SUPPLÉMENT A LA SIXIÈME LEÇON
La priorité de date n'est pas un avantage dans 1 étude du moyen âge, dont les monuments, recherchés avec plus de soin, se multiplient chaque jour. Depuis le temps où nous regrettions de ne pouvoir examiner le génie de la poésie romane que dans des pièces courtes et fugitives, un grand poëme en langue provençale a été traduit et publié. L'intérêt historique, dont nous avons retrouvé la trace dans les chants épars des troubadours, fait le fond même et le sujet de ce poëme-, intitulé Récit en vers de la croisade contre les hérétiques albigeois. C'est une sorte d'épopée nationale, qui, d'une manière grave et suivie, retrace tous les événements de cette fatale guerre, depuis l'arrivée des légats du pape et l'assassinat de l'un d'eux sur les bords du Rhône, jusqu'au dernier siège de Toulouse, qui ne sera pas prise, dit le poète en finissant :
Car Dieu et le bon droit, et la force, et le jeune comte, et les saints défendront Toulouse. Amen!
L'époque de cet ouvrage en augmente le prix. Évidemment le récit est de la même date que les faits; peut-être, comme semblent le dire les mots que nous venons de citer, fut-il achevé pendant la lutte même.
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Plusieurs fois le poète se désigne comme témoin de ce qu'il raconte. Parle-t-il du vicomte de Béziers, cette première et noble victime de la croisade *
Je ne le vis jamais, dit-il, qu'une seule fois, alors que le comte de Toulouse épousa dame Elconore, la meilleure et la plus belle reine qu'il y ait en terre chrétienne ou païenne.
Quelque crédit, du reste, qu'on accorde ou qu'on refuse à ces indices, si la vie du poëte s'est prolongée au delà des temps qu'il décrit, il y avait eu de sa part un instinct vrai, un sentiment élevé à terminer son poëme, comme il le fait, sous une heureuse espérance, et avant que le traité de 1229, en dépouillant le jeune comte d'une partie de ses États, fût venu démentir ou rendre inutile tant de courage et de souffrances.
Si maintenant nous demandons quel est ce poëte, la seule réponse certaine, c'est qu'il ne s'appelle pas Guillaume de Tudela, comme l'avait cru M. Raynouard. Dans le personnage que nomment les premiers vers de l'ouvrage, dans
Maître Guillaume, qui fut clerc en Navarre, à Tudela nourri, et qui, par la géomancie, avait connu d'avance tous les événements qu'on va lire, et qu'il a écrits de sa main,
on ne peut voir qu'une supposition semblable à celle des romanciers chevaleresques reportant toujours îcurs récits à l'archevêque Turpin. Ce choix fictif d'un nom espagnol s'explique, au reste, assez par l'étroit
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mélange et la communication assidue qui unissaient alors le comté de Toulouse et l'Aragon.
Le nom et la personne de l'auteur véritable demeurent donc cachés sous un pseudonyme. Reste à chercher l'histoire du poënie, c'est-à-dire du manuscrit.
Parla commence le précieux et complet travail que M. Fauriel a fait sur cet ouvrage, avec autant d'exactitude et de soin que de haute intelligence historique et de goût littéraire. Dans les premières pages d'une belle et savante Introduction, on apprend que le manuscrit unique du poëme, déposé àla Bibliothèque du roi (fonds la Vallière, n° 91, autrefois 2708), est un petit in-folio sur parchemin , de 120 feuillets, qu'il contient 9o78 vers, qu'il appartient par l'écriture à la seconde moitié du xiii« siècle , qu'il a été rarement consulté ; mais que, fort anciennement, le récit poétique qu'il renferme avait servi de modèle à une rédaction en prose des mêmes faits, qui s'est substituée à l'original, et a été seule connue des savants historiens du Languedoc. Cette rédaction en prose, allongée et incomplète dans un point considérable, a été plusieurs fois publiée, et elle figure dans le dix-neuvième volume des Historiens de France. Cela même peut expliquer pourquoi les savants éditeurs de ce volume n'y ont pas également compris, à la suite de la version prosaïque, l'ancien texte poétique dont ils avaient connaissance, mais qui gagne certainement à être l'objet d'une publication spéciale, où il n'est pas considéré seulement comme document historique, mais étudié sous le rapport de la langue, de la composition et du goût.
