Eracuer, annuler
2. « C'est une grande habileté de la part de Fénelon, de s'être ainsi placé entra deux personnagi's d'opinions contraires et également exagérées : le personnaipe B est amoureux du langage IJeuri et des enjolivements du style acudcmique • C a» contraire, voudrait presque réduire toute l'éloquence de Ja chaire à la dialectique. 1 ous deux semblent représenter ici deux écoles rivales qui agitèrent le xvii» ■iècle de leurs querelles, les jésuites et Port-Royal. » (Despois.)
pourvu que les prédicateurs ne soient pas plus ornés dans leurs discours que saint Pierre, saint Paul, saint Jacques, saint Jude et saint Jean? » G convient qu'il le doit être, et nous comprenons qu'il le soit ; mais le sommes-nous? Imposer aux prédicateurs du XVII® siècle la simplicité. nue de l'homélie apostolique, reconnaître en ces entretiens courts et familiers, soutenus d'une action grave, la forme la plus parfaite du sermon, c'est vouloir en vain ressaisir une éloquence qui a eu ses raisons d'être, dont l'étude et même, en quelque mesure, l'imitation peuvent être fort utiles à l'orateur chrétien, mais qui ne saurait tout entière revivre au temps d'un Bossuet prêchant à la cour d'un Louis XIV.
Imiter sans scrupule « ou plutôt emprunter » l'éloquence de l'Écriture et des Pères, ce serait imiter les plus parfaits modèles d'éloquence. Nul doute que Fénelon n'ait raison au fond, du moins en ce qui concerne l'éloquence chrétienne. Mais combien périlleux peuvent devenir ces emprunts dont on ne définit pas assez nettement les conditions et la mesure! Ne serrons pas de trop près pourtant la pensée de Fénelon, et plaçons-nous au point de vue où il se plaçait. Aux prédicateurs frivoles qui font de la parole de Dieu la parole et l'invention des hommes, il voulait rappeler la naïveté et la grandeur de l'Écriture, qu'il loue dans une belle page. A ceux qui s'attachent trop aux peintures morales il voulait faire comprendre que les sermons chrétiens ne doivent pas être « des raisonnements de philosophes >>. On ne l'accusera pas, du moins, de manquer de clairvoyance : le grave danger qui menaçait l'éloquence de la chaire d'une décadence prochaine, il l'aperçoit, il le dénonce avant la Bruyère, avec Bossuet, qui écrit aussi : « On n'enseigne plus les mystères, on se tient dans les généralités et dans la morale. » Cette éloquence, pour ainsi dire laïcisée, d'un Massillon, il la pressentait, et voilà pourquoi, se rejetant en arrière, remontant à l'Écriture et aux Pères, qui sont « les canaux de la tradition », il faisait de ceux-ci un éloge sans réserves, leur accordant non seulement l'autorité de la doctrine, mais la politesse de l'esprit et du caractère.
Ce sont nos maîtres. C'étaient des esprits très élevés, de grandes âmes pleines de sentiments héroïques, des gens qui avaient une expérience merveilleuse des esprits et des moeurs des hommes, qui avaient acquis une grande autorité, et une grande facilité de parler. On voit même qu'ils étaient très polis, c'est-à-dire parfaitement instruits de toutes les bienséances, soit pour écrire, soit pour parler en public, soit pour converser familièrement,
Hoit pour remplir toutes les fonctions de la vie civile. Sans doute, tout cela devait les rendre fort éloquents et fort propres à p:agncr les hommes. Aussi trouve-t-on dans leurs écrits une politesse, non seulement de paroles, mais de sentiments et de mœurs, qu'on ne trouve point ànns les écriyalns des siècles suivants. Celte politesse, qui s'accorde très bien avec la simplicitéi et qui les rendait gracieux et insinuants, faisait de grands effets pour la religion. C'est ce qu'un ne saurait trop éUidier en eux. Ainsi, après rÉcriture, voilà les sources pures des lions sermons... Il y a une sagesse merveilleuse cachée sous cet air de simplicité. Il ne faut pas s'imaginer qu'on ait pu dans la suite trouver rien de meilleur.
