‹ Cours de littérature française (volume 4)Chapitre 9 sur 33 · JOCASTE · texte numérisé non relu

JOCASTE

Puisque vous rappelez un souvenir fâcheux, Malgré le froid des ans , dans sa mâle vieillesse , Ses yeux brillaient encor du feu de la jeunesse. Son front cicatrisé, sous ses cheveux blanchis, Imprimait le respect aux mortels interdits ; Et si j'ose, seigneur, dire ce que je pense, Laïus eut avec vous assez de ressemblance ; Et je m'applaudissais de retrouver en vous , Ainsi que les vertus, les traits de mon époux.

Voilà sans doute des vers élégants et polis ; mais, bon Dieu! que font ces douceurs conjugales, ces madrigaux domestiques dans un sujet terrible? Comment Œdipe, lorsqu'il a déjà marqué son affreux doute, peut-il les entendre et Jocaste les dire? Le poëte et le critique ne de-

* La Harpe , Cours de Littérafiire.

vaient-ils pas sentir qu'il n'y avait place là que pour le mot nécessaire, pour le mot le plus expressif et le plus court entre ces deux âmes haletantes d'inquiétude, et que tout ornenient de langage , toute politesse de cour est un contre-sens insupportable? combien Sophocle a plus d'art dans sa simplicité! Le voici mot à mot, sans la traduction improvisée de Racine.

OEdipe, troublé des premiers mots qui rappellent le lieu où périt Laïus, s'écrie :

Jupiter ! que veux-tu donc faire de moi?

JOGÂSTE.

Mais toi, quelle est donc ta pensée, Œdipe?

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