‹ Cours de littérature (volume 4)Chapitre 80 sur 178 · C. de Litt. — M°ic de Maintenon et St-Simon · texte numérisé non relu

C. de Litt. — M°ic de Maintenon et St-Simon

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d'avoir (lié embrassée que deux fois par sa mère, et seulement au Iront.

Après un voyage à la Martinique, pendant lequel la jeune Françoise, malade et considérée comme merle, faillit être jetée à la mer, elle perdit son père (1047), puis sa mère (IGoO)* Avant la mort de celle-ci, elle avait été recueillie par sa tante jVlmo de Villelte, qu'elle aima toujours tendrement, puis par une autre tante, M»"" de Neuillant, dont le souvenir ne lui resta pas aussi cher. Pendant ces années d'une jeunesse sans indépendance et le plus souvent sans gaieté, sa religion ne fut f^uère moins incertaine que sa vie : catholique de naissance,. elle Alt tour à tour protestante avec M'»'' de Villette, puis catholique de nouveau avec M"« de Neuillant. Quand elle rejoignit sa mère à Paris, ce fut pour la voir mourir. Seule désormais^ belle et pauvre, elle n'échappa aux humiliations et aux périls de la misère que par un mariage héroïque avec le poète burlesque Scarron, beaucoup plus âgé qu'elle et infirme (1652). Dans ce milieu de mœurs faciles, elle se fit respecter. Mais à la mort de Scarron (1660) elle se retrouva pauvre, vécut dans deux couvents en pensionnaire libre, qui fréquentait au dehors les d'Albret, les d'Heudicourt, reçut de la reine mère une pension de doux mille livres, se mêla davantage au monde, mais sans jamais en être la prisonnière, mérita enfin l'éloge du clievalifii' <1«; Méré, un connaisseur délicat, qui la jugeait « douce, reconnaissaiiic, secrète, fidèle, modeste, intelligente... « M°** de Scvi^iié, meilleur juge encore, si peu indulgente pour toutes les femmes ((ni ne sont pas M'^Q de Grignan, ne ménage pas les éloges à M'^" Scarron : « Nous soupons tous les soirs avec M'»o Searron : elle a l'esprit aimable et merveilleusement (lioil... M'"« Scarron, qui soupe ici tous les soirs et dont la coinpaipnc rsl (Irlicii'use, s'amuse et se joue avec votre fille... Elle est lialdilre niotlestoment et magniliquement, comme une ft'nime qui passe sa vie avec des personnes de qualité; elle est aimal)i(% belle, bonne et négligée: on cause fort bien avec elle'. ^>

Mais (piand M'"'' de Sévigtié fait d'elle cet éloge sans réserve, M"'^' Scaiion saclieminc lentement à de plus hautes destinées. Km 11» 1)1), elle a roiisonti à se charger de l'éducation des (îiifants (l(î M""^' de Montespan et du roi. Il est vrai que pour le laiie elle a exii^é un ordrtî formel du roi; mais il semble

\. L.'llres (l.'S i:{ janv. et 20 fôxr. IGTi, -i doc. 1G73.

bien qu'elle Tail fait sans scrupule. « Le poste n'avait rie» qui, pour le temps, pût blesser la délicatesse, » et assurément « elle était loin de penser qu'après Dieu M^^ de Montespan dût être la première cause de sa belle fortune* ». Ses qualités sérieuses et discrètes l'avaient désignée pour une fonction aussi difficile, qui la prit tout entière, non sans quelques compensations et consolations toutefois. Un sentiment nouveau s'éveilla en elle. « Vous savez, écrit-elle longtemps après', que j'ai le malheur de connaître les sentiments des mères. » La gouvernante, en effet, aima en mère ces enfants qui n'étaient pas les siens, et principalement l'aîné, le duc du Maine : « C'est la plus jolie créature du monde, et qui surprend vingt fois le jour par son esprit... Je ne puis lui savoir les moindres peines sans souffrir pour le moins autant'. » Mais la vraie mère, M™« de Montespan, n'était pas faite pour lui plaire de même. Le roi lui-même plaisantait sur « le badinage des Mortemart », quand la favorite « attelait six souris à un petit chariot de filigrane, et s'en faisait mordre ses belles mains * ». A la frivolité elle joignait la sécheresse moqueuse : « Elle est incapable d'amitié, et je ne puis m'en passer; elle ne saurait trouver en moi les oppositions qu'elle y trouve sans me haïr*^. » La patience et l'adresse que M™« Scarron dut déployer alors ne ramenèrent pas à elle M™® de Montespan, mais lentement lui conquirent l'estime, puis la sympathie de Louis XIV, d'abord peu favorable. En 1675, elle reçut de lui en toute propriété la terre et le marquisat de Maintenon, et la marquise de Maintenon, dès lors, rejeta dans l'ombre la veuve Scarron, sauf pour les malveillants qui aimeront encore à feuilleter parfois, selon l'expression de M™« de Sévigné, ce« premier tome » d'une vie peu banale. En 1680, quand l'éducation des princes fut terminée, elle fut nommée dame d'atour de la dauphine.

Mais comment pouvait-elle espérer s'élever plus haut? Il était inouï déjà que dans cette lutte sourde qui se poursuivit entre elle et sa « protectrice » M™« de Montespan, elle eût su prendre dès le début et garder jusqu'à la fin l'avantage : il y avait fallu ce qu'un de ses admirateurs appelle u un manège consommé ». Quelques-uns ont jugé plus sévèrement ce jeu

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