On est tenté de s'associer à l'observation ironique de B : « Je suis surpris de voir qu'après avoir été si rigoureux contre les orateurs profanes qui ont raôlé des jeux d'esprit dans leurs discours, vous soyez si indulgent pour les Pères, qui sont pleins de jeux de mots, d'antithèses et de pointes fort contraires h toutes vos règles. De grâce, accordez-vous avec vous-même ». Et il est difficile de no pas juger qu'interrogé sur ce qu'il pense du style de Tertullien, de saint Gyprien, de saint Augustin môme, A plaide mollement, comme on dirait aujourd'hui, les circonstances atténuantes. Leurs défauts, sans doute, sont ceux de leur temps, et « ce serait juger en petit grammairien, que de n'examiner les Pères que par la langue et par le style ». Ne les examinons donc pas seulement par là, mais, puisque luiniAme A le confesse, concluons avec lui qu'il ne faut pas les ])ren(lre pour des modèles sûrs en tout. D'ailleurs,^ cette revue très rapide, mais très précise et très animée, des Pères, témoigne d'une connaissance approfondie, non seulement de leurs écrits, mais de leur physionomie intellectuelle et morale. Fén(;lon effleure là un sujet qui lui est cher, et il y reviendra, dans la Lettre à V Académie, avec complaisance, avec amour.
I^CH idées contestables qnc Fénelon reprendra dans la « Lettre ft TAcadémle ».
On a p<Mne à croire que Fénelon ne caractérise pas sa propre éloquence lorsqu'il écrit : u II faudrait que la bouche parlât selon l'abondance du cœur, c'est-à-dire qu'elle répandit sur le prMi[)le la plénitude de la science évangélique et les sentiments aiïectueux du prédicateur. » Celte éloquence onctueuse et facile, qui fut assurément celle de Fénelon, était-elle aussi celle de
Bossuet, en ce temps où le soin de son diocèse le prenait tout entier? Nous savons qu'il prodiguait à ses ouailles ces homélies touchantes, mais nous savons aussi qu'il avait connu et connaissait encore une éloquence plus majestueuse, que sa large simplicité n'avait jamais été ni trop nue ni trop ornée. Lui aussi , il critiquait la frivole éloquence des prédicateurs mondains; lui aussi, il y opposait la mâle et sobre éloquence des apôtres et des Pères ; mais, plus que Fénelon, il savait comprendre qu'à des temps différents ne pouvait convenir la même éloquence, et c'est lui, lui que Fénelon ne cite nulle part, qui avait donné les plus beaux exemples de l'éloquence renouvelée. Et pourtant, en dépit de toutes les exagérations chimériques, il a dû reconnaître et aimer dans les Dialogues un sincère effort pour s'élever au simple, au vrai, au grand; il a dû même y reconnaître plus d'une de ses pensées, dont Fénelon était l'interprète quand il écrivait : « Il faudrait avoir longtemps étudié et médité les saintes Écritures avant que de prêcher. Un prêtre qui les saurait bien solidement, et qui aurait le talent de parler joint à l'autorité du ministère et du bon exemple, n'aurait pas besoin d'une longue préparation pour faire d'excellents discours : on parle aisément de choses dont on est plein et touché. »
L'idéal, un peu chimérique, de simplicité, qui égare parfois, dans la Lettre à r Académie, le jugement de Fénelon, l'avait donc déjà égaré en plus d'un endroit des Dialogues sur Véloquence. 11 ne parle plus seulement ici de l'éloquence religieuse, ni des homélies familières qu'il voudrait en vain faire revivre, en un temps qui n'était plus celui des Pères de TÉglise; mais, il l'observe lui-même, pour sentir l'éloquence de l'Écriture, « rien n'est plus utile que d'avoir le goût de la simplicité antique », de cette simplicité qui s'incarne en Homère et en Démosthène, à un moindre degré en Virgile, « où tout le détail est peint ». A travers quelles illusions complaisantes voit-il donc cette civilisation antique que dès à présent il oppose et préfère & la civilisation moderne?
