Un traitement spécifique
On peut dire que sur ce point tout le monde est d'accord. Seulement les uns affirment que ces caractères se retrouvent dans un petit nombre d'états morbides, tandis que les autres en font une règle plus générale. Hahnemann va même plus loin encore, en soutenant que la spécificité doit être la base de la pathologie.
Si l'on veut rechercher la cause de ces divergences, on la trouve surtout dans les difficultés de satisfaire à la troisième condition.
* Lqc. cil. y p. 555.
* Voy. Bouchut, Traité de pathologie générale.
00 COUUS DE MÉDECINE IIOMŒOPATIHQUE.
On ne discute pas au sujet des maladies pour lesquelles la thérapeutique possède des agents spécifiques. Qui donc mettrait endoule la spécificité de la syphilis en présence des succès du mercure et de l'iodure de potassium ? Qui donc repousserait la spécificité de la fièvre intermittente paludéenne lorsque le sulfate de quinine est là pour la guérir? Mais pour les autres maladies, c'est différent. On proclame qu'une multitude de causes peuvent les produire et qu'elles cèdent à tous les agents de la médecine rationnelle.
Vous comprendrez maintenant comment Ilahnemann,
ayant proclamé la loi des semblables et trouvé ainsi le
moyen de découvrir le médicament approprié non pas à
^chaque maladie, mais à chaque malade, a dû remonter de
la spécificité thérapeutique à la spécificité pathologique.
Du moment où il enseignait que les maladies ne pouvaient guérir sûrement, promptement, avec les agents perturbateurs de la médecine rationnelle, il devait rechercher s'il n'y aurait pas erreur à soutenir qu'il existe une série d^états pathologiques engendrés par une multitude de causes, tandis que d'autres seraient produits par des agents pathologiques distincts, spéciaux, spécifiques, seuls çn état de les produire. Ce problème ainsi posé, notre maître en a donné la solution : c'est elle que je veux vous faire connaître aujourd'hui.
Pour Hahnemann, le point de départ de toute division pathologique est la connaissance de la cause de la maladie. C'est sur cette notion même qu'il fonde ses distinctions absolues, et cela devait être. Du moment, en effet, où il admettait que la maladie consiste, avant toute chose, dans un désaccord dynamique, il devait reconnaître en
inême temps que celui-ci est nécessairement en rapport avec Tagent capable de le produire.
Aussi, lorsque Hahnemann cherche à préciser la distance qui sépare les maladies aiguës des maladies chroniques, il le fait en tenant compte, non pas seulement de la rapidité ou delà lenteur de leurs évolutions, mais bien en s'appuyant sur la spécialité des causes capables de leur donner naissance.
Les premières, selon lui, dépendent d'influences morbides qui existent hors de l'homme et se puisent dans le milieu qui nous entoure. Ce sont d'abord les changements de température, les refroidissements, sous quelque forme qu'ils se produisent; puis, les miasmes qui se développent au sein de la terre, ou dans Torganisme humain devenu malade, infectent l'atmosphère et sont absorbés par l'homme sain avec l'air indispensable à sa respiration. Toutes les conditions capables d'amener le développement de ces miasmes, le sont aussi d'engendrer ces maladies ; l'encombrement , les inondations, la guerre sont de ce nombre \
Deux autres ordres d'influences peuvent encore agir sur l'organisme et lui imposer les maladies aiguës, je veux dire : les influences psychiques et les causes traumatiques. Tune et l'autre extérieures au sujet. Mais aucune n'est apte à produire les maladies chroniques.
Celles-ci sont engendrées par des virus, lesquels preur nent naissance dans l'homme lui-même, et se transmettent par voie de contact ou d'hérédité. Ces virus, Hahnemann les réduit à trois : le virus de la Syphilis, celui de la Psore et celui de la Sycose.
Pouvons-nous dire, messieurs, que cette division étiologique réponde à la seconde condition que nous avons posée , c'est-à-dire qu'à chacune de ces causes répondent
« Voy. Organon, § l'A.
G2 COURS DE MÉDECINE ïlOMŒOt>ATHlQUE.
des maladies ayant des caractères conslanls? Il est facile d'en juger.
El d'abord, pour ce qui concerne la première classe de maladies , il est d'observation que le froid engendre les maladies inflammatoires aiguës, lesquelles ont pour premier caractère de rester limitées au sujet sur lequel le refroidissement a frappé, sans s'étendre à ceux qui Pcntourent, en un mot d'être individuelles. De plus, elles offrent trois caractères communs : la fièvre continue, la turgescence vitale et l'augmentation de la fibrine du sang. Ces trois caractères, vous les reconnaîtrez chez tous les hommes affectés d'une inflammation franche, qu'il s'agisse d'une bronchite, d'une pneumonie , d'un rhumatisme articulaire, etc.
Les maladies miasmatiques se comportent autrement. Dépendant de causes répandues dans l'atmosphère, elles atteignent soit des individus isolés, soit un petit nombre de sujets, soit la plus grande partie de ceux que le miasme entoure; elles sont sporadiques, endémiques ou épidémiques.
Trois groupes de symptômes permettent encore de les distinguer des maladies inflammatoires; la fièvre, en effet , n'est plus continue, mais bien rémittente, ou intermittente ; la fibrine diminue au lieu d'augmenter, et le sang devient diffluent ; la turgescence vitale, à son tour, est remplacée par la prostration , l'abattement, la stupeur, auxquels sejoint une agitation caractéristique quand les centres nerveux sont atteints.
