DE PONTS MÉTALLIQUES
rieur; le fil de fer peut, dans un pool suspendu, supporter sans danger une tension de 1 2 kilogrammes par millimètre carré, à cause <le l'excès de résistance que possède toujours, relativement à une pièce plus grosse, un fil de petit diamètre. Parfois on a porté la limite à 1 8 kilogrammes ; mais cette extension parait peu prudente. Les avantages des ponts en arc et des ponts suspendus sont d'ailleurs rachetés par des inconvénients qui restreignent beaucoup l'application de ces types.
l"" Ils commandent une position particulière pour le tablier, au haut de la construction pour les ponts en arc, au-dessous des câbles dans les ponts suspendus (1). Dans certaines situations, les naissances des arcs pourront donc être baignées par les hautes eaux (3). D'un autre côté, la construction d'un pont suspendu exige la plupart du temps l'érection de points d'appui en maçonnerie d'une hauteur à peu près proportionnelle à l'ouverture des travées.
2" Les poussées ou les tractions horizontales, lorsqu'elles ne sont pas reportées sur des points suffisamment résistants, peuvent compromettre la stabilité de l'ouvrage. Ainsi, dans un pont en arc à plusieurs ouvertures, les charges en se déplaçant poussent successivement en sens opposés les divers appuis intermédiaires. Pour prévenir les oscillations des piles sous ces efforts alternatifs, on peut, comme on l'a fait au pont de la Theiss, relier lune à l'autre deux piles consécutives par un longeron droit qui touche en son sommet l'extrados de l'arc compris entre ces deux appuis. Les piles tubulaires se prêtent parfaitement à cette addition; mais en même temps le pont perd son caractère de pont en arc, car tout le métal ne travaille plus à la compression.
L'inconvénient des actions horizontales est plus grave encore dans les ponts suspendus. Ici deux effets sont à craindre : la culée peut
(1) H y a cependant des eicepUons. A Newcastle-on-Tyne, on a placé au-dessous des arcs du pont sur lequel passe le chemin de fer, un pont pour route de terre. A Genève, le pont qui traverse le Rhdne en touchant Tlle Jean-Jacques-Rousseau est un pont suspendu k petites portées : te tablier est posé sur des câbles qui n*ont qu'une faible flèche.
(2) cela arrive, par exemple, au pont d'Arcole à ParISi dans les crues de la Seine.
i30 COMPARAISON DES DIVERS SYSTEMES
être insuffisante pour équilibrer la traction qui s'exerce sur «lie, et Toxydation du métal, dans les régions humides où s'enfoncent les câbles, peut aller jusqu'à la destruction des fils et à la chute du pont tout entier.
L'attache des câbles est en effet une difficulté des plus sérieuses ; c'est par là qu'un grand nombre de ponts suspendus ont péri.
Il est utile qu'on puisse visiter le câble dans les puits où il est amarré; cette Condition, qui est loin d'être remplie dans la plupart des ponts suspendus construits avec trop de parcimonie à une certaine époque, n'a pas été négligée pour les grands ponts établis plus tard. Dans le pont Saint-Christophe, sur le Scorf, à Lorient, par exemple, les câbles, au lieu d'être attachés, font partie d'un seul et même écheveau; un seul fil, non interrompu, suit chaque câble en particulier, et fait le tour de chaque culée, en passant dans des galeries d'un facile accès.
S*" Les trépidations sont nuisibles à la résistance de la fonte ; aussi convient-il, dans les projets d'arcs destinés aux passages des trains et des charges en mouvement, de remplir les tympans de manière à contrarier les oscillations que tend à prendre l'arc métallique ( 1 ) . La masse du pont est à cet égard une garantie de stabilité. Néanmoins le fer est aujourd'hui généralement préféré à la fonte pour la construction des arcs, bien qu'il conduise à des ouvrages moins lourds.
Les ponts suspendus, tels qu'on les construisait encore il y a peu d'années, constituent un système très-déformable. Les charges agissent sur un point unique des câbles, qui ont, dans des directions normales à leur longueur, une résistance inâgnifiante. La forme parabolique qu'ils prennent ne permet pas de les réunir au tablier par des liens diagonaux. On peut gêner un peu les oscillations en plaçant de biais les poutrelles ; les deux extrémités d'une
(1) Comme exemple de rigidité, on peut étudier, à Paris, le pont de Solferino sur la Seine. Voyez Annales des ponts chaussées, les Ponts de Paris, par M. Féline Romany, t864. — Annales des conducteurs des ponts et chaussées. 1860-61, Compte rendu wmmaire des épreuves et dessins du pont. — Dans les ponts de Grenelle et de l'Ile-Saint^ Louis (ponts Sully), construits en 1875, on a employé des fers Zorès pour entretoises, et obtenu une très-grande rigidité, en évitant les assemblages à queue d'aronde du pont de Solferino, qui avaient souffert de nombreuses avaries.
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même poutrelle n'agissent plus alors à la fois sur des points dont les oscillations soient entièrement concordantes. On obtient aussi par ce moyen une répartition des charges locales sur une longueur un peu plus grande de tablier (i). Les garde-corps en croix de Saint-André sont destinés de même à donner au tablier une certaine raideur ; mais généralement les assemblages à mi-bois pratiqués dans les croix de Saint-André réduisent beaucoup l'utilité de cette addition. Pour lui donner toute son efficacité, il faudrait pour ainsi dire doubler le pont suspendu d'une véritable poutre amérioûne. On a imaginé récemment de donner de la rigidité aux câbles eux-mêmes. Pour cela on emploieriez fer en barres au lieu du fil de fer, et l'on pose deux câbles parallèles que Ton entretoise l'un avec l'autre par des barres découpant leur intervalle en triangles à peu près égaux. Ce système est appliqué à Vienne pour le passage de la voie qui joint la gare du Nord aux gares des lignes de Raab et de Trieste.
Les ponts suspendus sont, en somme, des ouvrages qu'il importe de supféiller très-attentivement, et sur lesquels le passage des charges doit se faire à très-petite vitesse. L'économie de la construction est donc rachetée par, un très-grave inconvénient, et malgré quelques exceptions, plutôt apparentes que réelles, ils ne conviennent point aux chemins de fer (a).
4"" Les variations de tempâçBtore altèrent la poussée des arcs en même temps que leurs flèches, et dans certains cas elles peuvent amener les arcs à ne plus poser sur leurs appuis que par une a.rête de \k surface des naissances ; la construction chargée 'par en haut peut n'avoir plus alors toute l'assiette qui lui est nécessaire.
Dans les ponts suspendus, la température fait varier la longueur des câbles, les fait glisser sur leurs appuis, et déforme le tablier, tant par suite des variations de longueur des câbles que par suite des altérations iqégales de la longueur des tiges de suspension.
(1) Voyez Annales des ponts et chaussées ^ 1859, mémoire n* 250, par M. Noyon.
(2) Quelques ponts suspendus que l'on trouve en Angleterre doivent leur rigidité à un excès de matière. Le système n'a pins alors le mérite de l'économie, le seul qu'on puisse lui accorder. Il est juste d'observer pourtant que le système des ponts suspendus est celui qui permet de franchir les plus grandes portées. Le pont de Brooklyn, aux États- Unis, a une portée de 493 mètres.