Il admire surtout les Grecs, parce qu'ils sont les plus simples, les plus près de la nature; il admire leur éducation forte et saine, où la gymnastique, « art que nous avons perdu », était étroitement associée à la culture intellectuelle ; leurs monuments, dont les « colifichets des églises gothiques » n'approchent pas : « L'architecture grecque est bien plus simple ; elle n'admet que des ornements majestueux et naturels; on n'y voit
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rien que de grand, de proportionné, de mis h sa place. » Dans Ja Lp.Kre à l'Académie, il ne fera guère que se répéter sur ce point. Chez eux, affirme-t-il, rien n'était inutile. On pourrait objecter que tout chez les Grecs n'avait pas l'utile pour but, et qu'aucun peuple n'a aimé d'un amour plus désintéressé le beau pour lui-même, indépendamment de tout profit matériel ou même moral. Mais ici, comme dans la Lettre, Fénelon ne conçoit point d'art qui n'ait pour but de faire aimer la vertu en servant la vérité. Go ne sont pas seulement les poètes, ce sont les musiciens eux-mêmes qui, si on l'en croit, ont pour premier, il dirait presque pour unique devoir, d'inspirer la vertu.
Gette conception, plus élevée que juste, ne le rend-elle pas trop sévère pour tout ce qui n'est pas antique? Chose curieuse, il ne se fait point illusion sur les défauts des anciens : s'il cite et vante Platon, Démosthène, Longin, il critique Isocrate, Cicéron, Pline le Jeune. Chez les meilleurs d'entre les Pères des Eglises grecque et latine il signale la décadence de la langue, l'ignorance et le mauvais go(lt qui tiennent au malheur des temps. Ces modèles, qu'il reconnaît si peu sûrs, sont-ils donc tellement au-dessus de ceux qu'offrait le xvii" siècle? Est-ce (Hre équitable envers Rossuet, par exemple, que de regretter « ces grands effets de l'éloquence que nous ne voyons plus »? Est-ce être équitable envers le moyen âge, que de faire dater du xvo siècle la « résurrection » — et combien lente ! — de réloqucncc, comme si saint Rernard n'avait jamais existé? et si l'on admet que le moyen âge n'a été qu'une longue nuit, pourquoi s'étonner qu'ils soient restes un peu barbares, les héritiers dos Pères, ces demi-barbares d'autrefois? pourquoi ne pas avouer, en tout cas, que la barbarie n'est plus qu'un souvenir, et ne pas rendre un hommage attendu à ceux qui Tout dissipée? Loin de les glorifier, Fénelon crible Bourdaloue de ses épigrammes. Dans la Lettre à VAcadtHnie, du moins, aussi dédaigneux, mais plus réservé, il se contentera de se taire. Dans son discours de réception à l'Académie, il loue celui qu'il épargne si peu ici.
On trouverait dans les Dialogues sur l'éloquence plus d*un autre passage que la Lettre à r Académie devait préciser et développer. Lorsque, par exemple, amené par les hasards de la discussion h parhT, non plus d'éloquence, mais de poésii*, Fénelon écrit : « Rien des gens font des vers sans poésie, et beaucoup d'autres sont pleins de poésie sans faire des vers, » îl
DIALOGUES SUR L*ÉLOQUENGE âl
énonce la vérité la moins contestable ; mais d'avance le poète en prose du Télémaque aiguise contre la versification française plus d'un trait qui serareconnaissable dans le Projet de poétique. En résumé, les Dialogues sur Véloquence, comme la Lettre à V Académie, pèchent surtout par omission. Rien de plus clair, de plus suivi, et aussi daplus fécond, que la doctrine qui ramène tout à rimitation de la nature, c'est-à-dire à la lecture attentive des imitateurs intelligents de la nature, des anciens ; mais rien de plus forcé dans les conséquences que Fénelon en tire. A force de placer haut son idéal, et de montrer dans le passé l'âge d'or de l'éloquence, il décourage ceux qui ne se sentent point capables d'atteindre à cette perfection. N'est-il point possible de vanter le passé sans calomnier le présent et sans désespérer de l'avenir? Sans parler de Bossuet, Fénelon luimême n'est-il pas une réfutation vivante des exagérations de sa théorie, une vivante preuve de ce que peut l'alliance intime de l'esprit antique et de l'esprit moderne?
