‹ Cours de littérature (volume 3)Chapitre 94 sur 228 · La bonté, c'est le fond des natures augustes · texte numérisé non relu

La bonté, c'est le fond des natures augustes

D'une seule vertu Dieu fit le cœur des justes. Comme d'un seul saphir la coupole du ciel. (Victor H>

■2. Le 10 septembre 1685. Condé écrivait à Bossuet, qui l'avait remercié de lui avoir envoyé son fontainier à Germigny. maison de campagne des évèques de Meaux, pour instruire le prélat « dans les hydrauliques » et lui épargner à l'avenir des « àneries » : « Je suis ravi que vous soyez content de mon fontainier. Quand on ne peut pas rendre de grands services à ses amis, on est ravi du moins de leur en pouvoir rendre de plus petits; et comme il n'y a personne, si j'ose le dire, que j'aime mieux que vous, et que je suis assez malheureux pour n'avoir plus l'occasion

€ COURS DE LITTÉRATORE

qu'il a vu. ce qu'il a entendu, et qu'il le dit avec la précision du témoin autant qu'avec l'émotion de l'ami. « .'est la grandeur el le charme a la rois de cette oraison funèbre qu'on n*j puisse voir revivre Gondé eprésenler aussitôt près

de lui B ssu fu I il m pve, qui l'interroge et qui se souvient.

< «unie dans l'histoire, vhci. les contemporains

Il <-!l<'7. ltl»SS|H>'.

Le futur prince de Condé, quatrième fils de Henri II de Bourbon et d'un'- Montmorency, naquit à Paris le 8 septembre 1621. Après avoir passé sa première enfance dans le Berry, à liontrond, où il fortifia une santé d'abord peu robuste, il entra à huit ans au collège des jésuites de Bourges : là el ailleurs il apprit les langues anciennes, le droit romain, l'histoire, la philosophie, l'italien, les mathématiques, l'équitation et la danse; puis il acheva son éducation d'honnête homme aux hôtels de Condi Rambouillet. Quels furent les résultats de cet!»1

éducation, demandons-le aux contemporain- :

Ce prince a de l'esprit infiniment, el universel en toutes sortes de sciences, - langues et sait tout ce qu'il y a de plus beau en chacune, ayant beaucoup étudié et étudiant tous les jours, quoiqu'il s'occupe aussi à d'autres choses'... Mmp sa mère, Marguerite de Montmorency, qui avait été la beauté, la bonne grâce et la majesté de son s qui l'a été, pro-

portion] - -, jusqu'à sa mort, avait toujours un cercle des dames

les plus qualifiées et les plus spirituelles delà cour. irait tout ce

qu'il y a de plus galant, de plus bonnéte el de plus relevé par la naissain e el par le mérite. Le jeune prince commença à s'y plaire: i! s'y rendit autant qu'il le put, et y prit les cette honnête et galante

civilité qu'il a toujours eue, et qu'il conserve encore pour I

11 aimait Corneille, qui lui dédie sa Rodogune el qui écrit dans la déd C'est à votre illustre suffrage qu'elle est obligée

de tout ce qu'elle a reçu d'applaudissements. n Il sut coni-

ridérables, je suis ravi d'avoir quelque occasion d<; faire quelque chose qui pu re un peu de plai-ir. Dardez-le donc tant

qu'il vous sera un peu utile, et n'ayes aucun scrupule la-dessus. Je suis ravi de la a que >ou- avez j .t i -.- de travailler sans relâche I achever rotre o

J'ai une eitrème envie de le >oir: étant persuadé <] n i 1 sera t' ImirablenenJ beau... »

l. M - de Mont] rail* recueillis à la suite des Mémoires.

- I- res.

prendre et aimer aussi Racine, qu'il défendit dans la querelle de Phèdre, au point de faire savoir au duc de Nevers qu'il vengerait comme faites à lui-même les insultes qu'on s'aviserait de faire à deux hommes d'esprit qu'il aimait et qu'il prenait sous sa protection. Le second de ces hommes d'esprit était Boileau, dont les Ëpitres donnent à Condé plus d'une louange magnifique ou délicate. On sait quelle reconnaissance Molière croyait devoir au prince qui faisait jouer chez lui Tartuffe interdit1. Mais si l'on avait pu cultiver cet esprit, on n'avait pu dompter ce caractère. Lui-même la Bruyère, familier de Chantilly, qui trace son portrait sous le nom d'.F^mile dans son chapitre du Mérite personnel, en lui accordant « une âme de premier ordre, pleine de ressources et de lumières », regrette qu'il lui ait manqué « les moindres vertus ». Son amie M119 de Montpensier, qui peint avec complaisance « sa mine haute et relevée, ses yeux fiers et vifs », est obligée de convenir qu'il est « quelquefois chagrin, colère, et même emporté ». Le marquis de la Fare, moins discret, assure qu'il était « furieux de son naturel ». Bussy, qui a été son lieutenant, ne le traite guère mieux : « 11 avait de la foi et de la probité aux grandes occasions, et il était né insolent et sans égards; mais l'adversité lui avait appris à vivre. » C'est le Condé encore heureux que Lionne caractérise en disant : « S'il arrive qu'on lui refuse une simple bagatelle, alors il n'est plus maître lui-même de ses mouvements ni de ses actions. »

