‹ Cours de médecine homoeopathiqueChapitre 2 sur 9 · PREMIÈRE CONFÉRENCE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE CONFÉRENCE

Messieurs,

Plus de trente ans se sont écoulés depuis le jour où l'homœopathie prit position dans renseignement libre ; celui de nos maîtres qui acceptait alors la mission d'exposer la doctrine de Ilahnemann et de la défendre, ne fit jamais défaut à la tâche qu'il s'élait lui-même imposée. Envisageant l'œuvre du médecin allemand comme une réforme intégrale de l'art de guérir, c'està-dire comme présentant à la fois une doctrine et une méthode, sa préoccupation constante fut de la faire apprécier dans sa valeur philosophique et dans sa portée pratique, de repousser ainsi d'injustes attaques et de concourir a tous les développements légitimes d'une grande idée*.

Le professeur dont je parle, messieurs, élail mon père.

* Cet enseignement a été résumé dans deux ouvrages : les Leçons de médecine homœopathique, publiées en 1835 ; et les Commentaires sur IVrganony lesquels parurent vingt ans après.

Héritier de sa pensée et de ses tendances, associé pendant vingt ans à ses travaux, je viens ici continuer son œuvre. Vous comprendrez maintenant l'émotion que j'éprouve en abordant cette chaire où se rencontrent pour moi, et j'ose le dire, pour notre école, un grand exemple et de glorieux souvenirs.

Je ne me dissimule pas, croyez-le bien, les difficultés qui m'entourent. Isolé maintenant, je sais qu'il ne me suffira pas de suivre dans leur application les principes hahnemanniens, qu'il me faudra avant tout les étudier en eux-mêmes, dans leur enchaînement et leur utilité ; mais j'ai pour me guider une tradition déjà ancienne, car elle remonte à 1835, et j'aurai, pour me soutenir, votre attention bienveillante et impartiale. Je la réclame, messieurs, au nom de la cause que je viens défendre, au nom de la science et du progrès.

Mais Texposition de l'homœopalhie peut être envisagée de deux points de vue différents : il est possible de suivre l'étude de cette doctrine par déduction ou par induction. Dans le premier cas, il faut partir de son principe le plus général pour arriver jusqu'aux principes secondaires, aux lois et aux moyens ; dans le second, il est r.écessaire de rechercher la vérité généralement admise, pour en induire l'existence nécessaire de celles qui sont encore controversées. Le choix entre ces deux procédés doit toujours être dicté par les préoccupations et les difficultés du moment.

Lorsqu'il s'agissait autrefois de défendre l'œuvre de Hahnemann contre ses antagonistes, il suffisait d'étudier successivement les différents termes du problème médical et de vous exposer les solutions offertes pour chacun d'eux par Thomœopathie. Dans ce cas, le problème physiologique se posait le premier, par cette seule considération que l'homme malade est avant tout un être vivant. Puis venait l'étude de la pathologie, de la matière

médicale, enfin l'exposition de noire thérapeutique, étudiée sous le triple rapport de sa loi, de sa méthode et de ses moyens.

Aujourd'hui, la situation n'est plus aussi simple. A côté des médecins qui repoussent l'homœopathie dans son ensemble et la condamnent sur la seule constatation de son identité, se trouvent ceux qui en acceptent une parlieet rejctlent le resie, demandant à la tradition le complément dont ils manquent. Ceux-ci obéissent à une tendance : diviser, morceler l'œuvre du maître, re|)Ousser ce que leur raison n'admet pas, remplacer cette partie delà doctrine par quelques principes empruntés aux anciens systèmes, et cela en vue d'unir le passé delà science à son présent.

Il y a là une prétention nouvelle dont je.veux vous faire juges, et, pour cela, je n'ai qu'un moyen, c'est départir des points communs pour arriver à l'examen des problèmes qui nous divisent ; de là l'utilité de la méthode inductive qui m'a paru préférable, pour cette année du moins.

Or, la vérité-principe qui a survécu à toutes les discussions, c'est la Loi des Semblables^ base de notre thérapeutique; c'est donc sur elle que je fixerai votre attention, vous demandant de l'étudier en elle-même, puis dans ses rapports avec la doctrine formulée par Hahnemann, avec la méthode tracée par ce maître illustre, et avec les moyens qu'il préconise, je veux dire les doses infinitésimales.

Tel est, messieurs, l'ordre que je me propose d'observer dans ces conférences, le programme auquel je veux m'as- Ireindre. Permettez que, sans m'y arrêter davantage, nous abordions sans délai l'étude de la loi de similitude, que je vous proposerai d'examiner avec moi par rapport à la signification qu'il convient de lui donner, et aussi dans ses raisons et dans sa portée.

COUftS DE MÉDECINE HOMŒOPATHIQUK.

Celte loi a été formulée par son auteur dans les termes les plus simples : Similia similibus curantur; ce qui, dans sa pensée, revient à dire que, pour guérir, il faut diriger contre runiversalité des symptômes du cas morbide individuely celui d'entre tous les médicaments dont on connaît bien la manière Hagir sur l'homme en santé^ et qui possède la faculté de produire la maladie artificieUe la plus ressemblante à la maladie naturelle quon a sous les yeuxK

Il suit de laque cette loi exprime seulement un rapport, le rapport existant entre les symptômes par lesquels la maladie se caractérise, et ceux que l'agent curatif de cette même maladie a puissance de faire naître ; ce rapport étant tout de similitude ou d'homogénéité.

Je dis, messieurs, de similitude et non d'identité, et cette distinction est nécessaire; car, c'est en l'oubliant, qu'on a cru devoir adressera Thomœopathtedes critiques qu'elle ne méritait pas. Nous n'avons jamais dit, en effet, qu'il fallut opposer, à un état morbide, une action de même ordre, une maladie de même espèce; nous n'avons jamais enseigné que la belladone eût puissance de faire naître la scarlatine, le quinquina la fièvre intermittente, et le mercure la syphilis ; mais nous avons entendu que ces médicaments produisaient des maladies artificielles, spéciales, exprimées par les symptômes semblables à ceux de la scarlatine pour la belladone, de la fièvre intermittente pour le quinquina, de le «vphilis pour le mercure. De là vient que si l'hotuoeopathie a recommandé de combattre cette dernière affection avec des médicaments

* Organon, § 24.

similaires, elle n'a jamais songé à la poursuivre avec le virus même qui l'engendre. Entre Thomœopathie et Tisopaliiie, il y a donc un abîme, celui qui sépare Vanalogie de Videntité.

En réalité, la loi de siçailitude compare les effets produits par deux puissances : la cause morbide d'ujfie part, le médicament de l'autre ; toutes deux frappant sur des sujets antérieurement sains ; et elle affirme que du moment où ces deux forces peuvent s annihiler, quand elles se rencontrent dans un môme organisme, c'est qu'elles auront puissance de déterminer des manifestations semblables quant à leur expression symptoma tique, alors qu'elles agiront séparément.

Veuillez remarquer maintenant les termes dont Hahnemann s'est servi. Il n'a pas dit avec Hippocrate : vomitm vomitu curatur^ ce qui eût été exprimer un fait et non pas formuler une loi ; il ne s'est pas servi de la sentence de Paracelse : simile per simile curatur; il a pris les manifestations morbides et pharmacodynamiques dans leur ensemble, et il a dit non pas le semblable^ mais les semblables : SIMILIA; entendant par là, que la maladie artificielle et la maladie naturelle devaient être comparées dans tous leurs phénomènes, si l'on voulait arriver à reconnaître leur analogie.

La loi des semblables étant ainsi précisée, il nous faut, messieurs, en chercher les raisons, et je puis ici vous offrir trois ordres de preuves : les unes expérimentales, les autres logiques, les dernières historiques, de telle sorte que l'expérience, la raison et l'histoire viennent déposer en laveur du principe thérapeutique posé par Hahnemann.

10 COURS DE MÉDECINE HOMiEOPATHiQUE.

1** Les preuves expérimentales sont nombreuses , je vous citerai les plus saillantes , je veux dire les effets physiologiques , comparés à Faction thérapeutique, de ces médicaments qui guérissent à coup sûr entre les mains de nos adversaires, c'esj-à-dire des spécifiques, le le plus J}eau fleuron de la couronne médicale.

Le quinquina guérit la fièvre intermittente, c'est un fait indéniable ; peut-il en déterminer les symptômes chez rhomme en santé? Hahnemann dit oui, et il le prouve par son expérience personnelle.

A celte affirmation, MM. Trousseau et Pidoux opposent une dénégation formelle. Seulement, tandis qu'ils soutiennent dans^la préface de leur traité de thérapeutique que l'on peut prendre 8 grammes de poudre de quinquina sans en éprouver d'effet^ ils ajoutent à la page 350 du tome premier du même ouvrage : « L'^action du quinquina sur rhomme en santé n'est pas toujours aussi innocente qu'il a plu à quelques thérapeutistes de le proclamer; » et ils complètent leur affirmation en empruntante Bretonneau ce passage caractéristique : « L'obsei'vation de chaque jour prouve que le quinquina, donné à haute dose, détermine, chez un grand nombre de sujets, un mouvement fébrile très-marqué. Les caractères de cette fièvre et Tépoque à laquelle elle se manifeste varient selon les individus. Le plus souvent des tintements d'oreille, la surdité et une sorte d'ivresse précèdent l'invasion de cette fièvre, un léger frisson s'y joint; une chaleur sèche, accompagnée de céphalalgie, succède à ces premiers symptômes, s'éteint graduellement et se termine par de la moiteur; loin de céder à de nouvelles et plus fortes doses, la fièvre causée par l'absorption du principe actif du quinquina ne manque pas d'être exaspérée ^ »

Il y a plus, un fabricant de sulfate de quinine, M. Zimmer

* Trousseau et Pidoux, Traite de tfierap., X t, p. 551.

(de Francfort), a soutenu, devant l'Académie des sciences, que les ouvriers occupés à la pulvérisation de ce médicament étaient souvent en proie à des accès de fièvre accompagnés d'une éruption spéciale.

Ainsi le pouvoir fébrigène du quinquina est hors de doute. Si MM. Trousseau et Pidoux le nient un moment, ils ne tardent pas à reconnaître leur erreur en acceptant l'affirmation de Bretonneau, par contre celle de Hahnemann, et l'Académie des sciences l'admet en consignant dans ses annales le fait proclamé par le manufacturier allemand. Il y a donc ici un médicament qui guérit à coup sûr un état pathologique dont il a puissance de faire naître les symptômes : Similia similibm curantur.

Ce que je dis ici du quinquina et de la fièvre d'accès, je pourrais le répéter du mercure et de la syphilis, du soufre et de la gale. Les ulcères produits par le premier de ces médicaments, sur l'homme en santé, ne sont-ils pas tellement semblables au chancre primitif, que le diagnostic sur ce point n'est pas toujours facile à établir? Le soufre ne détermine-t-il pas une éruption vésiculeuse ressemblant de tous points à celle qu'engendre la présence de l'acare?

Autre exemple : A l'article Tremblement nerveux de son Traité de pathologie générale^ M. Dubois (d'Amiens) avance que « le tremblement survient chez les individus qui font usage de l'opium à doses élevées. A Constantinople, ajoutet-il, on appelle trembleurs les malheureux qui passent leur vie dans les cafés à s'entretenir dans une sorte d'exaltation au moyen de l'opium. »

Puis, deux pages plus loin, à propos du delirium tremens, le même auteur enseigne que le « traitement préconisé contre cette maladie consiste dans Y administration de préparations opiacées.. . » Il affirme même que a l'excitation qui suit la première dose ne doit pas empêcher de conti-

* T. II, p. 199.

12 COURS DE MEDECINE HOMŒOPATflIQUE.

nuer. » Notons que le secrétaire perpétuel de l'Académie de médecine n'est pas homœopathe.

