ANTOINE
Amis. Romains, compatriotes, écoutez-moi. Je viens pour inhumer César, et nou pour le louer. Le mal que font 1rs hommes leur survit ; le bien reste enseveli souvent avec leurs cendres. Qu’il en soit ainsi pour César. Le noble Brutus vous a dit que César était ambitieux : si cela était, c'était une grande faute; et César en a graudemeut porté la peine.
Je l’avoue, le sublime de l’art me paraît, celle fois encore, du côté de Shakspeare. Voici le début d’Antoine dans Voltaire :
Oui, je l’aimais, Romains;
Oui . j’aurais de mes jours prolongé ses destins.
Uélas ! vous avez tous pensé comme moi-même ;
Et lorsque, de son front ôtant le diadème.
Ce héros à vos lois s’immolait aujourd'hui.
Qui de vous, en effet, n'eût expiré pour lui?
Antoine, dans Shakspeare, me parait d’abord plus touchant et plus simple. Puis il s'anime. Il rappelle les exploits de César, la couronne trois fois offerte, trois fois refusée. Était-ce de l’ambition? En parlant ainsi, Antoine sc trouble, verse des larmes; et, pendant qu’il s’arrête, le peuple raisonne à sa manière.