‹ Cours de magnétisme animalChapitre 34 sur 44 · TR · texte numérisé non relu

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taines plan êtes, qui semble suivre le cours du soleil , l’action de certains remèdes plutôt vers certaines parties que sur d’autres, fortifiaient cette opinion. Dés-lors, on ne vit plus que magnétisme où attraction dans la nature. C’est dans la connaissance de ces sortes de phénomènes que consistait toute la physique du temps : on commençait par des expériences sur l'aimant , on finissait par l'examen des différentes espèces de magnétisme.

On soupçonna dans l’aimant naturel ou artificiel, des propriétés applicables aux maladies; et descures obtenues de cette manière, parurent si merveilleuses, si faciles à faire, que chacun chercha à les pratiquer, à les expliquer, les uns les regardant comme un effet de la sympathie, d’autres comme un don de Dieu ; d’autres enfin, comme le résultat d’une vertu particulière.

« Paracelse pose comme fondement de toutes » les sciences occultes, la pricre par laquelle » nous demandons et il nous est accordé; nous » cherchons et nous trouvons , nous frappons et » 1] nous est ouvert.

» À Ja foi rien n’est impossible.

» L’imagination, qui, si elle s’enflamme dans

» notre esprit, s'accorde facilement avec la foi.

» La foi, dit-il dans un autre endroit, surpasse la lumière naturelle , et, en conséquence, la force et la puissance de toutes les créatures. » Enoutre, dit-il, limagination est confirmée et reçoit'tout son développement de la foi.

Elle reçoittout son développement pour qu’elle

vienne à l'acte ; car tout doute brise l'ouvrage

et le laisse imparfait dans le sein de la nature. La foi fortifie donc l'imagination; la foi termine la volonté ; celui qui croiten la nature, obtient de la nature suivant l’étendue de sa foi.

Leon Suavus , auteur des Commentaires sur

Paracelse, qui ont paru en 1567, avait étudié

lui-même le magnétisme. Au liv. 1er, page 236,

il s'exprime ainsi :

« Tous les phénomènes de la volonté ne sont pas incroyables à ces sages, qui comprennent parfaitement les vertus et la noblesse de lesprit humain ; elle n’est arrêtée que par la simple interposition du corps; dans tout le reste, elle est sensée égale aux anges.

» Nous passons sous silence les fascinations et les différens modes parlesquels Pesprit produit à l’extérieur des effets bien étonnans.

» Rien ne coopère davantage à produire ces

merveilleux effets que l'imagination de celui

» qui a la plus grande confiance dans l'objet » vers lequel il est porté, soit qu il soit réel , Soit » qu il ñne soit qu” en idée. »

Les premiers partisans de la doctrine magnétique, après Paracelse, furent, parmi les gens peu instruits, un nommé Rumelius Pharamond , le chevalier Digby; et, parmiles hommes plus éclairés, Crollius, Bartholin et Anman, qui proposérent leur doute sur quelques points. La plupart de ces idées étaient passées enFrance, où elles eurent pour partisans Loysel,Dolé, Gaffarel, etc.

Au commencement du quatorzième siècle ; Arnaud de Villeneuve, doué d’un esprit vaste et pénétrant, mais d’une imagination trop ardente, versé dans la connaissance des auteurs arabes ' ÿ puisa la doctrine magnétique, etl'employa dans les traitemens des maladies: les signes dont il se servit passèrent bientôt pour magiques. Médecin de Montpellier, il fut déchiré dans les écrits de ses confrères, et condamné par la Sorbonne. Aigri par lemalheur, sur la fin de ses jours,affa issé sous le poids des peines d'esprit, son imagination s’alluma et ne lui présenta que des objets à redouter ; ‘ilcrut, comme J.-J. Rousseau , être devenu le but de la haine de tous les non

Bientôt après, parut Pierre Pomponace, si cé-

AE 27 ce cbre par son espritet surtout par les chagrins que ses idées métaphysiques lui attirérent. Son ouvrage sur les enchantemens, de {ncantationum occultä potestate, fit le plus grand bruit. Il y té moigne qu’il ne croit pas à la magie; mais 1/ assure que la vertu qu'ont certains hommes de guérir Les maux est inhérente en eux , et qu’ils peu-

vertt opérer des cures par attouchement, sans sortileges et sans miracles.

I1ne manque, comme vous le voyez, que le nom de magnétisme à ce système. Îl raconte qu'il n’est pas incroyable que « la santé puisse être » produite à l'extérieur B3 l'âme qui li imagine » ainsi qu'elle le désire.

— Iltrouve aussi: « que son opinion n’est » pas la même que celle des Arabes, sui- » vant Avicène, l’âme n'agit que par sa seule » connaissance et son seul empire; selon lui, au » contraire, l’âme n’agit qu’en attirant , et par » les vapeurs qu’elle envoie aux malades. » Il est dans esprit de l’homme, dit-il , une certaine vertu de changer, dattirer , d'empêcher et de lier les hommes et les choses à ce qu’il désire, car tout lui obéit lorsqu'il est porté à un grand excès de passion ou de vertu , mais en tant qu’il

surpasse ceux qu'il entend lier.

Corneille Agrippa, qui naquit à Cologne en

1486 , poussa très-loin les effets de la foi et de l'imagination; maisil parle trés-raisonnablement,

lorsqu'il dit: «les passions de l’âme qui suivent

la fantaisie, lorsqu'elles sont trés-véhémentes, non-seulement peuvent Changer le corps propre, mais peuvent agir sur le corps d’autrui, et même peuvent aussi donner ou guérir certaine maladie d’esprit ou de Corps; car les passions de l’âme sont la cause principale de notre tempérament. D'où il suit que l’âme fortement élevée et enflammée par uneimagina-

Uuon véhémente, envoie la santé ou la maladie, non-seulement dans son propre corps, mais mème dans les corps étrangers. »

A grippa tire des faits observés par lu, une

conséquence morale pour la conduite de la vie.

Il y a des hommes, dit-il, qui agissent sur vous par leur seule affection , par la seule habitude qui les environne. En conséquence, les philosophes vous ordonnent de fuir la communication des hommes méchans et malheureux :

car leur âme pleine de rayons nuisibles, infecte ceux qui les approchent, d’une contagion de malheur. Par la raison contraire, 1l conseille la société des gens heureux. »

Plus tard encore , Nicolas de Lucques avait écritsur le magnétisme du sang ; Laurent Strause sur la sypathie magnétique; et Pierre Borel, médecin du roi, associé à l’Académie des Sciences, avait soutenu toute sa vie la même doctrine.

Dans une dissertation qu’il publia sur les cure, sympathiques, il admit, non-seulement l’influence du fluide général sur l’économie animale, mais encore celle de la volonté.

Ces doctrines avaient jetés de profondes rasines en Allemagne.

Dès lan :608, Goclénius,professeur de médecine à Marbourg, avait fait paraître sur les cures magnétiques, un traité assez long, dans lequel il essaie de prouver que ces sortes de guérisons s’opèrent d’une manière trés-naturelle , qu’il cherche même à expliquer. |

En 1621, Vanhelmont, disciple de Paracèle publia son Traité de la cure magnétique des plaies, ouvrage dans lequel il venge son maïtredes attaques dirigées contre sa doctrine par plusieurs pères jésuites.

L’inquisition, étonnée des profondes connaissances de Vanhelmont, dans la médecine, le regarda comme un magicien et le fit arrêter.

Échappé de ses prisons, il alla comme Descartes

dont il fut le contemsorain, chercher la paix et la liberté en Hollande. Cest à qu'il publia, chez les Elzevir, son ouvrage intitulé: des Effets du magnétisme sur le coros de l’homme. XI y développa des idées fortes et neuves.

« Le magnétisme, dit Vanhelmont, agit par tout; 1] n’a rien de nouveau que le nom, il n’est un paradoxe que jour ceux qui se moquent de tout, et qui attribuent au pouvoir de Satan cqu'ils ne peuvent expliquer. »

«€ En supposant, dit-il, qu’une sorcière opère des maléfices, ce n’est point par l’opération du diable, qui ne saurait lui communiquer une puissance qu’il n’a pas; c'est par une faculté propre à l’homme, inhérente & a nature humaine, et dont nous pouvons faire un bon ou mauvais usage, comme de toutes les autres facultés dont nous sommes doués. »

« Suivant Vanhelmont, l’âme est douée d’une » force plastique, qui, lorsqu'elle a produit une » idée la revêt d’une substance, luiimprime une » forme,et peut l'envoyer au loin et la diriger par » Ja volonté: cette forceinfinie dans le créateur, est » limitée dans les créatures, et peut conséquem- » imentêtre plusou moins arrêtée parles obstacles.

