‹ Cours de littérature (volume 4)Chapitre 110 sur 178 · III, ch. icr · texte numérisé non relu

III, ch. icr

Lavamj;i:. — Histoire de la maison royale de Saint-Cyr; ISfjS.

— Une Supercherie Uttilraire dévoilée : Revue des Deux Mondes, 15 janv.

— f^a Famille dWuhirjné et UEnfance de Af'»c de Maintenon; Ploii»

1863, in-S".

LiTTiiÉ. — Littérature et Histoire; Didier, 1850, in-8o, p. 1-50. Marion. — Revue pédaijoqique, 15 doc. 1884, t. H, p. 481 et suiv. Mahtin (IIeniu). — Histoire de France; Fume, in-8«; 7o partie, t. XIII

et XIV, ch. i.xxxv, lxxxvi.

MionKi-ET. — Histoire de France; Chamerot, 111-80; t. XIII. NisARi». — Mélanges et Portraits t t. II, 97.

— Histoire de la littérature française; Didot, t. III.

NoAiLLES (De). — Histoire de M""" de Maintenon; Comon, 18i8-1853,

4 iu-80.

RoussKLOT. — Histoire de l'éducation des femmes; Perrin, in-12, 1885,

t. II.

Sainte-Beuve. — Premiers lAindis; 3 in-12, Michel Lévy, 1874; t. 1",

— Causeries du lundi; Garnier, ia-12; IIÎ, 50 h 03 et 72 k 77 ; IV, 369

à 388; V, 410 à 440; VIII, 473 à 493; XI, 105 à 120.

— Port-Rnyal; Hachette, iii-12, passim. Cf. la table du t. VII. Saim-.Maug (iiHAni)iN. — /.-,/. Rousseau, sa Vie et ses Œuvres ; Cahmann-

Lévy, iu-12; t. H, p. 209 h. 226.

Saint-Si.mo.n. — Mémoires, édit. Cliérucl ; Hachette. Voir la table du t. XIII.

— Par(dlél(t des /rois premiers Bourljons.

SciiKr.EiL — Ktadcs de littérature contemporaine ; Calmann-L(3vy, in- 12; t. IX, p. 107 à 175.

Sée (Camille). — L'Université et M»"" de Maintenon; Cerf, 1894, in-8'>.

r/". F nsci finement srcondaire des jeunes filles; Cerf, mai, juiu,

jiiill.'t 1S93.

Si'.vK.M';. -- Lettres des L3 janvior, 26 février 1672, 4 dc^c. 1673, etc.

r/. i.i t.il)I<Mlo l'édition iMoninnniué, Hachette. , Taiml\m;l. -- La HeniOHcUe et Saint-Cyr; Pion, in-80, 1898. TiioLLiKi. — Iji Littérature é.pistolaire au dix-sepliéme siècle, t. VI,

ch. II, <lo Vllistoire de la littérature française dirigr^e par Petit

«le .luilcvillc^; Colin, in-H".

VoLTAinE. — Siècle de Louis XIV, ch. xxvii, et supplément au Siècle

(!'• Louis XIV, 3*- p.'irtio.

— Corrcspo/uloncc, lettres iï d'Arf,'ental, 22 nov. et 18 déc. 1752; 15,

25 juin, 9 juillet nr.O; à Formey, 17 janv. 1753, etc. Cf. la t.ihN' de l'édit. IJeugnot.

JUGEMENTS

C'était une femme d'esprit et de beaucoup d'agréments, que le beau monde, la galanterie, les intrigues, tant pour soi que pour autrui, avaient fort polie; toujours cherchant à plaire, avec beaucoup de grâces en tout ce qu'elle disait et faisait, en un langage doux, juste, en bons termes, naturellement éloquent et court, d'un air d'aisance et toujours de retenue et de respect, que sa longue bassesse lui avait rendu naturel. Son beau temps avait été celui des belles conversations et ce qu'on appelait le temps des ruelles et de la belle galanterie. Cette sorte d'esprit lui demeura toujours, avec une forte teinte de précieux et de guindé qu'elle avait prise de son état de gouvernante. Le vernis de son importance l'augmenta, et celui de j^ la dévotion qui la servit si bien fit semblant d'absorber tout le reste. Ce dernier lui était capital pour la maintenir où il l'avait portée et pour gouverner. Ce fut aussi à cet être de dévotion qu'elle immola tout le reste. La droiture et la franchise étaient trop difficiles à accorder avec sa situation et ses vues pour en retenir plus que la parure; elle n'était pas aussi tellement fausse que ce fût son caractère ni son goût, mais la nécessité de ses anciennes intrigues et sa légèreté naturelle l'y avaient formée : légèreté si grande qu'elle la faisait paraître fausse au double de ce qu'elle l'était, et souvent en bien des occasions et des choses où elle ne l'était pas : elle n'avait de suite en rien que par cotitrainte ou par force ; son goût était de voltiger en connaissances, en amis, en amusements; et comme il n'y eut plus d'amusements depuis qu'elle fut reine, son inégalité tomba toute sur les gens et sur les affaires. Ce qu'elle approuvait, même ce qu'elle conseillait hier, souvent elle le trouvait mauvais aujourd'hui, et il se fallait bien garder de lui faire sentir sa variation : elle s'engouait aisément des personnes dès la première fois qu'elle les voyait en particulier, et se répandait avec une ouverture surprenante et qui ouvrait les plus grandes espérances. Dès la seconde audience, elle s'importunait de cette même personne, fort ordinairement devenait sèche, cou*