Par ces traits généraux se trouve reconstituée cette grande classe des fièvres indiquée par Pinel, rejetée par Broussais et que la science moderne est obligée d'admettre, non point en raison de leur essentialilé, comme on le voulait autrefois, mais en raison de leurs caractères spécifiques.
11 y a plus, la spécificité est si précise pour ces aff'ec-
DE Ik SPÉCIFICITÉ. 65
lions et si bien en rapporl avec la cause morbide ellemême, qu'à chaque miasme correspond un état bien déterminé : au miasme paludéen les fièvres intermittentes, aux miasmes animaux les affections typhoïdes, depuis la fièvre putride jusqu'au choléra asiatique; à un miasme spécial la rougeole, à un autre la scarlatine, à un troisième la variole, toutes affections qu'on observe chez des hommes séparés, qui se trouvent limitées à certains pays ou que Ton voit frapper des contrées entières et envahir peu à peu les diverses régions du globe; ce qui est arrivé pour la peste au moyen âge, pour le typhus au commencement de ce siècle et pour le choléra à une époque plus rapprochée de nous»
A côté de ces affections, et encore à titre de maladies aiguës , se rencontrent toUs ces états morbides dus aux impressions morales et en rapport avec chacune d'elles. Ici la fièvre est nulle, le sang n'est point altéré, les phénomènes nerveux dominent la scène.
Viennent enfin les affections traumatiques distinctes par la cause qui les engendre , et qui est toujours une violence extérieure, et dont les caractères se confondent avec ceux du traumatisme : fièvre légère, courbature extrême, abattement, symptômes auxquels il convient de joindre ceux qui résultent de la blessure , par exemple Thémorrhagie et ses conséquences.
Or, toutes ces maladies naissent, se développent et se terminent par la guérison ou par la mort, sans jamais se confondre; elles sont donc spécifiques.
J'ajoute que toutes les maladies capables d'être rangées daiis les catégories que je viens de passer en revue présentent un caractère commun : c'est de pouvoir être guéries par les seuls efforts de la force vitale , d'avoir ainsi une durée limitée. Ceci tient à ce fait : que les causes capables de les engendrer épuisent peu à peu leur action, ce qui faisait dire à Hahnemann que les maladies aiguës
sont celles dont les causes sont extérieures et dont les effets peuvent être effacés par la réaction vitale elle-même.
Il en est tout autrement des maladies chroniques.
Considérées dans leurs traits généraux, celles-ci dépendent d'agents morbides qui prennent naissance au sein de l'organisme, mais restent unies à certains produits de sécrétion. Aussi se développent-elles seulement à la suite de la transmission du virus de l'homme malade à Thomme sain, par voie de contagion, ou encore des parents 5 Fenfant, par voie d'hérédité.
Le premier caractère des maladies chroniques est donc d'être contagieuses à certains moments de leur existence, héréditaires à d'autres périodes ; le second se puise dans leur incurabilité par les seuls efforts de la réaction vitale.*
Abandonnées à elles-mêmes, ou soumises à cette triste médecine des symptômes, pour me servir des expressions de M. Bouchut, elles ne guérissent pas, mais se transforment, et au milieu de leurs évolutions successives, elles envahissent l'organisme de plus en plus, revêtent des formes toujours plus graves, en ce sens qu'elles sont plus destructives, et arrivent enfin à ces états extrêmes qu'on nomme les cachexies.
Or, si vous comparez ces traits généraux à ceux des maladies aiguës, vous jugerez toute la distance qui sépare ces affections des maladies chroniques elles-mêmes, différence de nature, de fond, et non pas seulement d'apparence ou de forme. Ce qui distingue en définitive ces deux grands ordres de souffrances, c'est que les dernières 5ont virulentes et que les autres ne le sont pas.
Cette différence deviendra plus saillante encore si nous jetons un coup d'œil sur chacune des maladies chroniques admises par Hahnemann. La première, celles qu'il a prise pour type, c'est la syphilis*.
* Traité des maladies chroniques, introduction.
DE LA SPKCIFICIÏE. 65
Que celle-ci soit due à l'infection de l'organisme par un virus, personne ne saurait le nier raisonnablement. Qu'elfe soit contagieuse dans sa forme primitive, le chancre, et dans une partie de ses formes secondaires, c'est encore un fait trop généralement admis pour être contesté.
Abandonnée à elle-même ou, mieux encore, combattue par des moyens indirects, la syphilis ne cède jamais^ elle va, au contraire, toujours en s'aggravant. An début, ses manifestations sont superficielles, la peau et le« membraners muqueuses en sont le siège;. plus tard, le tissu cellulaire et le périoste sont alteints, les tumeurs gommeuses et les périostoses sont là pour le prouver. Plus tard encore, les os sont altérés, les exostoses se forment et la carie se creuse; puis viennent les affections viscérales, les dermatoses à ulcères profonds, la cachexie et la mort.
Cette diathèse présente done tous les caractères dont je parlais tout à l'heure, et sur lesquels Halinemann insisteavec le plus grand soin.