» Lesidées ainsirevêtues d’une substance, agissent

nt physiquement sur les êtres vivans, par lintermède du principe vital ; elles agissent plus ou moins, selon l'énergie de la volonté qui les envoie, et leur action peut être arrêtée par la résistance de celui qui les reçoit. »

Quelques savans du temps de Vanhelmont

croyaient que la puissance sympathique émanait

des astres. Vanhelmont soutenait le contraire.

« J'en vois la source, disait-il, dans un sujet plus rapproclié de nous. Ce sont les idées qui dirigent; et ces idées sont produites par la charité, ou par une volonté bienveillante.

« Aussi, dans l’action sympathique, je mets ces astres de notre intelligence (l'attention et la charité) bien au-dessus des astres des cieux. Les idées excitées par le désir de faire du bien s'entendent au loin; elles sont dirigées sur l’objet que la volonté leur désigne à quelque distance qu’il soit. »

Il est impossible d’avoir des idées plus jusiés

sur Ja nature de l’agent magnétiqueiil est fâcheux

que ces vérités soient accolées à des choses peu

vraisemblables. Vanhelmout fut soutenu dans

la lutte qui survint, par Robert Ilud, écossais,

auteur de plusieurs ouvrages sur la philosophie.

Suivant Robert Flud, l’homme a ses pôles,

A comme la terre: pour que son magnétisme ait lieu, il faut que le corps soit dans une position convenable. Après avoir examiné sur ce point, l'opinion des auteurs, surtout celles de Platon, de Pythagore, d’ Aristote, et d’Empédocle, 11 conclut, qu’outre l’action des pôles dans l’homme, qu’il admet comme démontré, il existe deux

principes qui agissent continuellement sur lui.

Lorsque deux personnes s’approchent, dit-il, et que les rayons qu’elles envoient, ou leur émation, se trouvent repoussés, réfléchis , répercutés de la circonférence au centre, l’antipathie existe, et le magnétisme est négatif. Si au contraire, il y a abstraction de part et ‘d'autre, et émission du centre à la circonférence, le ma-

gnétisme est positif.

Il admetplusieurs sortes de magnétisme ; et les recherches auxquelles il selivre pour donner des preuves de ses assertions, sont extrêmement curieuses.

Robert Flud,dans l’origine des choses,n’admet qu'un principe ou élément primitif, d’où dérivent tous les autres, quin’ensont que des modifications ou des métamorphoses. Cette idée, d’une grande

beauté, est développée dans toute son étendue.

Il considére l’âme comme uné portion de ce principe, qu'il nomme universel ou catholique.

Il définit le magnétisme en deux mots: le consentement des esprits. Ce sentiment entre deux corps animés, lorsqu’il est amical de part et d'autre , s’appelle sympathie. Il prend ïes noms d’antipathie, d'horreur des dissemblables, lorsqu'il est désagréable; d’où résulte la disünction du magnétisme, en <sympathéisme et en antipatheisme. |

Robert Boyle, fondateur de la Société royale de Londres, mathématicien profond, physicien éclairé, entrevit l’action et la réaction, que les individus pouvait exercer entre eux, et il admit un fluide général qui les produisaient.

Dans son traité justement estimé, sur les affluences corporelles, en prouvant leur admirable subtilité , il établit leur pouvoir et leur influence.

Les mêmes recherches avaient été faites par l'espagnol Balthazard-Gracian : l'attraction qu'il semble avoir reconnue est appelée par lui, avec assez de justesse, la parenté naturelle des esprits et des cœurs. Il entrevit ce flux et ce reflux permanent du principe vital et des humeurs

corporelles, dans l’homme, sans lequel le mouve-

ment de la vie s'arrête; et il expliquait ces effets de la sympathie et de lantipothie, qui deviennent plus naturels et moins merveilleux d’après son explication. L’atmosphère particulier à chaque individu, dit-il, retient du fluide général l’atiraction et la répulsion qui lui sont propres. Dans Îles croissemens divers de ces atmosphères individuelles, telles émanations sont plus attractives, entre deux êtres, et telles autres plus répulsives, etc. Cette doctrine ne s’éloigne guëre de celle de l’ancien rabbin Abraham Benhannas. « L’aimant, disait-il, attire le fer; le » fer est partout: tout est donc soumis au » magnétisme. Ce n’est qu’une modification » du principe général qui unit ou divise les » hommes, et fait naître entre eux la sympa- » thie, lantipathie et les passions. »

Le père Kircher, qui rend compte de l'ouvrage de Robert Flud, à la fin du sien, dit : que cette œuvre ne peut être sortie que de l’école du diable.

Cependant, dans son ouvrage, le père Kircher donna beaucoup plus d’extension que les autres, à tous es exemples de sympathie et d’antipathie connus, ainsi qu’à tous les genres d’affinité qu’on observe dans la nature et qui lui parurent autant

d'espèce de magnétisme. Il en distingue plusieurs genres: le magnétisme des corps métalliques, celui du soleil, de la mer; celui des animaux, ou magnétisme animal, qu’il nomme z00-magnétismos.

Kircher abondait tellement dans son sens, que toute la nature lui parut magnétique.

Un autre auteur, Jean-Baptiste Porta, dont la maison fut le rendez-vous de tous ceux qui cultivaient les lettres,et qui fonda à Naples P Académie des secrets, de sesreti, parce que pour y être admis, il fallait apporter un secret ou une Jécouverte,adopta en partieles idées de Kircher, et publia un livre sur la philosophie corpusculaire,qui contient plusieurs recettes magnétiques, et un Traité de magie naturelle. Les cures opérées par Porta, parurent si extraordinaires à la cour de Rome, qu’y soupçonnant de la magie, elle lui fit défendre de guérir.

Coclés et Porta, abusant du magnétisme, et y réunissant mal à propos l'étude de Pastrologie judiciaire, se mêélèrent de prédire l'avenir. Le hasard fit deviner au premier le genre de sa mort, et annoncer à Caponi, son assassin, qu’avant la nuit il coemmettrait un crime dont en

effet il fut la victime. Le second prédit au gé-

nois Spinola ses succès, s’il voulait suivre la carrrière des armes, prédiction que ce dernier remplit. À |

Wirdig, professeur de médecine à Rostoch, se persuada qu’il ÿ avait dans la nature et dans les corps, plus de vie, plus de mouvement, plus de magnétisme, plus d’intelligence,qu’on n en avait admis. Douéde beaucoup de génie, il anima tout: il étendit le système de Kepler. Celui qu’il créa parut sous le titre de Médecine ncuvelle des esprits; il l’'adressa à la Société royale de Londres, et il fut imprimé en 1673.

Selon Wirdig, l'influence magnétique a lieu non-seulemententre les corps célestes et les corps terrestres, mais celteinfluence est réciproque; le monde entier, dit-il, est soumis à la puissance du magnétisme. La vie se conserve par le magnétsme, tout périt par le magnétisme.

On trouve dans Wirdig, un ordre, un plan, un enchainement d'idées, une marche, une liaison. (’est un autre Prométhée,qui dérobe le feu du ciel et le communique à tous les êtres; tout s’anime par le feu de son génie, les astres, les élémens, l’homme, la terre, les plantes, les eaux,

les minéraux, tout, jusqu’ aux ténébres, se trouve doué d’une sorte d'intelligence et d'activité. On

aime à voir, dans le développement et le détail, comment ces esprits régisseurs de l'univers, circulent, se meuvent, se choquent, s’évitent, donnent lieu par leur rencontre à de nouveaux corps, retournent à leur source, ou forment des masses, en dessinent les formes, en épanouissent les couleurs, et les détruisent enfin, par leur combat, pour se reproduire "eux-mêmes, sous d’autres formes, sans jamais périr.

Siah}, à qui la chimie doit tant de lustre et de gloire, trouva dans les anciens la doctrine du magnétisme, el en fit des applications nouvelles et heureuses Sa Vraie théorie médicale imprimée en 1708, annonça le génie étendue avec lequel il savait lire toutes les parties de son art. On y trouve des pensées profondes, qui sont toutes fondées sur l'existence d’un principe vital qui circule dans tous les êtres, qui les modifie, qui entretient leur jeu, qui a dans l’homme une sorte de flux et de reflux comme tous les courans, ct dont l'absence produit en lui des obstructions, des paralysies, des épilepsies, des mouvemens convulsifs, et la mort.

