I.Mtl '\"ill
inférieur de la porte, et de pratiquer un aussi grand vide en arrière de ses pieds-droits. Quant à la manœuvre, elle s'effectue, soit à la manière des ponts-levîs à (lèches ordinaires, en faisant agir les hommes à l'extrémité de la bascule, au moyen de pellies chaînes, soit en les faisant opérer de la partie supérieure même du plancher,au moyen de longues perches de bois, ainsi que cela se pratique à Metz, au pont-levis cité de la porte des Allemands.
En Hollande, on place sur le tablier et la bascule une portion de roue déniée, manœuvrée par un treuil et une manivelle ( fig. 84] ; mais, attendu la sujétion qu'il présente, ce système n'est guère employé que dans les cas où l'équilibre ne peut être rigoureusement éubli, soil parce que l'espace en arrière manque pour loger la bascule, soit parce qu'il y a lieu de craindre que l'eau des fossés ne s'introduise dans le vide oà s'opère la manœuvre de cette bascule, (foir un modèle de ce genre de poni-levis dans la galerie des modèles de l'École d'Application.
Nous passerons sous silence plusieurs autres espèces de ponts-levis à bascule, qui offrent encore plus d'inconvénients que ceux qui précèdent et n'ont été que rarement employés; on trouvera quelques-uns d'entre eux décrits dans la Science
356 COURS DB MÉGINIQUB
des ingénieurs f de Bélidor, et dans l'ouvrage de Krafity «Sur ia charpenterie» Le caractère de la plupart de ces ponts-levis
Fig. 84.
consiste en ce que la manœuvre ou la bascule est en charpente; en s'affranchissant de celle dernière condition, les ingénieurs sont parvenus à des solutions meilleures du problème qui nous occupe, quoique leurs premiers essais aient été assez infructueux, comme on va le voir par les ponts-levis à la Bélidor et à la Dobenheim, dont je me bornerai ici à donner une notice fort succincte.
Pont à sinussoide de Bélidor.
12. Description sommaire et théorie.— Le pont-levis à la Bélidor, le plus ancien en date de ceux dont il vient d'être parlé, consiste dans deux rouleaux en fonte de fer G' (^g. 85),servani de contre-poids au tablier, et dont le mouvement est lié ausieo à Taide de deux chaînes passant sur des poulies M, M', adaptées aux montants du passage ; ces rouleaux, qui sont mobiles autour d*un boulon lié à la chaîne par des étriers en fer, sont dirigés dans leur mouvement par des courbes EF, placées contre les murs du passage et qui sont tellement tracées que l'équilibre du pont ait constamment lieu dans ses diverses positions. Bélidor a nommé cette courbe sinussoïde, à cause de la
àppliqdSb aux macbiubs. 35-
propriété qu'elle possède d'avoir ses ordonnées proportion- ' nelles aux sinus des angles d'élévation du tablier.
•l l'on nomme, en effet, « l'angle décrit à un insunt quele par le tablier, te travail correspondant à l'élévation de son poids P sera
P.AGsina.
Pendant cette élévation, le contre-poids Q sera descendu d'une hauteur y et l'on devra avoir
Q r=P.AGsina,
d'après la condition générale d'équilibre; d'où l'on lire
j-=yr AGsma.
Sans entrer dans les calculs de Bélidor, nous observerons que rien n'est plus facile que de tracer la courbe du contrepoids au moyen du principe d'équilibre énoncé plus haut, pourvu qu'on suppose les dilTérenles parties de la chaîne conslamment tendues en ligne droite.
En cfTet, s'étant donné arbitrairement la position initiale et le poids du rouleau relatifs à la position horizontale du tablier, de manière cependant à satisfaire, autant que possible, aux convenances locales, etc., on connatira aussi la situation du
centre de gravité général du tablier et du rouleau pour cet instant, et, par suite, on aura l'horizontale KL, sur laquelle doit se trouver constamment ce centre. Supposant doncle tablier parvenu à une position quelconque AB, P étant son poids, Gg la distance de son centre de gravité à l'horizontale KL, P' le poids du rouleau. G' g la distance de son aie à KL, on aura d'abord, pour fixer la grandeur de G' g', l'équation
V'.G'g'z=V.Gg.
