‹ Cours de littérature grecque moderne, donée à GenèveChapitre 14 sur 46 · DE LA LANCUE GRECQUE · texte numérisé non relu

DE LA LANCUE GRECQUE

quelle fatalité le temps , au lieu de conserver ses hymnes , ne nous a-t-il transmis que Thistoire du saut de Leucade et de la farouche insensîbi- UtédePhaon?

La splendeur et la prospérité des villes ioniennes , en inspirant à la Grèce Tamoùr de la liberté et la haine du pouvoir arbitraire j engagèrent plusieurs villes du Péloponèse et de TAttîque à se donner une constitution. Lycurgue et Solon furent les législateurs de leur patrie , comme si le Ciel, attentif aux destinées de la Grèce , se fut hâté d'élever comme boulevards Athènes et Sparte , pour succéder aux villes confédérées dlonie , tombées sous les coups réitérés des Mèdes et des Persans.

Pendant cet espace de temps, qu'on pourrait appeler l'époque de la naissance du droit public , les sages de la Grèce , en s'occupant de la science de gouverner , abandonnèrent le langage des images et le rhythme de la poésie , pour embrasser le style simple et sévère de la prose, dans lequel ils exposaient les devoirs réciproques de l'homme en société. Les plus anciens prosateurs écrivirent en dialecte ionique : tels furent Hécatée , Denys de Milet , Hérodote , et bien d'autres dont nous avons perdu les ouvrages , peut-être même les noms. Après eux vinrent les prosa-

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leurs attiques , ^et à leur tête Périclès , dont YOraison funèbre pour les Athéniens morts dans la première année de la guerre du Péloponèse , est le plus ancien fragment de prose attique qui nous soit parvenu.

Les victoires éclatantes remportées sur lés Perses par les Athéniens et les Lacédémoniens , donnèrent à ces deux peuples la prééminence sur tout le reste de la Grèce. Athènes l'emporta bientôt sur Sparte , que sa constitution éloignait de la littérature , des sciences et des beaux-arts. Athènes, par sa prépondérance politique , et par rinfluence morale de ses grands écrivains , fut la régulatrice du bon goût , et le dialecte attique devint le langage de la haute société.

Après avoir épuisé divers genres de poésie , le génie grec invoqua Melpomène : ce beau siècle vit la tragédie perfectionnée déclamer , sur les théâtres d'Athènes , les chefs-d'œuvre d'Eschyle , de Sophocle , d'Euripide et d'Agathon. Combien la Grèce était savante et grande au moment de la guerre désastreuse du Péloponèse ! Ses poètes lyriques entonnaient les louanges des héros morts , non pour Sparte ou pour Athènes , mais pour le salut et l'indépendance de la patrie commune. Les tragiques inspiraient contre là tyrannie une haine implacable , en répétant sur

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