‹ Cours de magnétisme en sept leçonsChapitre 3 sur 16 · IS · texte numérisé non relu

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« Le système qui m'a conduit à la découverte » du magnétisme animal , dit-il , n'avait pas été )> l'ouvrage d'un jour. Les réflexions s'étaient )> successivement accumulées dans mon esprit. » Je ne devais qu'à la constance , le courage né- » cessaire pour attaquer les préjugés de la rai- » son et de la philosophie , sans être à mes » propres yeux coupable de témérité.

» Le froid accueil que l'on fit aux premières » notions dont je hasardai la publicité , m'étonna » comme si je ne l'avais point prévu. La déri- » sion surtout me parut excessivement déplacée » de la part des savants , et particulièrement de » celle de médecins , puisque mon système dénué » de toutes preuves , aurait encore été aussi rai- » sonnable , que ceux qu'ils honorent tous les » jours du nom de principes.

» Ce mauvais succès me porta à discuter de » nouveau mes opinions. Loin de perdre à cet j> examen , elles en sortirent revêtues des cou- *» leurs de l'évidence. En effet , tout me disait » qu'il existait nécessairement dans les sciences ^ » des principes négligés ou non aperçus > autres » que ceux que nous admettions. Tant que les » principes des sciences , me répétais-je à chaque » instant, seront faux ou incertains, les efforts

» des plus beaux génies seront infructueux pour » le bonheur ou l'instruction de leurs semblables.

» Je comparais les médecins à des voyageurs » hors de leur route , qui s'égarent de plus en » plus , en courant toujours devant eux , au lieu » de revenir sur leurs pas , pour se reconnaître.

» Une ardeur brûlante s'empara de mes sens ; » je ne cherchais plus la vérité avec amour, je » la cherchais avec inquiétude : la campagne , » les forêts , les solitudes les plus retirées eurent » seules des attraits pour moi : je m'y sentais plus » près de la nature.

» Toutes autres occupations me devinrent im- » portunes : les moments que je leur donnais me » paraissaient autant de vols faits à la vérité.

» Insensiblement le calme revint dans mon )> esprit. La vérité que j'avais poursuivie si ar- » demment ne me laissa plus de doute sur mon » existence; elle était obscurcie, mais je voyais » distinctement la trace qui menait à elle , et je » ne m'en écartais plus. C'est ainsi que j'acquis » la faculté de la soumettre à l'expérience. » (*)

(*) Mesmer adressa en 1776 un mémoire sur sa découverte, à tous les corps savants de l'Europe. Un seul, l'académie de Berlin, lui fit la grâce de lui répondre et il résultait de cette réponse trèsîaconique : « qu'il n'était qu'un visionnaire. »

Vous dire , Messieurs , comment Mesmer parvint à reconnaître l'existence de l'agent dont nous poursuivons l'étude , cela nous paraîtrait difficile : fut-ce par la force seule de son génie , comme il semble le faire pressentir , ou avait-il lu les auteurs qui longtemps avant lui avaient traité cette matière? C'est ce qu'il nous importe peu de savoir : quoiqu'il en soit, Mesmer mérite toute notre reconnaissance pour avoir rappelé les esprits vers l'étude du magnétisme.

Cependant sa doctrine ne fut mise en pratique que vers l'an 1775, époque vers laquelle il publia une partie de son système.

Les principes de Mesmer n'étaient pas, au fond, aussi différents de ceux des autres médecins qu'on pourrait se le figurer.

Mesmer pensait que tous les mouvements internes et externes qui s'opèrent dans notre corps , soit en santé, soit en maladie, ont lieu par l'action des nerfs : or , ce que Mesmer pensait les autres médecins le pensaient aussi ; Mesmer pensait que l'action des nerfs dépendait elle-même de l'action d'un fluide très-subtil , les autres médecins le pensaient aussi. Mesmer pensait que ce fluide était lui-même soumis à différents agents dont les uns , comme les corps qui nous envias

ronnent, sont en dehors de nous; les autres, comme les différentes affections de notre âme , notre volonté , nos passions , l'organisation de notre machine ; or , les autres médecins pensaient également cela.

Mesmer pensait que l'état normal de nos fonctions , duquel dépend la santé , s'entretient par Faction régulière de nos nerfs ; les autres médecins le pensaient aussi.

Mesmer prétendait que la guérison de nos maladies s'opère par des coctions et par des crises ; les autres médecins le prétendaient aussi.

En quoi Mesmer et les médecins de son temps différaient-ils donc ? Le voici : Mesmer croyait avoir trouvé le secret de diriger à volonté , et par des moyens faciles > le fluide qui met nos nerfs en action , et par là de leur procurer celles dont ils ont besoin , soit pour la conservation de la santé , soit pour la guérison des maladies. Mesmer croyait connaître mieux que les médecins de son temps et que ceux qui l'avaient précédé > la nature du fluide nerveux ; et c'est là ce qu'on lui contestait.

Ses idées ne furent point goûtées : il se trouva repoussé de toutes parts , bien qu'il eût traité par le magnétisme un grand nombre de

maladies et qu'il eût obtenu le succès le plus complet.

Après avoir été en butte à plusieurs scènes scandaleuses, il quitta Vienne en 1777 , croyant avoir fait assez pour ses ingrats concitoyens et emportant l'espoir qu'ils lui rendraient un jour plus de justice.

Peu d'années s'étaient écoulées et déjà ce que l'on appelait la découverte de Mesmer faisait la plus vive sensation chez les peuples voisins. Aussi quand il arriva à Paris, en 1770, précédé de sa réputation , s'y trouva-t-il l'objet de l'attention publique.

Il ne tarda pas à contracter des liaisons avec les médecins les plus distingués de la capitale , notamment avec le docteur Deslon , membre de la Faculté de Médecine de Paris et premier médecin du comte d'Artois.

De toutes parts on s'empressa de donner à Mes» mer l'assurance qu'il serait plus heureux en France que dans sa patrie, et on l'engagea à présenter son système à l'Académie des Sciences.

Mal accueillies de l'Académie des Sciences., les idées de Mesmer échouèrent également auprès de la Société de Médecine. Cependant la franchise et la bonne foi de ses procédés lui concilièrent un

grand nombre de médecins qui se livrèrent avec zèle à la pratique du magnétisme et en publièrent partout les heureux résultats.