Maxwell, médecin écossais, qui vint avant Stahl, avait eu les mêmes idées ; il fit un corps

dedoctrinede toutes ses observations, lesreduisit

en principes et s'occupa de perfectionner la médecine magnétique , qu’il se flatte d’avoir tirée le premier du cabos.

Son ouvrage parut à Francfort. Ferdinand Santanelli le réduisit en aphorismes.

Au milieu de beaucoup de choses, inintellioibles pour ceux qui ne sont pas familiarisés avec l’étude des choses occultes , on y rencontre par fois des idées ingénieuses servant à expliquer l'action qu’un individu exerce sur un autre , et quelquefois sur sa propre organisation.

« s’émane, dit-il, de tout corps, des rayons » corporels qui sont autant de véhicules, par » lesquels lime transmet son acuon, en leur » communiquant son énergie et sa puissance » pour agir ,; Et ses rayons non-seulement sont » corporels, mais ils sont même composés de » diverses matières.

» Lorsque l’esprit, intimement uni aux qua- » lités d’un corps, communique avec un autre » corps, il se forme , par un flux et reflux mu- » tuel des esprits de l’un à l’autre corps , une » sorte de sympathie et d'union, qu'il n’est pas » aussi facile de dissoudre, que celle qui est l’ou- » vrage de l'imagination.

S » Le remède universel, n’est autre chose que

l'esprit vital, renforcé dans un sujet convenable. Selon lintention première dela nature, aucun sujet ne reçoit que l'esprit vital nécessaire pour sa conservation selon son espèce ; il est cependant possible que la nature, par le travail d’un philosophe , produise des choses supérieures à leur principe. |

» Voulez-vous opérer des prodiges, retranchez de la corporéité des êtres, procurez au corps une plus grande somme d'esprit, tirez l'esprit de son état d’assoupissement. Si vous ne faites quelques-unes de choses, si vous ne savez lier l’idée qui prépare une régénération, vous ne ferez jamais rien de grand. »

Nous ne parlerons pas ici d'une foule d’autres

auteurs qui soutinrent les mêmes doctrines. Les

plus orands philosophes en étaient imbus et

croyaient à l’action qu’un individu peut exercer

sur un auire ; il est même probable que cette

action a été la première médecine.

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« Avant Hippocrate, dit Denarius medicus ,l s’est trouvé plusieurs hommes habiles qui n’ont point fait usage de la médecine corporelle, mais bien uniquement des facultés de l’âme.

» Ainsi ils connaissent deux puissances pour

guérir les maladies et pour faire des choses

» extraordinaires: l’une, qui agit directement » sur le corps, et qui réside dans les propriétés » de certaines plantes, de certains minéraux ; etc. » L'autre, qui agit par la seule volonté, le seul » regard, la seule imagination, je le veux, je » l’ordonne, sans autre secours.

Nous arrivons à Mesmer: vous connaissez déja lhistoire de ce médecin; je ne dois vous tracer ici que son Système : vous allez reconnaître qu'il offre plus d’un point de ressemblance avec ceux que je vous ai cités.

Voici le résumé de sa doctrine, exposée en . vingt-sept aphorismes :

19 Les corps célestes , la terre et les êtres vivans, exercent réciproquement une aclion les uns sur les autres.

2° L'intermède de cette action est le fluide universel, qui pénètre et entoure tout.

3° Cette influence mutuelle agit d’après des lois mécaniques, mais qui sont inconnues.

4° Elle produit des effets alternatifs, quel’on peut comparer avec Île flux et le reflux.

5° Les propriétés de la matière et des corps dépendent de cette influence réciproque.

6° Tout agent agit immédiatement sur les nerfs et donne lieu, dans le corps de homme , à des

phénomènes analogues à ceux que produit l’aimant ; il y a des pôles divers, opposés dans le corps.

7° Le magnétisme animal est la qualité du corps animal qui donne la réceptivité pour ces agens généraux.

8° Le magnétisme passe, avec une promptitude incroyable, d’un corps dans un autre, que ceux-ci soient vivans ou inertes.

9° Il agit à des distances considérables , sans avoir besoin d’intermédes.

10° [l'est réfléchi, comme la lumière, par un miroir.

11° Il estaugmenté, propagé et communiqué par le son.

12° Il ÿ a des corps vivans qui ont une propriété tellement contraire au magnétisme animal que leur présence détruit ious les effets de ce dernier.

130 Cette force opposée peut être également accumulée, propagée; elle pénètre de même tous les corps, et c’est par conséquent une force po- SILIVE.

14° L'amant est aussi susceptible du magnétsme animal, sans que son attraction pour le fer

en éprouve la moindre altération; le magné-

tisme animal est donc totalement différent du ma: gnétisme minéral.

15° On peut, à l’aide de ce principe, guérir immédiatement les maladies nerveuses , et médiatement toutes les autres ; il nous explique l'action des médicamens et provoque les crises.

Et c’est avec son secours, que la médecine peut être portée à son plus haut point de perfection.

Vous connaissez, Messieurs, l'examen qui a été fait de cette doctrine par les Bailly , les Lavoisier, les Francklin, etc. Vous savez que ces savans reconnurent tous les effets de la magnéiisation, mais qu’ils adoptèrent d’autres causes à leurs explications, que le fluide universel de Mesmer, ses pôles et ses baquets; ils crurent que le pouvoir de limagination , la tendance à l’imitation, pouvaient rendre suffisamment raison des effets extraordinaires qu’ils étaient appelés à constater.

Il n'entre point dans mon plan de vous détaillertoutes les expériences qui furent faites et celles qui furent proposées pour juger la théorie de Mesmer ; plusieurs de ces propositions ne pouvant soutenir l'examen; le système entier croula de toutes parts.

Mais avec ce système, comme sans lui, on con-

tinua d'obtenir deseffets ; alors tous les magnétiseurs, s'apercevant que, dans certains cas, l’imagination, l’imitation,l’attouchement,ne pouvaient expliquer les effets qu'ils obtenaient, jugèrent les rapports des commissaires comme portant à faux, et ne rendant point suffisamment raison des phénomènes qu'ils produisaient.

Il survint alors une foule de doctrines nouvelles : les magnétiseurs, en grand nombre, répandus par toute la France et l'Allemagne, s’empressèrent de donner des explications aux effets produits par le prétendu magnétisme. Les uns crurent reconnaître la puissance de Dieu, d'autres la puissance du diable. Plusieurs crurent à l’existence d’un fluide magnétique, d’autres la nierent. Mais ce qui est positif, c'est que, tous ceux qui magnétisérent, obtinrent des effets physiques

et des guérisons , n'importe quelle fût leur

croyance.

La découverte du somnambulisme par M. de

Puységur , vint apporter quelques changemens dans la pratique et dans la manière d'entendre et de s'expliquer le magnétisme ; on remarqua que la volonté jouait un grand rôle dans la production des faits; dès-lo-s, on abandonna une partie de la doctrine de Mesmer, et on adopta le sys-

tèeme de M. de Puyséour , système qui était renfermé dans ces deux mots : Croyez et veuillez.

Les magnétiseurs s'attachèrent à bien vouloir et à avoir le plus de foi possible ; ce n'étaient cependant pas les seules conditions pour réussir, il fallait encore diriger l’action de la volonté sur le patient, pendant un certain temps.

Les magnétiseurs les plus célèbres de cette époque, n'avaient point d'autre méthode ; un seul cependant prétendit qu'une partie de ces conditons était inutile. Voici comment il procedait : il faisait placer dans un fauteuil la personne qu'il voulait rendre sensible au magnétisme.

IH l’engageait à fermer les yeux en se recueillant, puis lui faisait quelques passes sur les membres et sur le tronc, et tout-à-coup il prononçait d’une voix forte le mot: dormez. — Si la première tentative ne réussissait pas, il soumettait le palient à une seconde épreuve , quelquefois même à une troisième, après cela il le déclarait incapable d’entrer dans le sommeil lucide.

L'abbé Faria, auteur de ce système, ne croyait point à l'existence de l'agent magnétique ; il expliquait les diverseffets que ces procédés Jui faisaient obtenir, par des causes particulières ; les

mots magnétisme et magnétiseurs étaiert rem-

placés par les mots concentrateur et concentré: Le mot somnambule par lexpression grecque Epopte ; mais l'explication qu'il donne de la cause du somnambulisme, ne nous parait nullement fondée. Voici cette explication,qui ne vous paraîtra , probablement , par plus claire qu’à nous.

