Jean Sobieski, vainqueur des Turcs
veilleiisos de la grâce en elle. « En cet état, chrétiens, où la foi même est perdue, c'est-à-dire où le fondement est renversé, quf restait-il à notre princesse?... Il restait la souveraine misère cl la souveraine miséricorde. Il restait ce secret regard d'une Providence miséricordieuse, qui la voulait rappeler des extrémités de la terre... Le miracle qu'elle attendait est arrivé : elle croil, elle qui jugeait la foi impossible. Dieu la change par uno lumière soudaine et par un songe qui lient de l'extase... Qui donc ne s'écrierait, à un si soudain changement : « Le doigt do Dieu est ici? » La suite ne permet pas d'en douter, et l'opération de la ^'ràce se reconnaît dans ses fruits. »
L'idée de la Providence dominait les oraisons funèbres antérieures de hossuet; l'idée delà grûce y est ici, pour la première fois, étroitement associée, précisément parce que, pour la première fois, c'est une véritable conversion qui fait le fond du discours. De là, dans l'oraison d'Anne de Gonzague, quelque chose de plus dramatique, nous ne disons pas seulemeni que dans celle de la dévole Marie-Thérèse, mais que dans celle de Henriette de Trance, où l'intérêt dramatique est à l'extérieur, dans la révolution d'Angleterre, non, comme ici, dans les révolutions d'une iime. Kt c'est parce qu'il est de son sujet de faii'o passer devant nos yeux, comme on dirait aujourd'hui, les états d'àme successifs de la princesse palatine, que Bossuet est un. biographe si hardiment précis, un psychologue si curieusement pénétrant. Quelle bonne fortune ce serait pour les niodern(;s, avides de ces détails, si beaucoup de ces âmes du xvii" siècle — plus compliquées qu'on ne croit — leur étaient ouvertes par un moraliste tel que Bossuet! Ce qu'il convient pourtant d'admirer surtout ici, ce n'est ni la clairvoyance du pur moraliste, ni le coloris du peintre et du poète, mais Tart sans arLilice de l'orateur chrétien, qui fait tout servir au triomphe final de la vérité. Chateaubriand croyait lire une i)ago extraite du livre idyllique de liiUh^f quand il lisait tout le début de cette première partie : « Jamais plante ne fut cultivée av(;c plus de soin, ni ne se vit plus tôt couronnée de llourset de fiuits, que la princesse Anne... » Là, en effet, et plus loin, on pourrait recueillir, si l'on y tenait, certains traits qui no dépareraient pas une idylle même biblique, par exemple le charmant portrait de l'abbesse d'Avenai, Bénédicte do Conzaguo, la jeune sœur de l'ambitieuse Marie et de l'inquiet*^