Il accuse, par exemple, Vaudace à mentir de Fénelon
(langer des querelles trop subtiles de théologie. A plusieurs reprises il avertit Bossuet qu'ils sont tous deux « l'objet de la dérision des impies » ; il appelle son attention sur u le scandale qui trouble la maison de Dieu et qui fait triompher tant d'hérétiques et de libertins ». Plus d'une fois aussi Bossuet répond à cet argument, mais toujours en l'éludant. Voltaire pourtant était déjà né.
Dernières années de Bossuet. — Sa correspondance.
11 ne faut ni s'indigner ni s'étonner même du ton pris dès l'abord et soutenu jusqu'au bout par Bossuet dans cette querelle. Dès qu'il y allait de la foi, il prenait la foudre en main» et l'on a vu, par l'affaire du P. Calfaro, qu'à ses yeux il y allait souvent de la foi. Dans sa querelle avec un autre religieux, l'illustre Malebranche, il disait, avec celte solennité qui lui est naturelle : « Ces mots vous étonneront, mais je ne les dis pas en l'air: je parle sous les yeux de Dieu et dans la vue de son jugement redoutable, comme un évoque qui doit veiller à la conservation de la foi*. » Un autre oratorien, Richard Simon, laborieux érudit, fît paraître en 1678L un gros ouvrage, VHistoire critique du Vieux Testament : il y transformait la vieille exégèse et y créait la critique des textes sacrés. Avant que l'ouvrage parût, Bossuet eut connaissance de la préface et de la table des matières. C'était le jeudi saint. Ce jour-là même Bossuet court chez le chancelier Michel le Tellier. Ordre est donné au lieutenant de police de saisir le livre chez Timprimeur et d'en faire briller tous les exemplaires par la main du bourreau. Exclu de rOratoire, Richard Simon dut faire publier en Hollande, sous un pseudonyme, les livres qui complétèrent son œuvre de science modeste et profonde 2. Ce fut l'étranger, et en particulier l'Allemagne, qui recueillit le fruit d'une entreprise toute française. Au reste, Bossuet se croyait si bien investi du droit de veiller à la protection de la foi orthodoxe, qu'il l'exerçait à l'égard des étrangers eux-mômes; c'est ainsi qu'il fit saisir et interdire en France l'ouvrage de Roccaberti.
1. « Bossuet et Louis XIV ! le dernier grand rot non parvenu qui trône, le dernier grand théologien reconnu et qui fasse oracle. » (Sainte-Beuve.) •