Mais en dehors de la syphilis, il y a encore une foule de maladies à marche lente. Celles-ci, Hahnemann les divise <3n deux classes : les fausses maladies chroniques et celles qui sont réellement dignes de ce nom ^
Les premières dépendent des conditions nuisibles au milieu desquelles le sujet est appelé à vivre, et dont Faction continue ne permet pas aux réactions vitales de se produire. Le caractère essentiel de ces maladies est de s'améliorer du moment où le sujet, modifiant ses habitudes, change de milieu, et encore de n'être pas héréditaires. C'est le fait de l'ouvrier qui abandonne un atelier insalubre ou une profession dangereuse ; le fait de l'homme qui sait renoncer à Tune de ces habitudes nées de la civilisation, mais cent fois plus redoutables souvent que les
* Voy. Organon, § 77.
causes nocives elles-mêmes, je veux parler de l'abus du tabac, des liqueurs où entre l'absinthe, de l'abus des parfums, en un mot de tous ces agents préparés pour nos plaisirs et bien souvent causes de nos souffrances.
Mais à côté de ces affections qui peuvent diminuer ou disparaître par une seule modification dans l'hygiène, se trouve une série de maladies que les meilleures conditions ne sauraient ni améliorer ni guérir. A celles-là Hahnemann réserve le nom de véritables maladies chroniques non vénériennes, et il les rapporte à l'action de deux Virus : celui de la psore, doiit la forme primitive et contagieuse serait la gale, et celui de la sycose, dont la forme prinriitive, également contagieuse, serait certaines végétations.
En résumé, Hahnemann divisait les maladies en un certain nombre de groupes auxquels mon père a donné le nom de diathèses, exprimant par ce mot des constitutions morbides produisant des altérations semblables ou diverses, mais ayant une nature identique*.
Il faut reconnaître ainsi avec Hahnemann :
1** Une diathèse inflammatoire,
2'' Les diathèses miasmatiques,
3** Les diathèses psychiques,
4° Le traumatisme.
Toutes quatre se rapportant aux maladies aiguës ;
Pour les maladies chroniques :
1° Une diathèse syphilitique,
2** Une diathèse psorique,
5"* Une diathèse sycosique.
A celles-ci il faut ajouter lés fausses maladies chroniques et les maladies médicinales pour embrasser tout le cercle pathologique.
* Toutes ces données pathologiques ont été indiquées par Hahnemann dans VOrganon et le Traité des maladies chroniques, et précisées par mon père dans son Cours de 1835, dans plusieurs mémoires inédits, enfin dans ses Commentaires sur /'Organon.
Je ne vous le dissimulerai pas, messieurs, cet enseignement a soulevé plus d'une objection, et je dois vous en faire juges.
Celles-ci toutefois ne pouvaient porter sur les maladies aiguës; l'intlammation, les affections typhoïdes, les fièvres éruptives, intermittentes, les maladies dues aux impressions morales et au traumatisme étant admises de tous.
Pour les jnaladies chroniques, la spécificité de la syphilis était trop bien établie pour qu'on fût en droit de Taltaquer ; mais il n'en était pas de même de la psore et de la sycose ; la première de ces diathèses surtout semblait tellement en opposition avec les découvertes récentes, qu'on en faisait une hérésie.
Était-il possible, lorsque le microscope démontrait la présence de Vacarus scabiei comme cause de l'éruption psorique, de considérer cette dernière comme la forme primitive d'une diathèse de^stinée à marcher de front avpc la syphilis? On se refusait à le croire. On reconnaissait sans doute à l'éruption psorique trois éléments : une vésicule remplie de sérosité, un sillon partant de celte vésicule et un insecte, l'acare \ logé à l'extrémité de ce
* L'existence de cet insecte fut longtemps contestée et donna lieu même à une de ces mystifications auxquelles les corps savants n'échappent pas toujours. Entrevu dès 1634, Y acarus scabiei avait été tour à tour nié et affirmé, lorsqu'en 1812 un pharmacien de l'hôpital Saint- Louis annonça qu'il en démontrerait la présence. Une commission de l'Académie de médecine et de l'Institut ayant été nommée, M. Gales ouvrit devant elle quelques vésicules psoriques, déposa leur contenu sur le porte-objet du microscope, et chacun put alors y voir l'insecte objet de tant de sollicitude. L'existence de l'acare fut donc admise; seulement on s'étonnait de trouver une similitude complète entre l'insecte présenté par M. Gales et la mite du fromage. Ce qui parut plus mer-
68 COURS DE MEDECINE HOMŒOPATlIIQrE.
sillon. Longtemps on crut que la sérosité contenue dans la vésicule était l'agent de contagion, et. la gale passait pour virulente ; mais des recherches persévérantes conduisirent à un autre résultat , en prouvant que ce liquide pouvait être inoculé à un homme sain sfins qu'il parût aucune trace d^éruption. Il en était autrement si Ton transportait un acare sur la peau ; car cet insecte ne lardait pas à soulever Tépiderme et à creuser un sillon ; la vésicule paraissait ensuite sur le point où la piqûre avait eu lieu.
En s'appuyant sur ces faits et sur l'étude de l'acare, les micrographes soutinrent, et avec raison, que l'agent de contagion était l'insecte et non la sérosité.remplissant les vésicules ; des lors la gale fut rangée parmi les mala-
veilleux encore, ce fut de voir Biett, bientôt suivi de Rayer, Asselin, Galeotli, attirmer qu'ayant voulu reprendre les expériences de M. Gales, il avait échoué. L^acarus étant perdu encore une fois, M. Lugol proposa trois cents francs à qui le retrouverait. On était en 1820. En 1829, M. Raspail assura que de nouvelles recherches l'avaient conduit à ce but si désiré. Une nouvelle commission se réunit, et Al. Raspail, aidé de M. Meynier, se mit en devoir de montrer qu'il avait gagné les trois cents francs. Les vésicules furent encore ouvertes, M. Meynier déposa leur sérosité sur le porte-objet et eut le soin d'agiter le liquide avec son doigt. Le naicroscope permit alors de constater la présence d'un saTcopte en tout semblable à celui de M. Gales.