L'effet pathogénélique et curatif de la belladone, par rapport à la scarlatine lisse, n'est pas moins remarquable. Tandis que Hufeland reconnaît que ce médicament, ainsi que l'enseignait Hahnemann, non-seulement guérit cette fièvre éruptive, mais peut encore en préserver, MM. Trousseau et Pidoux conviennent qu'il a puissance d'engendrer sur l'homme sain une érythème. Ils vont même jusqu'à dire : «Cette éruption qui rappelle assez bien celle qui caractérise la scarlatine, a été signalée par un certain nombre d'observateurs*. »

Un dernier fait. Un de nos collègues, le professeur Imbert- Gourbeyre (de Clermont-Ferrand), étudiant Tarsenic sous le double rapport des symptômes qu'il guérit et de ceux qu'il engendre, a résumé le résultat de ses études en proclamant ce médicament à la fois fébrigène et fébrifuge, dermalogène et dermatofuge, rhumatogène et rhumatofuge.

Que pouvons-nous conclure de tous ces faits, messieurs? Si ce n'est que les actions thérapeutiques, dont je viens de rappeler les caractères, déposent toutes en faveur de cette loi ; que tout médicament capable de triompher à lui seul d'un état morbide, capable de le détruire dans sa cause et dans ses effets, a aussi le pouvoir de faire naître sur l'homme en santé tous les symptômes par.lesquels cet état morbide se caraclérise ; d'où l'exactitude de la formule hahnemannienne : Similia similibus curantur !

2* Les preuves logiques de la loi de similitude consistent à la rattacher à un fait plus général, capable de nous en rendre compte; ce fait est celui de V action et de la réaction.

Les médicaments en effet sont, par rapport à l'organisme, des modificateurs externes, et tout le monde sait que les

» Loco cit. y t. l.

effets produits par ces derniers sont de deux ordres : En premier lieu^ l'activité semble leur appartenir exclusivement, le sujet sur lequel ils déploient leur puissance parait être passif; c'est \2i période d'action. La réaction vient ensuite, due elle-même à l'énergie vitale cherchant à dominer l'impression qu elle a reçue, et, pour cela, déterminant des effets opposés à ceux qui avaient été produits d'abord. C'est en vertu de celte loi qu'un état d'apathie reinlive succède à l'excitation que produit le café, et aussi que l'emploi des purgatifs est suivi d'une constipation toujours plus tenace, celle de Topium, d'une insomnie croissante.

De plus, la réaction est, en thérapeutique, le dernier fait qui se produise ; celui, dont les caractères ne s'effaceront pas, et qui doit être , par conséquent, curatif. De là vient que c'est à lui qu'il faut faire appel. N'est-ce pas ce qui arrive aux malades soumis à un traitement hydrothérapique, et pour lesquels on compte par-dessus tout sur la réaction ; pour lesquels on la veut franche, énergique? N'est-ce pas aussi cette réaction que l'on demande aux eaux minérales? De sorte que du moment où le malade soumis à ces dernière^ signale cette recrudescence de toutes ses douleurs, qu'on nomme la poussée^ le médecin se réjouit, parce qu'il sait qu'à cette action perturbatrice succédera une réaction salutaire et durable.

Ce qui est vrai ici pour les deux exemples que je viens de rappeler, Test plus encore^ niessieurs, du médicament homœopathique , par cette raison que celui-ci pénètre dans l'organisme avec toute sa puissance pathogénélique, c'est-à-dire , avec la faculté de développer une maladie artificielle semblable à la maladie naturelle qu'il doit combattre, maladie artificielle qui atteindra les mêmes organes, se caractérisera par des phénomènes identiques à ceux de cette maladie, en un mot, pourra s'ajouter à cette dernière, mais non pas s'y substituer. N'est-il pas

évident alors que la réaction venant à se produire, l'organisme triomphera en même temps des deux actions qu'il lui a fallu supporter et qui sont venues se confondre, je veux dire : celle de la cause morbide et celle du médicament , et que la guérison en sera la conséquence nécessaire?

Deux faits vous prouveraient, au besoin, qu'il en est réellement ainsi. Le premier se rapporte à l'aggravation qui se produit souvent quand on administre un médicament homœopathique, le second est le développement de ptiénomènes accessoires particuliers à l'agent employé, mais étrangers à la maladie. Ce qui le prouvera mieux encore sera d'arrêter l'administration du médicament après cette période d'aggravation, car alors tout s'apaisera , et une amélioration notable, parfois même la guérison, sera la conséquence de la réaction déployée par Torganisme. Tous ces faits sont d'observation journalière. La loi des semblables se rattache donc à un fait plus général qu'elle-même, l'action et la réaction; elle est ainsi logiquement justifiée.

3° Preuves historiques. — L'histoire vient à son tour déposer en faveur de l'exactitude de notre principe, non pas que nous le trouvions nettement formulé dans le passé; non, il fut alors seulement entrevu; mais parce que nous rencontrons dans la tradition des faits sans nombre qui viennent le confirmer.

Or, messieurs, cette preuve a une importance extrême, par cette seule raison que le savant n'invente pas les lois naturelles , il les découvre ; de sorte qu'il lui importe surtout de montrer ces lois écrites, par la main de Dieu, dans les faits eux-mêmes.

Hahnemann l'avait parfaitement compris : « La vérité, disait-il, est éternelle comme la divinité elle-même. Les hommes peuvent la négliger pendant longtemps, mais le moment arrive enfin où, pour l'accomplissement des dé-

crels (Je la providence, ses rayons percent le nuage des préjugés, et répandent sur le genre humain une clarté bienfaisante que rien désormais ne peut éteindre ^» Cherchant, d'après cela, dans la tradition les faits confirmatifs de sa découverte, il affirme que chaque siècle en offre des traces palpables.

C'est d'abord Hippocrate guérissant le choléra avec l'ellébore blanc, substance à laquelle Forest, Ledel, Reimann accordent la faculté de produire une affection cholériforme ; Willis triomphant de l'épidémie de suette de 1485 avec des sudorifiques, Fisher notant la guérisqn d'une dysenterie à la suite de l'emptoi de substances purgatives; Whistling et J. C. Bernhart guérissant des affections convulsives avec Tagaricus muscarius, lequel produit des convulsions accompagnées de tremblements; Hoffmann, G. E. Slahl, Buchwald et Loeseke, Haller recommandant la millefèuille dans les hémorrhagies, tandis que Hoffmann et Bockler lui ont vu produire le flux de sang, l'hématurie et Tépistaxis ; Stœrck produisant et guérissant la leucorrhée avec le dictamne, produisant et guérissant un exanthème suintant, à Taide de la clématite; Rossi, van Mons, Monti et Sybel développant avec le Sumac une éruption vésiculo-pustuleuse, et guérissant avec lui des exanthèmes de même forme, ainsi qUe Dufresnoy et van Mons le reconnaissent ; Baglivi, Barbeyrac, Gianella, etc., assurant que Tipécacuanha guérit la dysenterie, tandis que Murray, Scott et Geoffroy reconnaissent à cette substance la faculté de provoquer les hémorrhagies intestinales. Cette similitude enfin se retrouverait entre les vertus curatives de l'opium, du datura.stramonium, du plomb, comparés aux effets pathogénétiques de ces mêmes substances reconnus par l'antiquité.

Il était impossible que des faits aussi nombreux, disons-

* Voy. Dans VOrganon de Vart de guérir, le chapitre des guérisons homœopathiques dues au hasard, p. 55.

16 COURS DK MÉDECLNt: liOMŒOl'AlinQUE.

le même, aussi vulgaires, passassent toujours inaperçus ; d*où cette formule, bien vague sans doute, des philosophes atomistiques similiainsimilia agereposseySimiliasimu liaquepetere ; delà encore le vomitusvomitu euratur d'Hippocrate, et surtout cet aphorisme où il est dit que les maladies guérissent tantôt par les semblables, tantôt par les contraires ; aussi cette formule de Paracelse que je citais tout à Fheure, similesui simUe eivrat. II faut dire seulement que cette formule se rapproche de la loi hahneman* nienne bien plus par la forme que par le fond, en ce sens que son auteur entendait exprimer par là le rapport existant entre la nature du médicament et celle de la cause morbides tandis que Hahnemann considère seulement les symptômes produits par Tune et lautre de ces puissances. Laissez-moi vous citer encore celte formule plus précise de Thomas Campanella: simUiasimilibma'ppli' eanda : et cette affirmation d' Angélus Sala, que les semblables sont guéris par les semblables.

Ces exemples pourraient être multipliés encore ; mais ceux qui précèdent suffisent à montrer la loi de similitude écrite dans les faits, entrevue par les gavants et proclamée par Hahnemann.

Enfin, messieurs, si vous interrogiez Thistoire pour savoir quel a été le sort de cette loi depuis le jour où elle fut formulée, vous la verriez naître dans une petite ville d'Allemagne et marcher ensuite à la conquête du monde. De telle façon que dans toutes les contrées de rÉurope, en Afrique, en Asie, sur les rivages de la libre Amérique; vous rencontrerez aujourd'hui des hommes occupés à la défendre et surtout à l'appliquer. Poursuivant alors vos investigations vous trouverez la loi de similitude donnant à la pratique une unité jusqu'alors incon-

' Ceci résulte du développemenl donné par Paracelse à sa formule, développement ainsi défini : Mercurius , mercurio; scorpio7iun, seor* pioni; melfmellU etc.

nue, et cela depuis les bords de la Clyde jusque sur les rives de l'Ohio. Pendant que Tallopathie modifie ses systèmes et ses formules de pays à pays, et souvent de médecin à médecin , se débattant entre la médecine allemande, la médecine anglaise, la médecine italienne, la médecine française etc. , vous retrouverez parmi Mes disciples de Hahnemann, quel que soit le climat où ils se trouvent, une uniformité de principes, de méthode et dé moyens, que l'anarchie allopathique ne sait ni comprendre ni expliquer.

L'histoire prouve ainsi, messieurs, que la loi des semblables est de tous les temps et de tous les pays, qu'elle possède ces deux caractères de la vérité, je veux dire Vunité et Vuniversalité.

Je dois en convenir cependant, cette môme étude nous conduit à une objection importante, en nous montrant un principe opposé, la loi des contraires, traversant les siècles comme le ferait un axiome, et si généralement admise qu'elle est devenue populaire.Quoi de plus simple,en effet, en apparence, que cette formule ; le contraire est guéri par son contraire ? De même que deux forces opposées se détruisent, ne semble- t-il pas naturel que le médicament et la cause morbide doivent présenter cet antagonisme pour que la guérison se produise?

Mais ici les apparences sont trompeuses; il suffit, pour s'en convaincre, de préciser le sens de cette expression de contrariété. Si nous prenons d'abord le principe de Galien dans son expression propre, nous y trouverons un non-sens. Qu'est-ce, en effet, que le contraire de la maladie, sinon la santé?

Si nous cherchons ensuite à établir la contrariété entre les symptômes de la maladie et les effets pathogénétiques du médicament, là où nous avons reconnu si facilement le fait de similitude, nous arrivons à une impossibilité absolue. Comprendriez-vous, par exemple, un

ensemble de symptômes contraires à ceux qui caractérisent la scarlatine, la pneumonie ou Tune des formes de la fièvre typhoïde? Évidemment, il n'y a rien que nous puissions concevoir comme le contraire de l'éruption scarlatineuse, comme le contraire de la fièvre, de la toux et de l'expectoration pneumoniques; il n'y a pas de bruits stéthoscopiques qui soient le contraire du souffle bronchique ou du râle crépitant.

Aussi est-il juste de dire que l'on ne s'est jamais proposé d'arriver, par l'expérimentation physiologique, à obtenir un semblable résultat.