… En indiquant, dit l'abbé Faria, comme cause da sommeil lucide, la concentration, que nous avons substitnée au r70t magnétisme, nous n’avons voulu que signaler ici la cause immédiate qui provoque le sommeil en général.

Les sommeils ont leurs nuances, celui qui est le plus profond, est ce que nous avons appelé le sommeil lucide. Ce sommeil n’existe qu'avec une extrême liquidité dans le sang.

La liquidité dans le sang , contribue non seulement à la profondeur du sommeil, mais auss! à sa promptitude ;

L'expérience m'a fait voir , ajoute-t-il, que l'extraction d’une certaine dose de ce fluide rendait époptes dans vingt-quatre heures ceux qui n’y avaient aucune disposition antérieure. Voilà la véritable cause de ce qu’on appelle le somnambulisme naturel; cause jusqu’à présent

regardée comme mystérieuse parmi les enfans

2ig — d’'Esculape, etc. L'abbé Faria aurait dû nous dire ce qu'il entendait par liquidité dans le sang. Il n’est pas vrai qu’une saignée rende somnambule.

D’autres systèmes vinrent bientôt s’enter sur ceux que je vous ai fait connaître. Comme ils ne vous apprendraient rien et que je dois ménager voire temps, Je ne vous en entrediendrai pas.

J'arrive, Messieurs, à vousparier des doctrines d’un homme dont les lumières et le savoir sont généralement connus, auteur de plusieurs ouvrages sur le magnétisme.

M. Deleuze, professeur d'histoire naturelle et bibliothécaire au jardin des plantes, est toujours descendu dans l’arène quand ïil s’est agit de défendre le magnétisme contre les attaques auxquelles il a été en buite. Cet homme respectable cmploya constamment dans sa défense la logique des faits. Ses ouvrages resieront comme des modèles qu'il sera difficile dimiter. Traduits dans toutes les langues, ils ont porté partout la connaissance du magnétisme; mais en rendant justice à M. Deleuze, nous ne devons cependant pas rester muets sur les vices de sa théorie, qu; à notre avis contient un grand nombre d’erreurs: la pratique du magnétisme vous les révélera

bien mieux que je ne pourrais le faire ici; je vais

7, ve seulement vous citer quelques passages de ses ouvrages, qu'il m'a paru nécessaire d'examiner.

Dans le premier chapitre de son instruction pratique, M. Deleuze dit:

« L'homme est composé d’un corps et d’une » âme, et l'influence qu’il exerce participe à la » fois de l’un et de l’autre. Il s’en suit qu'il y » atrois actions dans le magnétisme, 1° l’action » physique, 2° l'action spirituelle, et l’action » mixte. » Il assure ensuite, qu’il est facile de distinguer quels phénomènes appartiennent a chacune de ces actions.

Sans rechercher jusqu’à quel point cette assertion est fondée nous devons dire, ici, que ces distinctions d’actions,qu’ilest impossible de prouver, sont nuisibles, en ce que plusieurs magnétiseurs partent de là pour se croire capables de faire des miracles, et répandre dans le public des faits erronés. À croire ces magnétiseurs, rien ne résiste à leur puissance spirituelle pourvu toutefois, que vous ayez une grande croyance; mais si vous leur parlez de magnétisme animal, ils souriront de pitié : Pagent qu’ils emploient, est bien plus relevé, c’est une portion de la Divinité, qu'ils ont à leur disposition, et qu’ils exploitent

par privilége.

Il leur suffit, pour cela, d’avoir beaucoup de confiance en eux et de ne pas avoir à faire à des réprouvés: c'est ainsi qu’ils qualifient ceux qui ont le malheur de ne rien ressentir de leur iutercession.

M. Deleuze est très-loin d'autoriser de semblables pratiques. Mais nous devons le dire, on peut puiser dans ses œuvres toutes espèces de croyances et de méthodes. Beaucoup de faiseurs de miracles ont une doctrine mystique qui ne s'éloigne guére de certains principes qui font la base du système de M. Deleuze.

Les procédés magnétiques, enselgnés par cet auteur, ne sunt pas, non plus, exempts de critiques.

On peut, avec plus de certitude, obtenir Îa production de phénomènes magnétiques,en suivant une méthode plus simple que la sienne; il n’est pas besoin de se toucher les pouces, d’avoir les genoux et les pieds contre les genoux et les pieds de celui qu'on magnétise; les passes, faites de Ia manicre que M. Deleuze indique, ne sont pas non plus rigoureusement nécessaires, vous pouvez les faire en long, en large, en travers, en descendant, en remontant, pour obtenir

le même effet, sous la condition cependant,

qu’elles soient faites en face du trajet des nerfs des principaux organes de lindividu que vous magnétisez; mais je vous expliquerai cela dans un autre moment.

Ce magnétiseur admetque les femmes doivent magnéliser les femmes. Sans contester qu’elles puissent le faire avec succès, je ne crois pas qu’elles doivent sy livrer, dans le cas où le somnarubulisme existe accompagné de lextase.

Si un seul des faits que je vous ai cités dans la dernière séance, est vrai, je vous demande en quelle situation terrible se trouverait une femme en présence d’accidens qui peuvent menacer la vie de celui que lon ruagnétise.

On peut encore reprocher à cet écrivain de n'avoir pas assez généralisé l’emploi que l’on peut faire du magnétisme dans nos maladies ; de n’en avoir pas assez précisé les véritables dangerset d'adopter commenécessaires, une foule de conditions morales et physiques qui sont Join d’être utiles.

Par les procédés que vous indique cet auteur, vous allez lentement au but, qui est d'arriver à la production des phénomènes magnétiques ; vous courrez moins, il est vrai,les risques de faire

du mal, que si vous vous abandonniez sans régles

He — et sans guide à toute l'énergie de votre action; mais aussi, par cela même que vos effets sont moins prononcés, les guérisons sont plus rares.

Je passe rapidement sur toutes les autres observations qu’il y aurait à faire relativement à a manicre dont M. Deleuze entend et explique le magnétisme ; il est fâcheux pour la science, qu’il n'ait pas développé et appliqué plus rigoureusement qu'ilne la fait,un des axiômes qu’il a émis; axiôme qui semble en contradiction avec ce que je vous ai cité tout-à-l’heure.

« Je crois à une émanation de moi-même, dit » M. Deleuze, parce que les effets magnétiques » Se produisent sans que je touche le malade: » ex rthilo nihil. J'ignore la nature de celte » émanalion, je ne sais si elleest naturelle ou » spirituelle,je ne sais à quelle distance elle agit, » mais je sais qu’elle est lancée et dirigée par » ma volonté; car, lorsque je cesse de vouloir, » elle n’agit plus. »

C’est cette action qu’il fallait étudier.

M. Deleuze était sur le chemin de la vérité, il n'a pas poursuivi.

Voici, Messieurs, une autre doctrine qui contredit en tout point celle de M. Deleuze.

M. le docteur Bertrand, après avoir publié sa

croyance au magnétisme et au fluide, et s'être déclaré le partisan de M. Deleuze, ce docteur a fait une rétractation complète. Il ne croit plus: entendons-nous cependant, il croit encore, non au fluide, mais à tous les effets produits par la magniétisation,et il adopte uné nouvelle manière de les. expliquer. (1) Le somnambulisme n’est plus pour lui que l’extase, et sa manifestation,de nos jours, qu'une épidémie, que l’on doit aitribuer à des causes accidentelles que met en jeu le magnétisme. Il est vrai de dire que ce médecin glisse légèrement sur les difficultés qu’il rencontre, et qui semblent le contrarier. L'action à distance, la communication des pensées, et bien d’autres phénomènes, qu’il adepte cependant, mais qui ne l’empêchent point de courir au but qu'il s’est proposé d’atteindre, et où il croit être arrivé.

Il ratiache tous les phénomènes du magnétisme,du somnambulisme, à ceux qu'ont présentés les convulsionnaires de tous les pays, les possédés , les trembleurs des Cévennes’, etc.

En lisant attentivement les faits que le doc-

(1) L’imagination, la conviction , limitation , la sympathie.

TR ASIQS

teur Bertrand admet comme démontrés et tout à fait incontestables, on pouvait espérer que ce médecin serait revenu à l'explication naturelle, et la seule vraie,qu’ilavait précédemment adoptée sur la cause de la production des phénomènes magnétiques. Malheureusement ce médecin est mort dernièrement, et sa perte est grande pour les sciences. Malgré le changement d’epinion de M. Bertrand, ses ouvrages n’en sont pas moins très-instructifs, et méritent d’être consultés par tous ceux qui s'occupent de lPétude du magnétisme.

