CONTRE LES TREILLIS SIMPLES
points équidistants restent fixes dans la barre, sans même qu'ils soient appelés à exercer un effort appréciable (§ 121).
D'ailleurs les barres du treillis ne sont pas assimilables à des pièces dont les deux extrémités sont libres de fûre un angle quelconque avec la droite qui les joint Tune à l'autre, et suivant laquelle s'exerce Tefforc de compression. Elles sont comme encastrées par leur rivure avec les pièces qui les rattachent aux bandes horizontales et à la paroi verticale à l'aplomb de la culée ; les montants verticaux oiaintiennent encore ces barres en divers points de leur longueur; de sorte que l'application du calcul est attaquable à ce nouveau point de vue, et doit conduire à des résultats trop élevés.
Enfin les deux systèmes de barres, rivés l'un à l'autre, forment en réalité un système unique, et ce qui se passe dans l'un d'eux a sur l'autre une influence nécessaire. Admettons pour un instant une flexion dans les barres comprimées ; cette flexion ne peut se produire qu'en entraînant une flexion pareille dans les barres étendues ; or la flexion des barres étendues ne peut avoir lieu sans une augmentation du degré d'extension de ces barres, car nous devons admettre que les montants verticaux de la poutre s'opposent à toute variation de hauteur de la ferme (1). Ainsi le résultat nécessaire d'une flexion latérale du treillis, c'est l'augmentation des tensions dans toutes les barres du système étendu. Mais il y a toujours dans chaque section transversale de la poutre tendance vers l'équilibre entre Teffort tranchant, les tensions des barres étendues et les compressions des barres comprimées ; si donc les tensions augmentent, comme l'effort tranchant reste toujours le même, et que d'ailleurs les directions des
(1) Les monlanti verticaux sont aartoat trèi-uUles pour les ponts où la rôle est au bas des fermes. Les constracteura qui donnent de la raideur aux barres du treillis suppriment du même coup les montants Terticaux ; mais alors la répartition des efforts extérienra entre les dJ?erses barres de treillis n*est plus assurée d'une manière ausfi égale; car la charge ne se transmet du tablier aux fermes qu'aux points d'attache de chaque pièce de pont; elle s'exerce donc d^abord sur les barres de treillis qui aboutissent au droit des pièces de pont^ et se transmet fort indirectement aux barres intermédiaires; il n'en est plus de même si la paroi évidée est renforcée par des montants ?erticaux^ rattachant pour ainsi dire chaque pièce de pont à toutes les barres issues des inter- Tilles compris entre les pièces Yolsines.
tn DISCUSSION D*l}NE OBJECTION
forces ne subissent aucun changement appréciable, il faut bien que les compressions diminuent, c'est-à-dire que la flexion latérale diminue elle-même. La flexion, si elle est possible, est ainsi essentiellement limitée, puisque, dès qu'elle commence, l'excès de tension qui se développe dans les barres étendues vient soulager les barres comprimées, et prévient, par suite, l'augmentation de la flexion.
L'objection faite aux barres plates ne tient pas compte, en résumé, de la solidarité des deux systèmes de barres du treillis: la rivure des barres qui se croisent suflirait pour la combattre. L'expérience, da reste, prouve que, dans les conditions ordinaires, les déviations lar térales du treillis, s'il y en a, sont renfermées dans des limites extrêmement étroites. Les treillis sont souvent composés de barres qui s'infléchissent pour passer de part et d'autre de la feuille qui les rattache aux tables horizontales. Ce tracé est peu favorable, puisque la compression des barres d'un système tend à les courber davantage, tandis que l'extension des barres de l'autre système tend à les redresser ; mais le seul inconvénient qui en résulte pour la stabilité du pont, est la nécessité où l'on se trouve de i-enforcer les rivets qui unissent les deux systèmes. La résistance de la ferme n'en reçoit ancune espèce d'atteinte. Nous pensons donc que la substitution des fers à T, de cornières, ou de rails Barlow aux barres plates d'un treillis lattice, n*est pas indispensable. Le treillis double, autre solution destinée à prévenir la flexion des barres, présente aussi un inconvénient assez grave, celui de la complication des assemblages. Uo treillis simple, raidi par des montants verticaux qu'on utilise d'ailleurs pour le coutreventement et l'entretoisemeut des fermes, et qui a r avantage de répartir avec une grande uniformité les efforts entre toutes les barres, est peut-être encore la solution la plus satisfais santé du problème des *ponts à grande portée, toutes les fois qu'on ne se résigne pas à l'emploi plus économique des ponts à poutre pleine.
Dans tous les cas, ce qu'il faut, c est ne pas demander aux barres un travail exagéré. Les ponts, comme on en voit, où la barre du treillis supporte plus de 6 kilogrammes par millimètre carré, et où