Au lieu de comparer l'une à l'autre la maladie naturelle et la maladie artificielle, prises dans leur ensemble, on s'est attaché à un seul de leurs caractères. On a dit que l'action purgative était le co?i^rair^ de la constipation, l'action sédative de Topium le contraire de l'insomnie, et l'excitation que donne le café le contraire de la somnolence. Dans ce cas, le principe de Galien s'est rattaché à un fait expérimental, mais il est devenu le symbole des actions palliatives. La loi des semblables restant celle des actions curatives,on trouve entre l'allopathie et Thomœopathie toute la distance qui sépare un soulagement passager d'une guérison durable.

Mais la loi des contraires a été prise dans une troisième acception, c'est-à-dire qu'on lui a fait représenter un autre rapport: celui qui existe entre la nature du médicament et la nature de la maladie, et l'on a déclaré, en la formulant, que toute substance capable de triompher d'un état morbide devait être contraire par nature à ce dernier; contraria contrariis curantur.

Pris de ce point de vue, le principe de Galien n'est plus qu'une hypothèse à laquelle il fallait au moins une démonstration : hypothèse qui engage la médecine dans la recherche d'un problème insoluble, en l'obligeant à pénétrer la nature, l'essence des maladies et celle des agents

thérapeutiques. Il y a plus. En s'arrêtant à ce terme, le médecin de Pergame a fait une œuvre incomplète; autrement il aurait dû dire à quels caractères il sera possible de reconnaître l'agent thérapeutique opposé par sa nature à la maladie dont il doit triompher.

Le problème ainsi posé, la médecine a épuisé ses forces à lui chercher une solution, s'adressant d'abord à la philosophie, dont elle a trop souvent reflété les tendances et les systèmes ; plus t^rd, aux sciences accessoires qui parurent un instant lui offrir une base assurée ; et alors elle s*est trouvée lour à tour spiritualiste et matérialiste, tour à toiir humorale, chimique, physique, enfin éclectique, et a même cherché parfois ses inspirations jusque dans Taslrologie et Talchimie.

Toules ces tentatives ayant échoué, Haller proposa la nhysiologie, et Morgagni l'anatomie elle-même, à laide de laquelle il espérait réunir deux notions importantes, celle de la cause et celle du siège de la maladie, cause et siège queTanatomie devait indiquer: De sedibus et causis morborum per anatomen investigatis.

Mais connaître d'une maladie sa cause et son siège, ce n est pas en avoir une notion complète ; surtout ce n'est rien dire qui puisse en fixer le traitement ; aussi Pinel essaya-t-il d'un autre moyen. Au moment où les classifications parurent donner aux sciences naturelles un point de départ précis, ce médecin, plus prudent que hardi, pensa qu'il devait en être de même pour la médecine, et que tout le problème médical se réduisait à trouver une classification nosologique et à indiquer la place que devait y occuper Tétat morbide dont il fallait tracer le traitement. Mais, cette classification n*ayant jamais été nettement établie, pas plus par Pinel que par Sauvages, le système péchait par la base; il fallut l'abandonner.

On en revint alors à la pensée de Morgagni, développée parBichat et plus tard par Broussais, suivie par les ana-

20 COURS DE MÉDECmE HOMŒOPATHIQUE.

tomo-pathologistes, pensée qui se traduisait par ces mots: a Qu'est l'observation si Ton ignore où siège le mal ^? »

Que tous ces essais aient fait accomplir à la pathologie d'importantes découvertes, personne ne songe à le nier ; mais qu'ils aient été impuissants à nous faire connaître les propriétés des médicaments et les indications auxquelles ils répondent, on ne peut non plus le mettre en doute. Il n*y a même là rien qui doive nous surprendre; car pour arriveç. à tracer le traitement d'une maladie, il faut non-sôùlement connaître cette dernière dans ses altérations a)»(atomiques, mais encore savoir découvrir les vertus ydes agents capables d'en triompher et pouvoir établir le lien réel qui existe entre ces deux termes : la maladie et le médicament.

La pathologie ne pouvant rien pour la solution des deux derniers problèmes, le principe de Galien restait sans application; s'il posait le but, il ne donnait pas le moyen d'y atteindre. Il y avait donc une lacune. Ses successeurs ne surent pas la combler. Aussi cherchent-ils maintenante se consoler des infructueux essais du passé en songeant aux splendeurs de l'avenir, et en mettant tout leur espoir dans la méthode expérimentale. L'un d'eux n*a-t*il pas dit : n La méthode expérimentale arrivera sans doute un jour à établir en médecine un bon système, et ce système restera, parce qu'il sera fondé sur cette méthode *. »

Messieurs, cette prophétie a reçu sa réalisation; car c'est en interrogeant l'observation etrexpérience pour connaître les caractères de la maladie, pour découvrir les propriétés physiologiques du médicament et pour comparer les uns aux autres, que IJphnemann a reconnu que tout médicanient curatif d'un état pathologique, par conséquent, sejon Galien, opposé par sa nature à cet état lui-même, était précisément celui qui avait puissance défaire naître, sur

* Bichat.

* Dubois (d'Amiens)^ Pathologie générale, i. I.

r homme en santé, un ensemble de symptômes semblable à celui par lequel la maladie se caractérise.

Considérés de cette hauteur, le principe de Galien et la loi de Hahnemann se complètent et ne se détruisent pas ; Tun pose le but, Fautre seule nous donne le moyen d'y atteindre.

Les preuves que j'ai voulu emprunter à T histoire en faveur du principe des semblables restent donc debout, elles confirment renseignement hahnemannien , et le justifient.

La loi des semblables vous étant connue quant à la signification qui lui appartient et aux preuves qui l'appuyent, il faut en fixer la portée. Celle-ci est facile à saisir : cette loi, en effet, donne pour base à la thérapeutique les actions spécifiques, crée la pharmacodynamie et apporte au traitement des maladies une constitution scientifique.

La première de ces propositions est justifiée par les faits mêmes que je vous ai cités; tous n'ont-ils pas été rangés de tout temps dans une même catégorie, celle des admis spécifiques? D'où ces appellations diverses, qui sont devenues synonimes, de loi des semblables, de spécificité ou d'appropriation. Le mercure est le spécifique'de la syphilis et il en détermine sur l'homme sain les altérations les plus caractéristiques. Le quinquina est le spécifique de la fièvre d^accès et il la provoque. La belladone est le spécifique de la scarlatine et a la puissance d'en faire naître tous les symptômes. Proclamer la loi des semblables comme le principe recteur de la thérapeutique, c'est donc donner pour base à cette dernière les

actioDS spécifiques, c'est-à-dire en assurer la certitude et en satisfaire les tendances.

Je dis, messieurs, en assurer la certitude; car, à fout prendre, la thérapeutique officielle se réduit à trois termes : la médecine palliative, la médecine rationnelle et la médecine spécifique. La première produisant un soulagement passager, mais non pas une guérison durable ; la seconde décomposant la maladie en éléments divers ( qui ne sont pas les mêmes suivant les écoles) et cherchant ainsi à reconnaître les lésions essentielles d'où dérivent les symptômes secondaires, cela pour arriver à fixer les indications ; divisant ensuite les médicaments en plusieurs groupes d'après leur caractère le plus saillant, et réunissant sous le titre de médication ces agents et les préceptes qui règlent leur emploi*, faisant enfin appel au rationalisme le plus pur pour établir le rapport qui existe entre la médication et l'indication.

Le défaut de cette méthode est de ne tenir compte que

* D après MM. Trousseau et Pidoux , ces médications seraient au nombre de quatorze : la médication reconstituante , astringente, altérante, irritante, antiphiogistique (celle-ci se trouvant réduite aux moyens suivants : la gomme, la graine de lin, la guimauve, la mauve, la bourrache, la violette, Forge, Je chiendent, la réglisse^ la fécule, les émollients, le lait, la glycérine) . Viennent ensuite les médications évacuante, excitante du système musculaire, stupéfiante, anesthésique, antipasmodique, tonique névro-sthénique, sédative et contro-stimumulante, anthelminthique.

Pour choisir au milieu de ce dédale on a les méthodes : la méthode expec tante proscrit tous les moyens actifs; la méthode perturbatrice les emploie au hasard de Tinspiration; la méthode dogmatique raisonne sur tous et les choisit en raison du dogmatisme qui Tinspire ; la méthode empirique tâtonne; ï éclectisme essaye de tout mêler. Mais, dit M. Dubois (d'Amiens), « l'éclectisme, qui ne sait se définir, l'éclectisme, qui veut se tenir en dehors de la médecine expérimentale, qui veut même la juger, ne peut être d'aucun secours en médecine; on ne peut suivre une méthode qui n'a ni point de départ, ni guide, ni lois, ni but ; en un mot, qui n'est rien par elle-même, dès qu'elle répudie la méthode. » (Patk. gén.y t. 1, p. 261).— Quereste-t-il donc en dehors de Thomœopathie?

(ies effets de la maladie, sans pouvoir Tapprécier dans son principe; de se perdre dans la variété de ses manifestations, sans en comprendre l'unité; enfluN de poursuivre la guérison par une voie indirecte.

Tous ces défauts sont évités dans la médecine spécifique. Avec ses agents on attaque la maladie dans son ensemble, et on arrive à un résultat relativement certain. Aussi est-il d'usage d'abandonner tous les autres moyens quand on possède ces puissances héroïques. Qui donc hésiterait, en présence de la syphilis, entre les purgatifs, les toniques, les révulsifs, les antiphlogis|iques, ou le mercure suivi de Tiodure de potassium? Qui donc songerait à traiter une fièvre intermittente autrement qu'avec le quinquina ou Tarsenic?

Mais si l'action est assurée, elle n'en est pas moins mystérieuse, en ce sens qu'aucun des systèmes allopathiques n'a pu l'expliquer. Croyez-vous, par exemple, qu'il sulfîse de dire que le mercure et l'iode sont des altérants, pour que nous comprenions pourquoi le premier cicatrise les chancres, et pourquoi le second résout les engorgements ganglionnaires de nature strumeuse ? Croyez-vous que le quinquina guérisse la fièvre parce qu'il est tonique etnévrosthénique ?

Evidemment ces appellations ne rendent pas compte de l'action déployée par ces agents, elles nous laissent dans l'incertitude sur leurs effets. Car, veuillez bien le remarquer, si l'iode et le mercure se trouvent placés dans la même classe, cela ne veut pas dire que l'un puisse être remplacé par l'autre ; avec l'iode on n'a jamais ^uéri un chancre, et le mercure n'a pas grand crédit auprès des scrofuleux. Si le quinquina et la térébenthine marchent côte à côte, le second ne guérit pas la fièvre et le premier est sans effet sur les affections de la vessie.

Les explications données par l'allopathie des actions

spécifiques sont donc de nulle valeur. C'est un premie/' point que je tenais à constater.

Et cependant, messieurs, c'est à la recherche de ces actions que la médecine s'est souvent trouvée entraînée. Sydenham la proclamait désirable par-dessus toute autre, Hippocrate lui-même l'avait recherchée; mais n'ayant, l'un et l'autre, qu'un seul moyen de les découvrir, l'empirisme, ils n'avaient pu utiliser que ceux indiqués par le hasard. De là les succès de la médecine rationnelle inaugurée par Galien, conservée et commentée par les arabistes, vivement attaquée par Paracelse, lequel voulait rentrer dans la spécificité ; mais dans la spécificité de la cause, de la nature, de l'essence de la maladie, notion insuffisante parce qu'elle était incomplète.

Ce mouvement imprimé à la science fut suivi au milieu de transformations diverses.

N'est-ce pas à lui qu'obéissent les syphilographes lorsqu'ils s'arrêtent au mercure et à l'iodure de potassium ? Quand, à la suite de Lugol, les médecins se bornèrent à l'iode et à ses composés pour combattre la scrofule, ils ne firent pas autre chose. Je dis plus; lorsque nous voyons M, Bazin opposer aux affections arthritiques les alcalins, les iodures à la scrofule, les mercuriaux à la syphilis, et les sulfureux aux affections herpétiques, force nous est de reconnaître que la spécificité est, en défininitive, le terme vers lequel tend la thérapeutique, celui où elle doit aboutir.

