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On sent quelquefois des picotemens dans les membres, un lécer fourmillement dans les intestins, d'anciennes douleurs se réveillent ; dans certains cas, Pagent magnétique semble ne rien produire , le patient ne sent absolument rien ,— cependant vous reconnaîtrez plus tard que l’on ne magnétise jamais sans que quelques modifications aient lieu dans l’organisation de celui qui s'est Soumis à vos expériences.
Tels sont les effets les plus simples et les plus fréquens, mais dans certaines circonstances, qu'il est impossible de déterminer d'avance, le magnétsé éprouve une série de phénomènes que nous allions parcourir.
Les effets résultant du magnétisme continuant, les paupières sont agitées d’un mouvement con: vulsif, elles se ferment bientôt, contre la volonté du magnétisé; il veut les ouvrir et ne peut y parvenir, en vain fait-il des efforts, si le magnéüseur persiste dans sa volonté; la clôture des paupières continue pendant un certain temps.
Ces symptômes de sommeil sont, dans quelques cas, accompagnés d’un sentiment de plaisir indéfinissable.
Par fois le magnétisé sent ses membres s’en-
Sourdir , il éprouve le besoin de dormir, ilse
sent obligé de changer de place s’il veut sy soustaire; lorsqu'il reste dans ia position qu'il 'affectait, sa tête devient extrêmement pesante; entrainée par son poids, elle tombe sur sa poitrine; quelquefois, mais plus rarement, elle est portée en arrière, ses paupières sont à demi fermées, le globe de l'œil se meut lentement dans son orbite, on peut en suivre le mouvement : il est porté de bas en haut, s'incline, demeure immobile et convulsé. Les membres du magnétisé fléchissent ct deviennent froids, sa respiration se fait entendre, quelquefois des mucnsités. tombent des commissures des lèvres, le magnétisé dort alors d’un sommeil profond ou léger; si vous lui parlez dans cet état, vous le voyez faire des efforts pour vous répondre, Lantôt il ne peut y parvenir , tantôt aussi il se réveille tout à coup, frotte ses yeux, vous regarde avec étonnement , se rappelle ce que vous avez dit devant fui comme on se rappelle un rêve, il pourra vous raconter les diverses sensations qui lauront agité. Dans cet élat évitez de le laisser toucher par quelqu'un , car il pourrait, avant ou après son réveil, éprouver des convulsions.
D’autres fois, Messieurs, le magnétisé ne peut
se réveiller, c'est alors que, pour lui, commence
une nouvelle existence, et, pour observateur , une suite de phénomènes qui n’intéressent pas moins le physiologiste que le psycologiste. Quelle que soit la cause qui ait produit un semblable effet, nous n’allons considérer que le phénomène en lui-même, et chercher à le constater.
Puisque ces phénomenes sont les premiers qui s’offrirent dès lorigine de la découverte du magnétisme, je dois vous citer les nombreux témoiguages qu'ils reçurent de leur existence, vous ne pourrez les récuser. Je vous ai dit, dans la dernière séance, que plusieurs commissions avaient été nommées en 1784 pour examiner le magnétisme. Je vous ai dit que les commissaires avaient déclaré que le magnétisme animal n’existait pas, et cependant ils avaient reconnu et constaté les nombreux effets qui résultaient de l'emploi des procédés aui étaient censés favoriser l'émission du principe magnétique. Vous jugerez bientôt si les causes nouvelles que les commissaires adoptèrent, étaient plus propres à rendre raison des phénomènes qu'ils étaient appelés à reconnaitre.
Lisonsleur déclaration, quireçutune grande publicité, puisqu'on prétend que le rapport où elle
était consignée fut üre à vingt mille exemplaires.