Ensuite on remarquera que, la chaîne BMG' ne s'étant ni raccourcie, ni allongée, le centre G' du rouleau appartient à une autre courbe, facile à déterminer et qui est un arc de cercle, si l'on veut supposer, avec Bélidor, la poulie intérieure M' réduite à son axe, mais qui est véritablement une développante du cercle moyen occupé par la chatne sur celte poulie, dont le diamètre ne doit pas avoir moins de 5o à 60 centimètres, si l'on tient à diminuer l'influence des frottements. La position du centre G' du rouleau, pour rinclinaison actuelle du tablier, se trouvera ainsi déterminée par la rencontre de l'arc de cercle ou de la développante dont il s'agit
p Qg
et derhorizontale CD, qui répond à l'ordonnée G'g'= "-kt]
répétant donc cette opération pour une série de positions consécutives du tablier, on aura la courbe même que doit décrire l'axe du rouleau, afin qu*il y ait constamment équilibre.
13. Inconvénients du pont à sinussoUde, — Je n'insisterai pas davantage sur la théorie du pont à sinussoTde, quelque ingénieuse qu'elle soit, parce que si la machine remplit, sous beaucoup de rapports, les conditions requises dans l'établissement des ponis-levis, elle ne les remplit nullement sous celui de la facilité de la manœuvre. L'expérience, d'ailleurs, a obligé les ingénieurs à rejeter le système proposé par Bélidor, d'après la presque impossibilité de tracer la courbe du contre-poids, de manière qu'il y ait constamment équilibre. En eflTet, ce qui précède suppose que les diverses parties des chaînes BMM'G' soient constamment tendues en lignes
APPLIQUÉE AUX VACHINES. dSg
droites, ce qui est à irès-peu près vrai pour la partie extérieure MB qui répond au tablier, mais ne l'est pas pour celle qui est située du côté de la courbe; car cette dernière portion augmente de longueur à mesure que sa tension diminue, et elle prend, en conséquence, la forme d'une chalneite, qui empêche que les contre-poids ou rouleaux ne conservent sur les courbes, lors de la mise en place du système, la position que leur assigne la théorie.
D'autre part, on n'a pas tenu compte du poids de ces mêmes chaînes, bien que ce poids produise des altérations d'équilibre qui nécessitent, de la part du moteur, un surcroît d'effort équivalant au moins à celui que pourraient exercer deux hommes réunis. Enfln- la manœuvre des rouleaux est difficile, dangereuse même, si Ton suppose les hommes appliqués immédiatement à ces rouleaux, auquel cas, vu leur grand nombre, ils manqueraient de la place nécessaire et se gêneraient mutuellement, sans pouvoir exercer de grands efforts dans le sens des chaînes. En admettant, avec Bélidor, que la manœuvre du pont-levis dût s'effectuer par le moyen de petites chaînes, tirant directement le tablier et passant par-dessus des poulies de renvoi distinctes de celles du contre-poids {*)> on ne sauverait qu'en partie ces inconvénients, tout en augmentant beaucoup les sujétions, par la mise en place des nouvelles poulies; car le défaut d'équilibre subsisterait toujours et il est ici tellement grave qu'il serait impossible de faire baisser le tablier du pont au delà de certaines positions, à moins de produire, en sens contraire, de nouvelles altérations d'équilibre, qui se feraient d'autant plus sentir lors de la levée du pont.
14. Dispositif proposé par le capitaine du Génie Déliiez pour la manœuvre des rouleaux. — M. le capitaine du Génie
(') MM. les élèves pourront voir à la galerie des modèles de l'Ecole d'Application un pont-levis à la Bclidor exécuté en petit, sur Téchellc du |^, par les soins de M. Aimé, et dans lequel une semblable disposition est adoptée pour la manœuvre. Ils remarqueront d'ailleurs que, si le tablier s*y trouve sensiblement en équilibre dans toutes les positions, c'est que M. Aimé a su avec habileté, corriger la courbe des contre-poids, par une suite de tâtonnements qu'il serait difficile d'exécuter en grand.