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Sous ce point de vue, en effet, Fouvrage offre un piquant et sérieux intérêt aux amateurs de la littérature comparée dans ses origines chez diverses nations. Il jette un grand jour sur le génie et l'influence de cette poésie romane, si habilement explorée de nos jours; et, indépendamment des faits historiques, déjà connus, qu'on y retrouve, i^ donne indirectement de nouvelles lumières pour comprendre ces faits, par la vivacité des peintures, et par la force, la simplicité des sentiments dont il les anime et les colore.
Si ce poëme fut longtemps oublié des savants modernes, divers témoignages réunis par M. Fauriel attestent que , composé originairement par quelque troubadour ou jongleur toulousain, il avait circulé dans la tradition orale chanté par fragments. La division en strophes, chacune sur la même rime, et avec un refrain distinct, indique cette destination de l'ouvrage; et le poète l'annonce ainsi dès la seconde strophe :
Sciîrneurs, cette chanson est faite de la même manière que celle d'Antioche, et pareillement versifiée, etse dit sur le même air, pour qui sait la dire *.
Nous avons donc ici les chants d'un Homère provençal du xiii« siècle, qui a pris pour sujet de son Iliade la guerre désastreuse que souffrait son pays.
Maintenant, peu importe que son récit soit sans méthode, parfois incomplet, mêlé de circonstances
* Sir. u , vers 28.
évidemment supposées : l'ouvrage n'en est pas moins vrai pour nous, et de la plus précieuse vérité. C'est une première image et comme un écho de la tradition populaire. Il nous montre comment se fait l'histoire à sa naissance, comment elle se charge d'inventions poétiques, sans nom d'auteur, et par la seule force d'une imagination généralement répandue parmi des hommes crédules et passionnés. M. Fauriel, avec une ingénieuse et profonde justesse, a expliqué le caractère des ouvrages de ce genre, qu'il appelle une transition de la poésie à l'histoire^ et dont il voit le plus haut et le plus parfait modèle dans la narration d'Hérodote, en même temps qu'il en retrouve des types naïfs dans la Chronique générale d'Espagne, dans les Chants populaires de la Grèce moderne, et il aurait pu ajouter dans Ville-Hardouin, plus épique vraiment que tous nos essais d'épopée française.
C'est dans Vlntroduction de M. Fauriel qu'il faut lire, à cet égard, une suite de considérations liées à l'analyse du poëme provençal, et remplies de cette érudition élevée, de cette critique fine et vaste qui caractérise ses ouvrages. Le naturel heureux du style, quelquefois négligé, mais toujours expressif, la précision des détails et le tour d'imagination qui s'y mêle, donnent un grand prix à ce morceau de littérature, où vous reconnaissez partout l'auteur du heau discours sur les Chants popidaires de la Grèce moderne, et l'historien si neuf et si vrai de la Gaule méridionale.
Comme, dans une partie de cette Introduction^ M. Fauriel s'attache surtout à faire ressortir les mé
rites, les caractères, ou, si vous voulez, l'utilité relative de l'ouvrage qu'il publie et qu'il traduit, nous retrouverons ses observations,en nous occupant de l'ouvrage même et en essayant de l'étudier après lui. Le texte qu'il a fallu établir d'après un seul manuscrit ne saurait être discuté par nous, sous le rapport de la philologie provençale. Nous regretterons seulement que l'auteur, qui a souvent rectifié ce texte pour la construction grammaticale et pour l'orthographe, l'ait reproduit sans aucun signe de ponctuation, et ait en cela suivi trop exactement le manuscrit qu'il corrige à d'autres égards. lien résulte pour le lecteur studieux une petite difficulté sans avantage. Le travail entier du savant éditeur est, du reste, tel qu'on pouvait l'attendre de lui seul et de sa profonde intelligence de la langue romane. Ce travail est à la fois minutieusement exact et plein de finesse et de goût. Le texte, sauf un petit nombre de passages, est partout intelligible avec le secours de la version de M. Fauriel ; et cette version, qui suit ligne par ligne l'original, est très-claire et très-fidèle, sans manquer parfois d'effet et d'énergie.