Traité sans égard, je dirai presque ignominieusement, par les sociétés savantes, Mesmer était en revanche recherché avec empressement par un grand nombre de personnages distingués. Cet accueil lui donna l'idée d'ouvrir un traitement où les malades accoururent en foule pour se faire guérir par la nouvelle méthode , et les guérisons éclatantes qui s'y firent achevèrent la réputation de Mesmer.

Messieurs , si les premiers propagateurs du magnétisme animal eussent suivi l'exemple d'un ancien philosophe qui se contenta de marcher devant quelqu'un qui niait le mouvement , s'ils se fussent bornés à produire des faits, au lieu de chercher à les expliquer , il y a longtemps que la cause du magnétisme serait gagnée ; mais ils n'ont pas suivi cette marche ; ils se sont trop hâtés de bâtir des systèmes et de les présenter comme renfermant tous les secrets de leur art. Emportés par l'enthousiasme , les partisans de la doctrine magnétique ne surent point mettre de bornes à leur croyance. La guérison de quelques maladies leur fit croire à la possibilité de les guérir toutes. Ils

eurent l'imprudence d'écrire qu'il n'y avait qu'une vie 9 qu'une santé , qu'une maladie , et par conséquent qu'un remède , et que cet unique remède était le magnétisme.

Portant leurs prévisions dans l'avenir, ils crurent devoir prédire que l'agent de Mesmer opérerait un grand changement dans nos mœurs, et une modification complète de notre organisation.

« Nos pères, disaient-ils, ne tomberont plus » qu'à l'extrémité de la décrépitude. Il n'y aura » plus rien dans les hôpitaux qui révolte l'huma- » nité ; on parcourra doucement la carrière de ses » jours , et la mort sera moins triste parce qu'on » y arrivera de la même manière qu'on s'avance » dans la vie.

» Les peuples sains et robustes pourront écarr> ter les épidémies , les maladies amenées par les » cours des siècles , etc. Les hommes ne connaî- » tront nos maux que par l'histoire , leurs jours » prolongés agrandiront leurs projets et les con- » sommeront ; ils jouiront de cet âge si vanté , » où le travail se faisait sans peine , la vie passait » sans chagrin et la mort approchait sans hor- » reurs. »

Et enfin , Messieurs , ces belles promesses

étaient publiées et accompagnées de réflexions non moins étranges.

« Ce que nous venons d'annoncer paraît res- » pirer l'enthousiasme, disaient -ils, mais on » saura un jour., que nous avons ménagé la dis- » position des esprits et que nous sommes de- » meures au-dessous du sujet que nous avions à » peindre. »

Vous comprenez, Messieurs, tout ce que de telles assertions avaient alors de révoltant et de chimérique ; et pourtant , elles étaient soutenues , appuyées , par des hommes de mérite ; tant la passion peut quelquefois nous aveugler et fausser notre jugement !

Ce qui ne vous étonnera pas moins que l'enthousiasme des magnétiseurs, c'est la conduite des corps savants de cette époque qui ne surent pas mieux , que les premiers , conserver assez de sang froid pour prononcer sans passion sur le magnétisme.

Vous savez que des commissions nombreuses furent nommées d'office par Louis XVI pour examiner le système de Mesmer; et que ces commissions furent composées des Lavoisier , des Bailly , des Franklin , des Jussieu et d'une foule d'autres savants non moins illustres : on était donc

en droit de tout attendre d'un semblable aréopage : à coup sûr , la lumière devait en sortir ; et pourtant cela n'arriva pas.

Mais , Messieurs , il faudrait vous reporter à cette époque , et en feuilleter les archives , pour avoir une idée de l'agitation dans laquelle cette simple question de magnétisme avait jeté la France.

D'un côté , on voyait les corps savants aveuglés par l'esprit de parti , chercher à proscrire cette découverte ; de l'autre une partie de la cour et de la ville embrasser avec chaleur la nouvelle doctrine, et prendre fait et cause pour Mesmer, dont le caractère avait su se concilier l'estime générale.

Les uns niaient tous les faits de la magnétisation , ou les expliquaient par des causes erronées, que je vous ferai connaître plus tard : les autres , au contraire , adoptaient tout ce qu'avait dit et écrit leur chef, et par cela même allaient beaucoup trop loin dans leurs croyances.

La guerre était vive des deux côtés : Paris était inondé de brochures (il en a paru plus de 500 dans l'espace de dix huit mois ) ; l'esprit , l'érudition et le sarcasme y brillaient tour-à-tour : on croirait difficilement aujourd'hui à tant d'irritation ? si des témoignages irrécusables n'étaient là

pour nous révéler l'acharnement des deux partis.

La querelle s'envenimait de plus en plus; et c'est le moment où les esprits étaient ainsi disposés, que les membres de la commission choisissent pour examiner la question du magnétisme : aussi , Messieurs , je dois le dire avec douleur , leur rapport se trouve partout empreint de leurs préventions , et partout nous voyons les commissaires aux prises avec la vérité que toujours ils éludent ; tous les arguments leur sont bons pour expliquer des faits qui étaient alors inexplicables , et ils ne craignent pas de compromettre une réputation justement acquise , pour laisser à la postérité un monument qui doit signaler un jour les écueils du génie, lorsqu'il est animé par la passion. Cependant malgré les rapports passionnés des commissaires , les faits se multiplient , ils parlent , et le magnétisme sort triomphant d'une lutte dans laquelle on s'était promis peut-être de l'étouffer.

Cette circonstance nous rappelle que bien des questions importantes ont été décidées sans le concours des savants , et souvent même en opposition formelle avec la vérité. Tout le monde se souvient que les premiers qui prétendirent avoir vu tomber des aérolithes , ne purent faire croire à la réalité de leur récit. Mais enfin des faits

— assemblables furent attestés par d'autres témoins , et personne ne conteste aujourd'hui un phénomène alors nié par ce qu'il y avait de plus savant.

Ce qui est arrivé à l'occasion des aérolithes arrivera indubitablement à l'égard du magnétisme animal , et le moment n'en est pas éloigné ; mais continuons notre récit.

A côté de la force se trouve presque toujours l'intolérance : les corps savants qui pouvaient impunément imposer au public leurs croyances ou leurs opinions, n'ignoraient pas le mal qu'ils pouvaient faire à Mesmer; aussi commencèrentils bien longtemps avant de présenter leur rapport, à persécuter les partisans de la nouvelle doctrine, et un grand nombre de médecins furent-ils victimes de leur zèle pour la propagation du magnétisme ; on poussa l'impudeur jusqu'à vouloir les faire mentir à leur propre conscience. Aujourd'hui ces faits nous paraîtraient incroyables, s'ils n'étaient consignés dans une foule de mémoires écrits dans le temps par les médecins persécutés.