8 coulis DE LITTÉnATUUE

pait court. On se tourmentait à chercher la cause de ce changement sans la pouvoir trouver. C'était uniquement sa légèreté et son inégalité naturelle. C'était ce qui rendait sa petite cour si pénible et si difficile au très petit nombre de personnes qui l'approchaient et aux ministres, dans l'exacte clôture où son goiH et celui du roi la tenait sans cesse enfermée et inaccessible; qui rendait ses audiences à obtenir si rares et si difdcilcs, outre le temps infini qu'elle perdait en écritures à faire et à lire des délations et des directions de couvents, môme de diocèses; c'était son goût favori. Elle se croyait une mère de l'Eglise et la directrice de la cour. L'abjection et la détresse de sa première vie lui avait rétréci l'esprit et avili les sentiments tellement qu'elle pensa toute sa vie si fort en petit qu'elle fut toujours au-dessous même de la Scarron. Rien n'était si rebutant que cette bassesse jointe à un état si radieux, et rien aussi n'était si destructif de tout bien, comme rien de plus embarrassant et de plus dangereux que cette vacillité perpétuelle d'esprit en gens et en affaires. Elle eut encore la faiblesse d'être gouvernée par la confiance, mieux encore par les confessions qu'elle s'attirait, mais que sa mutabilité ne laissait pas durer longt(;inps. Sa clôture la tint dans une ignorance profonde, croyant être informée de tout par les délations qu'elle entrelenait et qui la conduisirent sans cesse et très grossièrement de duperies en duperies. 11 y aurait bien des choses à ajouter à ce singulier caractère, mais ce qui vient d'en être dit suffira pour entendre les artifices de son gouvernement actif et passif.

Saint-Simon, Varallùlc des trois premiers liourbom;

Hachette.

Il y a des lettres d'elle où Fart embellit le naturel et dont le stylcesL très élégant... Elle est auteur comme W^° de Sévigné, parce <iu'on a imprimé ses lettres après sa mort. Les unes et les autres sont écritiîs avec beaucoup d'esprit, mais avec un esj)rit (iitlërent. Le cœur et l'imagifiation ont dicté celles de M'"" de Sévigné; elles ont plus de gaieté, plus de liberté : celles de M'"« de Maintenon sont plus contraintes; il semble qu'elle ait toujours prévu qu'elles seraient un jour publiques. M"*" de Sévigné, en écrivant à sa fille, n'écrivait que pour sa fille.

VoLTAïuK, Siècle de Louis XIV, ch. xxvi, et Catalogue des écrivains.

Je persiste à trouver que cette femme n'était point fausse; mais elle était sèche, austère, insensible, sans passion ; elle raconte tous les événements de ce temps-là, qui étaient affreux pour la France et pour l'Espagne, comme si elle n'y avait pas un intérêt particulier ; elle a plus Tair de Tennui que de l'intérêt; ses lettres sont réfléchies; il y a beaucoup d'esprit, d'un style fort simple ;* mais elles ne sont point animées, et il s'en faut qu'elles soient aussi agréables que celles de M™« de Sévigné. Tout est passion, tout est en action dans celles de cette dernière; elle prend part à tout, tout l'affecte, tout l'intéresse. M™° de Maintenon, tout au contraire, raconte les plus grands événements, où elle jouait un rôle, avec le plus parfait sangfroid : on voit qu'elle n'aimait ni le roi, ni ses amis, ni ses parents, ni même sa place. Sans sentiment, sans imagination, elle ne se fait point d'illusions ; elle connaît la valeur intrinsèque de toutes choses, elle s'ennuie^ la vie, et elle dit : « Il n'y a que la mort qui termine nettement les chagrins et les malheurs. » Un autre trait d'elle qui m'a fait plaisir : « Il y a dans la droiture autant d'habileté que de vertu. » Il me reste de cette lecture beaucoup d'opinion de son esprit, peu d'estime de son cœur, et nul goût pour sa personne ; mais, je le dis, je persiste à ne la pas croire fausse... Elle n'était point aimable, parce qu'elle était triste et indifférente; sa dévotion avait nui à son esprit et gâté son discernement; elle s'était laissé conduire par les circonstances. Elle n'était point hypocrite ; sa dévotion était petite et minutieuse. Elle avait le malheur d'être sujette à l'ennui; mais, à tout prendre, c'était une femme qui avait naturellement l'esprit très philosophique et très éloigné, à ce qu'il me semble, de fausseté et de manège.