36o GOUBS DE MËCàHIQUE
Délite, qui sans doute n'avait pas réfléchi assez attentivemem aux diverses imperrections du poni à slnussoTde, sous le polni de vue mécanique, a proposé (voir le Mémorial de VOj^ cier du Génie, n" 3, p. 80) de rendre les deux rouleaux du contre-poids solidaires, au moyen d'un axe en fer ou en boiSi et de monter, sur cet axe, des poulies, à gorges angubins et profondes, propres à recevoir de petites chaînes sans fin pour la manœuvre du treuil par les hommes. Ce dispositif, qui ne corrige en aucune manière les défauts d'équilibre du système, mais qui est, sans contredit, plus avantageux que celui de Bélidor, possède d'ailleurs plusieurs inconvénienlsgriTes et qu'on appréciera facilement, en observant : i" que, vers li
Fig 86
fin de l'ascension du tablier, les chaînes des poulies de manœuvre pendent à terre dans la boue des ruisseaux qui accompagnent la chaussée du passage et diminuent d'autant le poids des rouleaux; 7,' que les hommes sont obligés, à ce même instant, d'abandonner ces chaînes pour s'appliquer, d'une manière assez désavantageuse, aux poulies ou à l'axe du treuil; 3° que la manœuvre présente tout autant de danger que celle du pont-levis à flèches, puisque, une chaîne du pont veninl
i casser, le rouleau se précipite le long de sa courbe ou même la quitte entièrement, sans qu'il y ait aucun moyen (l*éviter l'accident.
L'expérience a justiOé ces craintes dans la manœuvre analogue d'un pont-levis imaginé par M. Delile et dont il sera fait mention plus loin.
Pont-leTis à la Dobenheim.
15. Description sommaire de la manœuvre. — Dans le ponl- Icvis à la Dobenheim, les chaînes qui supportent le tablier passent également sur des' poulies supérieures; mais, au lieu de recevoir à leur autre extrémité un rouleau glissant sur des courbes tracées d'après les conditions mécaniques de l'équilibre, elles reçoivent à cette extrémité de grandes barres de fer CD, à peu près horizontales, dans la position initiale (Jig. 87 ) et pouvant tourner autour du centre C. Ces grandes
Fie. 87.
barres sont chargées de petites masses ou masselottes en fonte, qui ont la faculté de pouvoir être changées de place sur chaque barre, de façon à assurer l'équilibre, tout au moins pour la position initiale du tablier. On conçoit, a priori, que ce dispositif fort simple ne peut remplir toutes les autres conditions de l'équilibre, puisque la courbe décrite par le contre-poids est un quart de cercle, tandis qu'elle devrait avoir une forme analogue à celle de la sinussolde : c'est pourquoi
36a COURS DE VfiClNIQCB
M. Dobenheim a placé, au-dessous de la première barre et faisant un angle d'à peu près 4^ degrés avec elle, une nouvelle barre CD' tournant autour d*un centre différent C, et qui est également chargée de masselottes en fonte de fer. Cette barre se trouve reliée à la première au moyen d'une chaîne DD', dont la longueur est comptée d'après la condition, déjà indiquée, que l'angle de C'])' sur l'horizon soit d'environ ^5 degrés. Supposant donc cette seconde barre armée d'un nombre de masselottes suffisant pour qu'il devienne possible d'élever, sans de trop grands efforts, le tablier à la position de ^5 degrés, relative à une position à peu près semblable de la première barre CD et à la position verticale de la précédente f/D', on remarquera que celle-ci n'exercera plus dès lors aucun effort sur la chaîne et que l'équilibre devra être simplement assuré par le poids des masselottes de CD, ce qui en fixera irrévocablement le nombre et la position, sur celte barre, à laide de quelques tâtonnements faciles. L'équilibre étant établi par ce moyen, on descendra le tablier sur ses appuis horizontaux, comme l'exprime la figure, et, sans plus toucher à la barre CD, on répétera les tâtonnements pour les masselottes de la seconde barre CD', de manière à établir l'équilibre dans la nouvelle position du pont; par là on aura obtenu deux positions d'équilibre, auxquelles s'en joindra naturellement une troisième, vers l'instant où le pont s'appuiera contre les montants verticaux de la porte.
