‹ Cours de littérature (volume 4)Chapitre 151 sur 178 · Lcltro du 10 mai IGOP · texte numérisé non relu

Lcltro du 10 mai IGOP

TÊLÉMAQUE 3

xviii® siècle, et surtout par ce qu*ils avaient, pour ainsi dire, de momentané, de faux même çà et là. Dès 1715, dans sa Dissertation sur l'Iliade^ Tabbé Terrasson, convaincu que la valeur d'un poème a pour mesure son influence moralisatrice, déclarait le Télémaque supérieur à toutes les épopées antiques, attendu que x< si le bonheur du genre humain pouvait naître d'un poème, il naîtrait de celui-là. » Voltaire, il est vrai, n'était pas dupe, et préférait aux tristes vertus de Salente les plaisirs raffinés de Paris :

Or maintenant, Monsieur du Télémaque, Vanlez-nous bien votre petite Ithaque, Votre Salente et vos murs malheureux, Où vos Cretois, tristement vertueux.

Pauvres d'effet et riches d'abstinence.

Manquent de tout pour avoir l'abondance : J'admire fort votre style flatteur, Et votre prose, encor qu'un peu traînante; Mais, mon ami, je consens de grand cœur D'être fessé dans vos murs de Salente, Si je vais là pour chercher mon bonheur.

Mais, dans le Siècle de Louis XIV, l'auteur du Mondain accuse la rigueur des critiques d'un goût sévère qui n'ont pas épargné « un des beaux monuments d'un siècle llorissant ». Moins lyrique d'ordinaire, d'Alembert ne contient pas son admiration, sa vénération, quand il touche à Fénelon et au Télémaque,

Ce livre a fort augmenté de prix dans notre siècle, qui, plus éclairé que le précédent sur les vrais principes du bonheur des États, semble les renfermer dans ces deux mots: Agriculture et Tolérance. Il voudrait élever des autels au citoyen qui a tant recommandé la première et à l'évêque qui a tant pratiqué la seconde*.

C'est ce Fénelon idéalisé que M.-J. Chénier travestissait en philosophe sur la scène. Tout le xviii® siècle, en un mot, a pensé du TiHémaque ce qu'en pensait Sacy, censeur royal, lorsqu'il signait le privilège de 1716: «Ce poème épique, quoique en prose, met notre nation en état de n'avoir rien à envier de ce côté-là aux Grecs et aux Romains... Trop heureuse la nation pour qui cet ouvrage pourra former quelque jour un Télémaque et un Mentor! » Il n'est pas fort étonnant qu'à la fin de ce siècle Fénelon ait paru vaguement révolutionnaire aux cours d'Europe ébranlées par la Révolution ; mais il lest piquant de le voir défendu par Joseph de Maistre.

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