Ce fut alors que M. Raspail expliqua qu'il n'avait point du tout trouvé Facare, mais qu'il venait de montrer comment les savants avaient . été dupes du premier expérimentateur. M. Meynier avait en effet caché sous son ongle un ciron du fromage et l'avait déposé au milieu de la sérosité prise dans les vésicules, au moment où il avait agité celle-ci avec le doigt. Donc, disait M. Raspail, M. Gales s'est moqué de tout le monde ; ïacarus scabiei n'existe pas.
Le doute étant ainsi rentré dans l'esprit des savants, la gale redevint une maladie virulente; lorsqu'en 1854 un médecin corse, M. Renucci, assura que l'acare existait réellement, que dans son pays la plus humble paysanne savait l'atteindre et l'enlever. Seulement ce n'était pas au milieu de la vésicule qu*il se trouvait, mais au fond du sillon. Chacun alla dès lors à l'endroit indiqué, et le sarcopte fut reconnu de tout le monde, oa présence est aujourd'hui hors de doute ( Voy. sur ce point Monneret et Kieury. Compendivm de médecine pratique, t. V, p. 267.)
dies parasitaires et enlevée à la catégorie dans laquelle on l'avait placée tout d'abord.
Il y avait là pour renseignement homœopalhique une grave objection, dont mon père trouva la solution daps ce fait que Tacare était un animal porteur d'un venin *.
Dans cette hypothèse , en effet , ce venin pouvait infecter l'organisme, et il devenait possible de concilier les découvertes microscopiques avec les révélations de l'observation clinique elle-même. Celle-ci n'avait-elle pas montré que, pour un galeux, tout n'était pas fini avec l'éruption ?
Or, messieurs, les naturalistes et les dermatologues se réunissent aujourd'hui pour confirmer cette supposition. Moquin-Tandon , par exemple, établit parfaitement que l'acare est constitué pour être porte -venin: il a des mandibules organisées comme des antennes-pinces, deux crochets pointus et mobiles dans une rainure; c'est avec ces crochets qu'il pique pour se nourrir et pondre ses œufs , mais non pas pour creuser son sillon*. C'est sur le point où il a piqué que naît la vésicule, de même que c'est sur le point contaminé par le virus syphilitique que se creuse le chancre.
D'un autre côté, M. Devergie établit que l'acare ne développe pas Téruption vésiculeuse, caractéristique de la gale, par sa présence seule, et cela pour plusieurs raisons :
1"* S'il agissait par sa présence seule, si la vésicule était le fait d'une simple irritation locale, l'animalcule devrait se trouver au fond delà vésicule, ce qui n'a pas lieu; c'est à l'extrémité d'un sillon dont une des extrémités appartient à cette vésicule, qu'il se trouve blotti, de sorte que la vésicule existe sur le point où l'animal a piqué et non pas là où il s'est réfugié ;
* Voy. Commentaires sur /X)rganon, p. 575.
* Traité d'histoire naturelle médicale.
2** Si l'éruption psorique était un effet mécanique, son importance devrait être proportionnée au nombre des acares et des sillons, ce qui n*a pas lieu non plus : des acares peu nombreux et des sillons très-rares pouvant coïncider avec de très-nombreuses vésicules;
3* Dans Thypothèse que je combats, les éruptions successives ne sauraient avoir lieu qu'en raison de la multiplication des acares ; ce qui est encore opposé à ce que nous apprend l'observation .
Du moment donc où l'acare est organisé comme les autres insectes venimeux, où l'éruption psorique, par son mode de développement, son abondance, le siège de ses vésicules, ne peut être expliquée par la seule irritation mécanique due à la présence de cet insecte, nous sommes en droit de voir dans ce dernier l'agent d'une contagion médiate. La véritable cause de la maladie est alors le virus qu'il dépose dans l'organisme, et dont la porte d'entrée est la piqûre faite par les crochets mobiles et pointus qu'on observe chez cet animal.
Ce virus peut-il engendrer des symptômes consécutifs? L'observation clinique le prouve sans réplique. Autenrieth en a décrit un grand nombre dans son mémoire sur les maladies consécutives à la répercussion de la gale; M. Devergie signale des éruptions vésiculeuses semblables à l'eczéraa, et des éruption pustuleuses , furonculeuses même, auxquelles la tradition populaire a donné le nom de dépôts de gale.
Ce qu'il y a de remarquable , c'est de voir ces auteurs reconnaître comme symptômes indicateurs de cette diathèse les même accidents que M. Bazin considère comme étant les premières manifestations de l'herpétisme. On serait ainsi conduit à considérer la gale comme la forme primitive de la diathèse herpétique, ce qui compléterait l'enseignement du médecin de l'hôpital Saint- Louis, et ferait regretter qu'empruntant à l'homœopalhie
une partie de sa doctrine des maladies chroniques, il ne Tait pas fait complètement et qu'il n'ait pas su reconnaître jusqu'à quel point Hahnemann Tavait inspiré*.
Quoi qu'il en soit, un fait existe au-dessus de toute contestation : la gale est une maladie qui a tous les caractères des formes primitives des affections virulentes ; nous ne pouvons donc nous résigner à y voir seulement une maladie locale dont les frictions extérieures pourraient triompher en quelques minutes.
