LES OUVRAGES ET LA VIE DE M. VILLEMÀIN
M. Abel François Villeiain , né à Paris le 10 juin !7U1,fit de ces bonnes et excellentes études classiques, qu'il eût, en tout cas, réparées avec sa rare promptitude, si elles avaient été insuffisantes, mais dont l'heureuse et précoce facilité eut une grande part dans sa carrière littéraire. Sans être trop assujetti à une discipline régulière et rigoureuse qui alors n'existait pas (car il y avait quelque chose de très-libre et de paternel dans les études renaissantes), il se trouva en pension chez un maître bien connu, qui savait parfaitement le grec, M. Planche; et le jeune Villemain dut au secours qu’il rencontra, d'acquérir d'abord et sans peine ce fonds exquis, si favorable ensuite à toute culture. Vers l'âge de douze ans, il jouait la tragédie en grec à sa pension, dans les exercices de la fin de l'année; il sait encore et récitait naguère à nos oreilles un peu déconcertées tout son rôle d'Ulysse , de la tragédie de Philoctèle. Geoffroy avait été invité à l'une de ces représentations qui ne rappelaient pas mal, dans l’Université renaissante, les thèses en grec de MM. Rollin et Boivin le cadet, si fameuses dans l’ancienne Université, ou mieux encore les exercices de MM. Le Pelletier fils et du Jeune abbé de Louvois. Émerveillé de ce qu'il venait d'entendre, il fit, au sortir de lù, un article intitulé le Théâtre d’Athènes. Ces libres mais fortes études prédisposaient avec bonheur l'esprit de l’enfant â ce qu'il devait être dans la suite, en lui ouvrant facilement et pour toujours les grandes et limpides sources primitives. M. Villemain, dans ses appréciations des écrivains et des poètes, remarque souvent, et il en a le droit plus que personne, l'importance durable de ces jeunes et antiques études, de ccs études.
qu'avaient, en se jouant , Racine et Fénelon , qui eussent si bien contenu et affermi le beau génie de Lamartine, que M. de Chateaubriand se donna à force de vouloir, mais que si peu ont le courage ou la ressource de réparer, cl que doivent regretter avec larmes ceux qui en chérissent le sentiment et â qui elles ont fait faute. Racine, dans la prairie de Port-Royal, lisait et savait par cœur Thèagène en grec, comme nous écoliers, aux heures printanières, nous lisions Estelle et Numa; mais le livre jeté ou confisqué, il lui restait de plus le grec qu'il savait à toujours, l'accès direct et perpétuel d'Euripide et de Pindare.
Le jeune Villemain, indépendamment de ses exercices à la pension de M. Planche, suivait les cours du lycée impérial (Louis-le-Grand); il y rencontra, pour professeur de rhétorique latine M. Castel , et de rhétorique française, Luce de Lancival, deux universitaires qui passaient pour poètes, deux maîtres du moins assez fleuris et assez mondains, dégagés de la vieille rouille. Lui-méme, son cours d'études étant terminé avec éclat, sans prix d’honneur pourtant (en quoi ses camarades disaient qu’on l’avait triché) , il donna des leçons au lycée impérial, tandis que d'ailleurs il entamait le droit avec zèle et facilité, comme toutes choses. La connaissance qu'il en prit dès lors ne lui fut pas inutile plus tard dans les discussions de lois et d'affaires auxquelles il fut mêlé. Mais l’Université et la littérature l'attirèrent bien vile et se l’approprièrent. Ayant eu occasion de voir chez M. Luce M. Desrennudes, et par suite de connaître M. Roger et M. de Fonlanei, ce dernier lui donna une chaire de rhétorique à Charlemagne. Un petit discours, prononcé sur la tombe de Luce, fit ad-