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« Les malades, disent les commissaires, offrent
un tableau très-varié par les différens états où ils se trouvent , quelques-uns, calmes et tranquilles, n'éprouvent rien; d’autres toussent, crachent , sentent quelques légères douleurs , une chaleur locale ou universelle, et ont des sueurs , d’autres sont tourmentés et agités par des convulsions. Ces convulsions sont extraordinaires par leur durée et leur force; dès qu’une convulsion commence, plusieurs autres se déclarent.Les commissaires en ort vu durer quatre heures. Rien n’est plus étonnant (ajoutent-ils), que le spectacle de ces convulsions ; quand on ne la pas vu on ne peut s’en faire une idée, et en le voyant , on est également surpris et du repos profond d’une partie de ces malades et de l'agitation qui anime les autres, on ne peut s'empêcher de reconnaitre à ces effets constans une grande puissance qui agite les malades, qui les maitrise, et dont celui qui magnétise semble être le dépositaire. »
Quels honimes attestèrent ces faits, Messieurs ?
les Lavoisier , les Baïlly, les Franklin, les Bory,
eic., et trente autres savans qu’il est inutile de
vous nommer, tous
gens dont la réputation était
à l'abri du moindre soupçon et connus par une
renommée plus qu’européenne.
do -
Conime je vous le disais tout à Pheure, ces témoignages qui seraient suffisans pour établir la réalité des effets que Mesmer produisait, nous sont inutiles aujourd’hui, il ne s’agit plus de faits passés; je vous les rappelle seulement pour vous faire remarquer Pidentité qui existe entre eux et ceux que nous produisons maintenant, afin que , lorsque nous expliquerons les derniers, ceux-là se trouvent tout naturellement éclaircis.
Reprenons notre exposé des effets du magnetisme.
L’individu que vous avez magnétisé ou, si vous l'aimez mieux , l'être devant lequel vous avez étendu simplement les mains et fait des passes, avec l’intention d’agir sur lui magnétiquement ,
est tombé dans un état particulier ; il dort (r) :
(*) Extrait d’une conversation de M. de Puységur avec M. de Pontleroy, officier-général mis en état de somnambulisme :
« Pourquoi, me demanda-t-il, désignez-vous ainsi l’état où Je suis? Le mot somnambulisme porte avec lui l'idée de sommeil, et certainement je ne dors pas... il faudrait, ajouta-t-il, trouver un mot composé qui exprimât les diverses sensations que j'éprouve. D'abord un état de calme et de bonheur qui se sent mieux qu’il ne peut se rendre, ensuite, un oubli total de toute affection étrangère à mon bien-être; troisièmement un rapport intime
j'emploie ce mot parce qu'il a été consacré par le temps, mais ce n’est pas un véritable sommeil; il vous entend , ne peut quelquefois vous répondre que par signes, ses mächoires sont fortement serrées , il éprouve de la difficulté à les ouvrir ; sa peau conserve parfois sa sensibilité habituelle, dans certains cas elle est même augmentée, mais souvent aussi elle est entièrementéteinte; on peut impunément piquer le dormeur , le pincer , lui faire même des brülares, il ne se reveille point et la sensibilité ne se montre nulle part.
L’ammoniaque concentré, porté, par la respi= ration, dans les voies aériennes, ne détermine aucuns changemens, et ce qui, dans l'état habituel, pourrait donner la mort, reste sans effet dans cette espèce de somnambulisme.
Le patient est néanmoins dans un état où la
vitalité se montre d’une manière remarquable ,
avec vous; en quatrième lieu, une connaissance parfaite de moi-même. À l'aide du grec ou du latin, vous pourriez composer un mot, mais, ajoutait-il, tous les mots possibles ne vous donneraient jamais qu’un bien faible aperçu de tout ce que j'éprouve. Il faut être dans l’état où je suis
pour pouvoir l’apprendre. »
« C’est plus qu’entendre, c’est plus que voir, mais je ne Connais aucun mot qui puisse expliquer cette perception.
Un autre somnambulc»
ie mais seulement dans quelques parties de lorgane de lintelligence, mais cet isolement si extraordinaire, si incompréhensible, par un mystère qui vous sera expliqué bientôt, n'existe que pour tout ce qui n’est pas le magnétiseur, car ce dermer est vivement senti , le contact le plus léger de sa part est perceptible au somnambule , et c'est souvent la seule voie de communication qu’il ait avec les corps extérieurs.
Si la sensibilité est éteinte , l’ouie ne semble pas moins dépourvue d’action. Aucun bruit ne peut se faire entendre ; la voix, la chûte ou l’agitation des corps sonores ne communiquent aucun son aux nerfs acoustiques ; ils semblent être dans un état complet de paralysie ; des coups de pistolet tirés à l’orifice du conduit auditif, tout en meurtrissant les chairs, laissent croire encore à la privation de ce sens. Mais cet état existe seulement pour tout ce qui n’est pas le magnétiseur, car ce dernier peut faire entendre les moindres modulations de sa voix, sa parole arrive de loin et se fait comprendre à des distances où une personne dans l’état naturel n’entendrait rien et ne pourrait même voir le mouvement des lèvres.