16. Fices et inconvénients du pont-levis à la Dobenheim. — Cette description du système proposé par M. Dobenheim suffit pour en montrer les vices et les inconvénients; car on voit que la manœuvre en doit être fort difficile et dangereuse. L'équilibre n'ayant lieu que pour trois positions distinctes du tablier, il arrive que, dans les positions intermédiaires, la puissance motrice doit exercer, soit pour le retenir, soit pour le tirer, des efforts que le calcul démontre n'être pas inférieurs à i5o ou même 200 kilogrammes, pour des tabliers de 3000 ^à 3ooo kilogrammes ; aussi l'expérience a-t-elle appris que la manœuvre exige jusqu'à 8 ou 10 hommes et qu'elle est parfois accompagnée d'accidents graves. D'ailleurs ce pont-Ievis,
ÂFFLIQUei AUX KACBIHBS. 363
dont le modèle en petii existe à la tôlerie de l'École d'Application, a cté construit en grand h Condé, à Bergues, à Kehl, i Cherbourg, etc., et ne parait nulle pari avoir bien réussi. A la vérité, les étrangers, qui souvent adoptent avec confiance ce que nous avons négligé ou abandonné en fait de rortiflcation, l'ont employé dans quelques-unes de leurs places fortes, parmi lesquelles nous citerons celle de Hons, dont le corps de place possède un bon nombre de ces ponts-levis; mais le système n'en vaut pas mieux pour cela, et c'est avec raison que le Comité des fortifications l'a désormais proscrit de nos places de guerre.
Pont-lerlB à courbes de H. Delile.
17. Description et tracé des courbes. — Le pont-levis du capitaine du Génie Delile {/ig. 8â) est exempt des défauts
d'équilibre du précédent et même de ceux du pontàsinussolde de Bélidor, dont il diffère principalement en ce que les rouleaux du contre-poids sont liés au tablier par de grandes barres de fer fiC, placées de pari et d'autre des montants de la porte, qu'ils traversent au moyen de créneaux pratiqués dans l'épaisseur de ces montants. La manœuvre s'y effectue, d'ail-
leurs, i Taide d'un treuil et de poulies à chatnes sans On, ainsi qu*l! a été expliqué plus haut; par conséquent, celte naanœuvre, bien que très-ingénieuse, n'est point exempte de certains inconvénients. Afin de pouvoir rapprocher à volonté le point d'attache B des barres de l'axe A des tourillons du tablier, M. Delile supprime le chevet de tète de ce tablier et le remplace par des moises boulonnées B, qui embrassent les solives du plancher et reçoivent les points d'attache des barres. Les avantages de ce dispositiT consistent en ce que les barres, ainsi que la courbe du contre-poids, se trouvent raccourcies, en même temps que la hauteur des créneaux et de tout l'appareil est diminuée.
D'après ce que nous avons déjà dit de la sinussoîde deBélidor, la théorie et le tracé des courbes d'équilibre du pont à la Delile ne .peuvent offrir de difficultés; car s'étant donné, d'après des conditions particulières et locales, la position initiale C, et le poids des rouleaux, le poids et les dimensions de la barre BC et du tablier étant également fixés, on en conclura aisément, par la théorie des moments, la position correspondante du centre de gravité général de toutes les parties mobiles de la machine, sans en excepter le treuil et les chatnes de manœuvre qui y sont suspendues. Cela fait, on tirera, par le point ainsi obtenu, l'horizontale KL, et cette horizontale devra contenir le centre de gravité généra] des parties mobiles pour toutes les positions successives du tablier, ce qui permettra de tracer la courbe de l'axe C des rouleaux, par des moyens analogues à ceux que nous avons exposés pour la sinussoTde du poni-levis à la Bélidor, mais qui permettront de tenir compte aisément de l'influence du poids même des barres et des petites chaînes de manœuvre des poulies.
Supposant, en effet, le poids de la barre BC décomposé en deux autres agissant en ses extrémités B et C, on considérera ces derniers comme faisant partie intégrante du poids du tablier et de celui des rouleaux. On déterminera, en conséquence, la position des centres de gravité invariables G et G' de ces poids, dont le dernier, d'ailleurs, ne se confondra pas exactement avec le centre C des rouleaux, attendu les chaînes des poulies de manœuvre ; mais, comme cette consi-
APPLIQUÉE AUX MACHllCES. 365
déralion compliquerait un peu le tracé de la courbe d'équilibre relative à C, on pourra ici, sans crainte d'altérer en rien les résultats, supposer le poids des chatnes dont il s'agit concentré sur l'axe C, avec le poids des rouleaux et le poids composant des barres, pourvu qu'on ail déterminé en consé-, quence la hauteur de rhorizoniale KL, d'après la position initiale du système. Nommons P le poids total du tablier et des demi-barres supposé concentré en G'; P' celui des rouleaux» etc., supposé concentré en C; on aura, pour déterminer la hauteur de C au-dessus de KL, dans chaque position du tablier, l'équation des moments
P'Cfi^=P.Gff,
déjà plusieurs fols mentionnée. Tirant l'horizontale correspondante D£, on sera en état de fixer entièrement la position du point C, puisque sa distance invariable BC au point d'attache B du tablier est connue.