Si elle n'y est pas parvenue encore, c'est qu'elle n'a pas trouvé la loi des actions qu'elle recherche, et que sur ce point elle n'est pas plus avancée qu'au temps des Asclépiades.

Or, messieurs, cette loi des actions spécifiques est celle que Hahnemanna formulée; l'homœopathie satisfait donc à cette tendance de la thérapeutique que je vous signalais tout à l'heure.

LOI DES SËMBLABLIlS. 25

La loi des semblables fait plus encore.

En nous obligeant à comparer les symptômes des maladies aux effets déployés sur l'homme sain par les médicaments, elle nous obligea étudier ces derniers et constitue ainsi forcément la pharmacodynamie, laquelle repose désormais sur Texpérimentation physiologique confirmée par r.observation clinique elle-même.

Enfin, la loi des semblables, en mettant en présence les caractères de la maladie et ceux du médicament, bannit de la science toute hypothèse. C'est par l'observation seule que nous arriverons à constater les symptômes de l'état morbide, par l'expérience,que nous reconnaîtrons ceux de Fagent curatif, par l'expérience unie à l'observation que nous fixerons, par une comparaison attentive, le médicament dont il conviendra de faire usage dans un cas déterminé.

Remarquez, messieurs, que je ne dis pas la médication, mais le médicament; et que cette détermination précise est ce qui nous importe le plus dans la pratique. Au lit du malade, en effet, Tabstraction ne suffit plus. En réalité, nous traitons des malades et non des maladies; il nous importe donc de pouvoir déterminer Tagent thérapeutique approprié à l'ensemble des symptômes que nous offre le patient. Celui-ci ayant toujours des souffrances à nous accuser, le choix dont je parle sera toujours possible; le raisonnement l'indique et l'expérience le prouve.

Ne croyez pas cependant que je veuille soutenir ici que l'homœopathie guérisse tous les malades; pour elle, comme pour ses adversaires, la médecine a des limites. Nous ne pouvons pas empêcher le temps de faire son œuvre et la destruction d'arriver. Mais ce qu'il y a de positif, d'irrécusable, c'est qu'avec la loi de similitude il sera toujours possible de faire application de ce qu'il y a de curatif dans un médicament à ce qu'il y a de curable dans une maladie.

t26 COURS DE îlÉDËGIiNE UOMŒOPÂTHIQUE.

Je vais plus loin ; avbcle principe hahnemannien, nous pourrons prévoir; et s'il est vrai de dire avec Bacon, savoir^ cest prévoir y il faudra bien nous accorder que la loi des semblables fait de la thérapeutique une science et non plus un art; du médecin un savant et non pas seulement un artiste.

C'est là, je daisle dire, le grand service rendu par.Hahnemann à la thérapeuthique. Vienne une maladie nouvelle et nous pourrons toujours en rechercher la cause efficiente et constater les lésions de sensations, de fonctions et de texture qui la caractérisent. Comparant alors ce lableau à celui des effets pathogénétiques des médicaments, il nous sera possible d'indiquer avec rigueur ceux qui devront en triompher. Vienne un médicament jusqu'alors inconnu, et nous pourrons, en l'étudiant sur l'homme sain, constater les symptômes qu'il a puissance d'engendrer, et comparant ces derniers aux tableaux nosographiques, prévoir à quelles maladies, à quels malades, nous devrons le prescrire.

Ne croyez pas, messieurs, qu'en parlant ainsi je vous trace un roman; j'écris l'histoire ; je veux vous en donner une preuve.

Lorsque le choléra fit invasion en Europe, les médecins homœopalhes s'adressèrent à leur maître pour savoir quels moyens il faudrait lui opposer. Hahnemann, qui n'avait pas eu encore à se mesurer avec ce nouvel ennemi, traça son tableau de symptômes, fit la comparaison dont je parlais, et recommanda le camphre pour la première période; pour la seconde, le verafrum et le cuivre (le cuivre, que. la médecine allopathique a cru découvrir il y a quelques années, et que nous employons, en homœopathie, depuis plus de trente ans); pour la dernière période, Yarsenic^ le charbon végétal et le seigle ergoté. Et, au lit du malade, ces moyens ont procuré des guérisons nombreuses que je vous mettrai à même d'apprécier plus tard.

Dans l'exemple que j'ai choisi, la méthode homœopa- Ihique a donc permis de tracer a priori un traitement efficace : elle a prévu.

Vous le voyez , messieurs, la loi des semblables nous permet d'appliquer à la thérapeutique la méthode expérimentale dans toute sa plénitude et sa rigueur. Avec elle nous constituons la pharmacodynamie, nous pouvons préciser le médicament utile ; avec elle la médecine n'est plus un art conjectural , mais une science aussi positive que peuvent l'être la chimie avec les lois de l'affinité, l'astronomie et la physique avec celles de l'attraction.

Vous comprendrez maintenant pourquoi Hahnemann a eu la prétention de fonder la thérapeutique et non pas seulement une de ses parties ; pourquoi nous soutenons que l'homœopathie n'est pas une médication qu'il soit loisible d'associer à celles de la médecine rationnelle, mais bien la base assurée de l'art de guérir; pourquoi elle est seule capable de nous conduire au choix logique et heureux du médicament curatif.

Mais ici s'arrête la puissance de la loi de similitude, laquelle ne peut rien pour la solution des autres termes du problème médical, nous laisse dans Tindécision relativement à la manière dont le médicament doit être administré, et aussi sur les conditions de la vie, de la maladie et de la guérison. Hahnemann avait bien compris cette faiblesse, et il avait appuyé son principe sur une doctrine et sur une méthode, 'doctrine et méthode que j'aurai à vous faire connaître dans les conférences ultérieures.

28 COURS DE MÉDECIiNE IIOMŒOPATHIQUE.

DEUXIÈME GOiNFÉRENGË

Messieurs,

En consacrant notre première conférence à l'étude de la/oê des semblables^ j'ai précisé la véritable signification de notre principe thérapeutique, indiqué les preuves expérimentales, logiques et historiques sur lesquelles il repose, étudié sa portée par rappT)rt à la science et à la pratique. Mon but était de vous faire apprécier ainsi l'importance, la grandeur de cette loi, c'est-à-dire de vous la montrer dans le problème qu'elle pose et qu'elle résout, je veux dire : le choix du MÉDicAMEirr.

Je dois aujourd'hui vous la faire envisager dans sa faiblesse ; en d'autres termes, aborder l'étude des questions qu'elle nous oblige à examiner sans pouvoir ellemême en donner la solution. Parmi celles-ci, il en est une qui doit être mise au premier rang.

Avec la loi des semblables, vous ai-je dit, nous pouvons guérir sûrement, promplement et sans perturbation violente; ainsi que renseigne Hahnemann, tuto^ cito et jiicunde. Qu'est-ce donc que guérir?

La réponse semble facile, et tous nous la faisons sans hésiter : guérir, c'est faire cesser la maladie et ramener

* Voy. iHahnemannisme, n" *2 et 5, l" année.

l'organisme à la santé, ce qui nous conduit à poser ces trois questions :

1** Qu'est-ce que l'homme a l'état de santé?

2** Comment de Tétat de santé peut-il passer à l'état de maladie?

3** Comment de Tétat de maladie peut-il revenir à l'état de santé avec le secours des médicaments ?

Toutes questions qui reviennent à celles-ci : qu'est l'homme à Vétat physiologique^ à Vétat pathologique et aussi dans cette situation complexe que j'appellerai Vétat thérapeutique?

Hahnemann a fait à chacune de ces questions une réponse aussi précise que hardie. Pour définir Vétat physiologiquey il dit : « Dans l'état de santé, la force vitale « qui anime dynamiquement la partie matérielle du corps, « exerce un pouvoir illimité. Elle entretient toutes les « parties dans une admirable harmonie vitale, sous le « rapport du sentiment et de l'activité, de manière que « l'esprit doué de raison qui réside en nous, peut libre- « ment employer ces instruments vivants et sains pour « atteindre au but élevé de notre existence*. »

Pour Tauteur de YOrganony le composé humain est donc le résultat de Tunion de trois termes : le corps, l'âme et la force vitale.

Il résulte de là que l'homme ne passe de l'état de santé à l'état de maladie, que si la force vitale est troublée dans son action : « Il n'y a que la force vitale désaccordée, dit « encore Hahnemann, qui produise les maladies*. » D'où il conclut que « le médecin ne peut non plus remédier à « ces désaccords (les maladies) qu'en faisant agir sur elle « (la force vitale) des substances douées dé forces modifi- « catrices également dynamiques ou virtuelles'... ))Le

* Organon, § 9.

* Lac. cit., § 12.

' Voy. Organon, § 16.

30 œURS DE MÉDEChNE IIOMŒOPATUIQUE.

reloiir de la force vitale à son intégrité étant la seule condition d'une guérison durable*.

Qu'y a-t-il de fondé dans chacune de ces affirmalions ? C'est ce que je me propose de vous dire aujourd'hui.

Veuillez remarquer tout d'abord, messieurs, que Thomme est un être vivant ; de sorte que le problème physiologique se réduit à cette question : Qu'est-ce que la vie? Or, ce problème peut recevoir, et a reçu en réalité, trois solutions : pour les uns, la vie est un résultat ; pour d^autres, elle est une propriété; pour le fondateur de Phomœopathie, elle est une force.

Ceux qui adoptent la première de ces trois opinions, ajoutent que la vie est le résultat de l'organisa tion. Celte réponse recule la difficulté sans la résoudre ; car elle ne nous dit pas d'où vient cette disposition spéciale des éléments matériels qui constitue ce qu'on nomme Vorganimtion.

Or, celle-ci est ou une propriété essentielle de la matière intégrante des êtres organisés, ou elle est un accident, par suite un résultat. La science démontre que la première de ces deux hypothèses ne saurait être soutenue ; car les tissus se décomposent, en définitive, en un même élément microscopique, la cellule, laquelle coniprend quatre corps chimiquement irréductibles les uns aux autres : le carbone^ Yoxygène^ Yliydrogène et Vazote^ auxquels il convient d'ajouter un peu de phosphore, des substances calcaires et quelques traces de substances métalliques. Or, personne ne soutiendra que Torganisadon soit pour ces corps autre chose qu'un état transi-

* Loc. ci/., §12,

toire, coalingent. Abandonnés à eux-mêmes, ils composent Pair qui nous entoure et encore la poussière du chemin, le limon de la terre : ils restent à l'état solide ou gazeux, mais ne s'organisent pas ; et quahd ils se combinent, ils produisent de l'acide carbonique et de Tammoniaque, rien de plus. Les tissus organisés se distinguent donc des corps bruts par la disposition de leurs parties élémentaires et non par la nature même de Tagrégat.

Si Vous voulez bien remarquer que celte forme se rencontre seulement chez les êtres vivants, qu'elle se détruit aussitôt que la vie vient à cesser, vous conclurez, sans aller plus loin, que Vorganisation est un effet de la vie et non pas sa cause,

La vie serait-elle une propriété? Vous jugerez d'abord par ce que je viens de dire qu'elle ne saurait être une propriété de la matière; reste à savoir si elle serait un des apanages des forces physiques, chimiques ou psychologiques.

Pour juger cette grande question , je dois rappeler un principe : c'est que les forces nous sont inconnues en elles-mêmes et se trahissent seulement par leurs effets. Aussi du moment où ces derniers se montrent opposés, irréductibles ou contradictoires, sommes-nous autorisés à les rapporter à des puissances distinctes.

Or, les forces physiques, prises dans leur ensemble, président aux phénomènes qui se passent entre les corps agissant à distance, ou au contact, sans produire aucune modification dans leur nature intime. Qu'un morceau de soufre soit ou non électrisé, il reste toujours soufre, et il en sera encore ainsi au milieu de ces transformations qu'on nomme des changements d'état. On pourra le retrouver solide, en fusion ou à l'état de vapeur, sans pour cela avoir autre tîhose qu'un corps identique à lui-même. Il ne se peut donc rien passer sous l'influence de ces forces qui ressemble à l'organisation, à la vie.