Jusqu'à présent on n'a publié aucun grand poème ou roman de chevalerie en langue provençale. Mais on ne peut douter qu'il n'en ait existé un grand nombre; et les poésies des troubadours sont remplies d'allusions à des ouvrages de ce genre. Ici, nous devons nous attendre à trouver dans un" cadre historique quelque chose de la forme poétique de ces mêmes romans; mais elle y est sévère, dégagée de fables et
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d amour, et plus marquée par le style que par l'invention. Le récit, qui ne renferme guère que onze années de la croisade, est tout en descriptions de combats et d'assemblées. Nul épisode; peu ou point de merveilleux. Le ton est presque l'impartialité d'un historien. Non-seulement l'auteur n'est pas albigeois; mais certainement il n'a rien de la virulente amertume que d'autres troubadours ont exhalée contre la cour de Rome. On dirait plutôt d'un catholique, à qui les crimes de la croisade et l'injuste malheur de son prince ont inspiré plus de douleur que de haine contre l'Église. Il y a dans ce livre quelque chose du caractère qu'avait le parti politique du xvi^ siècle, pressé entre les fureurs de la ligue et les représailles des huguenots. L'auteur, d'abord, admire même Simon de Montfort; il loue ses grandes qualités, et il dépeint, à sa mort, la douleur du camp français aussi bien que l'allégresse des Toulousains délivrés.
Toutefois, cette manière équitable de parler de Montfort et du comte de Toulouse, et d'intéresser tour à tour aux chefs des deux partis, ne nous fera pas supposer que les deux portions de l'ouvrage où chacun de ces caractères domine le plus aient été composées par des mains différentes. Il y a plus de vraisemblance dans l'ingénieuse explication de M. Fauriel, qui voit, dans les sentiments d.ivers de l'auteur, la transformation même de cette croisade, annoncée d'abord comme ennemie de quelques dissidents, puis devenue contre tous impitoyable et spoliatrice. L indignation vient à l'âme du troubadour à mesure que
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les violences et les iniquités s'accroissent; et ses derniers sentiments sont admirablement exprimés dans l'espèce d'anathème qu'il prononce sur Montfort, au moment où il annonce ses funérailles. C'est après avoir cité son épitaphe où il est dit qu'il est saint, qu'il est martyr, et qu'il doit revivre pour hériter et fleurir dans la joie éternelle, porter la couronne et s'asseoir sur le trône :
Vraiment , s'écrie-t-il , j'ai oui dire qu'il en doit être ainsi : si, pour avoir occis des hommes et répandu le sang; si, pour avoir perdu des âmes et consenti des meurtres; si, pour avoir cru de faux conseils et allumé des incendies , pour avoir détruit les barons et honni parage (noblesse) ; si, pour avoir ravi des terres et encouragé la violence ; si, pour avoir attisé le mal cl éteint le bien, égorgé des femmes et massacré des enfants, unhonmie peut, en ce monde, conquérir Jésus-Christ, le comte doit porter couronne et resplendir dans le ciel ^
Certes, il y a là une chaleur éloquente, une révolte du sentiment moral qui nous fait comprendre la résistance désespérée du Midi,. et comment l'âme du poète avait dû passer de l'aversion pour les hérétiques à la haine contre les croisés, dévastateurs de son pays.
