Lettres à son frère, août 1679, et à M. Manceau
2. Fénelon n'est pas le directeur de conscience en titre de M*« de Maintenon; mais, à cette époque, celle-ci estime fort et sa personne et ses lettres de direction : tt Elles sont d'une pratique continuelle, écrivait-elle à M"' de Fontaine, en 1689. Elles inspirent une dérotion libre, douce, paisible, droite, et il est impossible que ce ne soit la véritable. » — On remarquera, dans l'espèca de consultation morale de Fénelon, le mot si fin sur le plaisir de soutenir sa prospérité avec modération. Geifroy a dit finement aussi, mais en appuyant davantage : « Si nous avons bien compris son caractère, elle eut ce qu'on pourrait appeler l'orgueil ou l'ostentation de la modération. Ce voile transparent qui ne trompait personne, cette énigme dont tout le monde savait le mot, lui plut. C'était une situation unique : <c II n'y en a jamais eu, il n'y en aura jamais de semblable, » disait-elle quelquefois. Vertu ou raffinement d'amour-propre, qui peut dire en quelle mesure? Elle le voulait ainsi, et détruisit toutes les preuves directes qui eussent pu se trouver dans ses papiers, toute sa correspondance avec le roi. »
Vous (He3 liée avec bonucoiip do f,'loir(*, c'est-à-dire di» coUo gloire qu'on iioniiiic hoiMK^ (;t bicni (Mit(>nduo, mais qui osl d^uitaul plus mauvaise qu'on n'a i)<»iut de honle de la lr(>uvei' bonne; on sii ('or!'i}^(;riiit j)Ius aisôinenl d'un»; vanité s(»lte. Il vous nîsle «încore beaucoup de cdU: j;loire, sans que vous l'a- ])t'ic.;vi(;z. La sensibilité sui' les chos(;s qui la pourraient piquijr jusqu'au vif, inarque combien il s'en faut (ju'eUe soil éteinte. Vous tenez encore k l'eslime des bonnét(;s {^(îus, à l'approbation des f^ens «le bien, au plaisir de soutenir voire prnspi'riti' avec modération; entin à celui de paraître par votre cœur audessus d(; voln» }>lace.
L(î moi dont je vous ai parlé si souvent est encore une idole que vous n'avez |)as brisée. Vous voulez aller à Diiîu de tout votre cœur, mais non par la p(;rl(; du moi: au contraire, vous chcrcluîz le moi (;n Dieu. Le f^oùl sensible de la pi'iêrtM.'t d(î la |)rés(;nce d(î Dieu vous soutient; mais si ce jîoùl venait ?i vous m.iJiqiuM', raltaclniment que vous avez à vous-même et au témoi;^nago de yuIkî proj)re vertu vous jetterait dans une dan;j;(îreuse épreuve.
Ce ([ue rénolon a deviné, M"*'' de Maiiitenon ne fait pas difri<ulté (lo l'avoiHîr, de le proclamer. Voici d'abord l'aveu à son directeur de conscience : « J'ai un désir de plaire et d'ôtre eslinié(3 (\\\\ me met sur mes gardes contre toutes mes passions*. » Voici maintenant la déclaration très peu voilée qu'elle faisait dix-neuf ans après aux dames et aux demoiselles de Saint-Cyr : « 11 n'y a rien que je n'eusse été capable de faire et de souffi il" pour faire diii^ du bien de moi. Je me contraignais beau- <:oM|>, m.us c(^la ne me coûtait rien pourvu que j'eusse une bclh; réputation : c'était là ma folie. Je ne me souciais point d<' ri(ili<'ss(îs, j'étais élevée de cent pi<pies au-dessus de Tintérôt. mais je voulais «h; l'honneur. » Oui, celte personne « pétrie de gloin^ et (raniour-pr()[)re » (le mot (îst encore d'elle) « avait besoin d'èLie singulièrement distinguée et admirée de ceux auprès d«; (jui elle vivait, quels (ju'ils fussent. Sa grande coqu('ll('ii(» est là : c'est uu(; ro((uetterie d'cisprit; en avançant, ce fut nue ambition (it une carrière ». (Salntk-Hkuve.) Cette s()ir«l<î («uisidt'ration vi(;nt évidemment d'un orgueil caché qui s'iînv('lnp|)(; (Ml vain de modestie. Même lorsriu'elle n'est encore <ju<' M""' Scarron, c'i'st son orfjiœil, M""^ de Sévigné l'atteste-, <jui >(3 n''\nU(' à la pensée; (|u'elle est à iM'"° de Montespan : u VMc iTaimo pas obéir; (;iio v(Mit bien ètn? au père, mais pas à la mèi «'. )> (leL or>>ueil n'a rien de la vanité vulgaire. Il ne se coiiloiid nullcnicut, en particulier, avec* l'orgueil de caste. Ilien (pi'clit' s«î ib''cl,ire (Migouèc; (b» l'antiquité «le sa maison, et ne dédaigne pas (rèludicr des généalogies [)lus ou moins com-
I. I,i-'lri' Ti i'.ibbr (!i)l)cliii. ^j.lIlv. ir,>sM;,.f :uMii.''iiie, S jiinv. 1 •'. Si» : u J'ai un désir
de i.l.iiic i-t d l'iii' l'-^tini [iii tii<' met sur im-s ;^'.iriles. ■>