Il y a même entre cette dernière et Tattraclion moléculaire une différence profonde : l'attraction amène la cristallisation, la vie produit l'organisation.

Mais s'il n'y a pas de doute sur ce point, il en est autrement pour l'électricité. Il arriva même un jour où, Volta ayant découvert l'électricité animale, on crut avoir saisi la force vitale elle-même.

Spallanzani ayant mis dans un verre de montre des aliments et du suc gastrique et ayant fait passer dans ce mélange un courant d'électricité, avait obtenu du chyme; William Edwards, agissant sur du sang, avait cru faire du lait; Dutrochet, électrisant une solution albumineuse, y avait développé des fibriles qu'il considérait comme l'origine du tissu musculaire*.

On concluait de là qu'en poursuivant ces études, on parviendrait à des résultats plus complets, d'autant mieux qu'en faisant passer des courants électriques à travers les nerfs d'un cadavre, on déterminait les contractions musculaires les plus violentes. L'électricité se montrant alors comme une force capable de déterminer des phénomènes d'organisation et d'irritabilité, il devenait en quelque sorte plausible de la regarder comme la cause de la plupart de nos fonctions, et de Tassimiler à l'influx nerveux.

Cette conclusion cependant n'était pas légitime.

D'abord, pour obtenir du chyme, du lait et des fibres, les physiologistes durent opérer sur des corps organisés ; les aliments unis au suc gastrique, le sang et l'albumine. Les expériences citées ne prouvaient donc qu'une chose, à savoir : que sous l'influence de l'électricité les principes immédiats peuvent devenir le siège de modifications analogues à celles qui se passent dans Taccomplissement de certains actes des êtres vivants ; mais elles ne prou-

* Voy. mon Mémoire sur ^intervention des agents impondérables dans les actes de la vie, p. i 1 .

vaient pas que ces principes immédiats eux -mftmes pussent naître sous une semblable influence.

Il y a plus, en continuant rexpérience, on serait arrivé à un résultat tout à fait opposé à celui que Von poursuivait. Tandis qu'avec du chyme la vie fait le chyle, puis le sang, puis nos tissus, Félectricité ne tarde pas à produire la putréfaction dans la masse première, et le résultat de ce dernier acte est la production de l'acide carbonique et de l'ammoniaque, c'est-à-dire le dernier terme de la décomposition , le retour à l'état brut. On peut dire, d'après cela, que l'électricité tend à détruire les tissus organisés et non pas à les produire.

Serait-elle plus puissante pour le développement des phénomènes de motilité? On Ta cru un moment, ainsi que je le rappelais tout à l'heure, et de fait il existe entre l'influx nerveux et un courant galvanique une importante analogie. L'influx nerveux , circulant librement, détermine les contractions musculaires pendant la vie ; et un courant galvanique amène ce même résultât non-seulement sur l'homme vivant, mais encore sur le cadavre.

Toutefois, à côté de cette similitude, il existe de nombreuses différences. Coupez, par exemple, un nerf, et l'influx nerveux sera arrêté par cette section ; les parties situées au-dessous ne se contracteront plus, perdront toute sensibilité, la paralysie sera leur partage. Au contraire, affrontez les extrémités de cette plaie, et le courant électrique passera, comme s'il n'y avait aucune solution de continuité.

J'ajouterai une autre différence, c'est que l'influx nerveux reste enfermé dans les nerfs, ce qui serait impossible au fluide électrique, le névrilème étant un bon conducteur de ce fluide et lui donnant ainsi tin libre passage. 11 n'y a donc aucune comparaison à établir entre ces puissances.

La vérité est que l'électricité agit sur le tissu nerveux

et le tissu musculaire comme les autres excitants appartenant au monde extérieur, et plus violemment qu'un grand nombre d'entre eux, mais l'observation n^ nous autorise en aucune manière à l'assimiler à la vie elle-même .

La chaleur et la lumière font-elles mieux ? Les partisans de la génération spontanée le soutiennent. Mais ici les mêmes objections se présentent. Bérard, par exemple, grand admirateur de cetle opinion, convenait que cette génération spontanée n'avait lieu qu'aux dépens de matières organiques , donc de matières ayant vécu, ce qui autorisait à considérer la production des êtres microscopiques comme un degré de décomposition et non pas comme un fait d'organisation progressive S

Je sais bien qu'on a été plus loin. On a pris de l'eau distillée avec soin, on y a fait passer un courant d'air qui avait traversé un tube en porcelaine chauffé à blanc, afin de détruire tout ce que cet air pouvait renfermer de corpuscules organiques, et en exposant à la lumière et à la chaleur le ballon rempli de ce mélange d'air et d'eau, on y a vu naître des corps organisés.

Mais, d'une part, les résultats de Texpérience ont été contestés ; de l'autre, ils ne sont pas concluants. Il n y a rien d'absolu en ce monde, même le vide, même la distillation. Ne sait-on pas que des êtres inférieurs peuvent subir l'action du feu, être desséchés et rester capables de reprendre vie, quand on les place dans des conditions favorables. Pourquoi n'en serait-il pas de même de ces corpuscules que l'air entraîne avec lui? Est-on bien assuré aussi de ne rien laisser d'adhérent aux parois du vase qui sert à l'expérience? Peut-on affirmer qu'au centre de cette colonne d'air, destinée à traverser une chaleur de rouge blanc, il ne se trouvera pas quelque germe qui échappera à la destruction? Et si cette affir-

* Voy. Bérard, Leçons de physiologie, t. I, n. 5-*

DYNÂmSlIE VITAL. 35

mation n*est pas absolue, rexpérîence reste sans valeur; car ce germe peut devenir l'origine des moisissures qui se développeront bientôt.

Pour résoudre la question, je Tai dit ailleurs*, il aurait fallu une expérience plus directe : réunir dans un eudiomètre les éléments de nos tissus : le carbone, l'oxygène, Thydrogène el Fazote, soumettre ce mélange à Taction de la chaleur, de la lumière, voire même de Télectricité. Si Ton eût alors obtenu un être, même microscopique, ou seulement un principe immédiat : de la fibrine ou de Talbumine, par exemple, le résultat eût été favorable à Texpérience que je conteste. Mais, je dois le dire, cette expérience se fait chaque jour dans les laboratoires, et ses résultats sont constants. On obtient ainsi de l'eau, de T acide carbonique et de l'ammoniaque, composés binaires qui se réunissent à leur tour pour en former un autre : le carbonate d'ammoniaque; mais on ne parvient à faire ni un tissu, ni même une cellule. Il n'y a donc pas de génération en dehors de la vie, donc pas de génération spontanée.

Ce que je viens de dire au sujet des forces physiques, je pourrais le répéter, messieurs, pour Taffinité. Celle-ci agissant sur les corps élémentaires, les combine, il est vrai, dans des proportions définies et constantes ; mais les résultats de son action ne dépassent pas les limites de la production de composés binaires ou quaternaires où l'on n'aperçoit aucune trace de vie. Et lorsque cette force agit sur des matières organisées, elle les détruit, mais ne les forme jamais.

Combien les résultats sont différents lorsque ces corps élémentaires se trouvent livrés à la vie elle-même I Arrosez une plante avec du carbonate d'ammoniaque, et vous lu verrez décomposer ce sel, s'emparer de son carbone, de son

* Voy, de rOrigine des espèces, p. 45.

hydrogène et de son azote, en rejetant l'oxygène ; avec ces corps se formeront des cellules, avec oes cellules des tissus, avec ces tissus des organes. Tous ces tissus, tous ces organes seront disposés d'après un type qui ne se détruira pas, aussi longtemps que la vie persistera.

Livrez ensuite cette plante à un animal herbivore, et après des élaborations successives, œuvre de la digestion, cette plante deviendra du chyme, de celui-ci le chyle sera extrait et le sang prendra naissance ; le sang, cette chair coulante, ainsi que l'appelait Bordeu, avec lequel se forment les muscles, les nerfs, les vaisseaux, etc. Les principes immédiats végétaux, livrés ainsi à la vie, iront toujours s'organisant, et se disposeront encore suivant un type qui représentera l'espèce, se perpétuera de génération en génération, sans se transformer en un autre type ou une autre existence spécifique.

Comparez maintenant l'immutabilité du minéral à l'évolution incessante de la matière organisée et à cette faculté de reproduction que les êtres vivants possèdent seuls, et vous jugerez que la vie ne peut être confondue avec les forces qui régissent la matière brute.

S'il en est ainsi, si la vie n'appartient pas aux puissances que le physicien et le chimiste peuvent mettre enjeu, ne devrions-nous pas la considérer comme étant une propriété de l'ime, de cet esprit doué de raison, ainsi que rappelle Hahnemann , qui se sert de l'organisme matériel pour accomplir sa destinée terrestre? Cette opinion, je dois le dire, compte parmi les métaphysiciens de nombreux partisans; parmi les médecins, G.-E. Stahl donna autrefois cette notion pour base à son système. Aujourd'hui ce n'est pas au nom de Stahl, mais bien au nom de saint Thomas et de la philosophie catholique qu'on la soutient ; et on s'appuie pour cela sur cette formule du Docteur angélique : L'âme informe le corps : Ajiima corpus in format.

DYNAMISME VITAL. o7

Sans doute, messieurs , ii est possible d'apporter ici plus d'une raison. Chez l'homme, la vie s'entretient aussi longtemps que la pensée ; il y a entre Tàme et le corps une telle alliance, que la séparation de ces deux principes entraine la destruction du dernier. J'ajouterai que le corps a tous ses organes disposés pour la plus libre action du principe pensant. Mais ne pourrait-il pas se faire que cette union intime conduisît à deux illusions : faisant oublier tour à tour l'âme ou le corps? La première de ces erreurs serait celle des matérialistes, qui rapportent tout à l'action des organes et considèrent la pensée comme une sécrétion du cerveau ; la seconde serait celle des animistes, quel que soit leur degré, lesquels veulent ne voir dans l'accomplissement des actes de la vie que l'action de Tâme, rapportant tout à cette dernière, même Torganisation.

Or, cette opinion soulève plus d'une difficulté :

l** Les végétaux ne possèdent pas d'âme raisonnable, et cependant ils vivent ;

2** Les animaux n'ont que l'instinct, et ils vivent ;

5^ L'homme seul vit et raisonne.

Si donc l'âme raisonnable informe le corps, elle ne peut construire que celui de l'homme, et non pas celui de ranimai ou de la plante.

Admettre le contraire serait supposer qu'il n'existe entre la vie végétative, la vie instinctive et la vie raisonnable qu'une différence de degré, conclusion devant laquelle reculeraient certainement nos modernes animistes, car elle les entraînerait à ne voir dans l'intelligence humaine qu'un instinct perfectionné.

Si, pour échapper. à cette conséquence, on voulait voir dans la force végétative, l'instinct et l'âme, trois puissances distinctes, mais capables de présider à l'accomplissement de fonctions analogues, on tomberait dans une faute de logique considérable, parce qu'on rappor-

terail des phénomènes de même ordre à des causes diverses.

Or, il y a entre les fonctions physiologiques et les facultés de l'âme des différences tranchées qui ne permettent guère de les ramener à une commune origine. D'une part, les actes psychologiques sont intelligents, volontaires et entraînent la responsabilité, responsabilité absolue, qui a Téternité pour limite. De l'autre , les fonctions physiologiques se passent , dans Fétat de santé, sans que nous en ayons conscience; elles se développent fatalement lorsque la fonction est enjeu, et n'entrainent pas de responsabilité.

