AVANT LE XVIII0 SIÈCLE
Les correspondances dans l'antiquité. — Cicéron.
Les lettres forment-elles un « genre » littéraire? On Ta contesté, et il est certain que, de toutes les œuvres de l'esprit, la lettre, par sa nature même, est celle qui semble le moins se plier aux règles. Il n'est pas moins certain, en fait, qu'il y a eu dans tous les temps et dans tous les pays, sauf dans les temps primitifs et en Grèce, une littérature épistolaire. Ce que doit être le « genre » nous importe donc assez peu, pourvu que nous sachions ce que la littérature épistolaire a été, de Cicéron à Voltaire.
C'est toujours, en effet, à Cicéron qu'il faut remonter, et il ne faut pas remonter plus haut. A peine est-il besoin d'expliquer pourquoi la République athénienne, enfermée en des limites si étroites, n'a pas ajouté cette gloire à tant d'autres. Non que les Athéniens ne fussent pas curieux de savoir et de répandre les nouvelles : Aristophane, Démosthènes, Théophraste, nous ont fait connaître ce peuple de nouvellistes et de gobe-mouches; mais c'est sur l'agora que les citoyens se demandaient les uns aux autres : « Asys-a( xt xatvov ; » A quoi bon écrire? L'esprit d'Athènes se répandait partout peu à peu; mais la domination d'Athènes ne s'étendait pas fort loin, et c'est plus tard que fleurit cette littérature factice des « épistolographes », trop ingénieux écrivains qui prêtaient leur propre manière de penser et -d'écrire aux grands hommes de la Grèce d'autrefois.
Au contraire l'État romain s'étend lentement sur le monde, et les généraux ou les magistrats romains, dispersés delà Grande- Bretagne à l'Asie, sentent l'impérieux besoin non seulement de