AUREL PRUDENCE
une 418 HE » des mois entiers, du phénomène si singulier » du déplacement des sens, qu’il croyait dans » l’intérêt de la vérité devoir en rendre compte » à la Société. » j
Dans la première observatiou de ce mémoire, on y lit que la malade qui en fait le sujet, avait la faculié de voir, d'entendre et d’odorer par les doigts. |
La seconde observation est beaucoup plus eurieuse ; elle fut faite sur la fille de M.**, qui jouit de lestime de toute la ville de Grenoble, où il vit retiré, et que la maladie de sa fille désolait extrêmement. Îl fesait tous ses efforts pour cacher cette maladie et refusait toute visite de curieux.
Parmi les différens états que présenta cette malade,etquele docteur Despine décritavec beaucoup de détail , il insiste particulièrement sur celui de somnambulisme. Je transcris textuellement le passage le plus positif sur la translation du siége de la vue,
« Non-seulement notre malade entendait par », la paume de la main, mais nous l'avons vu lire » sans le secours des yeux , avec la seule extré- » mité des doigts, qu’elle agitait avec rapidité » au-dessus de la page qu’elle voulait lire, et
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sans la toucher , comme pour multiplier les surfaces sentantes; lire, dis-je, une page entière d’un roman de Madame de Montholieu.
» Nous l'avons vu d’autres fois, choisir sur un paquet de plus de trente lettres, lune d’entre elles qu’on lui avait indiquée, lire sur le cadran et à travers le verre l'heure qu'indiquait une montre ; écrire plusieurs lettres, corriger en les relisant des fautes qui lui étaient échappées ; recopier une des lettres, mot pour mot. Pendant toutes les opérations, un écran de carton épais interceptait de la manière la plus étroite tout rayon visuel qui aurait pu se rendre aux yeux. :
» Les mêmes phénomenes avaient lieu à la plante des pieds et sur lépigastre ; et la malade semblait éprouver un sentiment de douleur par le simple toucher. »
Messieurs, vous trouverez encore des faits tres-
circonstanciés de vue sans le secours des yeux
dans un mémoire curieux du docteur Belpit, sur
deux affections nerveuses (1). « L’une des ma-
lades lisait, dit l’auteur , et lisait très-distinc-
(1) Bibliothèque médicale, t. 56, page 308.
» tement , lorsque ses yeux étaient entièrement » fermés à la fumière, en promenant ses doigts » sur les lettres. Je lui ai fait lire ainsi, soit au » grand jour , soit dans l’obscurité la plus pro- » fonde, les caractères imprimés en ouvrant le » premier livre qui me tombait sous la main ; et » quelquefois des caractères écrits, en lui remet- » tant des billets que j'avais préparés exprès » avant de me rendre chez elle. Était-ce le sens » du toucher qui suppléait alors à celui de la » vue ? Je Pignore ; mais j’affirme qu’elle lisait » trés-couramment en promenant ses doigts sur » les lettres. »
Voilà certes un témoignage positif, et un témoignage rendu par un homme auquel de pareils faits sont venus se présenter sans qu'il les cherchât , sans qu’il se doutât même de la possibilité da leur existence , et qui, frappé de leur inconcevable singularité, n’a pris la plume que pour les consigner.
Monsieur Delpit, dans des réflexions fort courtes placées à la suite de ces chservations, invoque l'autorité de plusieurs auteurs connus , et paruculièrement celle de Dumas. «Il ya cinq ans, dit » cet auteur célèbre, qu'une jeune personne du
» département de PArdèche, venue à Montpel-