Le talent de Fénelon prédleateur. ~ Application de la théorie des « Dlalog^ues »; charme et faiblesse*
Lorsque Fénelon, jeune, entendait les prédicateurs les plus célèbres de son temps, et Bourdaloue tout le premier, il n'était point entièrement satisfait; il eût voulu en maint cas une manière de prêcher plus vive, plus courte, plus familière, plus nuancée : il eût voulu qu'on ne pût en rien soupçonner que le discours qu'on écoutait était un discours écrit à l'avance, appris et retenu, mais qu'à de certaines inflexions, à de certaines marques involontaires et même à des négligences, on crût sentir que cela était dit de source et d'abondance de cœur, et que cette éloquence coulait de génie. En un mot, l'esprit si fin et si pénétrant, si athénien et si chrétien tout ensemble, de Fénelon,^ jugeant le talent des autres, même lorsque ce talent était le plus solide et le mieux établi, y voyait tous les défauts qu'un goût délicat peut seul ressentir, et il les eût voulu éviter.
Quand il parlait pour son compte dans ses missions, dans ses'instructions pastorales, dans ses homélies de diocèse, je ne fais nul doute que Fénelon ne fût arrivé à une sorte de perfection, délicieuse pour les gens d'esprit qui l'écoutaient, en même temps que salutaire et persuasive pour tous.
Toutefois, et malgré les efforts de l'abbé Maury pour porter au rang des chefs-d'œuvre deux des sermons de Fénelon, ce dernier, en raison même de la multiplicité de ses dons, n'avait pas reçu ayant tout celui de la puissance oratoire, do cette organisation manifeste, naturellement montée pour être sonore et retentissante, pour être hautement distributive à distance, et qu'il suffit ensuite de nourrir au dedans de forte doctrine, d'étude et de saines pensées, pour que tout cela tourne en fleuve, en pluie, en tonnerre majes-
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ttieux ou en une vaste canalisation fécondante. Quand il parlait, comme lorsqu'il écrivait, Fénolon se tenait plus volontiers à mi-côte et sur les collines : (( Son style noble et léger, a-t-il dit de l^ellinson, ressemblait à la démarche des divinités fabuleuses qui coulaient dans les airs sans poser le plfd sur lu terre. » On peut le dire de lui-même et en supprimant l'image du fabule UHCH ; sa parole avait quelque cbose de noble et de léger qui rappelle ces ii^'urcs anp^éliques, amies de l'homme, et se tenant toujours & sa portée; qui pourraient s^cnlcver plus haut, qui ne le veulent pas, et qui aiment mieux, dès qu'il le faut, redescendre. Fénnlon, dans ses effusions do parole publique ou particulière, a des instants d'énergie et de grande force, mais ce ne sont que (les instants; la familiarité, la gr.^ce, l'insinuation, sont sa plus ordinaire habitude et son allure naturelle. Il dit vite et court, il recommence plus d'une fois; il glisse, il coule, on dirait qu'il va s'élever, il en donne le sentiment; il sc^mble vous épargner ]>lutôt que lui-même en ne vous saislssaut ])as, en ne vous ravissant pas. Il touche;, il accommode le détail, il y verst; un (!spril d'onction. Kn un mot, il a surtout les qualités qui devaient agir do près quand il entretenait quehiue âme en peine et tourmentée de scrupules dans le petit entresol de la duchesse de Bcauvillicrs, ou, comme il le dit, « auprès de la petite cheminée de marbre blanc » *,