Ce premier point élucidé, une autre objection se présente. En admettant que la psore soit une maladie diathésique au môme titre que la syphilis, devons - nous lui accorder l'immense étendue que lui attribuait Hahnemann et y comprendre les sept huitièmes des maladies chroniques ?
Pour mon compte, je ne le crois pas ; mais c'est, per* mettez-moi de le dire, une question secondaire.
Le point essentiel est de savoir si les maladies chro- ' niques sont virulentes, et ce point me paraît au-dessus de toute contestation; car elles sonl, comme la syphilis, dont la virulence ne saurait être mise en doute, incurables par les seuls efforts de la force vitale, capables de se transformer en revêtant des formes toujours plus graves, en qui nous permet d'affirmer qu'elle doivent avoir pour ori • gine une forme contagieuse. Maintenant, qu'il faille séparer cette diathèse en plusieurs autres dont les formes premières se transmettraient encore par le contact, c'est un point à élucider.
Mais Hahnemann n'a point entendu fermer le cercle ; il a posé le principe, en laissant à chacun le soin d'en faire une plus large application.
Veuillez remarquer aussi que chaque observateur subit rinfluence du milieu dans lequel les circonstances Tout
^ Leçons sur les maladies génériques de la peau.
placé. Si Broussais, au lieu d'être médecin militaire et de se trouver à la tête d'une armée envahissante, eût observé au milieu d une grande ville, il aurait eu moins souvent occasion de constater les effets des refroidissements, et sa théorie de rinflammation n'aurait peut-être pas vu le jour. De môme, si llahnemann n'avait point publié son Traité des maladies chroniques après avoir pratiqué la médecine au milieu des désastres de la guerre, et dans un pays où Tennemi apportait ses maladies, mais au centre de notre civilisation actuelle, il aurait , sans aucun doute , accordé moins d'importance à la psore et à la sycose et beaucoup plus à la blennorrbagie.
Il y aurait dans ce cas plus de trois diathèses chroniques, ce qui est peu important ; car d'une part Hahnemann n'a jamais entendu limiter le champ de la pathologie ; de Tautre, étendre l'application d'un principe, c'est lui donner une nouvelle consécration.
Or, la blennorrhagie est certainement une des maladies chroniques des plus communes; elle est même tellement fréquente que bien peu de jeunes gens ont évité de lui payer tribut.
Sur cette maladie les syphiliographes ont formulé les enseignements les plus contradictoires. Considérée par Hunter comme étant virulente au même titre que la syphilis, elle est devenue une infection locale, une sorte de catarrhe , que toutes les causes peuvent engendrer , qu'un simple excès vénérien saurait produire.
Ainsi que je l'ai dit ailleurs, cette opinion tient à ce qu'on a confondu sous le même nom tous les écoulements du canal de l'urèthre, ce qui est tout aussi contraire à l'observation que de vouloir réunir dans une même affection toutes les leucorrhées. Mais au miheu de ces écoulements divers, il en est un auquel M. Diday a donné le nom
de blennorrhagie type ^ et qui offre les caractères suivants :
1** C'est une maladie contagieuse, et qui se transmet de l'homme malade à l'homme sain avec tous ses caractères ;
2° Elle est inoculable, non pas avec la lancette, comme il arrive pour la syphilis, mais par la simple application du pus sur une surface saine capable de l'absorber;
3** Elle a des symptômes consécutifs : rhumatisme, coryza, ophthalmie, otite, etc., lesquels se développent loin du siège primitif du mal, ce qui prouve la généralité de cette affection.
Un caractère lui manque toutefois, je veux parler des formes héréditaires qui sembleraient lui faire défaut. Et cependant ici encore l'apparence ne correspond pas à la réalité.
Il y a en effet toute une série d'affections à marche chronique, héréditaires, soumises à des transformations fatales et aboutissant à de redoutables terminaisons, je veux parler de la scrofule. Maladie essentiellement chronique par sa marche et par ses caractères, les palhologistes n*ont jamais pu lui attribuer une forme primitive et contagieuse. Or, celle-ci ne paraît être autre que la blennorrhagie. Interrogez, en effet, les pères des enfants scrofuleux et qui ne sont pas scrofuleux eux-mêmes, et vous trouverez qu'ils ont eu des blennorrhagies ; bien plus, qu'ils étaient encore porteurs de quelque suintement au moment de la conception.
Comparez ensuite ces ophthalmies, ces otites, ces arthrites scrofuleuses aux ophthalmies, aux otites et aux arthriles blennorrhagiques, et vous serez surpris des analogies symptomatiques que vous rencontrerez entre ces
* Des Maladies vénériennes et de leur traitement komœopathique. i vol. iii-8", p. i93 et suiv.
74 COURS DE MÉDECIiNE IIOMŒOPATIIIQUE.
deux catégories d'affections que Tusage sépare, mais que l'observation rapproche ^
Vous serez conduits alors à diviser cette grande diathèse de la psore en deux familles : l'Iierpétisme, ayant pour forme primitive la gale; la scrofule, ayant pour point de départ la blennorrhagie*
Que devez-vous penser de la sycose?