On peut ranger dans la catégorie des magnétiseurs qui rejettent l’hypothèse d’un agent magnétique , le baron d’'Hénin de Cuvillers, auteur qui a écrit plusieurs volumes sur celte science. Rien n’est plus contradictoire que les faits qu'il cite; et le tout est accompagné de sarcasmes et de déclamations contre ses collègues qui ont le malheur de ne pas adopter ses idées. La possibilité de l'existence d’un agent le révolte, il se fâche , et sa colère le fait sortir des bornes d’une critique mesurée. [l me faudrait trop de temps pour vous faire connaitre les doctrines de M. d'Hénin ; mais je dois vous dire qu’il adopte

comme vrais les phénomènes les plus merveil-

leux du magnétisme; et pour vous convaincre et vous faire juge de la valeur de ces explica-

tions, voici deux des faits rapportés par cet

auteur : nous allons le laisser parler.

« Une dame indienne , qui demeure à Paris, et qui possède une grande force magnétique, a été sollicitée par une dame avec qui j'étais , de nous donner une preuve de l'énergie de sa volonté. Elle avait à son service une femme qu’elle traitait par le moyen du magnétisme, et qu’elle mettait souvent en somnambulisme.

Elle était alors à travailler dans une chambre entièrement séparée de nous ; an a demandé à cette dame indiennesi cette femme pouvait se présenter devant nous d'après son ordre mental. Aussitôt la maîtresse se recueillit un instant et la magnétisa de l'endroit où elle était, sans parier et sans faire aucun mouvement; quelques minutes après, nous avons vu entrer la servante dans la chambre où nous étions, qui venait demander à sa maitresse quels ordres elle avait à lui donner. »

M. d'Hénin ajoute les réflexions que voici: Ilse trouvera des personnes assez raisonnables pour ne pas croire que je me suis laissé trom-

per par une si forte illusion, et pour être

— 3oi — » persuadées, que je ne me serais pas hasardé à » affirmer un fait de cette espèce, si je n’en » avais pas été convaincu d’une manière évi- » dente. » |

Si ce fait est vrai, ce que je ne meis point en doute , que deviennent tous les argumens de M. d'Hénin contre l'agent magnétique. Il semble lui-même n’être pas bien certain de la solidité de son système, comme je vais le faire connaître. Il dit:

« On peut de même aussi, du bout du doigt, « par des gestes et sans gesles, ou par des » passes, etc., mais touJours accompagnés d’un » acte de volonté, faire mouvoir comme un au- » tomate le somnambule en crise, sur lequel on » exerce une influence magnétique animale , et » le réduire à penser, à obéir et à agir, au » moyen d'un seul acte mental et sans le con- » cours de l'imagination du patient ,etc. »

Un autre auteur, M. Georget médecin, semble venir tout exprès pour renverser à son tour Îles doctrines du docteur Bertrand et du baron d’'Hénin. [adopte franchementle magnétisme. L’exis tence del’agentlui paraît démontrée. Ecoutez-le parler :

« IL est nécessaire, dit-il, que les deux pièces

Lea

de l'élément magnétique dirigent autant que possible , exclusivement et fortement , toute l’action cérébrale vers la production du phénoméne en question ; que le magnétiseur et le magnétisé aient l'intention, veuillent que le somnambulisme soit déterminé; rien ne m’a été plus facile que de constater ce fait. Toutes les fois que j'étais distrait, que ma pensée était toute à des idées étrangères, que j'étais tourmenté par quelques affections morales, que je ne pensais point à Paction que j'allais entreprendre , souvent je ne pouvais produire absolument aucun phénomène. Tout-à-coup, lorsque je croyais avoir fini l'opération, la somnambule cuvrait les yeux,en me disant qu’elle ne ressentait rien ; el pourtant , moi seul, je pouvais juger de la situation de mon esprit.

Il en était à-peu-prèsde même, lorsque la personne influencée ne voulait pas ; cependant, j'ai déterminé le somnambulisme malgré celleci, et quelquefois à leur grand déplaisir, d’autre fois à leur insu, comme par exemple, pendant des accès d’épilepsie, où il y a perte complète de connaissance; la même chose avait lieu lorsqu'il s'agissait de la cessation du som-

nambulisme. »

M. Georget ajoute quelques réflexions à son récit. « Comment expliquer, dit-il, pas cette » supposition (limagination, ou ennui) la pro- » duction du sommeil, en quelques minutes, » malgré la personne, laquelle assure ne vouloir » Où n'avoir point envie de dormir ; des pa- » ralysies et autres phénomènes que l’on déter- » mine sans étre soupçonnés d'avance, et sans » être aperçus ? Comme il ny a pas d'effet sans » cause, il est nécessaire d'admettre un agent de » communication entre les deux pièces de l'éle- » ment magnétique. »

Quelle réflexion faire, ici? Il faut nécessairement que lun ou l’autre de ces deux docteurs soit dans lerreur; mais M. Georget à un avantage, c’est qu'il n’est pas seul de son opinion. Les faits qu’il annonce ont été vérifiés très-attentivement par un autre observateur, M. Rostan, médecin de l'hôpital de la Salpétrière, à Paris.

Il les confirme entièrement , il fait plus, il cite, dans le Dictionnaire de médecine, des expériences faites par lui, qui mettent dans tout son Jour l’existence de cette nouvelle vérité, que les phénomènes magnétiques sont dus à lactior que produit sur notre système nerveux, lémis-

sion dun principe particulier qui semble soumis

Eu 304 rs à notre volonté. Il ajoute que cet agent n'est autre que le fluide nerveux; et parlant de ce point, il indique des procédés pour obtenir le somnambulisme.

Je vous ai dit, dans la derniére séance, que ces observateurs s'étaient trop pressé de conclure, et que le petit nombre de faits récueillis par eux, ne permettaient pas qu’ils jugeassent en connaissance de cause toutes les conditions nécessaires à l’action magnétique; aussi, leurs règles sont quelquefois vicieuses. [ls admettent dans le magnétisme des dispositions qui ne sont pas toujours nécessaires. On reconnaît aisément qu'ils ont été influencés par les idées dominantes de leur époque, idées que le talent et le rang de M. Deleuze ont soutenues malgré leur peu de solidité. Il importe fort peu, en effet, que le magnétisé veuille être endormie, qu’il le désir, pour que la production du sommeil ait lieu d’une manière plus prompte; je dirai plus, cette disposition, selon moi, neutralise les effets magnctiques, et jusqu’à un certain point, retarde leur développement.

J'ai remarqué que, toutes choses égales d'ail leurs, un individu qui ignore complètemeut ce

que vous failes et ce que vous attendez de lui,

éprouve plus d'effets de votre action que celui qui, prétant attention à ce qui va se passer, s’attend à éprouver des modifications dans sa maniere d’être ; il semble dans ce cas , que la résistance soit plus grande à surmonter, en raison des opérations qui s’exécutent dans son esprit, opéralions qui augmentent et prolongent son état de veille.

Malgré quelques erreurs de ce genre, les observations de M. Rostan et Georget (1) ont fixé

(1) M. Georget constatä, par de nombreuses expériences, les plus curieux phénomènes du somnambulisme lucide. Il en avait étudié Ja cause, et se proposait de faire un travail sur un sujet si intéressant, quand la mort le frappa. C’est ainsi qu'elle éteint souvent de précieuses Iumières , à l'instant où leur clarté allait se répandre. Il à laissé un testament dont voici un passage :

CARAUE DETTE N ANS Je ne terminerai pas. dit-il, cette pièce, sans y joindre une déclaration importante. En 1821, dans mon ouvrage sur la Physiologie du système nerveux > J'ai hautement professé le matérialisme. L'année précédente, J'avais publié un Traité sur la folie , dans lequel sont émis des principes contraires , où du moins sont exposées des idées en rapport avec les croyances généralement reçues ( pages 48, 51, 52 et 114 ). Et à peine avals-je mis au Jour la Physiologie du Système nerveux , que de nouvelles méditations sur un phénomène bien extraordinaire. le somnambulisme , ne me permirent plus de douter de l'exis-

d’une manière beaucoup plus précise, que l’on ne l'avait fait avant eux, les lois de la manifestation des effets magnétiques ; on regrettera toujours que ces observateurs judicieux n’aient pas poussé plus avant leurs recherches.Jamais cependant phénomènes n’ont été aussi dignes d’attention. « Mais la pratique du magnétisme absorbeles » facultés du magnétiseur. Il faut qu’il fasse mo- » mentanément le sacrifice de son temps, de ses » affaires, et par conséquent d’une partie de sa » fortune. Ce sont des efforts, qui, pour beau- » coup de personnes ne peuvent durer qu’un » certain temps et non toute la vie. La pratique » du magnétisme n'aura un succès constant et » inébranlable, que lorsque le gouvernement, » éclairé sur ses véritables intérêts, voudra se » déterminer à s’en déclarer le protecteur. »

