En 170i, il publia sa Version du JVouveau Testament
Les dernières années de cette vie si active se passèrent à Meaux et furent occupées par une correspondance avec Leibnilz, c'est-à-dire avec les protestants éclairés, qu'il s'efforça en vain de faire rentrer dans le giron de l'Église catholique ^ par des Avertissements aux protestants, surtout par le soin desalfaire§ diocésaines, dont Bossuet ne dédaignait aucun détail. Il prêchait encore, mais ce n'étaient plus ces mâles et amples sermons que, jeune, il prononçait devant la cour, c'étaient des homélies familières où s'épanchait son cœur. En avril 1702, il prêcha pendant deux heures, puis, fatigué, il se coucha, et l'on vit les paroissiens qui venaient de l'entendre, groupés autour de son lit, recueillir de sa bouche la fin de ses instructions pastorales. 11 mourut le 12 avril 1704, âgé de seixante-dix-sept ans.
Mais cette dernière période de sa vie a été remplie aussi — comme la période précédente d'ailleurs — par une correspondance qui a été pour Bossuet un puissant moyen d'action sur les âmes, et qu'à ce litre on ne peut négliger. Ne cherchons point ici le charme tout personnel des lettres d'une Sévigné ou d'un Fénelon^. Bossuet n'écrit pas pour communiquer ses propres sentiments, mais pour fortifier, s'il y a lieu, ou combattre ceux des autres; il ne songe point à se faire valoir, mais à faire valoir les vérités qu'il expose. Ses lettres sont uniformément simples et graves, soit qu'il envoie à l'abbé de Rancé « deux oraisons funèbres, qui, parce qu'elles font voir le néant du monde, peuvent avoir place parmi les livres d'un solitaire, et qu'en tout cas il peut regarder comme deux têtes de mort assez touchantes ^ »; soit que, sur la manière de traiter les protestants, il soutienne une opinion assez différente de celle du féroce Bâville *; soit qu'il plaide avec éloquence près de Louis XIV la cause des peuples ruinés par la guerre et les impôts :
Je n'ignore pas, Sire, combien il est difficile de leur donner ce soulagement au milieu d'une grande guerre, où vous êtes obligé à des dépenses si extraordinaires, et pour résister à vos ennemis et pour conserver vos alliés. Mais la
i. « Quand je me mets, disait Leibnitz, ù examiner les raisons de M. de Meaux en logicien et en calculateur, elles s'évanouissent de mes mains. »
2. w Très différentes des lettres de Bossuet, qui sont surtout des lettres d'affaires, fort utiles sans doute, mais non pas indispensables à la connaisance de son caractère, les lettres de Pénelon, toutes personnelles, sans excepter les lettres de direction et de spiritualité, sont vraiment l'homme même, et l'homme tout entier. » (Brdnetière, HistQfre et littérature, II.)