18. Simplification du tracé des courbes. — Quoique ce tracé de la courbe des rouleaux, pour le cas général qui nous occupe, n'oiTre aucune difficulté sérieuse, cependant, afin de simplifier un peu les constructions, on place volontiers le poini d'attache B des barres sur le prolongement même de la droite AG, qui va du centre A des tourillons du tablier à son centre de gravité G. Alors, en effet, le problème peut être ramené à celui où le centre de gravité général du système se trouverait précisément occuper une position invariable sur l'axe même des barres BC, ce qui détermine immédiatement la direction de cet axe relative à chacune de celles de la droite AB du tablier. Pour se convaincre de la légitimité de cette hypothèse, on remarquera que le poids P du tablier peut être censé décomposé en deux autres, dont l'un, agissant en A, ne fait que charger les tourillons sans influer sur l'état d'équilibre du système, et dont l'autre, qui a pour valeur
AG P-T-IT9 agit constamment au point d'attache B des barres; et, Ali
comme le poids des parties constitutives des rouleaux peut
aussi être censé coercé en leur centre au point d'attache C,
366 COURS DE HÉGAIflQUB
on voit que, d'après ces diverses hypothèses toutes permises, le poids des parties actives du système pourra réellement être censé concentré en un point des barres, qui partage leur longueur en parties réciproquement proportionnelles aux forces verticales appliquées aux extrémités B et C. Ayant donc déterminé, une fois pour toutes, la position du point sur les barres et sa position absolue pour l'instant où le tablier est placé sur ses appuis horizontaux, on aura rhorizontale invariable KL, qui doit renfermer le point dans toutes les positions successives du système, et qui est, d'ailleurs, très-distincte de celle qui a été envisagée en premier lieu.
Cette considération ingénieuse, qui est due à M. le lieutenant-colonel du Génie Bergère, auquel on est également redevable de plusieurs autres remarques intéressantes et d'une théorie analytique fort simple des ponts-levis à contre-poids roulant sur des courbes ('), cette considération, disons-nous, a suggéré à M. le colonel du Génie Constantin l'idée de tracer la courbe du contre-poids d'un mouvement continu et par un procédé purement mécanique, qui consiste dans l'emploi d'une fausse équerre ABC [fig. 89), formée de deux règles ou lattes
Fig. 89.
de bois quelconques, dont l'une AB figure la ligne qui va de l'axe des tourillons du tablier à son point d'attache, et dont l'autre BC représente la barre du contre-poids. Ces règles
C) Mémorial de VOJlcier du Génie^ n9 3, p. 97.
APPUQnÉB AUX MACHINES. 867
sont liées entre elles par une pointe ou clou d'épingle ûxé eu B et qui leur laisse la liberté de tourner autour de ce point, flgurant le point d'attache inférieur des barres. Au point A, qui répond à Taxe des tourillons du tablier, est fixé un autre clou d'épingle destiné à servir d'axe de rotation à AB; enfin en 0, qui représente le centre de gravité général du système, se trouve fixé un troisième clou, qui est dirigé, dans son mouvement, par Taréte KL d'une règle bien droite clouée à demeure sur le plancher qui porte A, et dont la direction représente celle de l'horizontale que nous avons mentionnée précédemment. Plaçant, en effet, une pointe à tracer en C, qui figure l'axe des rouleaux, et faisant mouvoir la fausse équerre ABC, en appuyant le clou contre l'arête KL, la pointe dont il s'agit tracera évidemment la courbe demandée, si la position et les distances des différentes parties ont été convenablement déterminées.
19. Observations et réflexions diverses sur les ponts-levis à la Delile, — Le système de pont-levis ou de contre-poids imaginé par le capitaine du Génie Delile est, comme on voit, de la plus grande simplicité, tant par sa disposition que par sa théorie; aussi a-t-il été avantageusement appliqué à différentes places de guerre, telles que Dunkerque, Lille, Brest, Strasbourg, etc. Les seuls inconvénients qu'il présente consistent dans les dangers de la manœuvre dont il a déjà été parlé; dans l'ouverture des larges créneaux pratiqués aux montants de la porte pour le passage des grandes barres ; dans l'étendue en longueur qu'exigent en arrière de ces montants les courbes du contre-poids, étendue qui empêche qu'on puisse appliquer ce pont-levis à certaines communications des places de guerre ; enfin duns la nécessité de remplacer les lisses et sous-lisses, qui accompagnent de part et d'autre le tablier du pont, par des garde-fous mobiles et qui s'enlèvent avant ou pendant la manœuvre même.
