et dans la composition de leurs ou1 que d.: s'est mis lans l'esprit de mer les fem-
a-' s'il condamne le mariage, et s'il en éloigne mme un remède : pourvu qu'v.
=on humeur satirique, et qu'il fasse de
. s luvent très laides, il est content. Un autre
croira fort !>e.»u de mépriser l'homra - vanités et ses airs; il plaidera
ra en furme jusqu'à la raison, sans .. dont les restes sont encore si \\\
.A si heureusement renouvelés par : itk'n.
['auteur de la satire des Femmes, et cet « autre », l'auteur de la satire de VHomme, pourraient bien n'être qu'un - : mais relui qui attaque « en forme » laminent l'auteur de V Apologie de Raimond . Montaigne. On est tenté de plaider la cause du ade : mais on oublie de le faire quand ces rigueurs un mme attendries par L'épanchement spontané de l'imagination la plus vraimenl poétique :;ii soit au xvne siècle :
. chantez arec David :
lune et tes