Hahnemann la caractérise en ces termes : « Des excrois- « sances des parties génitales... excroissances qui, place sieurs jours ou même plusieurs semaines après Tinfec- « tionparle coït,survienneiit accompagnées généralement, « mais non toujours, d'une sorte d'écoulement gonorrhéi- « que par l'urèthre; sont rarement lisses et en forme de <( verrues, plus souvent molles, spongieuses, imbibées « d'un liquide fétide, saignant à la moindre cause, et sem- « blables à des crêtes de coq ou à des choux-fleurs... — « Cette maladie des fies, ajoute Hahnemann, a été fort ré- « pandue pendant les dernières guerres, depuis 1809 jus- « qu'en 1814; mais depuis cette dernière époque, elle est « devenue de plus en plus rare ^. »
Eh bien, messieurs, si vous interrogez maintenant les syphiliographes, ils vous diront qu'il y a des végétations contagieuses, donc primitives; ils ajouteront ensuite que, si l'on compare les maladies végétantes, depuis la verrue jusqu'au polype, on les trouve composées anatomiquement d'éléments semblables, de telle sorte que M. Diday a dit : La végétation est une verrue, formule qu'il aurait fallu prendre au rebours pour la rendre exacte, en proclamant que la verrue est une végétation^.
Nous voici en définitive en possession de quatre grands groupes de maladies chroniques :
* Voy. sur ce sujet le Mémoire sur les maladies scrofuletises, par M. Léon Simon père, et mon Traité des maladies vénériennes, p. 214
* Traité des maladies chroniques, 1. 1, p. H 6 et 117.
= Voy. sur ce sujet mon Traité des maladies vénér., p. 247 et suiv.
1° La psore, ayant pour forme primitive la gale ;
2° La syphilis, ayant pour point de départ le chancre ;
3"* La blennorrhagie, ayant pour origine une sécrétion muco-purulente et pour dernier terme la scrofule ;
4** La sycose, offrant comme première manifestation les végétations contagieuses. Pour ces quatre diathèses, nous pouvons remonter, comme le voulait Trousseau, delà constance des effets à celle des causes.
Car chacune se développe, se transmet sans jamais se confondre avec les autres ; le syphilitique reste tel et ne devient ni herpétique ni scrofuleux, ses enfants seront, comme lui, syphilisés, sans présenter de traces de scrofule ou d'herpétisme. L'espèce morbide est donc ici parfaitement caractérisée ; on ne peut la méconnaître.
lY
La pathologie hahnemannienne vous étant ainsi connue dans ses traits principaux, je veux vous la faire apprécier dans ses conséquences. Celles-ci sont nombreuses, et, ce qui est surtout intéressant, elles sont pratiques. Elles portent à la fois sur Tétiologie, la pathogénie, le diagnostic et le pronostic.
A. Etiologie. — Sous ce rapport, elle nous force à distinguer, entre les causes occasionnelles et les causes fondamentales, essentielles des maladies.
Vous l'avez pu voir, en effet, Thomœopathie n'admet pas qu'il y ait une série d'affections qui puissent naître sous des influences diverses et guérir avec une série de moyens, toujours les mômes, au milieu desquels la raison doit choisir. Pour elle, à chaque cause morbide correspond un état spécial, distinct de tons les autres, et réclaniant des médicaments appropriés.
7G COURS DE MÉDFXINE HOMŒOPATHIQIJE.
Pour bien comprendre la valeur et la justesse de cel enseignement, il faut vous reporter à la distinction que nous avons établie dans notre dernière séance entre la maladie et sa localisation, entre la dialhèse et les lésions matérielles. Car, s'il est vrai de dire qu'un organe puisse s'altérer par l'effet de causes diverses, que le poumon, par exemple, puisse se congestionner sous l'influence du froid, de Tétat typhoïde, du miasme rubéoleux, scarlatineux môme, il ne l'est pas moins que ces constitutions morbides qu'on nomme Finflammation, l'état typhoïde, rubéoleux, scarlatineux, relèvent chacune d'une cause spéciale à laquelle elles doivent leurs caractères et leur individualité.
De là vient que pour bien comprendre la valeur des détails dans lesquels je suis entré, il ne faut pas oublier le point de vue dynamique, lequel domine notre pathologie, comme il le fait aussi de notre physiologie.
Mais c'est surtout pour ce qui concerne les maladies chroniques que la séparation spécifique a toute sa valeur au point de vue de Tétiologie ; ici surtout il importe de no pas confondre la cause fondamentale, sine qua non^ de la maladie et Tinfluence passagère dont souvent elle parait dépendre. On se ferait, par exemple, de grandes illusions si l'on soutenait, comme Tout fait un grand nombre do pathologistes, que le froid, l'habitation des lieux humides, l'entassement, le défaut d'air et de lumière puissent en gendrer la scrofule ; ces conditions ne sont pas, en effet, plus aptes à les produire qu'elles ne peuvent faire naître la syphilis ou l'herpétisme. La cause fondamentale d'une maladie chronique, c'est le virus d'où elle relève *.
Cela veut-il dire que ces causes soient toujours sans effet? Non, évidemment; cela signifie seulement qu'elles
* Je puis faire remarquer que pour nous le virus est la cause de la maladie et non la maladie elle-même , comme a paru le croire le docteur Jousset dans sa leltre insérée au BuLlelin de la Société hornctopathique.
DE LA SPÉCIFLCIÏÉ. 77
ne sauraient déterminer l'explosion de la diathèse si le sujet n'y était déjà prédisposé.
Mais que faut-il entendre par ce mot : la prédisposition ?
