Lettre du 20 septembre
Lcancoiip mieux. Il a dans sa place et dans son naturel de grands pièges et d(î jîriindds vcasouiccs. La religion, qui lui attire des critiques, est le seul iippui soli'lc pour U; soutenir ; quand il la prendra par le fond, sans scrupnîu sur les minuti«.'s, elle le comblera de consolation et de gloire. Au nom de Dieu, qu'il ne se laisse gouverner ni par vous, ni par moi, ni par aucune personne du monde! » Dans une lettre du 15 février précédent, Fénolon était encore mécontent et très en méfiance : « Ne vous contenterez-vous pas, écrivait-il au duc de Ghevreuse, des belles maximes en spéculation et des bons propos de V.V, (dnc de Hourgogne) ? Il se paye et s'éblouit lui-même de ces bons propos; va^'uus. On dit ([u'il est toujours également facile, faible, rempli de puérilités, trop alhiché à la table, trop renfermé. On ajoute qu'il demeure content de sa vit; obscure, dans l'avilissement et dans le mépris public. On dit que yi^^ la (lucbess»' <lo Bourgogne fait fort bien pour le soutenir, mai» qu'il esl bonteux qu'il ail l)(3Soin d'être soutenu par elle... »
l):ins loH nonibrcMises b'ilros de Fénelon oi'i 11 parle du prince, il y a deux parts à faire : celle d»i l'fipiuion même de Fénelon et des reproches ou des conseils (ju'illui adresse, et celle de l'opinion publique, qu'il recueille avec anxiété à son sujet et dont il se fait Técho direct et presque offensant, pour l'avertir, le prémunir et l'obliger à en tenir compte. Fénelon ne croit donc pas tout ce qu'il ra[)porlo, mais il juge d(î son devon* d'en informer le jeune prince, pour qu'il avise à conjurer ces faux bruits et à détruire ces préventions injuricuscH <le r()])inion, de laciuelle, câpres tout, dépendent même les grands de la terre. 8i (|u<!l(pie chose pouvait être nécessaire pour convaincre de la profonde sincérilé chrétienne de Fénelon et do sa haute rectitude morale, celte correspondance avec le duc de Bourgogne ou «^ sou sujet suffirait à en donner la pr^'uvc ; rar, au point de vue liumain et k celui de la cour, il n'est rien de plu^v vif, de i)lus désobligeant, de plus blessant même ni de i»lus dpre en fait de vérité : il n'y a rien là qui tende à ménag(^r et U prolonger le crédit par aucune flatterie ni louange. Il fallait ({ue le duc de Bourgogne ciU été bien maté et dompté dans sa nature première pour ne ))as regimber contre de tels avis, qui entraient plus avant que l'épiderme et qui piquaient jusqu'au cceur'.
Le point d('îlicat, c'est de savoir si c'est la nature de prînco ou réducalion donnée par Fénelon qui doit être déclarée responsable de certaines puérilités ou défaillances. M. Nisard a vite tranché la question en afiirmant que réducation est responsable de tout. Du vivant même de Fénelon, plus d'un Taflirmait dj'-Jà, et Fénelon n'i^^norait pas le reproche, puisqu'il l'écarté en affectant de le mépriser.
Il me revient [lar le bruit public qu'on dit que vous vous ressentez de Téducalion ({u'on vous a donnée ; (pie vous avez une dévoUon faible, timide et scrupuleuse sur des l)agatelle<«, pendant que vous négligez l'essentiel pour Soutenir la grandeur d<3 votre rang et la gloire des armées du roi. On ajoute (jue Vous éle>< amusé, inappliqué, irrésolu ; que Vous n'aimez «{u'unc vie particulière et ol)S(uire ; que votre goiU vous éloigne des gens qui ont de l'élévati(»n et de Tandace ; que vous vous accoutumez mieux do donner votre confiance <\ des esprits faibles et craintifs, <{ui ne peuvent vous donner que dca Conseils déshonorant^*. On assure que vous ne voulez jamais rien hasarder,
i. 0. Grcard, l'Éducation des femmes par les fcuimet.
ni engager aucun combat, sans une pleine sûreté que Totre armée sera victoriçuse ; et que cette recherche d'une sûreté impossible tous fait temporiser et perdre îéS plus importantes occasions. Je suis très convaincu, Monseigneur, que la vérité dC? ^^^^ ^^^ entièrement contraire à ces téméraires discours ;> mais il s'agit do détromper cé'Jî ««^ ^^ «ont prévenus. On dit même que vo* maximes scrupuleuses vont jusqu'à ralentir y?!'^^ zèle pour la çonservatipiï des conquêtes du roi, et Ton ne manque pas d'attribuer ce scrupuieaux instructions que je vous ai données dans votre enfance. Vous savez, Montel" gnour, combien j'ai toujours été éloigné de vouloir vous inspirer de tels sentiments ; mais il ne s'agit nullement de moi, qui ne mérite d'être compté pour rien : il s'agit de l'État et des armes du roi, que je "suis sûr que vous voulez soutenir avec toute la fermeté et la vigueur possibles i.
Fénelon dresse là, pour ainsi dire, le catalogue des griefs du public. c( de plus en plus déchaîné » contre le duc, « jusque dans les gazettes ». Il le reprend souvent ailleurs par le détail. Le prince a, dit-on, « une dévotion sombre, timide, scrupuleuse » ; il la faut rendre douce, simple, commode, sociable, car t< un grand prince ne doit pas servir Dieu de la môme façon qu'un simple particulier... » et ne saurait, à la cour ou îi l'armée, « régler les hommes comme des religieux ». Est-ce Fénelon qui la lui a inspirée? Ce qui est certain, c'est qu'il ne cesse de lui recommander une piété qui convienne à son état et qui lui élargisse le cœur. L'a-t-il fait toujours, et ne s'aperçut-il pas un peu tard qu'il avait à élever un prince, non un novice? Qui peut le savoir ? Tout au plus est-on en droitde conjecturer que les ecclésiastiques ne sont peut-être pas les meilleurs précepteurs des princes, car ils veulent tous préparer « des fils de saint Louis », et saint Louis est une exception.; parmi les rois.
Le public reproche ensuite au jeune duc son caractère irrésolu, faible et renfermé. Lui-même, le duc reconnaît ce qu'il y a d'indécis dans son caractère' ; il avoue aussi, sans le savoir,. ce qu'il y a de faible, en le consultant, dans cette même lettre,, sur ce point grave : est -il « absolument mal de loger dans, une abbaye de filles » ? Ailleurs il écrit qu'il pardonne à ceux, qui lui veulent et lui font du mal et prie pour eux tous lesjours de sa vie, même les jours de bataille. Cette charité chrétienne de l'élève dépasse, je le crains, celle du précepteur.. Mais le précepteur n'y est-il pour rien ? Je me le demande lorsque je le vois recommander avant tout h chacun de sesamis ou de ses pénitents de vivre avec les hommes comme-