Il me resterait, Messieurs, à vous parler de beaucoup d’autres médecins modernes qui ont émis leur opinion sur le magnétisme ; mais comme ils n’ont apporté aucune doctrine nou-

tence, en nous et hors de nous, d’un principe intelligent, toutd-fait différent des existences matérielles. Ce sera, si l’on veut l’âme et Dieu. Il y a chez moi, à cet égard, une conviclion profonde, fondée snr des faits que je crois incontestables. »

Le 307

velle, et que les faits avoués par eux sont iden: uqués à ceux que je vous ai fait connaître, je m'abstiendrai d’en parler; je dois seulement vous faire connaître la logique et le langage des antagonistes du magnétisme. Je le dois : « Car il ne faut pas que la même renommée demeure à l’homme de bien et à l'homme méchant ; et avec des intentions pures ét la certitude d’avoir travaillé au bonheur de ses semblables, il me semble qu’on manque à la vérité et à la vertu, quand on se tait devant la calomnie. » Je vais prendre quatre des plus célèbres de nos adversaires, et les traduire devant vous, vous apprécierez jusqu'où peut aller le fanatisme de l’aveuglement.

Parmi les auteurs qui ont écrit contre Mesmer et sa doctrine, il n’eu cest pas un seul qui ait commencé par se rendre témoin des faits. |

Le docteur régent Touret avouait n’avoir rien vu,et prévenant l’objection qu’on pourraitluifaire à ce sujet, il cherche à montrer. « Comment il est » plusieurs choses qu’on juge plus sainement » quand on les considère d’un certain éloi- » gnement. »

Toute lérudition de M. Touret se réduit ensuite à nous faire voir que la doctrine du magnétisme n’est pas aussi nouvelle qu’on veut

le faire croire, ét qu’elle a été enseignée par des médecins et des physiciens des siècles précédens. |

D'où il conclut que, n’ayant point été admise dans ce temps-là, on doit la regarder comme jugée définitivement.

Montègre, autre antagoniste du magnétisme, conseille très-fortement aux gens du monde, d'éviter avec le plus grand soin de se rendre témoins des scènes de magnétisme. M. Montègre a fait un livre où il a entassé toutes les mauvaises raisons que les gens comme lui avaient débitées pendant vingt ans contre le magnétisme.

M. Bouillaud, professeur de médecine, n’a rien vu ; mais dans un article sur le magnétisme, artic le dont il a appauvri un nouveau Dictionnaire ‘ de médecine, il n’en prononce pas moins anathème contre le magnétisme : tous les magnétiseurs sont des charlatans, etc., etc.

M. Virey, connu par de nombreux ouvrages, aété un des plus acharnés contre les magnétiseurs; ilne sest cependant jamais annoncé comme ayant observé un seul cas de somnambulisme; et voulez-vous connaître comment il traite les personnes qui se sont occupé de

répandre cette découverte, écoutez :

Shot

« La plupart des magnétiseurs ou des croyans » au magnétisme, dit ce docteur, sont des in- » dividus ignobles par le défaut de toute ins- » truction, des empiriques, d’infâmes charla- » tans, des imposteurs, des mystagogues , des » hommes sans honneurs et sans probité, des » fanatiques, des séducteurs de sots, des arro- » gans, ‘des gens qui ressemblent à ceux qui » habitent les taudis de la sottise, ou les huttes » des lapons ; des fous, des fous dignes des » pelites maisons, des individus ignobles, mar- » ques sur le front, du signe de la bête. »

Il est triste, mest-ce pas, Messieurs, d’user sa vie à propager une vérité, lorsqu'on ne doit trouver , pour récompense des peines qu’on éprouve à ce métier pénible, que des gens qui vous flétrissent et vous jettent de la boue au visage. Ah! Messieurs 7irey, Bouillaud ct compagnie, vous êtes certainement de très-illustres savans et surtout des hommes fort polis.

Ce n’est pas moi qui vais répondre à tant d'injures. C’est un homme qui fut plus avancé dans la science, et qui, dans la hiérarchie médicale, eut un rang aussi élevé que M. Virey.

Voici comment s’exprimait un médecin, qui,

fatigué de Pinjustice et de la mauvaise foi de

ses confrères , mit à nu leurs mauvaises passions.

« Parlez à nombre de médecins du magnétisme animal ils souriront&’un air supérieur de votre crédulité, ils ne vous laisseront apercevoir que l'indifférence la plus calme, vous fournirez tout au plus quelques alimens à leur gaïté ; et ce sera beaucoup s’ils daignent aller jusqu’à se moquer ouvertement de la chose et de vous. Tout cela n’est qu’un jeu mal concerté. Voulez-vous le faire cesser ! écartez les plaisanteries qui ne vont pas au but. Substi-

tuez-en de plus directes, ou bien faites parler

la raison et les faits. Bientôt vous verrez, suivant le caractère de chacun, les traits de leur visage s’altèrer, leur front se rider ou s’animer, leur langue s’emporter, ear ils ne se posséderont plus et linjure naïîtra sur leur

: bouche, pour en découler avec amertume.

» Animés par le même intérêt, pressés des mêmes désirs, réveillés par la crainte commune qu'il ne s’égare quelques portions de l’or qu’ils

couvent des yeux,ilstâchent d’écrasersous leurs

pieds la tête de la vérité; et dussent-ils n’ar-

river à cette victoire qu’à travers les dégoûts et les mépris, ils comptent y parvenir, parce qu'ils savent bien que tout est faiblesse au

— Ir —

» souvenir des souffrances, et que tout est » terreur à laspect de la mort. La vérité, des- » tructive de tant d'abus, percera malgré eux: > plus tard, sans doute, qu’elle n'aurait dü, mais

NA

» elle percera. »

Docteur Desioxe , doyen de la faculté, premier médecin du comte d'Artois.

Oui M. Deslong, la vérité triomphera et laissera sur le front de ces Messieurs la tache qu’ils ont voulu imprimer sur le nôtre. Car on pardonne à l'ignorance, mais à la mauvaise foi, jamais.

Je reviens à M. Virey: que devons-nous penser de lui ? Voici ce que nous trouvons dans ses ouvrages.

« Nous pouvons montrer que notre âme a » des mouvemens spontanés, plus prompis que » la pensée et qu’elle tend à la conservation du » corps. Entre les déterminations imvolontaires » de l'instinct, qui ne connait loutes les actions » des mensambules! »

Ailleurs (1) le même auteurdit que: «L/instinct

(1) Art de perfectionner l’homme , &. 11, p. 524.

«— re =

des mensambules découvre la cause des maladies et indique les remèdes d’une manière plus clairvoyante que ne peut le deviner le médecin'le plus instruit. »

Plus loin encore, M. Virey convient que Le

magnétisme, dans la plupart des nevroses, a offert

des cures éclatantes; car il agit uniquement sur

le système nerveux.

Le

Il ajoute, en parlant du fluide nerveux :

Quoique ce principe aiti peut-être plus de subulilé que Ja lumière, il parait être une substance corporelle, capable de s’accumuler, ct même de passer d’un corps dans un autre.

» Aimer, dit-il, c’est exhaler sa vie; elle jaillit dans les regards... Tous les Corps vivans se sculiennent de concert, par celte transpiration de principe vital.

» L'animal est une fontaine de vie, il en perd chaque jour et il en recueille de nouvelles dans les corps environnans.

« Et qu’on ne dise pas que la crédulité et surtout la disposition corporelle fassent toute la réalité de ces pressentimens nocturnes...

Car notre âme peut se mettre en telle harmonie avec une autre âme, qu’elle en devinera

» plusieurs accidens, quoique les corps soient » éloignés. G

» Lorsque les volontés se conjoignent , les » âmes s'entendent et conversent ensemble mal- » gréles distances, »

Maintenant réfléchissez si ce que M. Virey reconnait n'est pas précisément ce que nous cherchions à prouver ! |

« Mais les antagonistes du magnétisme ont toujours procédé de cette manière : au lieu dese borner à examiner, ils ont déclaré que lPexamen était une mauvaise méthode, et n’en ont pas moins prononcé sur la validité des observations faites par des personnes qui ne leur étaient nullement inférieures en talens. »

Eh! Messieurs, vous allez entendre de bien grandes preuves de ce que je vous avance , et votre élonnement va redoubler.