Permettez - moi de vous citer un fragment de l'un de ces mémoires , pour vous donner une idée de l'animosité qui existait alors contre Mesmer et ses partisans.

J'extrais ce passage d'une brochure intitulée : Rapport au public de quelques abus auxquels le magnétisme a donné lieu ; par M. Donglè , docteur régent. (*)

« On dénonce trente docteurs magnétisants , on » donne un veniat à chacun en particulier. Ils » arrivent presque tous et sont relégués dans une » salle séparée de l'assemblée. Chacun attendait » avec impatience l'appel général , et se prome- » nait en long et en large avec sa façon de penser » et d'agir. On m'apprend quJil est question de » nous faire signer une espèce de formulaire. Nous » verrons ce qu'il contient , dis-je alors , et nous » signerons , ou nous ne signerons pas.

» L'appariteur paraît enfin et m'appelle : » comme le plus ancien , j'avais cet honneur-là. » J'entre , fort surpris de n'être suivi d'aucun de -» mes compagnons. On me fait asseoir, et M. le » doyen commence par me demander si j'ai don- » né de l'argent pour me faire instruire du ma- )> gnétisme. Surpris encore plus de cette question, » je répondis, par respect, que M. Deslong ne » prenait point d'argent , qu il ne recevait que des » médecins pour observer et l'aider ; qu'il était on

(*) Cette brochure a été publiée en 1785,

» ne peut plus honnête , modeste et complaisant , » et que d'ailleurs la faculté ne l'ignorait pas.

» Je ne fatiguerai point le lecteur par le détail » des autres questions. Je fus interrogé en cri- » minel , et je me croyais transféré en la grande » chambre de la Tournelle. On finit enfin par me » présenter une formule à laquelle je ne crus pas )> devoir m'assujétir. Je ne voulus point signer, et » répétai à la Faculté , pour lui prouver mon zèle » et ma soumission , que je n'avais pas encore » trouvé dans cette méthode un degré d'utilité suf - » lisant pour lui en rendre compte , que j'y avais » observé quelques effets pouvant être attribués à » l'action de la chaleur d'un homme sain , sur un )> infirme ; qu'il fallait , pour magnétiser les ma- « lades dans leur lit, beaucoup de courage, de » force et de santé , etc. Je sortis , un autre me » succéda. »

Voici quelle était la formule qu'on voulait faire signer à chaque docteur régent :

Aucun docteur ne se déclarera partisan du magnétisme animal, ni par ses écrits ni par sa pratique, sous peine d'être rayé du tableau des docteurs régents.

Cet arrêté est du 27 août 1784.

Vous le voyez , Messieurs , il est aisé de vous

démontrer que les corps savants n'ont jamais suivi d'autre système que de combattre aveuglément tout ce qui était vrai, tout ce qui était utile; je pourrais, à l'appui de cette assertion , vous citer l'exemple si connu de Galilée persécuté pour avoir mis en évidence le vrai système des cieux ; celui de Christophe Colomb , annonçant en vain le nouveau monde ; celui de Harvey , démontrant pendant trente années la circulation du sang , sans pouvoir y faire croire. Plus tard on a vu combien de temps la faculté de médecine a condamné la pratique du quinquina si précieux dans les fièvres intermittentes ; celle de l'antimoine dont on fait un usage si fréquent aujourd'hui ; on sait qu'en 1636, après de longues discussions et d'inutiles efforts de la part des partisans du nouveau médicament, la Faculté flétrit et chassa de son sein un célèbre médecin , parce que ce médecin avait , contre sa défense , fait usage de l'émétique réprouvé. N'at-on pas , même de notre temps , vu l'inoculation proscrite par la même Faculté, qui , dans un décret de l'année 1745, la traita de meurtrière, de criminelle et de magique ?

C'est au milieu du dix-huitième siècle que la Faculté parlait ainsi de l'inoculation î non moins animée alors contre les inocuîateurs qu'elle ne

l'a été depuis contre les magnétiseurs , elle les appelait bourreaux et imposteurs , et donnait aux inoculés les qualifications de dupes et d'imbéciles.

Tant de vérités méconnues et persécutées devraient, ce me semble, nous rendre plus circonspects et nous empêcher de nier, sans examen, des faits attestés , quelqu'étranges qu'ils puissent nous paraître.

Mais ce n'est pas ainsi que nous procédons : « L'expérience des siècles passés est perdue pour » nous ; ou du moins nous n'en tirons que des )> instructions stériles , et qui ne nous servent plus » de rien , quand l'occasion se présente d'en faire » usage; car telle est la nature de notre esprit, » que les choses qui nous paraissent les plus claires, » quand nous les considérons en elles-mêmes et » d'une manière générale , nous ne savons plus en )) faire l'application dans les cas particuliers, quand » nous sommes égarés par nos préjugés et nos » préventions. »

Je reviens , Messieurs , au jugement inique prononcé par l'ancienne Faculté , contre quelques-uns de ses membres , accusés de croire et de pratiquer le magnétisme.

Plusieurs docteurs régents ne se soumirentpoint au jugement prononcé contre eux : ils ne voulu-

rent point transiger avec leur conscience ; ils furent impitoyablement rayés de la liste des docteurs régents, et privés des honneurs et des émoluments qui étaient attachés à leurs fonctions. De ce nombre étaient le docteur Deslon , premier médecin du comte d'Artois , et M. Varnier , autre docteur régent , qui , disait-on , montrait dans sa pratique , dans ses discours et ses écrits, trop d'obstination, pour le prétendu magnétisme animal. Ce décret est du 23 avril 1784.

Il donna lieu à un mémoire de M. Varnier qui se rendit appelant : ce mémoire rédigé par M. Fournel , avocat , est un monument précieux où la sagesse et la prudence , sont mises en opposition avec la sottise et le délire de la Faculté. Ce mémoire est appuyé d'une consultation de dix-sept avocats des plus distingués qui tous blâment la conduite de la Faculté; surtout lorsqu'elle exigeait le serment de ne jamais croire au magnétisme , et de ne s'en déclarer jamais partisan !