Un caractère remarquable de ce poëme, monument d'un art grossier et d'une passion vraie, c'est le grand nombre de discours qui s'y mêlent au récit, et qui en rompent la monotonie. On passe sans cesse de l'assaut à hi délibération ; on se l)at et on harangue. M. Fauriel remarque avec raison le naturel et la vivacité de ces
*Str. ccvui,vers 8687.
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discours, et combien la narration y gagne : vous entendez Foulques de Maiseille, autrefois troubadour, devenu austère et persécuteur. Une foi vive respire dans son langage, et on sent, en l'écoutant, qu'il est le maître de Toulouse, d'où il a chassé son seigneur, sous prétexte d'hérésie.
Il faut avouer cependant que la vérité des caractères, les mœurs, le costume, comme on dit de nos jours, sont loin d'être fidèlement observés dans les nombreux discours de cette chronique versifiée. Il suffirait, à cet égard, de citer la plus curieuse de ces scènes oratoires, le débat du concile de Latran sur la dépossession du comte de Toulouse, et la translation de ses États à Simon de Montfort, son persécuteur. Évidemment, le poète a tout composé d'imagination, et même dans une sorte d'ignorance de ce qu'était la cour de Rome. Le pape tire les sorts dans un livre, pour se décider; et il cite pontifîcalement l'enchanteur Merlin, « qui fut bon devin, » dit-il, que fo bos devmaire.
Cependant, malgré ces inexactitudes de troubadour, le tableau entier de la délibération est plein de force et de vérité. Le discours du comte de Foix, qui réclame le premier contre les brigandages de Montfort, ouvre cette grande lutte dont le pape est juge. L'évêque Foulques répond, et dénonce à son tour le meurtre de tant de croisés qui marchaient pour servir Dieu. Mais un châtelain provençal se lève, Arnault de Villamur, et avoue tout ce qu'il a fait pour la défense de son pays. Le comte de Foix, enhardi par ce témoi-
gnage, accuse alors l'évêque Foulques, qui parle si haut, et qui, grâce à ses vers doucereux, à ses phrases polies et repolies, à son pernicieux savoir, est devenu si haut personnage. Il accable de son indignation ces voleurs et ces traîtres portant la croix qui nous a écrasés, dit-il.
Ce qu'on peut remarquer dans cette scène, c'est la modération singulière attribuée par le poète au pape Innocent III. Le pontife, qui répugne à dépouiller le vaincu, est sorti de l'assemblée; il s'est retiré dans se? jardins. Là commence près de lui une nouvelle obsession des évêques, pour lui arracher la condamnation du comte de Toulouse. Il résiste longtemps encore; il cède enfin. Mais la manière dont il prononce la sentence a quelque chose d'ironique ou de candide, qui prouv'e la secrète pensée du poète.
Barons, dit le pape, cest chose jugée que le comte est catholique et ^'e conduit loyalement; mais que Simon tienne la terre; oui, que Simon tienne la terre, si Dieu le permet.
Baro, dilz rApostoLs, faits es lo jutjamens ', Que lo comte es catolix, e s' capte leialmens :
Mas en Simos tcni^^a la terra.
Simos tcnga lu terra, si Deus los a promes.
Et il semble hésiter encore .
C'est merveille , dit il , que vous ayez exigé de moi
• Sir. cxLViu, vers 3-476.
là
igné la terre au comte de Monlfort; car je ne vois pas de Iroile raison pour laquelle je doive le faire.
La scène continue, avec la liberté d'une diète féodale plutôt qu'avec la gravité d'un concile. Le pontife est pressé de nouveau par ses ardents conseillers.
Seigneur, dit maître Thédise, la haute fidélité du comte de Monlfort, qui a fait tant de bien en chassant l'hérésie et en défendant TEglise, devrait lui valoir la seigneurie de la terre. — Maître Thédise, dit le pape, Simon fait le pour et le contre; <ar il détruit les catholiques aussi bien que les hérétiques.