« S'il est en nous des phénomènes qui s'accomplissent sans que Thomme sain en ait conscience, a dit mon père, et sur lesquels l'intelligence et la volonté n'aient aucune prise, ce sont bien les phénomènes physiologiques. Sans doute, l'intelligence peut accorder ou refuser au corps les aliments nécessaires à son entretien et à sa conservation ; elle peut activer la circulation par la violence des mouvements, jusqu'à un certain point, favoriser ou contrarier les sécrétions et les excrétions, résister à Timpulsion instinctive qui porte Thomme à l'acte de la procréation ou la provoquer. Mais là s'arrête son empire. La nutrition, la circulation, les sécrétions, les excrétions et la procréation s'accomplissent en dehors de toute influence de l'intellect et de la volonté^ »

11 résulte de là, que si la formule Anima corpus informat devait être prise dans le sens qu'on nous propose, il faudrait voir dans le principe pensant une puissance à la fois consciente et inconsciente, volontaire et fatale, responsable et irresponsable, ce qui est contraire à toutes les notions scientifiques.

Il me semble même que les métaphysiciens pour-

* Voy. Léon Simon père, Commentaires sur VOrganon, p. 310.

raient bien être entraînés vers cette même conclusion.

Vous trouverez, par exemple, dans un ouvrage récent, remarquable à tous les titres, les considérations suivantes * :

1* Que la vitalité consiste dans l'immanence de Taction, et par action immanente on entend celle qui est reçue dans le sujet même qui la produit, comme sentir et vouloir.

2® Que « deux choses sont nécessaires pour constituer l'action immanente : la première qu'elle soit vraiment une action, c'est-à-dire qu'elle procède d'un principe intérieur... La seconde, qu'en procédant d'un principe intérieur au sujet qui opère, elle ne sorte pas de ce sujet, mais demeure pour ainsi dire en lui. »

3* De plus, que la vie peut se considérer in actu primo ou in actu secundo. In actu primo ^ c'est la substance même de l'être vivant. In actu secundo^ c'est l'opération qui en procède.

4** Que partant de ce fait, la vie peut être définie « un mouvement intérieur de l'être, ou bien une opération qui s'accomplit dans le sujet même dont elle tire son origine. » C'est la vie considérée in actu secundo ; «considérée in actu primo^ elle est l'être môme de cet agent. »

Il y aurait donc, d'après cela, au point de vue des métaphysiciens, comme cause des phénomènes physiologiques, unprindpe intérieur^ un agent duquel dépend le mouvement vital. La différence entre l'œuvre des philosophes et la nôtre, c'est qu'ils cherchent à pénétrer la nature de cet agent, ce qui est leur droit; tandis que nous, médecins, nous contentons d'établir son existence , ce qui est notre devoir.

Qu'ils puissent alors assimiler la vie au principe pensant, ce serait un point à discuter. Mais de même que le

* Du Composé humain, par le R . P. Liberalore, de la Compagnie de Jésus. — Paris, 1865, p. 51, 59 el 85.

iO COURS DE MÉDFXiNË liOMŒOPATHIQUE.

physicien et le chimiste n'ont point à rechercher si l'attraction, Télectricitë, la lumière, le calorique et Taffînitë ne sont que des expressions diverses d'une même puissance, d'une même force, de même le médecin doil s'arrêter à la connaissance des phénomènes, sans chercher à pénétrer la nature intime des causes qui les produisent. Pour nous, l'homme vivant présente trois ordres de faits : « Faits de conscience, faits matériels, faits de Tordre physiologique, voilà, est-il dit dans les commentaires de VOrganon^ l'homme tout entier dans les conditions de l'existence terrestre. )>(P. 310.)

Ces faits peuvent-ils se ramener expérimentalement à une même classe? Evidemment non. Hahnemann a donc été autorisé à les rapporter à des causes diverses. Enfin, messieurs, si je devais apporter encore une preuve à l'appui de ma thèse, je dirais que la vie est bien une cause et non pas une propriété, par cette raison qu'elle est elle-même douée de propriétés qui s'enchaînent et se complètent : Timpressionnabilité, la motilité et la faculté d'organisation.

Pour que cette dernière se produise et s'entretienne, il faut, en effet, un mouvement continu de molécules ; pour que chacune de celles-ci vienne prendre le rang qui lui appartient, il faut de la part de Fêtre vivant le pouvoir d'être impressionné par ces molécules elles-mêmes. Enfin pour vivre dans le milieu qui nous entoure, il faut encore pouvoir en recevoir les influences et être impressionné par elles.

Obscures chez les végétaux, ces deux propriétés, de mouvement intime et d'impressionnabilité, deviennent plus évidentes dans le règne animal, où nous reconnaissons non-seulement la molilité, mais le mouvement; nonseulement l'impressionnabililé, mais la sensibilité, c'està-dire la faculté de ressentir le plaisir ou la douleur. Or, c'est ici surtout que l'on peut reconnaître combien

les trois propriétés dont je parle sont nécessaires l'une à Tautre. Me faut-il pas que l'animal puisse fuir la douleur, par conséquent qu*il lui soit loisible de se mouvoir? ne faut-il pas aussi qu'il aille chercher sa nourriture, c'est-à-dire les éléments de son organisme ?

Nous pouvons donc conclure, messieurs : la vie n'est pas un résultat, elle n'est pas non plus une propriété, elle est elle-même la cause de phénomènes précis, spécifiques, qu'elle seule peut produire, et qu'elle engendre chaque fois qu'elle est en jeu. Nous sommes donc autorisés à la considérer comme une force, et nous pouvons dire avec Hahnemann : « L'organisme matériel, supposé sans force vitale, ne peut ni sentir, ni agir, ni rien faire pour sa propre conservation. — 11 est mort, et, dès lors, soumis uniquement à la puissance du monde physique extérieur, il tombe en putréfaction, et se résout en ses éléments chimiques. — C*est à Tétre immatériel seul, qui l'anime dans l'état de santé et de maladie, qu'il doit le sentiment et Taccomplissement de ses fonctions vitales ^ i>

Mais si cette solution est aussi conforme à Tobservation et à la raison, je ne puis méconnaître les objections qu elle soulève. La plus grave consiste à dire qu'elle est elle-même remplie d'incertitude et d'obscurité.

A cela, on ne peut faire qu'une réponse, c'est que dans le monde il y a bien d'autres mystères dont nous n'avons pas la clef. Ces mystères, il nous faut les reconnaître, car ils montrent à la fois la faiblesse de l'homme et la grandeur de Dieu; il ne faut pas toutefois nous en effrayer.

* Voy. Organon de l'Art de guérir, § 9 et note.

42 COl'RS DE MÉDECLNE HOMŒOPATHIQUE.

Le grand point n'est pas de savoir si avec cette notion de la vie tous les nuages se dissipent ; mais bien si ses raisons sont précises et si ses conséquences sont utiles. De ce dernier point vous jugerez tout à l'heure. Il me semble seulement, qu'après tout ce qui précède vous pouvez présumer que Texistence de la force vitale est une vérité d'induction aussi bien établie que celle de l'attraction, de la chaleur et de l'affinité.

« Comme Newton disait que les choses se passent comme si les corps s'attiraient entre eux en raison inverse du carré des dislances ; comme les chimistes parlent de Taffinité de la même façon que Newton parlait de l'attraction ; de même Hahnemann parle de la force vitale dans le même sens et en tenant le même langage. Comme Newton, il ne définit pas la nature essentielle de la force qu'il nomme. A son exemple, il la pose comme un fait et se borne à indiquer comment elle se comporte dans l'état de santé et dans l'état de maladie; et comment elle revient de l'état de maladie à Tétat de santé à l'aide des secours de la thérapeutique*. » Rien n'est plus rigoureusement scientifique.

Autre objection. Bérard se demandait, en admettant l'existence de cette force, ce qu'elle devenait alors qu'elle ne se manifestait pas. Où est-elle, disait-il, dans cette graine qui va rester cinquante ans dans mon grenier sans germer*?

Sans doute, messieurs, il est difficile de le dire ; mais est-on en droit de nier l'électricité parce qu'elle restera pendant cinquante ans dans un morceau de soufre sans manifester sa présence, tandis qu'elle surgira sous l'influence du moindre frottement ? Est-on en droit de nier l'existence du galvanisme, parce qu'un morceau de fer doux restera sans la manifester aussi longtemps qu'on

* Commentaires sur VOrganon^ p. 314.

* Loc. cit.

ne Taura pas soumis à l'action de Taimant? Est-on en droit de nier l'existence de la lumière, parce qu'elle ne se montre dans un charbon qu'au moment de la combustion?

Or, si l'on ne peut nier la réalité des forces physiques parce que leur action n'est pas continue, on ne peut être plus exigeant pour la force vitale.

Je di3 plus, les philosophes, en séparant les phénomènes naturels en deux classes : ceux qui sont en puissance, in pa€ew(ia,etceuxqui sont en activité, in actu^ ont répondu par avance à l'objection de Bérard.

De sorte que, s'il fallait indiquer nettement le rôle de la force vitale dans la graine dont il est question, je dirais qu'elle conserve les parties qui se développeront plus tard sous l'influence de la germination. Et cela est si vrai, que si les agents extérieurs, le froid par exemple, viennent à éteindre cette trace de vitalité, la graine ne peut plus se développer et donner naissance à un nouvel être. %

Mais c'est surtout en étudiant la théorie du dynamisme vital dans ses conséquences que vous pourrez, messieurs, en apprécier la valeur, cette théorie nous permettant de répondre d'une manière précise aux trois questions que j'ai posées, et nous mettant à môme de dire comment nous devons comprendre l'homme, à Tétat physiologique, à l'état pathologique et à l'état thérapeutique.

A. Etat physiologique. — A l'état physiologique, c'està-dire à Télat de santé, nous avons trois ordres de faits à considérer; comme je vous le disais : « faits de conscience, faits matériels, faits de Tordre physiologique. » D'où il suit que le premier soin du médecin doit être de distin-

guer diacun de ces groupes de phénomènes en portant toute son attention sur celui qui rentre d'une manière plus spéciale sous sa dépendance.

Il devra ensuite rechercher les lois suivant lesquelles ils s'accomplissent, celles par conséquent auxquelles obéit la force vitale dans son action la plus complète et la plus précise.

Il lui faudra en dernier lieu apprécier les conditions qui favorisent le jeu de la vie et celles qui Tentravent. Ceci deviendra le but des efforts de Thygiéniste, lequel devra rechercher les aptitudes vitales de son sujet et les prendre pour base de ses prescriptions et de ses conseils.

Or, cette étude a été poursuivie depuis longtemps pour les plantes et les animaux.

N'est-ce pas là le rôle que s'imposent l'horticulteur pour les premières, etFéleveur pour les seconds? Et si vous tenez compte des résultats qu'ils obtiennent, de la puissance avec laquelle ils améliorent les races et per* fectionnent les variétés, sans jamais détruire l'espèce, vous reconnaîtrez toute l'importance de ce point de vue et son immense fécondité.

Or, l'éleveur et T horticulteur ne font qu'approprier le milieu à l'être; l'hygiéniste n'a qu'à suivre cette voie. Seulement le sujet de ses études étant plus complexe, son rôle est plus difficile ; mais il a un guide sûr, je veux dire le principe d'appropriation. C'est, en effet» par cette appropriation que l'homme physiologique se développe et que la vie physiologique s'entretient, comme c'est par celte même voie que les maladies guérissent en vertu du principe de similitude.

B. État pathologique. — 11 résulte des développements dans lesquels je suis entré, qu'à l'état de maladie l'homme obéit à une double influence : celle de la force vitale et celle de la cause morbide, et tout se réduit en premier

DYNAMISHË VITAL. 45

lieu à savoir quelle est l'origine, le point initial de toute affection pathologique.

Ce point initial, Hahnemann le place dans le désaccord même de la vie ; seulement celui-ci peut être produit par une influence immédiate ou médiate. Immédiate quand l'agent pathogénique atteint directement la force vitale, médiate quand il atteint d'abord le principe pensant et affectif, comme il arrive à la suite des impressions morales , ou Torganisme matériel, ainsi qu'on l'observe dans les lésions dues à une cause extérieure, et qu'on nomme pour ce motif lésions traumatiques.