L'acte d'iniquité d'un corps qui devait se respecter , contribua beaucoup à augmenter les partisans de la nouvelle doctrine ; et ce qui devait encore donner plus de fondement au système de Mesmer, et ébranler le respect , que quelques personnes conservaient encore pour la décision

des savants qui l'avaient jugé, ce fut la résolution de M. de Jussieu , qui ne voulut pas signer le rapport fait par Manduyt, Andry et Caille , avec lesquels il avait également été chargé de l'examen. M. de Jussieu fit un rapport particulier, dans lequel , sans admettre entièrement le système de Mesmer , il semble pourtant y reconnaître quelque fondement. (*)

M. de Jussieu fit un acte de grand courage en se séparant de ses confrères , et ne craignit pas de braver les traits du ridicule qui poursuivait , dans le monde savant, tous les partisans du magnétisme , et peut-être même les menaces du pouvoir.

Partout en France se formaient des sociétés sous le nom de sociétés de l'harmonie : beaucoup de personnes distinguées étaient initiées aux secrets

O Mesmer, écrivant à un de ses amis , en 1783 , disait : « Mon » existence ressemble absolument à celle de tous les hommes, » qui en combinant des idées fortes et d'une vaste étendue , sont » arrivés à une grande erreur ou à une grande vérité ; ils appar- » tiennent à cette erreur ou à cette vérité ; et selon qu'elle est » accueillie ou rejetée , ils vivent admirés ou meurent mai- » heureux. Mais quoi qu'ils tentent pour recouvrer leur indé- » pendance primitive , c'est-à-dire pour séparer leur destinée de » celle du système dont ils sont les auteurs, ils ne font que d'inu- » tiles efforts. Leur travail est celui de Sysiphe , qui rouie malgré » lui le rocher qui l'écrase ; rien ne peut les soustraire à la tâche » qu'ils se sont imposée. »

de Mesmer; Lyon, Bordeaux, Rouen, Strasbourg, Nantes, avaient des traitements publics , où étaient guéris gratis , un grand nombre de malades.

La société de la seule ville de Strasbourg comptait 180 membres.

Des procès-verbaux constatant les guérisons qui s'opéraient dans ces traitements, étaient imprimés et répandus avec profusion. (*)

Malgré les faits éclatants et positifs de l'existence du magnétisme, Mesmer était joué sur la scène; des poëmes burlesques étaient imprimés contre sa doctrine , et des chansons où lui-même était travesti , circulaient dans Paris.

Le magnétisme était le sujet de toutes les conversations.

Mesmer avant de quitter la France se rendit à Spa, où le dérangement de sa santé le retint quelque temps. Plusieurs malades d'un rang

(*) Ce qui prouve bien la bonne foi des partisans de Mesmer et la réalité des cures qu'ils opéraient, c'est qu'en même temps qu'ils déposaient chez le notaire les originaux des certificats constatant les guérisons de maladies, ils déposaient également des fonds spécialement destinés à la vérification des faits et à leur réfutation s'ils étaient tronqués. La médecine ordinaire ne nous a jamais offert de semblables exemples.

distingué et d'une fortune considérable , avaient suivi Mesmer à Spa pour ne pas interrompre leurs traitements : ces malades partageaient vivement la douleur de celui auquel ils croyaient devoir le soulagement de leurs maux. Attachés au magnétisme dont ils ressentaient les effets bienfaisants, ils résolurent d'assurer sa propagation en France, en procurant, au moyen d'une souscription , à l'auteur de la découverte , une fortune indépendante qui le mît à même de la répandre de la manière qu'il jugerait le plus convenable.

Cette souscription eut lieu en effet : Mesmer accepta la proposition qui lui fut faite de former des élèves ; et le nombre des souscripteurs qui devait être de cent, dépassa de beaucoup ce nombre , quoique le prix de chaque souscription fût de cent louis.

Les membres de cette société , instruits de la doctrine de Mesmer, exécutèrent le projet qu'ils avaient formé; ils répandirent gratuitement la connaissante du magnétisme dans les provinces , et Mesmer quitta la France, pour n'y plus revenir.

Vous devez trouver étrange , qu'après avoir fait tant de bruit , il se soit éclipsé tout-à-coup :

eh ! Messieurs ! vous savez tous qu'une agitation bien autrement grande que celle qu'il avait causée , survînt en France ; on eut alors d'autres intérêts à défendre que ceux de la science ; chacun , dans le tumulte des affaires publiques , songea à soi , et s'occupa peu d'une vérité qui n'était plus rien, en présence des événements majeurs qui captivaient toutes les attentions et changeaient toutes les existences.

Le magnétisme abandonné comme toutes les sciences libérales , fut oublié avec les membres qui en possédaient la connaissance; les élèves de Mesmer tous riches et titrés furent obligés de s'expatrier pour sauver leur vie , qui n'était plus en sûreté dans leur pays ; ils reportèrent la découverte du magnétisme à son berceau ; l'Allemagne , la Hollande profitèrent de ses bienfaits , et quelques-uns des élèves de Mesmer la portèrent même en Amérique.

Aussi pendant un espace de plusieurs années, nous ne voyons en France nulle trace du magnétisme : seulement quelques individus isolés agissaient dans le silence et faisaient le bien autour d'eux, sans publier le résultat de leur pratique.

Bientôt arrivèrent les Puységur animés d'une philantropie que des infortunes personnelles n'a-

vaient point altérée; ils rapportèrent et entretinrent le feu sacré qu'ils avaient reçu de leur maître Mesmer. Avec eux on vit bientôt s'ouvrir de nouveaux traitements, et malgré les sarcasmes et les railleries des gens qui , sans avoir rien vu nient tous les faits, ils publièrent de nouveaux ouvrages , où ils exposèrent une doctrine nouvelle , appuyée par de nouveaux et nombreux faits. La découverte du somnambulisme par M. de Puységur prêtait de nouveaux cbarmes à l'étude de la magnétisation ; et la physiologie , et la psychologie j, s'enrichirent d'une découverte qui fera bientôt votre admiration.

Si l'enthousiasme qui accompagna la seconde apparition du magnétisme parmi nous, fut moins grand , il fut aussi plus durable ; on fit moins parade de cette vérité nouvelle et plus d'hommes s'occupèrent , dans le silence du cabinet , à méditer sur ses résultats.