Ces défauts du caractère ne devaient produire leurs effets que plus tard. On ne les verra pas ou on les pardonnera facilement chez le jeune capitaine qui fait ses premières armes à dix-neuf ans, au siège d'Arras, et qui, bientôt après, triomphe à Rocroy (19 mai 1643), à Fribourg, à Xordlingen, à Dunkerque, à Lens. Alors on ne prenait plus garde à ce nez aqui-

1. « Huit jours après qu'elle la comédie de Tartuffe) eut été défendue, on représenta devant la cour une pièce intitulée : Scaramouche ermite, et le roi. en sortant, dit au grand prince que je veux dire : « Je voudrais bien savoir pourquoi « les gens qui se scandalisent si fort de la comédie de Molière ne disent rien de « celle de Scaramouche. » A quoi le prince répondit : « La raison de cela, c'est « que la comédie de Scaramouche joue le ciel et la religion, dont ces messieurs-là « ne se soucient point; mais celle de Molière les joue eux-mêmes : c'est ce qu'ils ■« ne peuvent souffrir. » (Molière, préface de Tartuffe."} Dans les notes de son édition des Oraisons funèbres, M. Rébelliau cite un curieux jugement des mémoires latins de Daniel Huet sur la science universelle du prince et sur sa passion pour la lecture. Le duc d'Aumale nous a fait connaître Condé amateur d'art, collectionneur de tableaux et de livres. Malebranche respectait les jugements de Condé « comme des arrêts décisifs, comme ceux de la personne la plus éclairée et la plus équitable qu'il connaisse. » On appelait Chantilly recueil des mauvais livres.

lin U bouche trop grande, nts mal rangées

p saillantes : o On eûl «lit qu'un nouvel esprit ranimait,

et qu'il devenait loi-même le dieu de la guerre1. » C'esl alors la

physionomie de l'aigle : 1 - - ésente d'elle-même

pille connut' à celui de Bussj. Celui-ci,

qui le us les Lranché ises autour de Mai-

diek : i la main, le poignet de sa chemise ensan-

\ a i t voir « un de ces tableaux où le peintre a fait un

effort d'imagination pour bien représenter un Mars dans la

chaleur du combat ». Mais, au lendemain de ces joui

ses, tans les «es de la vie, le héros s'y dé-

battait misérablement. Richelieu l'avait contraint à épouser sa mence de Maillé-Bi ; il n'avait obéi qu'en frémissant. Mazarin 1 - ge, lui fournit même l'occasion de vaincre et d'illustrer les débuts de la régence, mais se déûa toujours de lui, et, lassé de ses orgueilleux dédains, finit par jeter dans le parti des frondeurs c^lui qui, dans la pre- Fronde. avait commandé l'armée de la cour, alors. que son frère le prince de Gonti et sa sœur Mm- de Longueville fermaient dans Paris qu'il assiégeait, [ni suivit, l'emprisonnement et la délivrance des princes. la guerre civile, la chevauchée d'Agen à Bléneau, la bataille du faubourg Saint-Antoine, le massacre de l'Hôtel de ville, la second- rentrée de la cour à Paris, le départ de Condé pour les B is, où il n'est pins qu'une sorte de condottiere au service de l'étranger, comme ce Charles de Lorraine qui vivait de I dont la vie aventureuse l'avait tenté plus d'une fois, la pai s, la longue inaction à laquelle le condamne Jance du roi, les dernières campagnes en Franche-Comté et en Hollande, la retraite finale à Chantilly, on n'a nul besoin d'y insister ici, et parce que c'est de l'histoire, et parce que histoire a été racontée pu Bossuet de façon à décourales historiens. Pendant tout ce temps, sa figure est diversement éclairée, selon qu'il se bat ou négocie, car ce soldat d médiocre politique. Metz, politique avant tout, lui remanquer d'esprit de suite. Il lui est arrivé parm inquer même de droiture, quand il s'est abandonné a certaines influences équivoques, liais il ne semble pas ait jamais manqué de cœur, et l'on a plaisir à apprendre ontemporains que, les jouir- même de bataille, il était

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