Il y a seulement ici une distinction à poser : c'est que les impressions morales, comme les lésions traumatiques, peuvent exister sans atteindre jusqu'à la force vitale. Dans ce cas, le sujet est triste ou joyeux ou blessé, mais il n'est pas à proprement dire malade.

Pour qu41 y ait maladie, il faut qu'il existe un trouble des actes physiologiques, par conséquent un désaccord de la force qui les régit ; il faut que l'impression psychique retentisse sur la vitalité, ou que l'ébranlement dû à la commotion aille jusqu'au traumatisme.

Du moment, en effet, où toutes les fonctions se trouvent sous la dépendance d'une force spécifique, où la partie matérielle de notre être conserve sa forme et son intégrité en raison même de l'activité de cette force, il est évident qu'il ne peut survenir aucune lésion de sensation, aucun trouble dans l'accomplissement de nos fonctions, aucune altération de tissus sans que cette puissance soit troublée dans la liberté de son action. Hahnemann a donc été logique dans ses déductions, lorsqu'aprés avoir posé comme un fait l'existence de la force physiologique, il a dit : « Lorsque l'homme tombe malade, cette force... est au premier abord la seule qui ressente l'influence dynamique de l'agent hostile à la vie. Elle seule, après avoir été désaccordée par cette impression, peut procurer à l'orga-

nisme les sensations désagréables qu'il éprouve, et le pousser aux actions insolites que nous appelons maladies*.»

Cet enseignement, messieurs, est riche en déductions pratiques , et je dois vous indiquer de plus saillantes. D'abord il sépare nettement la maladie du symptôme et de la lésion.

La maladie, c'est le désaccord dynamique produit par la cause morbide elle-même. Le symptôme, c'est la déviation imprimée aux différentes manifestations de cette force , par conséquent les lésions de sensibilité, de motilité, de fonctions et les altérations de texture. La lésion, c'est la destruction des tissus ou des organes par une violence ayant agi directement sur la partie matérielle de notre être.

De là plusieurs enseignements ;

1** Dans la genèse des phénomènes pathologiques, ceux qui expriment le trouble de la vie doivent précéder ceux qui accusent la souffrance de la fonction et de Torgane;

2"" La maladie ne doit pas appartenir à Torgane, mais à Torganisme, d*où pour elle la faculté de changer de forme sans changer de nature ;

3° Les symptômes généraux sont essentiellement indicateurs de Texistence de la maladie elle-même et de son intensité; la guérison ne peut être affirmée que du moment où ils ont disparu.

L'observation journalière confirme de tous points ces conclusions.

Pour ce qui regarde la première, il ne saurait y avoir de doute au sujet des maladies aiguës. La fièvre, la courbature, le malaise extrême, l'impossibilité de rester debout, enfin tous ces symptômes qu'on nomme des pro-

^ Organon, § il.

dromes, ne précèdent-ils pas les localisations? Le sujet ii'est-il pas malade avanl que nous puissions spécifier l'organe qui sera envahi ?

Je dis plus : aussi longtemps que durera l'état pathologique, n'est-il pas absolument utile de tenir grand compte de la fièvre? L'intensité de cette dernière ne fait-elle pas varier nos espérances et nos appréhensions? Ce sont là des vérités trop vulgaires pour être méconnues, trop concluantes pour n'être pas appréciées.

Dans les maladies chroniques, il y aurait peut-être plus de doute. Et cependant l'état constitutionnel n'est-il pas antécédent aux manifestations organiques ? Un enfant vient au monde; tous ses organes sont sains, mais il est de constitution scrofuleuse. Les caractères généraux de celle-ci existeront seuls au moment de la naissance ; mais peu à peu, et sous l'influence de causes secondaires, les localisations se produiront : les glandes cervicales viendront à s'engorger, les intestins deviendront susceptibles, des éruptions spéciales apparaîtront. Triomphez de toutes ces formes morbides, et, la constitution n'étant pas modifiée, d'autres altérations se produiront : les organes pulmonaires, les articulations, les os eux-mêmes en seront le siège, et toutes ces transformations successives vous prouveront que dans ces maladies la forme est la partie secondaire, transitoire, que la partie essentielle, fondamentale, c'est l'état constitutionnel, donc l'état général, vital, dynamique.

Ce qui est vrai de la scrofule, l'est également de la syphilis, à laquelle on a donné le nom de constitutionnelle pour montrer toute Timportance du trouble vital ; c'est également vrai de l'herpès, de la goutte, du rhumatisme.

Que la maladie appartienne à l'organisme et non pas à Torgane, c'est encore, messieurs, une vérité dont il faut bien convenir; sans cela les transformations qu'on observe

48 COURS D£ MEDËGIME HOH(EOPATmQUË.

si souvent seraient inexplicables. Pourquoi voyons-nous, par exemple, la syphilis envahir tantôt la peau et les muqueuses, tantôt le périoste et les os, se montrant à un moment sous la forme d'éruptions variées, à un autre sous la forme de plaques muqueuses , de périostoses, d'exostoses, d ostéite, etc. ? Évidemment parce que, la vie étant atteinte, les effets du désaccord qu'elle éprouve peuvent se montrer sur tous les tissus qui sont sous sa dépendance.

La même raison vous explique pourquoi Tinfiammation envahit successivement des organes divers, pourquoi Fétat typhoïde peut exister sur les intestins, le poumon ou le cerveau.

.Nous serions ainsi amenés à renverser la fameuse formule de la médecine organique ; et au lieu de soutenir qu'il n'y a pas de maladie sans organe malade, de prétendre qu'il n'y a pas d'organe qui puisse devenir malade si le trouble vital, c'est-à-dire si la maladie n'existe déjà. En un mot, messieurs, l'homœopathie ne reconnaît pas de maladies locales, mais seulemetit des maladies localisées.

Ce qui prouve la vérité de cette assertion, c'est la valeur relative que nous devons accorder, pour le pronostic, aux symptômes généraux d'une part, aux symptômes locaux de l'autre. Quelle différence, en effet, pour l'issue de la maladie suivantque les premiers persistent ou disparaissent! Qu'importe que dans une pneumonie, les signes d'engorgement pulmonaire subsistent si la fièvre cesse I Celle-ci étant effacée, le poumon reviendra bientôt à son état le plus normal. Il en serait autrement si les signes stéthoscopiques se modifiaient malgré la persistance de la fièvre, car il y aurait alors tout à redouter, et il faudrait s'attendre à quelqu'une de ces transformations dangereuses dont la phlhisie est si souvent le dernier terme.

DYiNAMlSME VITAL. 4λ

La nature essentiellement dynamique des maladies se trouve donc démontrée à la fois par les déductions les plus rigoureuses et l'observation la plus vulgaire.

C. État thérapeutique. — A ïétat thérapeutique ^ nous faisons intervenir une troisième force, le médicament.

Or, il résulte de ce qui précède que celui sur Taction duquel nous pouvons compter, et dont \ effet curatif sera certain, devra être capable d'atteindre le désaccord vital de manière à détruire l'impression produite par la cause morbide et annuler cette dernière, si elle a pénétré dans Torganisme ; le but du thérapeutiste devant être d^ détruire la maladie dans sa cause et dans ses eflet«.

Or, la médecine ^xpectant-e ne peut conduire à ce résultat, parce qu'elle laisse la vitalité en'lutte contre les influences pathogéniques sans Taider à en triompher.

Le médecin, dans ce système, se bornant à s'occuper des circonstances accessoires, sans intervenir directement, peut répéter ce mot d'Ambroîse Paré : «Je le pansai. Dieu le guérit. »

La médecine révulsive, «qui s'occupe de rendre malades les organes sains pour sauver ceux sur lesquels les localisations s étaient produites, ne guérit pas davantage : elle déplace. Son effet est incomplet parce qu'elle s'adresse au résultat de la maladie, à la lésion d'organe, sans atteindre jusqu'à la maladie elle-même , ce qui a souvent pour résultat de hâter des transformations qu'il aurait été plus sage d'éviter.

La médecine perturbatrice n'est pas plus heureuse. Son but étant uniquement de troubler la marche naturelle de la maladie, en lui imprimant une secousse, celle-ci retentit tout aussi bien sur le malade que sur les souffrances qu'il éprouve. Il peut y avoir encore sous cette influence des changements notables, il n'y a pas de guérison*

Je dis encore, messieurs, que la médecine subslitu-

tive ne saurait guérir parce qu'elle aussi se borne à diriger ses efforts sur les altérations anatomiques et nan sur leur principe. En un mot, parce qu'elle s'occupe de l'effet sans tenir compte de la cause.

La seule médecine qui puisse guérir, c'est-à-dire détruire la maladie dans sa cause et dans ses effels, est celle-là seule qui peut découvrir les médicaments appropriés à cette cause et indiqués par Tensemble des manifestations morbides : c'est donc, messieurs, la médication spécifique. Or, je vous ai montré dans la dernière séance que cette médication se résumait dans cette formule : que tout agent approprié à un élat morbide était celui qui avait puissance de faire rfaîlre, chez un homme sain, l'ensemble des symptômes par lesquels cet état se caractérise : Similia similibiis ciirantur.

Il y a donc un lien étroit entre la théorie du dynamisme vital, la notion de la nature dynamique des maladies et l'application de la loi des semblables, tellement étroit même qu'il ne peut nous être permis de séparer ces différentes parties de renseignement hahnemannien ; je vous en donnerai tout à l'heure une dernière preuve.

Le médicament étant trouvé, un autre soin nous incombe; il faut en déterminer le mode d'administration. Celui-ci doit être conçu de manière à obtenir des effels directs. Pour cela, il suffit de le prescrire sous une forme telle que l'absorption soit rapide et complète , et aussi de manière à éviter les actions perturbatrices. Celles-ci étant en raison directe de la masse, il nous faudra diminuer cette dernière, et l'absorption étant d'autant plus rapide que les molécules sont plus ténues et plus mobiles, il faudra nous attacher à produire ce résultat. Vous voyez par là comment la nécessité de rechercher l'action dynamique des médicaments, pour effacer un trouble dynamique, pourra nous conduire à l'emploi des médicaments triturés et dilués, aux doses infinitésimales.

Je n'insisterai pas aujourd'hui sur cette q^ueslion, me proposant d'y revenir avec tous les détails qu'elle com* porte ; je reliens seulement ce fait : que chez le malade soumis à un traitement spécifique, le médecin doit considérer trois forces : la force vitale, la cause morbide et l'agent pharmaco-dynamique, d'où vous pouvez voir qu'en réalité le problème thérapeutique peut être ramené à une question de statique médicale, ce qui nous conduit sur les limites de la science du mathématicien.

Or, messieurs, celui-ci a le droit de représenter les forces par des lignes ; permettez-moi de profiter de cet usage et de rechercher, comme je le fis pour la première fois il y a vingt-cinq ans, si nous ne pourrions, ces forces étant données, construire une figure qui nous représentât leur action '.

Je prends d'abord la force vitale et la cause morbide, et je- cherche quelle peut être leur direction réciproque. Il n'y en a que deux. Ou ces forces sont opposées l'une à l'autre, ou les lignes qui les représentent doivent faire entre elles un certain angle.

Vous jugerez facilement qu'elles ne peuvent être opposées, car alors deux circonstances ne manqueraient pas de se produire : ces deux forces seraient égales ou inégales. Égales, elles se détruiraient réciproquement en raison de ce principe : que deux forces égales et contraires, appliquées en un même point, s'annihilent. Dans ce cas, le sujet mourrait, mais il ne serait pas malade.