Quelques hommes osèrent cependant rompre des lances avec les incrédules , mais n'ayant euxmêmes aucunes règles pour se conduire et ne sachant pas d'une manière certaine reconnaître les faits vrais de ceux qui pouvaient n'être que si^ mules , ils ne purent faire le bien qu'à demi. L'abbé Faria fut un de ces derniers : il ouvrit un

cours public de magnétisme et attira chez lui beaucoup de savants. Sans juger encore les doctrines de ce magnétiseur , nous devons lui -rendre pleine justice ; il contribua beaucoup à répandre le magnétisme en France. Doué d'une puissance presque incroyable ( si on ne savait que cette puissance augmente par l'exercice), il força quelques savants à reconnaître une force qui leur était inconnue : nous étions alors dans un siècle plus positif; et, comme plus que jamais, on reconnaissait qu'il n'y avait point d'effet sans cause , les nouveaux convertis au magnétisme crurent qu'il était de leur dignité de ne pas dédaigner Fétude de cette découverte. Ils s'attachèrent donc et suivirent de plus en plus l'homme à prodiges; ils apprirent eux-mêmes à magnétiser ; ils reconnurent bientôt que ces effets magnétiques se produisaient par une cause naturelle > dépendante de notre volonté : que cette faculté était commune à tous ; et que l'abbé Faria ne faisait que la mettre en jeu avec plus d'énergie , mais sans privilège spécial.

Des ouvrages majeurs parurent; le nom de leurs auteurs , la réputation dont ils jouissaient dans le monde , fixèrent enfin d'une manière durable l'opinion de beaucoup de gens instruits ;

non que ces derniers crussent pour cela à tout ce qu'on racontait de la faculté magnétique ; mais prenant en considération le mérite bien connu des gens qui disaient avoir expérimenté , leur bonne foi et leur désintéressement, ils ne pouvaient sans témérité taxer de mensonges des faits si bien attestés. L'incrédulité fléchit devant la vérité : le doute pénétra de toutes parts dans les rangs des corps savants; chacun fut alors plus soigneux de sa renommée , on n'osa plus écrire contre ce que l'on ne connaissait pas , on abandonna les épithètes peu honorables dont on se servait habituellement pour désigner les personnes qui s'occupaient à répandre la connais^ sance du magnétisme*

Mais seulement on opposa une force d'inertie désespérante; on se refusait à voir des faits, à les examiner. Il y avait bien cà et là , quelques individus qui , à force d'instances , consentaient à voir , mais la majeure partie des savants qui se souvenaient d'avoir été juges dans cette question et de s'être prononcés pour la négative , n'osaient pas courir le risque d'être forcés de donner une rétractation ; ils craignaient d'être convaincus et accusés de légèreté.

M. de Puységur leur facilitait pourtant les

moyens de revenir avec honneur de leur première décision.

Voici quel était le langage de cet homme estimahle.

« Toute découverte dans les sciences , disait-il , devant , pour être admise, être revêtue de la sanction des savants , c'est à eux seuls qu'il appartient de prononcer , tant sur l'existence que sur l'utilité du magnétisme animal; certain de la réalité des faits que j'ai observés, autant je mets de prix à les en persuader, autant je leur soumets avec docilité tous les aperçus et toutes les conséquences que mon esprit ou mon sentiment en auraient pu tirer. Quelque sévère que soit leur jugement à mon égard , il ne pourra que satisfaire au désir que j'ai de n'admettre que des vérités , mais qu'il n'en soit généralement reconnu qu'autant qu'elles seront sanctionnées par leur lumière et revêtues de leur autorité. L'utilité des sciences et l'estime que je leur porte me feront toujours être flatté des leçons que je recevrai des savants et n'être affligé que de leur indifférence. »

M. de Puységur est mort sans être parvenu à son but; les savants ont gardé le silence.

Les mêmes hommes cependant se sont enquis avec ardeur des phénomènes de la lumière , de

ceux de l'électricité, etc., et aujourd'hui même ils recherchent avec empressement ceux que présente le galvanisme, et iJs ferment opiniâtrement les yeux sur les phénomènes qui proviennent de la vie elle-même; ils ont complètement approfondi ou s'occupent d'approfondir la nature de tous ces fluides étrangers à la vitalité , et les effets surprenants du fluide vital leur sont entièrement inconnus ; ces effets si importants à étudier pour parvenir à la connaissance véritable de l'homme , n'ont encore obtenu que leur dédain.

Aussi , nous voyons se confirmer ce que je vous disais en commençant, que c'est aux jeunes gens à propager la découverte du magnétisme ; vous verrez qu'au sein même de nos académies ce sont les plus jeunes membres qui se sont prononcés pour l'examen , que ce sont eux seuls qui ont expérimenté et reconnu les vieilles erreurs de leurs devanciers, et qui ont osé, secouant le joug d'un préjugé, qui pesait sur eux de toute l'autorité de la chose jugée , reconnaître et proclamer hautement la vérité.

Lorsque nous vous aurons convaincus de l'existence du magnétisme animal, nous espérons que vous joindrez votre voix à la nôtre pour en propager la connaissance et l'usage.

Vous accuserez la tiédeur des savants et surtout des médecins , car rien de ce qui intéresse la vie des hommes ne doit leur être indifférent ; vous leur reprocherez de laisser dans l'oubli une vérité aussi importante que l'est celle du magnétisme ; appelés chaque jour à prononcer sur des effets dont la cause leur échappe, chaque jour ils se voyent réduits à la nécessité malheureuse de corriger la nature , qu'ils ne connaissent point, par les procédés d'un art que souvent ils ne connaissent pas davantage ; chaque jour ils ont donc des souhaits à former, pour qu'une révolution avantageuse au progrès des sciences développe enfin quelques germes de vérité, sur le sol ingrat qu'ils cultivent depuis si longtemps , avec tant de constance et si peu de succès. (*) Vous vous plaindrez hautement de les voir reculer devant un examen sérieux et attentif.

(*) « On lit dans la plupart des livres modernes qu'à l'époque » du renouvellement des sciences , la médecine s'est perfec- » tionnée ; que les découvertes immenses qu'on a faites en ana- » tomie , en physique , en chimie , ne permettent pas de révo- » quer ses progrès en doute ; qu'elles ont appris aux praticiens » des routes nouvelles; qu'elles lui ont fait voir de nouvelles » forces ; que l'économie animale est mieux connue et qu'il est » plus aisé d'en rétablir les ressorts lorsqu'ils sont dérangés. Mais » si cela est vrai , pourquoi donc , malgré les secours* d'une » théorie lumineuse , la pratique a-t-elle si peu changé ? guérit-

Vous interrogeant, vous vous demandez sans doute , pourquoi l'Académie de médecine n'a pas encore pris de résolution sur ce sujet, bien qu'un rapport, où tous les intérêts de corps ont été ménagés , lui ait été lu le 28 juin 1831 , par M. Husson , nommé rapporteur par la commission du magnétisme.