Voici comment s’exprimaient, à l’époque des publications dont je vous a! donné un extrait, MM. Cuvier et Laplace.

Le premier de ces écrivains célèbres, dit dans ses Leçons d’Anatomie comparée, t. 2, page 117:

€ Il faut avouer qu'il et très-difficile, dans » les expériences qui ont pour objet l'action que

» deux systèmes nerveux peuvent exercer l’un

AA

sur l’autre, de distinguer leffet de l'imaginaor de la personne mise en expériences,d’avec l'effet physique produit par la personne qui agit sur cle. .Cependant,les effets obtenus sur des personnes déjà sansconnaissence,avant que l'opération commençät, ceux qui ont eu lieu sur d’autres personnes, après que lopération même Îeur.a fait perdre connaissance, et ceux que présentent les animaux, ne permettent guère de douter que la proximité de deux corps animés dans certaine posilion et certains mouvemens ait un effet réel, indépendant de toute participation de l’imagination d’un des deux; il paraît assez clairement aussi que ces effets sont dus à une communication quelconque qui s'établit entre leurs systèmes nerveux, elc. »

M. de Laplace, autorité non moins imposante,

dit, dans son Traité A nalytique du calcul des probabilités, page 358 :

« Les phénomènes singuliers qui résultent de l'extrême sensibilité des nerfs dans quelques individus,ont donné naissance à diverses opinions sur l'existence d’un nouvel agent que lon a nommé magnétisme animal... A est na-

turel de penser que Paction de ses causes est

» très-faible , et peut être facilement troublée » par un grand nombre de circonstances acci- » dentelles: ainsi, de ce que dans plusieurs cas, » elle ne s’est point manifestée, on ne doit pas » en conclure qu'elle n'existe jamais. Nous som- » mes siéloignés de connaître tous les agens de 9 la nature et leurs divers modes d’action, qu’il » serait peu philosophique de nier l’existence » des phénomènes,uniquement parce qu’ils sont » inexplicables dans l’état actuel de nos con- » nalssances. »

Qu’opposera-t-on à de semblables témoignagés ? — des dénégations,elles ne sont pas admissibles ; elles ne peuvent renverser des faits.

Vous venez de voir, Messieurs, combien de personnes se sont occupé du magnétisme : les écrits sur cette découverte sont nombreux, on peut les compter par centaines.

Partout on peut trouver des théories et des procédés enseignés par des gens instruits ; mais nulle part on ne trouve d’unité dans les croyances.

La connaissance du magnétisme est répandue partout ; dans toutes les villes il a des partisans, et comme toutes les vérités physiques démon-

trée, aucuns de ceux qui ont expérimenté , ne

se relractent; seulement presque tous envisagent la cause des phénomènes qu'ils obtiennent d'une manière différente.

Si nous jetons nos regards sur Paris, nous voyons combien le magnétisme y a fait de progres: ce ne sont plus des individus isolés qui le mettent en pratique ; la majeure partie des gens éclairés a vérifié les phénomènes qu’:1 présente; on à d’abord procédé froidement à son étude, mais l'enthousiasme et le charlatanisme ont fini par lenvahir, il en est résulté des abus. Deux fois en peu de temps les tribunaux ont eu à prononcer sur des causes graves , résultant d'accidens majeurs produits par le mauvais emploi du somnambulisme ; tous n’oni cependant pas été révélés et je ne suis pas chargé de les. divulguer, je ne dois pas non plus citer les noms. des personnages marquans qui croient devoir leur santé au magnétisme et au somnambulisme.

Pour vous prouver lexistence du magnétisme animal, j'ai pris mes preuves parmi les savans les plus distingués, ceux connus surtout pour très-peu crédules,et placés par leur position audessus de toute influence.

Ajouterai-je de nouveaux noms à ceux que je

vousaicités, il mescrait facile de les multiplier à

l'infini. Mais je n'ai pas besoin de nouvelles preuves pour vous convaincre. Celles que je vous ai données sont suffisantes, car il n’y a que l’igno- rance qui puisse les rejeter.

Messieurs, les vérités restent quelquefois stauonnaires, mais elles ne font point de pas rétrogrades. |

I faut, tôt ou tard, se rendre à l'évidence ; ct ici la croyance est commandée par des faits.

Les médecins ne peuvent pas rester étrangers à une question que l’on dit intéresser au plus haut point la physiologie et la médecine. (1)

Quand de tous côtés dans le monde, des gens

éclairés, assurent avoir vu, avoir expérimenté et

(1) « ls veulent qu'on pense que personne n'est plus instruit » qu'eux ; c’est pourquoi ils ne veulent pas vous écouter. — Ces » médecins vont venir , ils ont beaucoup parlé de moi ; celui qui » est trop Satant ou trop peu, dira après que mon cheveu sera » rendu : Je suis très-fâché de n'avoir pas été présent. Ils sont » bien mécontens ; ils sont somme cet homme qui élait dans un » tonneau et qui disait à Alexandre : Otes-toi de devant moi. » — Îci, croyant achever la pensée de la somnambule : » J'ajoutai : Tu m'ôtes mon soleil , n’est-ce pas ? Non, reprit » gravement la malade : Tu m'ôtes ma vie. »

Extrait d’une Relation d'un Traitement Magnétique , imprimée dans l’'Hermes, journal du magnétisme, dixième cahier.

reconnu l'existence du magnétisme, continuerontits de garder le silence ? Et d’ailleurs la multiplicité des accidens causés par cet agent, fera que bientôt on leur demandera des conseils. Que répondront-ils s’il n’ont pas cherché à séclairer sur la valeur réelle du magnétisme?

Quelle sera alors leur position? Je crains qu’ils ne sentent pas toute l’importance de la découverte de Mesmer, et qu’ils laissent échaper une occasion qu’ils ne trouveront plus, car la nature se laisse rarement pénétrer ; et le titre de bien faiteur de l'humanité ne s'obtient jamais par des résistances à la vérité.

Ne croyez point, Messieurs, que les dangers du magnétisme en fassent abondonner l’emploi; les phénomènes qui naissent ont cela de particulier , qu'ils flattent lamour-propre de celui qui les produit , et que la cusiosité n’est jamais satisfaite, à cause du merveilleux qui vous accompagne constamment dans cette étude.

Le magnétisme triomphera malgré ses antagonistes et malgré les doctrines absurdes de quelques uns de ses partisans. Permettez-moid’entrer dans quelques détails à ce sujet, et de vous signaler, ici, les causes qui empêchent Île magnétisme de faire de plus rapides progres.

Si 2

L'esprit de lhomme marche au hasard , quand c’est le vague des opinions qui le conduit.

Je vous ai déja dit que presque tous les magnétiseurs français , allemands, ou russes, avaient une manière diffèrente d'envisager les phénomènes magnétiques. Pour peu de magnéuseurs le magnétisme est une science physique, les autres ne mettent point de bornes à leur croyances, ils ne considèrent le magnétisme que comme un talisman qui dispense de toute instruction ; s’ils ont vu quelques phénomènes extraordinaires qu’ils n’ont pu tout-à-coup expliquer, ils partent de là pour vous raconter avec un rare sang froid les prodiges les plus inouis ; prodiges qui, s’ils étaient vrais, renverseraient toutes les lois de la nature; ils font plus que les raconter, ils en font imprimer les récits.

D'autres magnétiseurs, aussi peu raisonnables que ces derniers, pénétrés cependant del’existence d’un agent, inventent les choses les plus bizarres à l’appui de leur croyance, comme si les effets que produit cet agent sur la nature humaine, ne suffisaient pas pour en démontrer Ja réalité d’une manière rigoureuse.

Aussi, Messieurs, ces magnétiseurs cherchent

le magnétisme partout où il n’est pas; ils n’ont

pas vu que les phénomènes magnétiques ne peuvent se manifester que sur des êtres sensibles , qu'il faut, pour en éprouver les effets, avoir un système nerveux bien organisé en action vitale, car le fluide magnétique est une sécrétion de la machine humaine, qui ne peut avoir son analogue que chez les animaux , un fluide qui parait être l’âme sensible des corps vivans ; et qu'une somnambule appelait flamme coulante dont le trajet se fait par les nerfs.

