POEMES EXT VERS EIMES
Dès la première moitié du dix-huitième siècle, la poésie grecque moderne avait commencé d'être cultivée par la partie éclairée de la Nation. Jannacalcy Tyanite de Constantinople, est auteur d'un poème intitulé Bo<7tropofxa)(ca, Contestation entre les deux rives du Bosphore. Cet ouvrage est
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rempli de beautés poétiques; le style en est coulant, noble et régulier; le sujet ingénieux et agréable : les deux rives du détroit de Constantinople sont personnifiées, et font valoir à Fenvi leurs beautés. Cette description commence , pour l'Asie, de la ville de Chalcédoine jusqu'aux bords de la mer Noire; et pour l'Europe, de Péra et Galata jusqu'au village de Fanaraky, situé sur une éminence au pied de laquelle viennent se briser les énormes vagues de cette mer , l'effroi des anciens navigateurs. L'Asie , dans ce brillant parallèle, semble d'abord remporter la victoire; mais l'Europe termine en disant : « Avoue combien je te suis supérieure.... D'ailleurs si tu étais plus belle que moi , eh bien ! ce serait moi qui profiterais de tes charmes en les regardant. »
Coivstantin Daponti de Scopélo a composé en vers rimes un recueil d'anecdotes sur le mérite des femmes ; ce recueil, imprimé sous le titre de Miroir des femmes, (Léipsick 1766), offre un style assez correct , mais dépourvu de poésie.
AJexanOTe Maurocordato , hospodar de Moldavie qui se réfugia sur le territoire russe en 1780 , a écrit en vers grecs modernes des apologues , des épîtrcs, des odes et des chants patriotiques^ imprimés à Moscou. Ces poésies , froides et étudiées, offrent peu d'idées frappantes, et rare-
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ment quelque chose de piquant; l'invention en est peu naturelle , et le séjour de Fauteur aux bords glaces du Borysthène , n'était pas propre à exalter son imagination.
Zambélios de Sainte-Maure est auteur de quelques tragédies , dont il n'a imprimé que celle qui a pour titre Titnoléon, (Vienne 1818.) Cette pièce est conduite avec art; les caractères sont fortement tracés , les péripéties bien combinées ; on y admire des traits ingénieux et brillans; mais le style n'a pas toute la nationalité désirable, parce que l'auteur , enthousiaste de la littérature italienne , a trop habituellement imité la manière dlécrire d'Âlfiéri.
Nicolas Piccolo a publié une tragédie , dont le sujet est Démosthène arraché à l'autel de Neptune par les satellites de la tyrannie macédonienne. Cette tragédie , représentée pour la première fois en 18 18, au théâtre grec d'Odessa, y a été couverte d'applaudissemens. Le même poète a paraphrasé en grec moderne le Philoctète de Sophocle. Enfin il vient de paraître , sous l^om d'une dame grecque , un drame en trois actes et en prose intitulé NtxvîpaTOç, dont le sujet est la chute de Missolonghi, et où l'on remarque un style animé , de grands sentimens et de belles scènes. ( Napoli de Romanie , 1826. ) ^
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Zacharie Mavroudi a publié un poème intitulé le Songe, ou la Mort de Marie Ghika; (Vienne , 1808.) Enfin George Servîus a traduit en vers plusieurs tragédies françaises , telles que la Mort de César , Mérope , etc.
POisIE LYRIQUE.
Le genre lyrique a de tout temps occupé dans notre poésie une place importante; les anciens Grecs le cultivèrent avec succès; et de nos jours, c'est à ce genre qu'appartiennent la plupart de nos compositions poétiques. A leur tête il faut placer les Chants guerriers et patriotiques de Riga, de ce premier martyr de notre liberté. Ces hymnes étincellent de beautés énergiques , qui sont puisées dans le caractère national et dans les circonstances où se trouvait alors la Grèce. A leur apparition ils furent accueillis avec transport, et ils jouissent encore d'une estime bien méritée. Avant d'être imprimés ils avaient long-temps passé de bouche en bouche , ou avaient été transcrits clandestinement, et défigurés par des hommes qui n'avaient que de l'enthousiasme; ils avaient donc perdu beaucoup de leur valeur primitive lorsqu'on les a imprimés. Jai essayé de traduire le plus célèbre de ces hymnes guerriers :
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c( Jusques à quand, Pallieares, nous faudra-t-il, comme des^ lions, vivre seuls, dans les défilés, sur les rochers, dans les montagnes? Jusques à quand devrons-nous habiter les cavernes , n'avoir devant les yeux que les rameaux des forêts, fuir le monde pour éviter la dure servitude, quitter nos frères , nos parens , nos amis , notre patrie?
a Une heure seule de vie libre vaut mieux que quarante années de fers et de captivité-
« A quoi te sert de vivre et d'être esclave? A chaque instant tu souffres le martyre. En vain serais-tu prince , drogman , vîzir ; en vain t'asservirais-tu chaque jour aux ordres les plus barbares , ta vie n'en est pas moins dans la main du tyran ; il n'en épie pas moins l'occasion dé boire ton sang
« Venez , ô Grecs! venez avec un même zèle , faire tous sur la croix ce serment solennel. Les mains levées au ciel, disons à notre Dieu, du fond de nos âmes :
ce O Roi de l'univers ! je te jure de ne jamais me soumettre à la volonté des tyrans , de ne jamais les servir, de ne jamais me laisser séduire par leurs promesses. Aussi long -temps que je vivrai dans ce monde , mon unique but sera de
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les anéantir. Fidèle à la patrie, je combattrai pour briser le joug qui lopprime , et je serai inséparable de mon général.
(( Si je viole mon serment, que le Ciel me foudroie , qull me consume , et que je sois réduit en poudre! »
Le recueil des chansons de Riga a été imprimé clandestinement à Jassy , en i8i4; on y a inséré d autres pièces du même genre, mais très-inférieures au modèle.
Athanase Christopoulo, né avec le même genre d'esprit, les mêmes grâces et la même finesse qu'Anacréon, Ta pris pour modèle^ sans le copier servUement. Le style badin et léger, le mètre facile et mélodieux , le coloris enchanteur des vers d' Anacréon ; ses sentimens , où respire la volupté la plus douce et la plus naïve ; toutes les qualités poétiques du chantre de Téos , se trouvent réunies dans les chansons de Christopoulo. Ces poésies, (imprimées à Vienne en 1811) , ne cesseront pas d'être lues avec délices tant qu'il y aura des hommes qui parleront grec; elles ont eu un succès national et complet; elles font l/e charme de tous les habitans de la Grèce.
Il a paru tout récemment un choix de ces odes accompagnées d'une traduction française ; mais
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Chrîstopoulo est intraduisible , comme son modèle; sa poésie est toute grecque; son principal mérite est la grâce du style et la délicatesse des détails ; cependant , pour donner au moins une idée de son talent, je citerai quelques odes , d'après cette traduction française :