Vous chercherez les motifs d'un semblable refus d'examen ! d'un semblable déni de justice î et votre étonnement sera grand lorsque je vous donnerai connaissance des faits que contient ce rapport : ils sont d'une telle nature que la commission composée de 11 membres de l'Académie s'est déclarée convaincue , bien que la plupart des membres de cette commission fussent incrédules avant l'examen.

Vous verrez que l'un des commissaires soumis lui-même à la magnétisation (*) en a éprouvé les effets les plus évidents , et les moins contestables, non seulement dans une séance , mais dans plusieurs, toujours devant ses confrères et dans des circonstances qui n'étaient cependant nullement favorables aux expériences.

» on plus sûrement? prévoit -on mieux la terminaison dest ma-

» ladies? »

Desèze . d. m.

O C'est moi qui le magnétisais.

Tous ces faits que je vous signalerai ont été consignés dans des procès-verbaux qui furent signés par tous les membres de la commission.

Vous penserez que ce n'est pas remplir son mandat que de taire une vérité qui peut être utile à l'avancement de la science , et à notre bonheur , s'il est vrai toutefois que l'action magnétique exerce une influence salutaire sur l'économie animale.

Négliger d'approfondir la théorie du magnétisme et les moyens de rendre ses effets plus sensibles, ne point chercher si son influence plus ou moins grande ne pourrait déterminer le siège de nos maux 9 c'est ressembler aux habitants d'Ephèse. — (c Si parmi nous , disaient-ils , quelqu'un veut exceller ou trouver un nouvel art , qu'il soit banni ; qu'il aille porter ailleurs sa supériorité et ses lumières. »

€e langage est dur , mais la conduite des savants et des médecins semble le justifier complètement; car quels sont les motifs qui pourraient s'opposer à l'adoption du magnétisme ? Seraitce parce qu'on a crié au miracle en apercevant quelques phénomènes étranges ?

« Eh î messieurs , il n'y a rien de merveilleux » dans le magnétisme animal. C'est un agent na- » turel , encore inaperçu , inouï pour plusieurs et

» voilà tout. Il n'y a de merveilles , de miracles » que pour les sots. Plus les peuples sont igno- » rants et plus il y a de miracles , parce que igno- » rant la plupart des phénomènes de la nature , il » y a un plus grand nombre de faits qui échappent » à leurs connaissances , et leur paraissent étran- » gers à ses loix : plus les peuples s'instruisent, plus » leurs connaissances s'étendent, et moins il existe » de faits qui les surprennent. Lorsqu'ils enrencon- » trent de nouveaux , ils ne s'étonnent plus., ils ne » crient pas au miracle , ils ne les nient même pas, » mais ils les étudient et les rapprochent d'autres » faits analogues déjà connus. Ainsi s'accroît par » des anneaux successifs la chaîne des connaissances » humaines. Il est à remarquer que tout ce qui est » nouveau et surtout inaccoutumé, excite en nous » le rire , le mépris ou l'étonnement. Le sage ne » doit ni mépriser , ni s'étonner , il doit examiner. » La plupart des phénomènes de la nature sont » tous au moins aussi surprenants que ceux du )) magnétisme animal : certes la lumière parcou- » rant 4 millions de lieues par minute, nous don- » nant la faculté de reconnaître l'existence d'ob- » jets placés à plusieurs milliards de lieues de nous, » et cela dans un instant , faisant pénétrer le specy> tacle de l'immensité de la nature entière par

» une ouverture de la grandeur d'une tête d'é- » pingle, est un miracle bien autrement surpre- )> riant que l'influence d'un individu sur un autre » à la distance de quelques pieds.

» L'attraction régissant l'univers , se faisant » sentir sans intermédiaire à des distances énor- » mes d'un astre à un autre , maintenant ainsi » dans leur cours les globes célestes , n'est-elle » pas encore une merveille bien autrement sur- » prenante ? et cependant qui fait attention à la » magie de la lumière et de l'attraction ? À peine » quelques hommes s'en occupent- ils; le reste » jouit de leurs bienfaits sans s'en étonner et » même sans y songer. Pourquoi ? parce que ce » sont des choses habituelles. »

Il est téméraire , il est même insensé de vouloir imposer des bornes à la nature , et il n'y a plus aujourd'hui que l'hypocrisie qui se serve de ces moyens pour arrêter l'essor du magnétisme , car rien dans ses effets ne viole les lois de la nature. On a dit et répété que le magnétisme favorisait la superstition. Eh! messieurs, qui ne reconnaît que cette assertion est un mensonge intéressé. Le magnétisme , au contraire , détruit toute espèce de superstition , et c'est un de ses grands bienfaits. Mais que ne dit -on pas d'une

chose dont on ne veut pas reconnaître l'utilité ?

Vous vous livrerez donc, Messieurs , à l'examen que nous venons vous proposer, vous y apporterez cet esprit de doute qui consiste à ne croire ou à nier que lorsqu'on a examiné, vu , ap* pliqué ses sens. C'est la seule règle , la seule cause de toute connaissance positive et de tout progrès dans les sciences.

Messieurs , la pratique du magnétisme nous dispose à la philosophie ; non à cette philosophie orgueilleuse qui veut dominer l'opinion , mais à cette philosophie douce et tranquille qui rapproche les hommes, qui nous fait voir un frère dans celui qui a hesoin de nous , qui , après les devoirs que nous avons à remplir, nous inspire le hesoin de consacrer nos moments de loisirs à des actes de charité ; qui nous éloigne des discussions politiques, nous porte à ne pas nous attacher à des systèmes , mais à rectifier notre jugement par des faits; qui nous démontre la spiritualité de l'âme , la puissance de la volonté, l'usage que nous pouvons faire de cette volonté ; qui nous détache des plaisirs frivoles et nous inspire le goût des bonnes mœurs ; qui nous montre enfin que les hommes sont fils d'un même père , unis par des relations physiques et morales ; qu'ils sont comme les membres d'un

même corps, qu'ils sympathisent les ans avec les autres, et qu'ils peuvent tous exercer une influence salutaire sur leurs semblables.

On peut ajouter que l'étude du magnétisme joint à la vérité de l'histoire l'intérêt du roman et le merveilleux de la féerie ; qu'il produit les effets les plus curieux, les plus intéressants et les plus utiles; qu'il procure les plus grandes jouissances ; qu'il faut même de grands efforts pour ne pas s'exalter au dernier point à la vue de toutes les merveilles du magnétisme de l'homme.