Si ces deux forces opposées étaient inégales, la plus puissante anéantirait la plus faible, et en admettant que l'excès de vigueur fût du côté de la force vitale, une portion de celle-ci serait occupée à contre-balancer la cause morbide, le sujet serait affaibli, mais non pas malade ;

• J*ai donné pour la première fois ceUe démonstration dans Fintroduction à la Médecine domestique, du docteur Hering. Paris, 1867.

il serait foudroyé si la cause morbide était la plus intense.

Voulant donc représenter ces deux forces par des

lignes, et ne pouvant opposer celles-ci l'une à l'autre, it

me faut les présenter sous un certain angle ; je suppose

que celui-ci soit droit.

Soit donc AF la force vitale et AM l'agent palhogénique.

La maladie, résultat de l'action combinée de ces deux puissances, sera re- . présentée par une force mixte , qu'on appelle résultante^ et qui est indiquée par la diagonale du rectangle construit sui* ces deux lignes, donc par la diagonale AB.

Pour guérir, il nous faut évidemment détruire la force AM, afin que la vitalité se trouvant rendue à elle-même, son action normale, c'est-à-dire la santé, se rétablisse. L'agent capable d'en triompher sera donc représenté par une autre ligne égale à AM et affectant une direction opposée, en un mot par la ligne AN, laquelle sera TexpresSion du médicament.

Si maintenant vous faites abstraction de la cause morbide, pour considérer seulernent la force vitale et la force pharmaco-dynamique, et cela en vue de représenter par une ligne la maladie artificielle que le médicament a puissance de développer sur l'homme sain, vous serez obligés de construire un nouveau parallélogramme sur AN et AF, et la diagonale AC exprimera exactement cette maladie médicinale.

Comparez maintenant les deux diagonales représentant, Tune, AB, la maladie naturelle, l'autre, AC, l'action pathogénétique du médicament, et vous verrez que ces deux lignes sont égales , comme étant les hypoténuses de deux triangles rectangles égaux, ou encore comme étant les diagonales de deux rectangles égaux.

En mathématique, ces deux égalités seraient représentées par des chiffres, par des nombres également égaux ; pour nous, messieurs, ces deux maladies ne peuvent être exprimées que par des symptômes. Ces deux ordres de symptômes doivent donc être semblables dans leurs expressions : similia similibus.

Ainsi, en partant de la théorie dynamique que j'ai eu l'honneur de vous exposer, nous sommes forcément, logiquement amenés à conclure que la loi de similitude est la seule qui nous conduise à une thérapeutique raisonnable et efficace.

Et cependant ici se présente une objection que je ne veux pas éluder. J'ai supposé que les lignes formaient entre elles un angle droit, ce qui est une exception, et vous pourriez penser que cette figure ne pourrait être construite quel que soit l'angle sous lequel ces forces se présentent. La loi des semblables trouverait alprs son application dans certains cas, mais pas d'une manière aussi générale que nous le soutenons,

A cela , messieurs, je ferai une première réponse : c'est que cette loi représente seulement les actions spécifiques, et que celles-ci étant une exception pour la thérapeutique officielle, il n'est pas surprenant qu'il nous faille tenir compte de circonstances déterminées.

Seulement, je me hâte d'ajouter que nous pouvons, quel que soit l'angle sous lequel se rencontrent les lignes AM et AF, déterminer la direction de AN (force pharmacodynamique) et construire deux parallélogrammes dont les diagonales seront égales.

Aucune difficulté, d'abord, pour déterminer la direction de AB, les forces AM et AF étant données.

La direction de AN se reconnaît facilement aussi, le médicament devant être représenté par une ligne opposée à AM et appliquée au point A. Ce qui importe, c'est de dé-

terminer la longueur de AN, afin de construire le parallélogramme ANCF.

Pour ce parallélogramme, j'ai déjà deux côtés, AF et

ma' n

AN; je puis en trouver un troisième qui sera CF, c'est-àdire la parallèle menée à AN parle point F.

Ces trois lignes étant données, je décris du point A comme centre eè avec AB pour rayon, un arc de cercle BDC, qui vient couper FC en C. Par ce point C je mène CN parallèle à AF et je joins AC.

La figure ANCF est un parallélogramme puisque ses côtés sont parallèles deux à deux, donc la diagonale AC représente la résultante des forces AN et AF, c'est-à-dire la maladie médicinale, tandis que AB représente la maladie naturelle. Or, ces deux lignes AB et AC sont égales comme rayons d'un même cercle, donc ici encore la maladie médicinale et la maladie naturelle se trouveront représentées par des lignes égales.

Seulement AM et AN ne seront pas égales, ce qui n'a pas lieu de nous surprendre puisqu'elles font avec AF des angles inégaux. Mais ceci nous montre seulement une chose, messieurs, c'est que le médicament, s'il peut être choisi d'après une' même loi, doit être donné à des doses variables. Principe important que je note aujourd'hui et dont je ferai plus tard une application utile.

Faites varier autant qu'il vous plaira l'angle MAF et vous pourrez toujours mener AN et FC, décrire Tare de cercle BDC, déterminer par conséquent le parallélogramme ANCF, donc tracer les diagonales AC et AB.

Vous voyez par là que la loi des semblables trouvera son application toutes les fois que nous aurons en présence les trois forces dont nous avons si longuement parlé, aussi longtemps qu'il nous faudra combattre avec des médicaments une maladie dynamique.

Une dernière conclusion ressort des détails qui précèdent, je veux dire Tunion indissoluble qui existe entre la théorie du dynamisme vital et la loi de similitude, union telle qu'en partant de la première nous arrivons inévitablement à la seconde.

Nous serait-il donc loisible de briser cette unité au gré de nos caprices? Vous ne le penserez pas, messieurs. Partis de la notion physiologique, nous avons été trop rigoureusement conduits à la conclusion thérapeutique pour séparer ces deux termes, de même qu'en partant de la loi de similitude, nous avons été forcés de nous élever jusqu'à la notion de la force vitale, de la nature dynamique des maladies et de Faction dynamique du médicament. Vous comprendrez maintenant que mon père ait pu dire : « 11 n'y a pas dans la méthode hahnemannienne de principe plus élevé et plus général que le dynamisme : c'est de lui que tout part, c'est à lui que tout revient ^ »

Dans notre prochaine conférence, nous nous occuperons du fait de spécificité.

* Comnieîitairee, p. 507.

56 COURS DE MÉDECINE HOMŒOPiTHIQUE.

TROISIÈME COxNFÉRENCE

DE LA SPECIFICITE

Messieurs,

L'étude que nous avons faite dans notre première conférence de la loi des semblables m'a permis de fixer la portée de ce principe thérapeutique ; je vous ai montré alors comment il était la juste expression des actions spécifiques, d'où ces différentes appellations de loi des semblables, d'appropriation, de spécificité. Vous ne serez pas surpris, je présume, si j'essaye aujourd'hui de préciser la valeur de cette dernière expression, en examinant le grand problème qu'elle soulève, problème souvent discuté en médecine, mais non encore résolu.

S'il faut en croire Trousseau *, le mot de spécificité aurait été le signal de la révolte qui s'éleva contre les doctrines absolues de Brown et deBroussais. Ceux-ci ayant voulu, à l'exemple de Thémison, simplifier les principes généraux de la pathologie, avaient essayé de confondre

* Voy. Traité de thérapeutique et la Clinique médicale de l'Hôtel- Dieu.

en un même groupe, de rapporter à une môme cause, agissant par excès ou par défaut, toutes les infirmités humaines. Ce n'était plus, sans doute, le strictum et le laxum des temps antiques; mais bien encore cependant une dichotomie fondée sur la sthénie et r asthénie^ pour le médecin écossais , sur Virritation et Vab-irritation pour l'illustre professeur du Val-de-Grâce.

La thérapeutique se trouvait simplifiée par cette donnée môme. Pour ne parler que de la France, l'inflammation étant le fait dominant de la maladie, les émissions sanguines devenaient l'agent essentiel de tout traitement ; il s'agissait seulement de saigner plus ou de saigner moins.

Un jour vint cependant où Ton reconnut l'insuffisance de ces doctrines et le danger de ces moyens. Bretonneau ^ parlant de la diphthérie et de la dothinentérie, soutint qu'elles échappaient l'une et l'autre au système généralement adopté , qu'elles se distinguaient des affections auxquelles les principes reçus paraissaient s'appliquer encore, qu'elles formaient des espèces à part, se distinguant à la fois par leur cause, leurs symptômes et leur traitement.

Au moment môme où Bretonneau s'élevait ainsi contre des opinions devenues populaires, les syphiliographes, repoussant l'application faite par Desruelles de la doctrine physiologique, en revenaient à l'enseignement de Hunter, et proclamaient à leur tour la spécificité de la maladie vénérienne.

Plus tard, M. Ricord, s'avançant encore dans cette voie, soutint que cette maladie elle-même devait être divisée en trois affections distinctes les unes des autres : la syphilis chancreuse, la blennorrhagie et les végétations.

Il est évident que, dans la révolution qui s'accomplis-

* Traité de la diphthérie. Paris, 1830.

sait, les médecins subissaient, à leur insu peut-ôtre, l'influence des naturalistes. Ceux-ci avaient pour point de départ de leurs études l'espèce et sa fixité, l'espèce reconnaissable à un ensemble de caractères communs qui constituent le type, et qui offrent ceci de particulier de se retrouver chez les descendants, après avoir existé chez les parents. Y avait-il des espèces en pathologie? Les auteurs dont j'ai parlé, inclinaient à le croire et trouvaient ainsi le moyen d'apporter un ordre véritable là où ils ne rencontraient que confusion.

Pour y parvenir, ils rapportèrent à une même espèce les ^.affections qui se rattachent les unes aux autres par des caractères communs, et qui affectent dans leurs expressions symptomatiques, leur marche, leurs terminaisons, un type irréductible aux autres types pathologiques. La rougeole, la variole, le choléra, la syphilis, sont des exemples qu'il suffit de citer pour justifier cette définition. Chacune de ces maladies est, en outre, apte à se transmettre, par infection ou par contagion, du sujet malade au sujet sain, et de se transmettre avec ses caractères, de telle sorte qu'un rùbéoleux donne la rougeole et non la variole ou le choléra. « Entre le choléra asiatique, la dysenterie et la « dothinentérie, a dit Trousseau, il y a des différences si « tranchées, et les symptômes qui les accompagnent sont « si positifs, que les médecins les moins expérimentés les c< distinguent Tun de l'autre ; el la possibilité de celte « distinction implique l'idée de spécificité, car, il n'y c< a de distinction possible que s'il y a des caractères « spécifiques *... Quoi qu'on fasse, on ne fera jamais et d'un choléra asiatique, d'une dysenterie, un choléra « nostras... Chacune conservera ses traits distincts, ses « caractères spécifiques.

« Voy. Traité de thérapeutique, par Trousseau et Pidoux, t. IJ, p. 552, édit.; et aussi la Clinique de l'Hôtel-Dieu,

' « De la constance des effets, ajoute cet auteur, il est « logique de conclure à la constance des causes. Et il n'est <t pas, en effet, plus logique de présumer une cause iden- « tique pour le choléra et la fièvre jaune qu*il ne Test « d'attribuer à l'action du même virus la variole et la (c scarlatine*. »

La spécificité pathologique repose donc sur deux termes : les caractères constants et la spécificité de la cause, celle-ci engendrant des états pathologiques que seule elle peut produire, et qui prennent naissance du moment où elle entre en jeu.

Or, d'après M. Bouchut, d'accord en cela avec Trousseau, la spécificité de la maladie doit conduire à la spécificité du traitement, c'est-à-dire « à la recherche d'une médication* « spécifique ; » elle « empêche qu'on ne perde un temps « précieux à faire ce que l'auteur du traité de pathologie « générale appelle cette triste médecine des symptômes « tant glorifiée de nos jours ?. »

De toutes ces citations nous devons cx)nclure, que dans l'état actuel de la science, la spécificité repose sur trois conditions :

d" Une cause spécifique,

2*" Des caractères spécifiques,

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