Ils n'ont pas vu que ce principe échappe à toute analyse ; que c’est en vain qu’on prétend le retenir, que rien ne l'isole , et qu'il n'offre avec les autres agens de la nature qu’un seul point de ressemblance, qu’ils n’ont point reconnu.

La science douteuse ne produit que des effets douteux.

De là, les faux jugemens qu’ils portent sur le magnétisme. [ls ont signalé des dangers qui n'existent pas dans sa pratique, et ont laissé ignorer les véritables dangers qui sont cependant inhérens à la magnétisation ; ils se sont attachés à faire craindre l'emploi du magnétisme d'homme à femme, laissant soupçonner, et disant même que les mœurs y étaient intéressées :

ignorance complète de son action : ils n’ont pas

æ— got. | reconnu que le sentiment tres-vif qui se dévea loppait, quelquefois, chez le magnétisé, pour le magnétiseur, ne pouvait être de l'amour , puisque les hommes éprouvent ce sentiment de même que les femmes et que les enfans ; et les animaux n’y étaient point étrangers.

Ils n’ont pas vu que le rétablissement de Ja santé anéantissait complètement les affections nées peñdant la maladie: et sil m'était permis de dire, ici, toute ma pensée, vous apprendriez que l'action magnétique ne fait que développer chez les personnes malades un instinct de con- Servation , plus fort qu’il ne l’est dans l’état ordinaire ; que ce sentiment, qui fait que les malades recherchent avec empressement les êtres qui leur font du bien , et qui les empêchent de voir avec indifférence le partage de leurs soins, n'est qu’un pur égoïîsme ; et cela est si vrai, que vous voyez cesser par degré et à mesure que le magnétisé peut se passer du magnéliseur, ces témoignages de reconnaissances > CES expressions vives qui devaient durer autant que la vie, et qui durent autant seulement que lon a besoin de VOS SOIns.

Messieurs, les dangers sont dans la pratique du magnétisme lorsqu'on l'applique mal , lors-

qu'on laisse dormir des somnambules pendant cinquante heures dans un état d'isolement complet, comme cela estarrivé à certain magnétiseur, qui n'a pas craint de publier ces hauts faits. Cet état prolongé de somnambulisme s’oppose à tous les efforts de la nature contre la maladie, augmente l’aberration. C’est le cas de l'arc toujours tendu , qui perd de son élasticité. (1)

Les dangers existent, lorsque vous empêchez le développement de certaines crises qui seraient utiles et dont vous ne pouvez plus, quoique vous fassiez, obtenir la manifestation. Ils existent, lorsque, par amour du merveilleux, ou par ignorance , vous voulez obtenir la cessation subite de certaines affections du système nerveux. La nature alors violentée, obéit. Le malade marche. Votre orgueil est satisfait! on crie au miracle ! mais une rechüûte rend la maladie incurable, lovs- que avec moins de précipitation vous pouviez en espérer la guérison.

Les dangers existent encore, lorsque abusant

(1) Les racmes des arbres et les semences des végétaux se nourrissent d’eau et vivent d'eau; mais s'il yen a en trop grande abondance, elles se noïent et meurent. En cela comme en toutes clioses, il faut de la prudence. |

de la puissance que vous avez sue prendre sur le somnambule , vous le forcez de faire des choses contraires à son rétablissement, comme de prolonger sa lucidité au delà du terme que la nature avait fixé. Il est encore d’autres abus qui deviennent criminels , mais on peut tous les éviter, en ne confiant ni sa santé ni sa vie à des êtres immoraux, qui se font un jeu de vos souffrances et qui, pour satisfaire leur vanité ou leur cupidité, éternisent un état qui est toujours de peu de durée, lorsqu'il est bien dirigé.

Les filtres, les amulettes, les conjurations, et le magnétisme animal n'ont jamais rendu amoureux, CCUx qui ne devaient pas l'être dans les conditions de la vie habituelle.

Le magnétiseur n’est pas plus à redouter avec son magnétisme, que le médecin avec ses ordonnances, les dangers sont égaux.

S'il me fallait, Messieurs, relever tontes les absurdités que l’on a débitées sur le magnéusme, il me faudrait un cours entier. Mais vous ferez vous-même justice des doctrines erronées. Vous en userez, ainsi, lorsque l’on vous parlera de la puissance de certains hommes qui ont la réputation de faire des miracles ou d’endormir

ns ART

le premier venu ; vous vous ropellerez la fable des bâtons flottans.

Vous élaguerez tout le merveilleux et toutes les erreurs que l’on a attribués au magnétisme, parce quelles ne sont que le produit de Pimagination et non de la nature.

Mais vous vous garderez de rejeter de même la plus grande des vérités qui ait été surprise à la nature.

Vous reconnaitrez que l’homme, dans certaines circonstances que vous apprendrez à distinguer, peut exercer sur son semblable une action qui produit, dans son organisation, les phénomènes les plus curieux et peut-être les plus utiles, un développement d'intelligence que vous pouvez rendre permanent pendant un certain temps, et dont vous ne pouvez trouver d’exemples que dans queiqués maladies extrêmement rares.

Plus sage que beaucoup de magnétiseurs, vous vous tiendrez en garde contre votre propre imagination. Lorsque vous obtiendrez des gucrisons, vous ne croirez point opérer de miracles et vous n'irez point chercher ailleurs qu’en vous la cause des effets que vous aurez obtenus; car toute propriété est inhérente au corps, elle ne

peut exister autre part. Vous ne vous rebuterez

point non plus, lorsque vous aurez à magnétiser des malades qui auraient déjà été soumis à un magnétisme mystique, parce que là où la grâce n’a point opéré , le magnétisme peut encore donner quelques résultats utiles. Avec cette manière de procéder, vous arriverez à avoir des idées justes sur le magnétisme, vous reconnaitrez quelques-unés des lois qui r’avaient point été aperçues,et un jour vous aïdérez à tracer des règles certaines pour Femploi d’un moyen de guérir que Fon dit être le plus puissant de tous.

Gardez-vous de croire, cependant, que toutes les maladies soient curables malheureusement: il n’en est point ainsi. Vos soins seront souvent infructueux,quelquefois même un dernier effort de la nature vous trompera et vous fera trop espérer des suites de votre traitement, ce mécompte est cruel. C’est pour cela qu'il ne faut pas trop promettre, et necroire véritablement à votre triomphe qu'après la disparution de tous les sympiômes de la maladie.

En général, le magnétisme guérit beaucoup de maladies pourvu que les ressources de la na-

ture ne soient pas entièrement épuisées (1) et que

(1) « Médecine est seulement aydente à nature ; car si nature n’y est, elle ne peut avoir effet.» ( Avicéne et Rasis. )

la patience soit à côté du remède ; car il ést dans la marche de la nature de rétablir lentement ce qu’elle a miné. Quoique l’homme désir eet fasse dans son impatience, il est peu de maladies d’une année dont on guérisse en un jour.

La funeste habitude des médicamens opposera long-temps des obstacles aux progrès du magnétisme : les maux auxquels nous livre la sévère nature, ne sont nisi communs, ni si longs, ni si résistans que les maux accumulés sur nos têtes par cette faiblesse. Un jour cette vérité sera démontrée. En attendant, il est juste d’observer que si le magnétisme guérit quelquefois des médicamens déjà pris, il ne guérit jamais de ceux qu'on prendra par la suite.

€ Messieurs, c’est surtout par voire bienfai- » sance et votre humanité, que vous inspirerez » Je désir de vous croire et de se rapprocher » d’une vérité dont l'expérience attestera chaque » jour Putilité ; secourez donc l'homme souffrant » par des procédés simples et faciles ; dégagez.

Se e-

les de tout appareil imposant, enseignez-les avec la même simplicité , à la mère tendre et sensible; vous ne l’étonnerez point , la nature avant vous les grava dans son cœur! Donnez au fils la jouissance de soulager et de prolonger la vieillesse. de ses parens; et,puisque vous savez tout ce qu'un tendre intérêt peut ajouter à vos soins, dites-lui que s’il est vertueux et sensible, il leur rendra la santé, en les pressant contre son sein. Un regard paternel le pénétrera de cette vérité, il en jouira, et vous l'aurez rendu meilleur , plus tendre et plus heureux. »

Cest ainsi, Messieurs , qu’en présentant

d’abord et uniquement à l’homme des vérités

qui parleront impérieusement, vous le préparez,

à soncœur, vous l’accoutumerez à recevoir avec

confiance l’ordre et la chaîne des grandes vérités

que vous aurez long-temps étudiées et profondément méditées. |

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