Il fait voir un nouvel ordre de choses, il vous transporte dans un nouvel univers, répand un nouveau jour sur tous les objets du ressort de la physique, agrandit le domaine de nos connaissances dont on peut dire qu'il est la clef; il ma* nifeste d'une manière éclatante la toute puissance et les merveilles du souverain être , et remplit le cœur de l'homme de la plus profonde vénération pour l'ordre , l'harmonie et les rapports qui régnent dans Tunivers , d'où dérivent plusieurs lois tant physiques que morales , lois primitives et essentielles qu'on ne peut transgresser sans éprouver les peines attachées à cette transgression * Il procure des plaisirs qui sont autant au-dessus des autres plaisirs que la science du magnétisme

est au-dessus des autres sciences : plaisirs si vifs qu ils ont fait dire à l'illustre auteur des mémoires de Busancy , qu'ils donnaient trop d'existence.

Avant de terminer cette leçon , je dois vous entretenir des causes particulières qui m'ont engagé à prendre la défense du magnétisme.

Il y a quatorze ans qu'un étudiant en médecine eut occasion de faire devant une nombreuse assemblée de médecins une série d'expériences dont le résultat a été très-connu.

Yoici le fait :

On parlait un jour devant M. Husson, médecin de l'Hôtel-Dieu , d'expériences magnétiques faites dans le monde sur des malades qu'on prétendait avoir guéris de cette manière. On contestait devant ce savant médecin l'existence du magnétisme , pensant qu'il partageait le doute manifesté par les personnes qui composaient alors sa clinique. Mais M. Husson répondit, qu'avant de nier une chose il fallait avant tout l'examiner, et que, si on lui amenait un magnétiseur, il s'empresserait de le mettre à l'épreuve , pour juger si , en effet , le magnétisme existe , ou si ce n'était qu'une jonglerie.

On pensait généralement que la hardiesse des

partisans du magnétisme n'irait pas jusqu'à s'exposer à venir, en face d'aussi bons juges, jouer un rôle qui ne pouvait que faire naître le dédain et le ridicule.

Mais contre toute attente , le magnétiseur, prévenu de cette disposition, arriva le lendemain à la visite du professeur : vous dire comment il fut reçu , vous pouvez le deviner : il n'y eut que M. Husson qui conserva sa gravité.

Bref , une malade fut choisie , non par le magnétiseur, mais par les assistants; on prit une jeune fille extrêmement malade , pensant que si le magnétisme la guérissait, ce ne serait qu'un jeu pour lui de guérir tout l'hôpital. Tous les moyens que fournit la médecine avaient été employés sans succès. Douze cents sangsues , vingt saignées , autant de vésicatoires , l'eau glacée , les af fusions froides y l'opium , le musc , la diète la plus rigoureuse, etc., etc., rien n'avait pu arrêter des vomissements de sang qui menaçaient les jours de la malade ; et réduite au dernier degré de marasme, elle attendait sa fin prochaine, placée sur un brancard ; on la porta dans une chambre séparée , où les expériences devaient commencer; l'étudiant magnétiseur s'approcha d'elle sans cependant la toucher, étendant simplement la main

en face la région épigastrique et la dirigeant sur les principaux viscères des cavités splanchniques , il continua cette manœuvre pendant 20 minutes seulement.

Pendant ce temps aucun changement ne s'était fait apercevoir chez la malade , elle fut reportée à son lit et chacun pensait qu'elle avait été déplacée inutilement.

Mais, Messieurs, à dater de ce moment, plus de vomissements ; quelle était donc la cause d'un aussi grand changement ? La malade suivait son régime habituel, et depuis plus de neuf mois on n'avait rien vu de semblable.

Le magnétisme était encore récusé , car on n'avait pas aperçu de changement apparent pendant son application ; dans le doute , les expériences recommencèrent et on vit bientôt naître tous les phénomènes les plus extraordinaires du somnambulisme. L'insensibilité aux moxas , aux piqûres, à l'ammoniaque, et enfin un isolement complet pour tout ce qui n'était pas le magnétiseur : des faits si étranges racontés par des médecins qui en avaient été les témoins , attirèrent une affluence considérable. Parmi les curieux il y en eut plusieurs qui furent mécontents de ces expériences , et qui , quoique convaincus , disaient-

ils, de la réalité du magnétisme , jurèrent cepen-

dant d'employer leur crédit à en arrêter la propagation. Ils ne se bornèrent pas à cette menace , ils cherchèrent bientôt à faire planer sur l'étudiant en médecine , des soupçons injurieux à son Ç^^^caractère et à sa franchise. Cette conduite repréhensible ne fit qu'enflammer le zèle de l'étudiant pour la vérité. Il se promit , à son tour , d'employer ses facultés et tout son temps à la répandre et de se venger par la publicité , des moyens qui , dans cette circonstance, venaient de lui faire remporter le plus beau triomphe que tout homme généreux puisse envier»

La malade fut guérie , elle sortit de l'Hôtel- Dieu au bout de quarante jours , et existe encore aujourd'hui malgré l'assertion contraire de M. Recamier l'un des antagonistes du magnétisme , qui ne craignit pas de dire en pleine académie que c'était à tort qu'on se vantait de cette guérison , que la malade était morte dans ses salles ; il attesta ce fait de la manière la plus formelle.

Messieurs , la personne qui fit ces expériences vient remplir son vœu ; heureuse si elle peut vous déterminer à essayer vous-mêmes le moyen qui lui fit obtenir quelque succès ; vous l'aiderez de cette manière à justifier le magnétisme et les

magnétiseurs des calomnies sans nombre qu'on s'est plu à répandre sur eux.

Je suis aise , Messieurs , de pouvoir vous annoncer un commencement de justification ; une nouvelle thèse sur le magnétisme animal, vient d'être soutenue à la faculté de médecine par un jeune médecin , M. Albert Jozwik , étranger distingué. Les examinateurs ont parfaitement accueilli M. Jozwik et l'ont encouragé dans ses recherches.

Je vais vous donner connaissance des faits

magnétiques qui servent de bases à cette thèse.

Ils vous laisseront regretter qu'ils ne soient pas

plus nombreux.

Voici cette thèse :

10 août 1834.

MM, Pelletan , Dumeril, Andral , Rostan , Chomel , examinateurs.

Effets obtenus par l'emploi du magnétisme animal dans une asphyxie par commotion.

J'appelle asphyxie par commotion une asphyxie dont les auteurs n'ont pas parlé et qui a lieu dans le cas suivant :

PREMIER FAIT MAGNETIQUE.