Si vous voulez en apprécier exactement la valeur, il vous fautencore vous reportera l'enseignement de Hahnemann ausujet delà marche des maladies chroniques. Dans l'opinion de ce maître, opinion conforme à toute la tradition médicale, ces maladies offrent ceci de particulier, de ne pas se développer dune manière continue, mais par saccades. Ainsi qu'il le dit dans ce langage imagé, au- (|uel il sacritiait quelquefois, elles ont des périodes de sommeil. D'après cela, la prédisposition est la maladie chronique considérée à un de ces moments où l'état diaihésique existe sans localisations importantes.
Mais pour sortir de cet état latent, une impulsion secondaire suffit le plus souvent, la cause occasionnelle peut l'imprimer. Le sujet prédisposé est donc un sujet malade généralement, cl, chez lequel des localisations nombreuses sont en puissance. Tenant compte de celte distinction, nous ne dirons pas que le froid peut faire naître la phthisie, mais bien qu'il peut hâter le développement» des tubercules sur les sujets prédisposés parce qu'ils sontscrofuleux.
Nous rie dirons pas non plus que lés causes extérieures pourront amener des symptômes de syphilis secondaire ou tertiaire chez des sujets indemnes de toute infection vénérierme antérieure, pas plus que des manifestations (l'herpétisme, d'arthritis ou de scrofule; mais nous comprendrons comment, ces diathèses existant, les causes occasionnelles seront capables de hâter leur marche, d'activer leurs transformations.
L'hom«eopathie, messieurs, nous permet encors de fixer le sens d'un mot bien souvent employé en médecine, Théredite. Tous les pathologistes en font une cause morbide,
mais en fait nous pouvons y voir seulement le mode de transmission de l'état diathésique des parents à l'enfant. Cet état se trouvant en rapport, comme je l'ai dit, avec le virus infectant, la maladie héréditaire doit aussi en porter la marque caractéristique. Aussi voyez-vous le père syphilisé engendrer des enfants syphilitiques et non pas herpétiques ou scrofuleux, et ces enfants portera leur tour des marques évidentes de l'infection virulente qui leur a été transmise ; ce qui faisait écrire à mon père, dès 1855, cette réflexion : « Je le dis hautement, parce que c'est ma conviction, s'il est un point sur lequel la médecine se rattache à la morale, c'est évidemment celui qui nous occupe. Je ne sais rien de l'origine des virus chroniques, et personne dans la science n'en sait plus que moi ; mais je ne leur connais que deux origines possibles : ou l'humanité en a reçu le germe en naissant, ou rhomme en a puisé la source dans l'ordre naturel qui lui sert de milieu ambiant. A quelque hypothèse qu'on s'arrête sur l'origine des virus chroniques, toujours faut-il reconnaître qu'ils sont pour hous comme le lien de solidarité matérielle ou physiologique que la Providence a établi entre les membres de lespèce humaine. C'est par ce lien que les générations se touchent les unes les autres, physiquement, et qu'elles sont responsables les unes des autres, de même que, sous le rapport moral et politique, les pères répondent du bonheur de leurs enfants et par l'éducation qu'ils leur donnent, et par les institutions qu'ils leur lèguent*. »
B. Pathogénie. — Sur ce second point, les principes qui précèdent ne sont pas moins importants que pour le premier.
D'abord, en fondant les distinctions des maladies aiguës et des maladies chroniques surla nature même dfes causes
* Léon Simon, Cours de médecine homœopathiqiie y p. 505.
d'où elles relèvent, Hahnemann a repoussé la transformalion de ces deux ordres de maladies, rejeté, par conséquent, le passage d'une maladie aiguë à l'état chronique.
11 admet, au contraire, que toute maladie aiguë peut être entravée dans sa marche, surtout dans sa guérison, par une maladie chronique préexistante ; qu'autre chose est une inflammation frappant sur un sujet antérieurement sain ou sur un sujet syphilitique, herpétique ou scrofuleux.
En second lieu, s'il reconnaît la distinction spécifique des différentes diathèses chroniques, il ajoute qu'elles peuvent se trouver réunies sur un même sujet et donner ainsi naissance à ces maladies dont les caractères sont mal définis. Pour lui Id syphilis larvée, par exemple, est le résultat de la coexistence de la psore et de la syphilis, ce qui oblige à recourir successivement aux antipsoriques et aux antisyphilitiques pour en triompher.
C. Diagnostic. — La doctrine que j'ai développée jusqu'ici a également des conséquences importantes pour le diagnostic, lequel ne peut être fondé que sur la considération de l'ensemble des symptômes présentés par le malade; les symptômes généraux indiquant la diathèse, les symptômes locaux, ses formes et la période à laquelle elle est parvenue, les symptômes individuels nous faisant connaître l'individu malade, l'idiosyncrasie.
Éclairés par cet ensemble de caractères, nous pourrons remonter des effets à la cause, préciser cette dernière, et distinguer, entre toutes celles qui auront pu agir, les causes essentielles et les influences secondaires. Toutes ces données réunies, nous saurons de la maladie ce qu'il est utile d'en connaître pour la guérir.
D. Pronostic. — Celui-ci acquiert aussi une précision nouvelle par le seul fait de l'enseignement hahnemannien.
Vous ne saurez en douter, messieurs, pour les mala-
80 COURS DE MÉDI'XINE IlOMŒOPATHIOUr.
(lies chropiques, si vous voulez bien tenir comple des lumières si vives que les syphiliographes ont su répandre sur la diathèse objet exclusif de leurs éludes, en fixant sa marche, qu'ils ont reconnue elre régulière et non pas capricieuse comme on le croyait autrefois. Or, un mode de développement analogue existant pour la scrofule et pour l'herpétisrae, il sera toujours possible de prévoir les évolutions possibles, en tenant compte des symptômes actuels et de tous ceux qui les ont précédés; en un mot du présent et du passé; par là se trouve fixée la valeur des antécédents.