Maiiry pourtant n'a pas été le seul ni le premier à louer Fénelon sefmonnaire. M™° do Maintenon, dans ses lettres (avant l'affaire du quiélismo), loue et cite un de ses sermons sur la simplicité et la pauvreté. « M. Tarchevftque de Cambrai, écrit-elle ailleurs, a fait merveilleusement le jour de saint François*. » Mais la plupart de ces sermons étaient des improvisations abondantes et faciles, et bien qu'on nous apprenne que Fénelon, prciîisémoiit pour opposer une barrière li cette étonnante facilité, s'imposât l'obligation d'écrire le plan de son discours; bien que nous ayons conservé un certain nombre de ces plans, d'ailleurs rapides et abré^'és, nous sentons que si le discours produisait sur le moment une impression vive, il ne pouvait laisser un long souvenir. « Tous ses sermons étaient faits de l'abondance de son cœur. 11 ne les écrivait point; il ne les préméditait prcscjuc pas; il se contentait de se renfermer dans son cabinet pour puiser dans l'oraison toutes ses lumières. » C'est son (imi et conQdcnt Ramsai qui nous l'atteste. Qu*on vante donc, avec l'abbé Trublet, cette tendresse réciproque entre le pasteur (;t les lidèles, qui faisait une grande partie de son éloquence. Qu'on dise : « 11 y a deux sortes de chaleur dans l'éloquence, une cbaleur de conviction et une chaleur de senlinient. Un boninie fortement convaincu d'une vérité en parle fortement, par exemple Rourdaloue; un autre, vivement
i. S:iintf'-nouvp. datisnrics du Inndiyt. X.
'J. Lettres ù M'»» du l'crou, il mai iC'JJ, et à rarchevrque du Paris, Si octobre
touché d*un sentiment, Texprime d'une manière vive et touchante : c'est le caractère de Fénelon^ » Déjà peu équitable si Ton considère le seul Bourdaloue, cette opposition serait plus acceptable si elle ne laissait pas Bossuet en dehors et audessus; Maury nous raconte qu'il lut à des hommes de goût un sermon de Fénelon en leur laissant croire qu'il était de Bossuet, el que leur admiration ne distingua pas entre les deux grands orateurs sacrés. Ces auditeurs manquaient au moins de discernement. La composition chez Fénelon est moins logique et moins forte que chez Bossuet, les divisions sont moins naturelles, les développements moins serrés, la tenue du style moins sévère. A tout moment éclatent les exclamations, les interrogations, les apostrophes, les prosopopées, tout ce qui trahit les mouvements passionnés de l'âme, les soubresauts d'une sensibilité mal disciplinée.
Que l'on compare aux sermons et panégyriques analogues de Bossuet les sermons ou panégyriques de Fénelon sur l'Assomption de la Vierge, pour la fête de saint Bernard, pour la fête de sainte Thérèse, on saisira sur le vif la différence, non seulement des deux génies, mais, si ce mot peut s'appliquer ici, des deux méthodes. Bossuet pourtant est jeune lorsqu'il traite ces sujets; son éloquence est moins sobre et moins substantielle qu'elle, ne le deviendra bientôt; il s'attarde encore à peindre des tableaux au lieu de serrer les mailles du raisonnement. Mais il est déjà Bossuet. Fénelon restera toute sa vie ce qu'il est d'abord, un homme d'imagination fleurie et de sentiment onctueux plus que de raison mâle. Il est peintre et affectionne certaines formes qui appellent l'attention sur le tableau complaisamment prolongé : « Représentons-nous (car il est beau de se représenter ce détail, que Dieu même n'a pas dédaigné de voir avec complaisance), représentons-nous donc cette auguste reine du ciel toute courbée sous la pesanteur des fardeaux qu'elle portait... Qu'il est beau de la voir ainsi!... » Il est poète, mais d'une poésie qui ne pénètre pas toujours le raisonnement^ comme celle de Bossuet, et qu'on en peut isoler souvent ; d'ailleurs, cette poésie a de la grâce et même de la force.
Pendant qiie Bernard plante et arrose, Dieu donne raccroissement. Cultivé par des mains pures, le désert germe, fleurit et Jette une odeur qUi embaume toute l'Église. Dans ce champ hérissé de ronces et de buissons sauvages, naissent les martyrs; à la place des épines croissent les lis. Jelez les