BIAISES
d'un ordre supérieur au premier (i). On est ainsi conduit à regarder /Une voûte biaise comme le résultat de la liaison d'un nombre infini de voûtes droites infimment minces, échelonnées les unes à côté des autres. De là résulte que l'épaisseur à la clef d'une voûte biaise, et les autres dimensions de la voûte et de ses pieds-droits, se détermineront comme s'il s'agissut de la voûte droite ayant pour profil transversal l'élévation de la tête de la voûte biaise ; car les dimensions de la voûte droite, assurant l'équilibre et la résistance de chaque élément de voûte, assurent également l'équilibre de la voûte biaise, où les mêmes éléments se retrouvent différemment juxtaposés.
Une expérience, due à M. de la Gournerie et répétée par lui bien des fois, au congrès de Nantes, en 1875, à la Société d'encouragement et au Conservatoire des arts et métiers, a complètement justifié cette assimilation des voûtes biaises aux voûtes droites. Une petite voûte biaise à 45*, en plein dntre, est formée de la juxtaposition de voussoirs creux, en zinc, avec faces enduites de couleur pour augmenter le coefficient du frottement. Les culées qui portent cette voûte consistent en tasseaux verticaux, indépendants, qu'on peut faire descendre à volonté suivant la verticale. Quant on abaisse un tasseau, les voussoirs qu'il porte directement tombent, et une brèche s'accuse dans la voûte. La brèche s'arrête à un lit de voussoirs, qui, étant amsdgris vers l'intrados dans les deux sens, font plate-bande pour résister à la poussée des voussoirs situés plus haut dans la voûte. On continue à abaisser des tasseaux vers le milieu de chaque culée ; à chaque fois la brèche s'étend plus avant, m^ûs dans des directions sensiblement parallèles aux plans de tête. Quelquefois on arrive à enlever ainsi
(1) Cette remarque rend fort dontease Teiactitude do principe gur lequel les partisans de la poussée au vide font reposer toote leur théorie des Yoûtes biaises : ce principe consiste à admettre que dans une voûte en berceau, droite ou biaise, la plus gwuie contraction s'opère^ et, par suite, les poussées mutuelles sont dirigées dans le plan des sections de plus grande courbure de tintrados, c'est-à-dire, dans des plans de section droite. Or, si l'on considère une yoûte infiniment mince, on peut évidemment, sans rien changer aux poussées, altérer d'une Infinité de manières la surface de l'intrados et l'orientation des sections de plus grande courbure, en faisant passer des surfaces cylindriques quelconques par la ligne qui sert de courbe d'intrados à la voûte dans son plan moyen. On peut d'ailleurs, sans modifier sensiblement l'équiilbre de la ▼oûte, détruire la continuité de la surface de Tintrados; la section droite perd alors toute slgnlUcatlon» et les lignes de courbure peuvent être profondément altérées, sans go'll en résulte rien de fâcheux pour la stabilité du massit
toute la partie intermédiaire de la voûte, de manière à isoler complètement une tète de Tautre* Lorsqu'on enlève Tappui d'un solide, le déplacement de ce solide accuse la direction dans laquelle l'appui ét£dt appelé à fournir une résistance, c'est-à-dire la direction de la poussée. L'expérience montre donc bien que dans la voûte en équilibre, la poussée mutuelle est partout sensiblement parallèle aux tètes, ce qui justifie Fassimilation de la Toûte biaise à une série de voûtes droites de même ouverture, échelonnées suivant le biais.
M. de la Goumerie a refait depuis l'expérience de la voûte biaise sans produire aucune brèche dans le bandeau de la voûte, mais en -équilibrant la poussée des voussoirs aux naissances à l'aide d'un fléau de romaine, permettant l'évaluation de cette poussée. Il a constaté une légère augmentation de pression du côté de Tangle aigu <les culées. Cette augmentation est surtout sensible dans les voûtes un peu longues, la partie centrale de ces voûtes subissant alore beaucoup moins l'influence du biais que les parties voisines des tètes. Maïs elle est à peu près nulle dans les voûtes biaises courtes, et «'entraîne dans aucune voûte biaise ces tendances au déversement qui ont effrayé certains constructeurs.
836. n existe néanmoins entre les deux sortes de voûtes une différence importante.
Dans une voûte droite uniformément chargée dans le sens de sa longueur, la liaison des voûtes élémentaires ne crée aucune incompatibilité entre les déformations naturelles de chaque voûte élémentaire prise isolément. Ces déformations se produisent de la même manière dans chaque plan parallèle aux tètes, et les molécules des voussoirs en se déplaçant ne sortent pas du plan parallèle aux tètes -qui les contenait au moment de là pose.
Dans les voûtes biaises, F échelonnement des v^tes éléiiieniairss introduit des liaisons entre des molécules différemment situées sor le profil commun k toutes les voûtes. Les défermations de l'élémeot de voûte sont donc gênées par les liaisons avec les éléments ViMsins, et les molécules des voussoirs peuvent être amœées, par suite de cette solidarité, à s^vtir du plan parallèle aux tètes qui les contenait primitivement.