S'agit-il d'une maladie aiguë ou bien d*une affection chronique, le pronostic prendra une précision plus grande par le seul fait de la connaissance de l'espèce à laquelle cette maladie répond, par l'impossibilité de certaines transformations et la nécessité au contraire de plusieurs autres.
E. Traitement. — Mais c'est surtout dans les conséquences thérapeutiques, c'est-à-dire relativement au choix des médicaments, que la théorie de la spécificité a une immense valeur.
De la spécificité pathologique M. Bouchut avait conclu à la recherche d'une médication spécifique, comprenant des moyens empiriques, irrationnels, occultes, suivant €et auteur, mais qui existent, dit-il. Honneur à qui pourra les découvrir I
Honneur, dirai-je plutôt, à celui qui nous mettra en possession de la loi capable de nous les faire reconnaître ! Cette loi étant précisément la loi des semblables formulée par Hahnemann, honneur, devons-nous dire, au fondateur de l'homœopathie!
Ainsi, messieurs, ici encore tout s'enchaîne. Si les pa- Ihologistes ont pu conclure avec Sydenham de la spécifi- •cité morbide à la nécessité de la spécificité thérapeutique, Hahnemann a su s'élever de la dernière à la première, et
il Ta fait sans rencontrer d'obstacles sur sa route. Nous ne pouvons ainsi sôpart/r ces deux parties de son enseignement. Il ne nous est pas plus permis de le l'aire, que nous n'avons pu séparer la loi des semblables de la notion du dynamisme vital. La loi de similitude, pour être rigoureusement justifiée et logiquement appliquée, ne peut être distraite de l'ensemble de la doctrine.
11 vous est facile aussi déjuger maintenant ce reproche, si souvent adressé à Ilahnemann, de navoir rien su faire de bon pour la pathologie. Quoi de plus large, en effet, et de plus pratique que toutes les notions précédentes, nettement formulées dans VOrganon et le Traité des maladies chroniques^ et dont vous retrouverez des germes dans les opuscules , surtout dans l'Essai sur les maladies vénériennes^ dont j'ai donné la traduction en 1855 !
Ces germes, il fallait les dévt^lopper; mon père y mit tous ses soins. Dès son cours de 1855, il insistait sur la valeur des travaux de Hahnemann en pathologie générale ; plus tard, il lut à la Société de médecine homœopathitjue des mémoires restés inédits ; les commentaires sur VOrganon lui permirent enfin d'exposer ces vérités avec tous les dé* veloppements qu'elles comportent.
On l'a dit avec raison, ces commentaires font partie de mon héritage ^ J'ajoute, messieurs, que c'est la partie dont je suis le plus fier et que j'ai le plus à cœur de défendre, parce que j'y vois de grandes vérités et d'utiles conseils. Vous le comprendrez mieux encore, si vous voulez bien comparer la doctrine qui s'y trouve exposée avec celles qui régnaient au moment où Hahnemann écrivit l'Organon et celles qu'on adopte aujourd'hui.
Lorsque Hahnemann publiait son livre, deux hommes dominaient la médecine, Brown et CuUen, tous deux essentialistes et non pas spécificiens, elBroussais se.prépà-
* Art médical^ n* de janvier 1868.
82 COURS DE MÉDECINE HOM(EOPATHIQlE.
rail à s'emparer des esprits, en critiquant ce qu'il appelait les onlologistes, sans s'apercevoir que l'inflammation, telle quil la comprenait, était aussi uneessentialité morbide.
Ce fut en présence de ces doctrines, généralement admises alors, qu'Hahnemann, recueillant l'héritage de Sydenham, posa la nécessité de la spécificité, spécificité reconnaissable par l'ensemble des symptômes, et qui nous débarrassait de la recherche de la prima causa morbi^ de celte nature essentielle des maladies qu<3, depuis Galien, on poursuivait toujours sans la rencontrer jamais. Ilahnemann ramenait donc ainsi . la pathologie à l'observation seule, comme il le faisait pour la matière médicale et la thérapeutique. En cela il traçait un sillon qui devait bientôt être suivi, et au milieu duquel devaient se rencontrer les médecins, depuis Brelonneau jusqu'à Trousseau et ses disciples les plus directs. Lorsque nous voyons aujourd'hui M. Bazin séparer les maladies aiguës de la peau des dermatoses chroniques, diviser ces dernières en plusieurs classes auxquelles il donne le nom d'herpétisme, de scrofule, d'arthritis et de syphilis, ajouter à ces catégories les maladies médicinales de l'enveloppe cutanée, nous sommes en droit de soutenir qu'il n'y à dans cet enseignement rien autre chose qu'une heureuse application de la doctrine hahhemannienne.
A nous, messieurs, de continuer l'œuvre du maître, non pas en dissimulant les emprunts que nous devons lui faire, mais en les proclamant hautement. A nous de rapprocher son nom de celui des médecins qui établirent pour la science la valeur exclusive de l'observation, et de montrer qu'il sut ramener Fart dans la voie tracée par Hippocrate, reprise par Sydenham, voie qu'il n'abandonna jamais.
DE LA MÉTHOWE. 8^