L'odorat n'existe également que pour les cho-
ses que le magnétiseur présente lui-même à per-
RE cevoir ; de lagaric brûlé dans les fosses nasales d’un somnambule, tombé dans l'état que nous venons de décrire, n’a pas été senti, et les mem: branes muqueuses qui tapissent ses parties ont été altérée dans leur structure, sans communiquer au cerveau la moindre perception.
Je sens, Messieurs, qu'avant d’entrer plus avant dans la description des faits; il est besoin de vous donner l'assurance que les phénomènes que je viens de vous exposer ont été vérifiés, car ils sortent tellement de l’ordre des choses habituelles de la vie, que vous pourriez me prendre pour un rêveur, si je ne les appuyais à linstant de preuves authentiques.
Vous savez déjà que de nombreuses expériences sur le magnétisme, furent faites par moi à l’Hôtel-Dieu de Paris en 1820. Vous savez que le somnambulisme s’offrit à notre observation et qu'un grand nombre de médecins incrédules attirés par a nouveauté du spectacle, furent témoins et demandèrent à s'assurer par eux-mêmes de la vérité de ce que je leur annonçais. Je les laissai faire tout ce qu’il voulurent, car pour des phénomènes extraordinaires on ne doit croire que le témoignage de ses sens. La présence de
beaucou p de monde n’empêcha point Ja produc-
on du somnambulisme, et une fois cet état produit, les assistans mirent tout en usage pour constater la non sensibilité des magnétisés. On commenca par leur passer des barbes de plume très-légères, sur les lèvres et sur les ailes du nez; puis on leur pinça la peau, de telle sorte que des équimoses en étaient lessuites, puis on intro- | duisit de la fumée dans les fosses nasales, on mit dans un bain de moutarde fortement sinapisé et dont l’eau était à un très-haut dégré de chaleur, les pieds d’unesomnambule. R
Aucun de ces moyens ne détermina le plus léger changement, pas la plus légère marque de souffrance, le pouls interrogé n’offait aucune altération. Mais au moment du réveil toutes les douleurs qui devaient être la suite immédiate de ces expériences furent vivement senties et les malades s’indignèrent du traitement qu’on Jeur avait fait subir.
Rappelez-vous ce que je vous ai dit tout à l'heure, que ces expériences étaient faites par des incrédules et non par moi.
Toutes les personnes qui en furent témoins les trouvèrent concluantes; j'ai leur témoignage écrit.
Quelques-uns des médecins qui assistèrent à ces
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Ici, Messieurs, vous allez entendre les observateurs eux-mêmes, ce n’est plus moi, et le blâme ou la louange, si vous en accordez, ne m’appartiennent pas.
Voici le texte d’un procès-verbal rédigé en présence des faits, par le docteur Robouam, qui était alors attaché à l’'Hôtel-Dieu de Paris. « de soussigné , certifie que le 6 janvier 18or, M. Récamier, à sa visite, m'a prié de mettre dans le sommeil magnétique le nommé Sfarin, couché au n° 8 dela salle Sainte-Madelaine ; il l’a menacé auparavant de l’application d’un moxa, s’il se laissait endormir ; contre la volonté du malade, moi Robouam l'ai fait passer dans le sommeil magnétique pendant lequel M. Récamier
a lui-même appliqué un moxa sur la partie antérieure un peu externe et supérieure de la cuisse droite, lequel a produitun escare de «7 lignes de longueur et de 11 lignes de largeur ; que Starin n'a pas donné la plus légère marque de sensibilité soit par cris, mouvemens, où variations du pouls ; qu’il n’a ressenti les douleurs résultant de l'application du moxa que lorsque je l'eus fait sortir du sommeil magnétique. Étaient présens a cette séance M"° Sainte-Monique, mère de la salle, MM. Gibert, La Peyre, Bergeret , Carquet, Truche, ee. etc. »
Voici encore un autre procès-verbal du même médecin.