On peut voir, dans les n°» 3, 5 et 10 du Mémorial de VOfficier du Génie, différents moyens proposés ou mis en usage par MM. Delile, Constantin et de l'Étoile, pour diminuer les chances de rupture des barres et faciliter la manœuvre des
368 COURS BB MÉGJINIQUB
lisses, qui, de même que dans tous les ponts-Ievis à chaînes passant sur des poulies, est nécessitée par la saillie des points d'attache du tablier ou le retrait obligé du système des contre* poids de part et d'autre du passage; mais, comme les lisses des ponts sont essentiellement établies pour prévenir la chute des chevaux dans le fossé et qu'elles doivent ainsi posséder une certaine solidité, il paraît difficile d'éviter les inconvénients de leur manœuvre à la main sans se jeter dans des sujétions presque aussi grandes que celles qui sont inhérentes à la manœuvre même du tablier du pont-Ievis. C'est pou^ quoi il nous semble qu'on devrait se borner à ce qui a été de tout temps pratiqué pour les ponts-levis à flèches, dont les lisses sont enlevées de dessus leurs appuis par les hommes de garde, et rentrées à chaque fois dans l'intérieur de la place, afln d'éviter les surprises, eic. Des chaînes, lelles que celles qui ont été proposées par le capitaine Delile, ou des lisses en fer rond glissant horizontalement dans des ouvertures cylindriques pratiquées aux montants de la porte, semblent être encore ce qu'il y a de plus simple. Cette dernière disposition, que nous avons proposée pour le pont-levis de la porte des Allemands à Metz, serait exempte des inconvénients qui y ont été remarqués, si l'on prenait le soin de guider la course des lisses par de petits galets et si l'on donnait un jeu sufBsant aux créneaux qui les reçoivent.
Pont-levis à contre-poids sans courbes de M. le lientenant-colonèl
du Génie P. Bergère.
20. Application de ce ponl-levis aux ouvrages avancés des places et à ceux de campagne. — La propriété qu'a le point de la barre BC du pont-levis à la Delile [fig, 90), de demeurer constamment sur une droite horizontale KL, a fourni à H. le Ueutenant-colonel du Génie P. Bergère [Mémorial de l'Officier du Génie f n*» 3, p. m) l'idée ingénieuse de supprimer entièrement les courbes, en contraignant directement le point à décrire l'horizontale KL. A cet effet, il fixe en ce point une paire de roulettes dont l'axe traverse la barre et qui se meuvent sur un chemin de fer MN, de niveau, à mesure qu'on
APPLIQUÉE AUX MACHINES. 36g
baisse le contre-poids à terre ou qu'on tire horizontalemenl l*axe des roulettes pour élever le tablier.
Cette disposition, d'une simplicité remarquable, peut être avantageusement employée pour les petits passages. Nous l'avons vue, en i8a5, appliquée, avec quelques modifications heureuses, à Tun des ponts-levis des ouvrages avancés de la place de Mons, où il n'existait aucun pied-droit pour fixer l'horizontale MN. Comme ce dispositif est d'une exécution facile et qu'il peut très-bien, dans tous les cas analogues et surtout dans les ouvrages de campagne, remplacer les autres pont-levis connus, je crois utile d'en présenter ici une courte description; mais, n'ayant pas eu la faculté d'en étudier les détails sur place, je tâcherai d'y suppléer de mon mieux en me guidant d'après mes souvenirs.
