‹ Cours de littérature grecque moderne, donée à GenèveChapitre 15 sur 46 · D£ LÀ^ LANGUE GRECQUE · texte numérisé non relu

D£ LÀ^ LANGUE GRECQUE

le théâtre , que celui qui va habiter chez un tyran , quand même il irait libre , devient son esclave :

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Suscitée par l'ambition et par le mépris du juste et de l'honnête , la guerre du Péloponèse produisit des effets funestes aux Grecs. Quand le chef d un gouvernement veut faire servir ses concitoyens d'organes à ses passions , il tâche préalablement de les corrompre , pour les trouver ensuite dociles à l'exécution de ses projets. Périclès et Alcibiade dépravèrent les Athéniens: le premier , par ses intrigues , suscita la guerre du Péloponèse ; le second fut le moteur de l'expédition contre la Sicile.

Les guerres injustes sont le caractère des na- tions avilies. Les Athéniens , en se dégradant , applaudissaient aux railleries d'Aristophane contre Socrate et contre les citoyens amis de la liberté. Le peuple d'Athènes , abandonné sans réserve au plaisir et à la licence, commençait à perdre l'idée du beau , et méprisait une morale éloquente pour prêter l'oreille aux puérilités des sophistes et aux froides antithèses d'un Gorgias et de ses écoliers. La véritable éloquence , la diction épurée des chefs-d'œuvre classiques ,

ï 2 INTRODUCTION A l'hISTOIRE

eurent souvent des imitateurs , jamais des égaux . Alors finit la plus belle période de la littérature grecque : alors disparut ce style noble sans enflure 5 simple sans sécheresse , harmonieux sans redondance, orné sans affectation. La langue grecque, répandue sur une surface immense par Alexandre et ses successeurs 5 défigurée par la masse d'étrangers qui durent l'apprendre , vit peu à peu s'effacer son caractère et son originalité. Telle une rivière qu'on affaiblit par une infinité de canaux , perd peu à peu sa force motrice , et , coulant jusqu'à une certaine distance , s'arrête enfin, et se transfornfie en marais; tels ifurent les derniers efforts de la littérature grecque , ruinée par la mort de ses grands hommes , et par l'absence de la liberté. La bataille de Ché-^ ronée , où l'indépendance de la Grèce fut le prix du Mars macédonien ; la monarchie universelle d'Alexandre , sa mort prématurée , les guerres interminables de ses successeurs; Rome conquérante et tyran du monde , tous ces événemens désastreux portèrent des coups réitérés et mortels à la littérature grecque.

L'école d'Alexandrie , si l'on excepte Théocrite , Ménandre et Apollonius de Rhodes , ne forma que des poètes plagiaires , des grammairiens insipides , de^ commentateurs stériles , des

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dialecticiens féconds en abstractions inintelligibles.^ La domination de Rome ne fut pas moins pernicieuse» Des sophistes mendians , des charlatans ërudits , des philosophes sans connaissances réelles, inondaient Rome, Alexandrie, la Syrie et la Grèce. De temps en temps paraissaient quelques génies supérieurs à leur siècle ; mais leurs ouvrages , classiques sous d'autres rapports, étaient bien inférieurs pour le mérite littéraire aux productions du siècle de Périclès: leur style , qui sentait la servilité de l'imitation , n'avait point cette audace héroïque , sûre de ses forces , cet à-propos de maître , cette discrète et sage indépendance dans les expressions, qui n'est inspirée à l'auteur que par l'intime conviction de sa capacité créatrice. Tels furent Polybe , Denys d'Halicarnasse , Arrien , Diodore de Sicile , Lucien , Strabon , Plutarque , Pausanias. Ces hommes étaient comme des jardiniers qui arrosent un petit terrain au moyen de réservoirs , mais non pas comme la pluie , qui abreuve et fertilise des plaines immenses.