Au mois de juillet 1829, dans le camp sous

Varsovie, un sous- officier au 3e régiment de chasseurs à pied de l'armée polonaise , se donna la mort en mettant le canon de son fusil dans sa bouche ; le médecin de son régiment lui porta à l'instant même du secours , mais ce fut en vain. ( On me fit un rapport du fait, car j'étais alors chargé du service de la division. ) On avait porté le cadavre à l'infirmerie du régiment ; moi , après avoir reçu le rapport , je me rendis où était le cadavre, et , l'ayant encore trouvé chaud, je le magnétisai. Après une demi-heure de magnétisation , le malheureux a commencé à respirer : je le pansai alors , et le renvoyai à l'hôpital dit Uiazdow.

IIe FAIT MAGNÉTIQUE.

Effet du magnétisme dans une affection appelée danse de Saint- Guy.

M. Joseph Skrodzki , capitaine , âgé de vingtet-un ans, ayant été atteint de la maladie dite ci-dessus , a été traité par les médecins de Besançon, qui lui appliquèrent les cautères sur la région lombaire et sur les bras , et lui firent plusieurs saignées. Apres avoir reconnu que les antiphlogistiques et les autres médicaments indiqués pour de semblables cas n'avaient produit aucune amélioration ; ils conseillèrent au malade de faire

OÙ

un voyage à Paris. Il vint en effet dans cette ville , et fut reçu à l'hôpital de la Pitié , où il fut de nouveau saigné et soumis à l'application des moxas sur la région de la nuque. Tous ces moyens indiqués et suivis avec exactitude ne produisirent également aucun effet sensible dans l'amélioration de la maladie. Le malade vint me trouver comme son ancien médecin ; son état ne me permit pas de faire un pronostic favorable : je lui proposai cependant de le traiter pendant quinze jours; car c'était alors seulement que je pourrais lui dire si je pouvais le guérir. Le malade était sorti de l'hôpital de la Pitié au mois de juillet 1832. Je commençai l'emploi du magnétisme aussitôt sa sortie. A la première séance de magnétisation les paroxysmes qui avaient eu lieu au commencement de la journée ? ne reparurent plus , ils se sont bornés aux prodromes ; pendant les jours suivants les prodromes ont été plus rares. Au bout de sept jours , le malade se trouva guéri , et les parties qui étaient en état de suppuration furent guéries à l'aide de l'eau magnétisée.

IIIe FAIT MAGNÉTIQUE.

Effet du magnétisme obtenu dans la maladie appelée ascite. Un enfant de huit ans , sans causes connues ;

fut atteint d'une ascite , et ensuite il lui survint un ulcère sur la jambe droite. Le médecin qui le traitait voulut pratiquer l'opération de la paracentèse , et , dans cette vue , il me demanda un conseil. Je proposai de retarder de quelques jours l'opération , et de soumettre l'enfant au magnétisme , il voulut bien me le permettre. Dès le deuxième jour de magnétisation , les évacuations alvines devinrent plus abondantes que pendant l'administration des remèdes , qui , dans cette vue , avaient été précédemment donnés. Après la troisième séance , les évacuations furent moins nombreuses, mais les urines furent rendues presque sans cesse. A la quatrième séance, les urines furent plus rares , mais la transpiration se manifesta dans le jour suivant ; elle devint trèsdistincte , et le vingtième jour de traitement l'enfant fut guéri.

Chez toutes les personnes dont je viens de parler, le pouls fut naturel ou diminué; elles éprouvèrent pendant la magnétisation de légères secousses ou commotions qui étaient précédées par un sentiment de chaleur et accompagnées par une impossibilité d'ouvrir la bouche et de mouvoir les membres, état qui cessait aussitôt que je cessais la magnétisation et que j'influais

sur leur réveil. En sortant de cet état de torpeur elles ont éprouvé une sensation semblable à celle que Ton éprouve lorsqu'on souffle sur une personne.

Messieurs, dans la prochaine séance je vous entretiendrai des faits qui prouvent d'une manière évidente l'existence du principe que l'on appelle magnétisme animal.

Vous jugerez de la valeur des grands mots employés par nos adversaires pour servir à expliquer ses effets, l'imagination, la chaleur animale, l'imitation, l'éréthisme de la peau, et tout récemment le mot extase.

Vous reconnaîtrez que le magnétisme a une manière d'agir qui lui est-propre et se trouve tout-à-fait indépendante des causes qui lui ont été assignées ;

Qu'il ne faut point de foi pour l'employer ou le recevoir , qu'il n'est le privilège de personne en particulier ;

Que nous le possédons tous, et qu'étant le résultat de notre organisation , la mort seule peut nous en priver.

Lorsque cette vérité vous sera démontrée , nous vous parlerons des phénomènes particuliers qu'il produit sur nous et notamment du somnambu-

lisme et des facultés qu'on acquiert dans cet état , facultés les plus étranges de toutes.

Nous rechercherons le magnétisme dans l'antiquité et nous en trouverons de nombreuses traces dans les auteurs anciens et modernes et dans les traditions populaires de tous les pays : les Oracles , la Pithie , sur son trépied, les Sibylles, les Possédés, les Visions, les Prédictions, les Magiciens, les sortilèges, les sorts, les charmes offrent des indices assez évidents pour quelqu'un qui examine sans prévention.

Nous vous ferons connaître ensuite les dangers qui résultent d'une application irréfléchie et exercée comme elle l'est maintenant par une foule de personnes qui ne l'ont pas étudiée d'une manière spéciale.

Nous examinerons les doctrines qui ont servi de base au magnétisme, celles surtout qui régnent aujourd'hui , et nous vous tracerons des procédés qui nous semblent plus en harmonie avec l'état actuel de cette science et la seule route à suivre pour arriver à une conviction solide , conviction qui ne doit être basée que sur des faits physiques et purement matériels.

Pour vous faire bien comprendre les procédés enseignés par moi , je magnétiserai devant vous

quelques personnes pour vous montrer comment on peut obtenir la production des phénomènes magnétiques en vous mettant en évidence cette vérité, que chaque individu porte en soi-même sa vie et sa mort comme la santé et la maladie.

Que tout ce qui se peut connaître de la nature est manifesté en nous.

Et enfin, que l'on peut, en imitant la nature, l'obliger à faire un effort au-delà de ses productions ordinaires en l'aidant , par industrie, à guérir une foule de maladies que la nature seule, ou aidée d'un habile médecin ne pourrait guérir.

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