POESIE
Lorsque la source de la poésie antique se fut tarie en Grèce, et qu'un long intervalle d'ignorance en eut effacé jusqu'au souvenir, les Grecs, incapables d'invoquer les Muses classiques , se formèrent insensiblement deux genres de poésie également étrangers à la littérature ancienne ; l'un soumis à la rime , l'autre uniquement réglé par l'accent rhythmique du vers. Je ne regarde pas comme poésie quelques ïambes ou quelques
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hexamètres récemmeni: composés en grec littéral, à Taide des lexiques et des grammaires.
La rime ne fut mise en usage par aucun des poètes grecs anciens. Leur langue naturellement mélodieuse le devenait encore plus dans les vers, par la variété des mètres et par la cadence de la prosodie. Ils n'avaient dotic nul besoin de la rime, et ils auraient trouvé à s'en servir d'insurmontables difficultés dans les entraves dont leur versification était embarrassée. Cependant l'effet de la rime ne leur était pas inconnu ; et la prose, plus libre que la poésie , reçut quelquefois ce genre d'ornement. Gorgîas de Léontium fut le premier qui l'employa d'une manière étudiée; on croit même qu*il dut à cet artifice une grande partie de sa réputation. Isocrate lui-même chercha quelquefois à charmer les oreilles par la régularité de ses consonnances ; on en remarque des traces dans la plupart de ses Discours.
Beaucoup plus tard s'introduisit en Grèce une nouvelle manière de mesurer les vers ; Jean Tzetzès et Constantin Manassé , dans le grec littéral; Ptochoprodrome et quelques autres, dans le grec moderne , firent usage de vers blancs composés d'un certain nombre de syllabes , mais non assujettis aux mètres et aux pieds des anciens. Enfin la rime constante et régulière passa de la poésie
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arabe dans les littératures de l'Europe, et fut transportée en Grèce, sous la domination des Francs ; c'est donc de la première moitié du quinzième siècle que date chez nous la poésie rimée.
Le roman poétique d'Érotocritos , Tidylle intitulée la Bergère , le poème du Sacrifice d'Abraham , la tragédie d'Ériphile , une traduction d'Homère, et quelques autres poèmes rimes de la même époque , pèchent par la trivialité de leur style , par une servile imitation de la littérature italienne, et par leur fastidieuse prolixité. Ces premiers essais d'une poésie nouvelle manquent totalement de physionomie, de nationalité, de couleur locale; on ny trouve aucune trace de l'étude des anciens, aucune notion des règles. Quelques étincelles de verve poétique font tout le mérite de ces compositions informes, tombées dans un juste oubli. C'est là tout ce que nous possédions de poésies rimées en grec moderne , jusqu'au milieu du siècle passé.
Notre poésie rimée était une imitation des Occidentaux; notre poésie non rimée prit naissance dans les cavernes de l'Olympe, sur les rochers du Pinde, dans les vallées de la Dorjde, de l'Étolie et del'Acarnanie. Créée par de libres montagnards, elle fut comme eux simple et rustique, mais pleine d'énergie et d'originalité : je veux parler de la poé-
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sic klephiique^ et des chansons populaires de la Grèce moderne, recueillies, traduites et commentëes par le philhellène Fauriel. Cette poésie simple et sans art se distingue par des beautés mâles et naïves , que Téditeur, quoique étranger, a trèsbien saisies , et dont il a fait habilement ressortir les principaux traits. Le genre klephtique date de très-loin, et remonte peut-être aux premiers temps de la conquête. Il existe une quantité de ces chansons nationales , conservées dans la mémoire des Grecs; celles que M. Fauriel a rassemblées, quoique toutes d*une épocpie assez récente, suffisent pour donner une idée précise du genre et de son mérite. Les dépositaires de chants plus anciens , doivent être quelques-uns de ces vieux guerriers, chefs des braves qui combattent en ce moment pour la liberté, tels que les Colocotroni, les Nothy Botzaris, les Diamandy, les Tzoungas, les Makry et les Panourga.