La différence essentielle entre cette disposition et la précédente consiste en ce que la roue qui guide le point [fig. 91] dans son mouvement horizontal est beaucoup plus grande et se trouve remplacée véritablement par deux roues de voiture ordinaires, mobiles sur des poutrelles ou sur un massif de maçonnerie, garni de bandes de fer, formant un peu saillie au-dessus du sol du passage. Chaque barre du pont se trouve ainsi soutenue en par l'essieu commun au couple de roues qui lui correspond, ce qui paraît indispensable pour assurer la stabilité de la manœuvre, qui peut s* effectuer d'ailleurs très-
ai
370 CODKS Dt MBGÂHIQaB
avantageusement et très-commodément en agissant directement sur les roues pour les faire avancer ou reculer. Quanti
la manière de fixer solidement le tablier à la position verticale, elle peut consister en deux forts verroux ou rhalnes, accrochées et cadenassées contre deux poteaux convenablemeni enfoncés en terre; enHn les barres elles-mêmes peuvent être construites en fer, en fonte ou en bois, selon les circonstances, à peu près comme le sont les balanciers employés dans diverses machines et qui doivent supporter, à leurs extrémités et au centre, des etîorts plus ou moins grands, c'està-dire qu'il convient de les renfler, dans le sens vertical, vers leur point d'appui contre les essieux, de façon que, sous un même volume, ils présentent la plus grande résistance possible, ce qui leur assigne, comme on sait, la forme de deui paraboles très-allongées, dont les sommets correspondraieDi aux extrémités des barres.
Le di:ipositif dont il est question trouvant principalement son application en campagne, où il est impossible d'apporter beaucoup de soin aux constructions et où l'on manque souvent même des matériaux nécessaires, nous avons cru intéressant de traiter ce cas dans la Jig. 91, en supposant que les barres soient composées chacune de deux chevrons en chêne.
APPLIQUÉS AUX MaGHIHBS. 3^1
de lo à 12 centimètres d'équarrissage, reliés solidement par des frettes ou des cordes, de distance en distance, mais principalement au centre et aux extrémités. On suppose qu'elles aient été écartées avec force, vers ce centre, au moyen de taquets de bois légèrement embrévés sur chaque pièce et embrassant la partie carrée de l'essieu des roues, tandis que d'autres taquets maintiennent cet écartement vers le milieu de la distance de l'essieu aux extrémités des pièces; il est entendu d'ailleurs que, indépendamment des frettes ou des cordes qui servent à lier ces extrémités, on aura soin de placer, dans leur joint de contact, quelques clefs qui rendent impossible le glissement dans le sens de la longueur. D'après les théories connues, un pareil assemblage aura une solidité plus que suffisante pour résister à des efforts verticaux de 900 kilogrammes, agissant aux points B et C des barres, ce qui excède de beaucoup ceux qu'elles auront à supporter dans les circonstances dont il s'agit ici.
On remarquera enfin que les points d'attache du tablier sont formés par le prolongement d'essieux en fer, traversant les chevrons de rives, aux points qu'indiquent les conditions d'équilibre du tablier pour le dispositif actuel de la manœuvre et que les contre-poids C, au lieu d'être composés de rouleaux en fonte, peuvent Tétre de bombes pleines ou de corps quelconques suspendus librement au-dessous du boulon qui fixe la position du centre de ce contre-poids.
Pont-leyis à spirales de M. le capitaine da Génie Derché.
21. Description et théorie. — Feu le capitaine du Génie Derché a exécuté, en 1810 et 181 1, à Osopo et à Palmanova, un pont-levis fort ingénieux [Jig. 92), ciont le principe consiste en ce que le contre-poids Q, qui fait équilibre au tablier, est constant et suspendu par une chaîne à l'extrémité d'une courbe en spirale abcdj montée sur un axe horizontal £F en bois, dont le mouvement est lié à celui du tablier A6 du pont, par le moyen d'une autre chaîne BCD passant sur une première poulie C, fixée au montant de la porte et qui va finalement^ s*enrouler autour d'une autre grande poulie montée sur
37a G0UB8 DB MÉGARIQUB
l'arbre EF de la spirale. Un second tambour HH% à gorge angulaire et profonde, monté sur le même arbre, reçoit la chaîne
Fig. 91.
sans fin qui sert à la manœuvre du pont-levis. D'après cette description sommaire, on conçoit facilement que le but de la spirale est de faire varier le bras de levier du contre-poids Q> de façon qu'il fasse constamment équilibre au poids du tablier considéré dans ses diverses positions.
Soit toujours P [fig. 98) le poids total de ce tablier supposé concentré au point G; abaissons, du centre A des tourillons, rhorizoïîtale AP sur la verticale GP, relative aune position quelconque de G ou du tablier AB; soient AK la perpendiculaire abaissée du même centre sur la direction CB de la chaîne extérieure; t la tension de cette chatne, qui maintient en équilibre le poids P du tablier, par suite de l'action du contrepoids Q. On aura, d'après la théorie des moments, AK et AP étant les bras de levier des forces / et P,
P.AP=/AK, d'où / =