« Je soussigné certifie, que le 8 janvier, à le prière de M. Récamier, j'ai mis dans le sommeil magnétique la nommée Le Roy, (Lise) couchéeau n° 22 de la salle Sainte-Agnès ; il l'avait auparavant menacée de application d’un mOXxa, si elle se laissait endormir. Contre la volonté de la malade, moi Robouam, l'ai fait passer dans le sommeil magnétique, pendant lequel M. Gibert a brülé de lagaric à l'ouverture des fosses nasales et cette fumée désagréable n’a rien produit de remarquable; qu'ensuite M. -Récamier a
appliqué /xi-méme, sur la région épigastrique un
ON
moxa qui a produit une escarre de 15 lignes de longueur sur 9 lignes de largeur, que pen- - dant son application, la malade n’a pas témoiané la plus légère souffrance, soit par cris, mouvemens, où variations du pouls ; qu’elle est restée dans un état d’insensibilité parfaite; que sortie du sommeil, elle a témoigné beaucoup de douleur.
Étaient présens à cette séance MM. Gibert, Créqui, etc., elc.
Sioné Rosouam, Docteur Médecin.
S’il vous restait quelque doute sur l’authenticité du fait, j'ai ici le discours de M. Récamier à l’Académie de Médecine, qui justifie completement la relation que je viens de vous faire d’un phénomène, jasqu’ici sans exemple.
Voici, Messieurs, d’autres expériences qui feront naître bien des réflexions dans vos esprits.
Quelques chirurgiens de l'Hôtel Dieu changerent de résidence. Un d’entre eux M. Margue fut placé dans le vaste hospice de la Salpétrière. Là M.Margue s’occupa du magnétisme, et bientôt | encore le somnambulisme se développa non sur une seule malade, mais sur plusieurs.M.Esquirol, alors médecin en chef de cet hospice ne s’op-
us SE =
posa pas d’abord à ces expériences; il souffuit inême qu’elles devinssent publiques, la foule des curieux était grande et les incrédules nombreux.
On répéta, sur ces pauvres femmes les ex périences de l’'Hôtel-Dieu ; puis ensuite, croyant sans doute que jusqu’à un certain point, on pouvait sentir la douleur sans la manifester, que la brülure la plus forte pouvait encore se dissimuler, on ne crut mieux faire que de présenter à respirer aux somnambules, de lammoniaque concentré. A cet effet, on en fut chercher, à la pharmacie de Phospice, un bocal quien contenait quatreonces, et on le déposa, plusieurs minutes de suite, sous le nez de chaque somnambule, en s’assurant toutefois que l’inspiration portait bien dans la poitrine, le gaz délétére qui s’échappait du vase. On répéta cette expérience à plusieurs reprises et jamais il ne fut possible aux observateurs de surprendrela plus légère manifestation de gêne et de douleur
J'abandonne encore cette expérience à vos réflexions, messieurs, cependant je dois ajouter à mon récit une circonstance singulière: un médecin sans doute plus incrédule que les autres médecins présens, voulut s'assurer par lui-même
si, réellement, le bocal contenait bien de l’ammo-
niique, et s'étant approché, pour le sentir, faillit payer de sa vie cette imprudente curiosité.
Vous penserez comme moi, messieurs, que ces expériences étaient suffisantes et ne devaient laisser aucun doute chez ceux qui en étaient les témoins:cependantplusieurs des dormeuses furent encore soumises à de nouvelles épreuve; ; on les piqua,à l’improviste, avecde grandes épingles que lon enfonçait profondément dans leurs membres. Les somnambulies réveillées n’avaient point ie moindre soupçon des dangers qu’elles avaient couru, elles sentaient seulement les douleurs résultant des déchirures et des contusions occasionnées par les pincemens et les piqûres d’épingle, et jamais il ne leur vint dans lesprit de les attribuer'aux causes qui les avaient fait naître. J'avoue que je voudrais passer rapidement sur ces expériences, car elles ne peuvent s’excuser que par un tres-grand désir d'acquérir la preuve d’une vérité longtemps contestée. Malheureusemenl, nous nesommes pasencore arrivés au point où les expérimentateurs”"s’en rapporteront à la parole de ceux qui lesont devancés, dans laffirmation des faits; je crains beaucoup que des accidens ne viennent bientôt troubler la sécurité
des faiséurs d'expériences , etjustifier mes prévi-