La Grèce n'avait plus cette mère du génie , l'égalité des droits ^u citoyen. Sous. Alexandre et ses successeurs , la jeunesse grecque n'entendait retentir à ses oreilles que les sons terribles de pouvoir absolu , de force arbitraire , ces mots

l4 ItîTRODUCTION A L^HISTOIRÈ

qui flëtrissent Fâme et rabaissent les sentiment. Sous les Romains , le degré d'avilissement était tel, que les descendans d'Épaminondas et de Miltiade se prosternaient devant ilnsolent affranchi d'un orgueilleux proconsul.

Le siège de Tempire romain fut transporté à Byzance , où il eut pour cortège le luxe et la fainéantise des patriciens dépravés , indignes de leurs illustres noms. En donnant le titre de capitale à la ville de Byzance , anciennement une des cités grecques du second rang , on l'avait obligée d'oublier son origine , ses usages et ses mœurs , pour devenir toute Constantinople ; à l'exemple de ces riches seigneurs qui , en épousant des bourgeoises, les instruisent à dédaigner leur ancien état , et même à oublier leurs parens.

Dans cette nouvelle Rome , les titres de tous les dignitaires , et les termes de jurisprudence , étaient latins. La cour, les militaires, la haute société, affectaient de parler la langue des dominateurs; celle des Grecs allait achever de se corrompre. Mais l'églisfe d*Orient, toujours libre , toujours au-dessus des vicissitudes politiques j conserva la langue originale des saints Évangiles. Elle donna naissance aux Basile , aux Grégoire, aux Cyrille et aux Chrysostome. Ces modèles de l'éloquence chrétienne , en prêchant

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la morale ëvangélique , maniaient la langue des anciens auteurs grecs , et , du haut de la chaire , ne voyant dans tout leur auditoire que des frères en Jésus, nivelaient les riches et les pauvres, les faibles et les puissans, les fils de» princes entourés de satellites, et les orphelins délaissés. La langue grecque allait reprendre une partie de sa pureté et de sa force , quand un essaim de sectaires s*éleva de toute part , et couvrit rhorizon de l'Église. On cessa alors de prêcher dans les temples la morale et les devoirs de l'homme en société ; on discuta publiquement sur les matières théologiques , on réfuta le^s no^ vateurs hérésiarques , qui , semblables à l'hydre, se multipliaient sous les coups. Le peuple, qui n'entendait rien aux termes obscurs de ces subtilités continuelles, ne put retirer aucun profit de la chaire , seule alors capable de régénérer |a langue. Ainsi la décadence de la littérature s^accrut chaque jour d'une manière sensible. Constantinople, capitale de l'empire d'Orient et d'Occident , placée dans une situation heureuse , attirait une aiïlaence d'étrangers et de soldats de toute nation. Dans cette ville immense , on parlait toutes sortes de dialectes barbares, qui troublaient dans sa souf ce la pureté de la langue hellénique.

l6 INTRODUCTION A l'hISTOÏRE

Justinien, indigne du trône, abandonnait âù hasard du lendemain les affaires les plus pressantes , et , au lieu d'apaiser les troubles de Tempire 5 devenait juge et partie dans les disputes sanglantes du cirque de Constantinople. Ce prince rédigea son code fameux. Législateur de ses peuples , il donnait le premier l'exemple de l'infraction aux lois ; et , tandis que ses favoris et lui-même commettaient ouvertement des attentats aifreux , il croyait ses édits capables de réprimer les moindres fautes de ses sujets; il s'imaginait qu'en s'intitulant empereur par là grâce de Dieu , il pouvait être parjure , immoral , cruel , par la grâce de Dieu! Accablé sans relâche par les irruptions des barbares du Nord et par les agressions des Persans , qui le méprisaient , il voulut défendre le territoire de l'empire , non en leur opposant des troupes disciplinées et des généraux expérimentés, mais en faisatit construire de nombreuses forteresses : ce qui occasiona de si grandes dépenses , qu'il ne craignit pas , pour y subvenir , de s'approprier les fonds de tous les collèges de l'empire. Ce fut une atteinte mortelle portée aux sciences et aux arts. Les écoles furent fermées, les professeurs dispersés : les ténèbres de l'ignorance , auxiliaires du despotisme , se répandirent partout. Des hommes aussi supersti-

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