Que destrui los catolics engal dcls eretges '.
On insiste de toutes parts; et le pape se plaint qu'orgueil et malice ont pris siège dans le concile.
Nous devrions, dil-il, gouverner toute chose par le bon droit ; et nous accueillons le mal et faisons périr le bien
E recebem los mais, e fam périr los bes *.
Et alors le pontife, en cédant avec douleur, et en accordant la spoliation du comte de Toulouse, veut au moins ménager les droits de son fils.
Le comte de Toulouse fùt-il condamné, ce qui n'est pas, ditil , pourquoi son fils perdrait-il la terre et l'héritage? Jésus- Christ, le vrai roi cl le vrai seigneur, a dit que le fils n'est point puni des péchés du père.
Et il s attendrit avec bonté sur cet enfant.
Quand les premières croix, dit-il, vinrent dans le Bédarrais, pour détruire la terre, et que Béziers fut pris, l'enfant était si jeune, une si simple chose, qu'il ne savait pas ce que c'est que bien ni mal; et il aimait mieux un petit oiseau, un arc ou soo berceau, qu'il n'aurait fait la terre d'un duc ou d'un marquis '.
Les implacables insistent; ils répètent ce terrible mot :
Assignez le pays au comte Simon, et qu'il tienne la terre.
E qu' el tenga la terra.
Et le pape prononce la sentence, cédant à des passions qu'il ne partage pas, et contre lesquelles il proteste.
Nous connaissons peu de peintures historiques plus vives et plus ingénues. C'est en général le caractère de cet ouvrage. On y rencontre une foule de traits qui doivent exprimer la vérité. M. Fauriel en marque de préférence quelques-uns dans sa belle préface. Le poète, par exemple, veut-il montrer l'indifférence du
' On peut remarquer ce tour, demeuré dans la belle langue française,
Que no feira la terra d'un duc, o d'un marques. (Vers 3531.)
C'est ainsi que Bossuct dit : « Servez-le donc, ce roi du ciel, qui vous comptera plus un verre d'eau ou un morceau de pain donné en soû nom, que les autres ne feraient tout votre sang répandu. •
jeune roi Louis, lorsque, chef de la croisade, après la mort de Montfort, ce prince assiste, dans sa tente, à une délibération sur le sort de la ville de Marmande? Voici sa manière de peindre :
Les prélats de l'Église se sont rendus auprès du roi, et devant lui sont assis les barons de France ; et le roi s'appuie suf un coussin de soie , ployant et reployant son gant droit , tout cousu d'or. II est là comme muet; et les autres se parlent et s'écoutent l'un l'autre *.
Ce roi qui ne dit mot et joue avec un gant cousu d'or, tandis que ses conseillers décident regorgement d une ville qu'il a prise, le trait serait admiré dans Tacite. Le simple détail des faits fournit quelquefois, il est vrai, aux plus médiocres historiens, de tels coups de pinceau.
Suétone dit, en finissant son récit du meurtre de César : « Laissé pour mort, et tout le monde fuyant, il resta quelque temps par terre, jusqu'à ce que trois esclaves, ayant mis le corps sur une lilière, d'où pendait un de ses bras, le rapportèrent au logis. » Donet lecticœ impositum, dependente hrachio, très famuli domum retulerunt. Certes, nulle circonstance imaginaire ne pouvait exprimer avec plus de force que ce dependente brachio, l'abandon, la misère où était laissé le corps de César. Et ce détail, indiqué sans doute par quelque témoin oculaire, vaut mieux ici que toute éloquence.
» Vers 92Gi.
Notre poëte provençal a souvent de ces tnîts naïfs et frappants, soit qu'il les prenne dans la tradition, soit qu'il les invente ; et, sous ce point de vue, cet ouvrage, quoique fruit d'un art encore grossier, laisse souvent un souvenir durable, et peut plaire aux gens de goût comme aux amateurs de la philologie provençale.
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