M^e DU Deffand, lettres à Walpole, 21 mars 1768

et 17 février 1773.

Si quelqu'un pouvait'être mis en parallèle avec M"*® de.Sévigné pour le genre épistolaire, ce serait M"*® de Maintenon. Ses lettres sont plus pensées, elles ont plus de suite, plus d'exactitude et une élégance plus soutenue ; elles portent partout Tex-

pression touchante du sentiment et le caractère d'une âme tendre * ; mais elles n'ont ni la gaieté, ni le feu, ni la variété, ni le brillant de celles de M"^° de Sévigné.

Grimm, Correspondance, 19 juin i7i)4.

M»"« de Maintenon est une des femmes à qui les femmes, (;n général, rendent le moins de justice. C'est en vain que, dans ces derniers temps, deux femmes célèbres ont voulu la rélia- '= biliter; W^^ de Genlis et M°^° Suard ont perdu les frais de leur \ imagination et de leurs recherches; et le roman et l'histoire ont échoué contre des préventions aussi obstinées. M'"^ de Maintenon n'eut-elle pas cependant les qualités que les femm(!S envient le plus, et dont elles sont le plus Hères? Ne fut-elle pas très belle et très spirituelle? Ne fut-elle pas aussi vertueuse que les plus difliciles d'entre elles l'exigent?... Mais, disent-elles, , M"'° de Maintenon fut ambitieuse. Cela est possible, mais je n'aurais pas cru les femmes si implacables là-dessus; j'aurais même soupçonné qu'une ambition couronnée d'un si brillant succès, dont l'éclat rejaillit, pour ainsi dire, sur elles, et prouve jiis(|u'ori peut aller leur ascendant et leur empire, les dispos(irait à en ôlre plutôt flattées que révoltées. Mais, ajoutent-elles, et c'est ici la terrible accusation, elle ne fut pas sensible! Kn sont-elles bien sûres? Tout ce que je puis dire, c'est que c'est un point toujours fort difficile à éclaircir, et il me semble que (le l)elles (;t incontestables qualités et un mérite vraiment supéri(;ur devraient protéger la mémoire de M'"^ de Maintenon contre une accusation toujours incertaine et douteuse... Je ne l)r(';ten(ls [)as (jue M'"° de Maintenon n'ait jamais eu ni erreurs ni pr«'îV(;nti()ns; (;t si c'est parce qu'elle ne fut pas parfaite que les feninies ne l'ainKinl ])as, ne l'estiment pas, je n'ai rien à dire.

1)k Fklktz, Mélanges, t. V.

Je suis p«M'suadé (|U(i Duclos a très l)i(Mi jugi'^ M"'*' de Maintenon : il avnii(3 (ju'cîlle a été calorufiièe; il lui riîconnaît (piehpnvs vertus vraies; mais 11 convient aussi qu'elle en avait beaucouj)

1. C»' jupiMiiPiit est :tii moins orîffin.il : il f.nit »*lro ;ill<Mu.in(l pour trouver ou pour iiioltro tant de teudres.-»»? dans les liîttros de M"" de Maintenon.

MADAME DE MAlNTENON 61

de fausses et d'affectées; qu'elle avait une ambition insatiable, un orgueil excessif, un fonds d'ingratitude, et fort peu d'attachement pour le roi.

Hoffmann, Œuvres, t. V.

Elle est de celles que de loin on traite assez mal, mais qu'on n'aborde pas de près impunément. Elle impose par un ton de simplicité noble et de dignité discrète ; elle plaît par le tour parfait et piquant qu'elle sait donner à la justesse. 11 y a des moments même où l'on dirait qu'elle charme ; mais, dès qu'on la quitte, ce charme ne tient pas, et l'on reprend de la prévention contre sa personne.

Sainte-Beuve, Lundis, t. IV; Garnier.

Nous tacherions de la peindre fidèlement, sans ressentir aucune sympathie pour celle qui jamais ne consulta ni le devoir ni son cœur, mais l'opinion ; ne poursuivit qu'un seul et bien misérable objet, la considération; feignant de prendre le plaisir d un roi pour la volonté de Dieu; sans vertu à la fois et sans amour, victime volontaire, et par conséquent peu intéressante, de ce tyran vulgaire qu'on appelle les convenances du monde.

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