‹ Cours de littérature grecque moderne, donée à GenèveChapitre 41 sur 46 · A L4 LIBERTÉ · texte numérisé non relu

A L4 LIBERTÉ

a Je te reconnais au tranchant de ton glaive redoutable ; je te reconnais à ce regard rapide dont tu mesures la terre.

« Sortie des ossemens sacrés des Hellènes, et forte de ton antique énergie , je te salue , je te salue , ô Liberté !

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« Depuis long-temps tu gisais dans la poudre , couverte de honte , abreuvée d'amertume ,'et tu attendais qu'une voix généreuse te dît: Sors de la tombe.,

« Combien il tardait y ce jour tant désiré! Partout régnait un morne silence ; les cœurs étaient glacés de crainte , et comprimés par l'esclavage.

« Malheureuse ! il ne te restait que la triste consolation de redire tes grandeurs passées , de les redire d'une voix entrecoupée de sanglots.

« De jour en jour tu attendais le cri de l'indépendance 9 et tu te meurtrissais le sein dans ton désespoir.

« Sous un vêtement ensanglanté , tu sortis , je le sais , d'uii pas furtif et silencieux , pour aller mendier l'assistance des nations étrangères.

« Seule tu as entrepris ce voyage pénible. Seule tu es revenue : qu'il est difficile d'ouvrir les portes ou frappe la main de la misère !

« Tu inclines languissamment ta tête chargée

de douleurs /comme le malheureux qui heurte à la porte de l'opulence , et pour qui la vie n'est qu'un pénible fardeau.

(( Oui; mais maintenant, pleins d'une noble ardeur , tous tes enfans combattent en héros , et

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cherchent avec un infatigable courage , la victoire ou la mort.

« Sortie des ossemens sacrés des Hellènes , et forte de ton antique énergie, je te salue, je te salue, A Liberté!

« Malheur, malheur à celui qui, tombé sous ton glaive , voudra t'opposer une opiniâtre résistance !

« Dès que la lionne s aperçoit de Tabsence de ses nourrissons, elle rôde, elle s*élance, elle a soîf de sang humain.

(c Elle court , elle vole à travers les bocages , les vallons , les collines , et promène en tout lieu l'horreur , la solitude et la mort.

a La mort, la solitude et l'horreur signalent aussi ton passage , et le cimeterre hors du fourreau ne fait qu'enflammer ta valeur.

« Sortie des ossemens sacrés des Hellènes , et forte de ton antique énergie, je te salue , je te salue , ô Liberté ! »

Voici comment le poète décrit la première attaque de Tripolitza par les Grecs :

« Ah ! qu'elle était terrible , cette nuit dont le souvenir porte le frisson dans l'âme! Elle me-

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naît à sa suite le sommeil ; mais c'dtait le cruel sommeil de la mort.

« L'heure , le lieu de la scène , les cris , le tumulte , la rage impitoyable des combattans , les torrens de fumëe, le fracas du bronze, et les ténèbres épaisses que sillonnaient d'affreux éclairs, représentaient l'enfer entrouvrant ses abîmes pour dévorer la race musulmane.

ce C'était Tenfer même .... On vit paraître des milliers d'ombres hideusement dépouillées , des filles, des vieillards , des jeunes gens , des enfans encore à la mamelle.

« On vit fourmiller, comme de noirs essaims^ tout le cortège des morts, semblable au voile lugubre qui suit l'homme à sa dernière demeure.

« La terre vomissait à flots pressés les mânes de tous ceux qui avaient été les victimes inno-^ centes de la furtur des Turcs.

ce A la lueur d'un astre incertain et lugubre , ces mânes se confondent, et montent à la citadelle , entourés du silence et d^ la mort.

(c D'un œil livide ils cherchent les lieux où le sang s'est figé, et dansent, avec des cris rauques et plaintifs , sur la plaine abreuvée de carnage.

(( Au milieu de ces funestes ébats , ils s'élancent dans les rangs des Grecs , et appuient sur leur sein une main sèche et glacée.

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