Voyez le jugement entier dans le fascicule des Dialogues
2. M Je proteste que personne n'admire Cicéron plus que je fais ; il embellit tout ce qu'il touche, il fait honneur à la parole, il fait des mots ce qu'un autre n'en saurait faire, il a je ne sais combien, de sortes d'esprit, il est même court et véhément, toutes les fois qu'il veut l'être, contre Catilina, contre Verres, contre Antoine. Mais on remarque quelque parure dans son discours : l'art y est merveilleux, mais on l'entrevoit ; l'orateur, en pensant au salut de la République, ne s'oublie pas et ne se laisse pas oublier. Démosthène paraît sortir de soi et ne voir que la patrie. Il ne cherche point le beau, il le fait sans y penser ; il est au-dessus de l'admiration. 11 se sert de la parole comme un homme modeste de son habit pour se couvrir. Il tonne, il foudroie, c'est un torrent qui entraîne tout. On ne peut le critiquer, parce qu'on est saisi ; on pense aux choses qu'il dit, et non à ses paroles. On le perd de vue ; on n'est occupé que de Philippe, qui envahit tout. Je suis charmé de ces deux orateurs ; mais j'avoue que je suis moins touché de l'art in6ni et de la magnifique éloquence de Cicéron, que de la rapide simplicité de Démosthène. »