METHODE DE TRAVAIL
La première règle à suivre pour s'élever dans l’art de la sténographie, et acquérir en peu de temps la vitesse professionnelle, c’est de s’habituer à tracer les signes d’une manière rigoureusement exacte.
Bon sténographe, bon calligraphe.
Pour peu que l’on s’écarte de cet axiome, on tombe dans les plus graves inconvénients : il est toujours difficile de se relire même en écrivant à main posée, à plus forte raison lorsqu'on écrit vite.
La déformation des signes provoque alors à chaque instant des erreurs préjudiciables au sens, ou place le traducteur en face d’énigmes indéchiffrables.
Enfin, l'absence de régularité dans les tracés rendrait impraticable l’emploi des procédés abréviatifs, ceux-ci reposant sur une absolue précision de l'écriture phonétique.
C’est ainsi qu'on doit scrupuleusement se conformer, pour la position des voyelles, aux règles de la Méthode élémentaire,
Une partie de ces règles sont tirées de !1 Méthode élémentaire des frères Duaployé. Elles se résument en cette formule : Au milieu ou à la fin des mots, les voyelles à, u, an, in se rapprochent, et les voyelles 6, eu, on, un s’éloignent autant que possible du coin supérieur droit du manuscrit.
Nous avons substitué ces expressions : se rapprochent ou s’éloignent du coin supérieur droit du manuscrit, aux termes de la Méthode élémentaire, en remontant où en avançant, en reculant ou en descendant, l'association quelque peu amphibologique de toutes ces désinences en ant, et la nécessité sans cesse renouvelée d’en choisir une sur quatre au gré des circonstances, risquant de susciter parfois certaines hésitations dans l'esprit de l'étudiant.
Nous avons en second lieu arrèté la signification de cet ‘ «autant que possible ”, au détriment sans doute de la simplicité, ou plutôt de la brièveté, mais au grand avantage de la précision, en nous reportant aux tracés admis par le chef de notre École dans ses ouvrages et ses publications périodiques,
Les autres règles de ce tableau s'appliquent aux cercles dans tous les cas, et aux fractions de cercles au commencement des mots ; elles sont propres au Cours DE MBTAGRAPHIE, et servent à distinguer les voyelles phoniques des vevelles symboliques, la Sténographie Duployé laissant ces tracés au choix du
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Le principe adopté est le suivant : l:s voyelles phoniques, dans les cas précités, se tracent à l’intérieur de la consonne dont elles dépendent,
C'est la position la plus conforme au mouvement naturel de la main. ££<e
La seconde mesure à prendre pour atteindre à la pratique de la métagraphie, c’est d'abandonner complètement l’accentuation de la Méthode Élémentaire ; plusieurs procédés abréviatifs sont fondés sur cette omission, qui n’offrira d’ailleurs aucun inconvénient pour la lisibilité 42 l'écriture, si l’on a soin de se conformer aux règles dont nous parlons plus haut. Nous engageons vivement les professeurs qui se préoccupent de former des praticiens, à enseigner dès le début à leurs élèves ces règles de position. Elles permettront à ceux-ci d'éliminer promptement tous les signes accessoires, et faciliteront beaucoup leurs premiers pas dans l'étude de la métagraphie.
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Un autre principe, également essentiel, est de ne tolérer dans l'écriture de l'élève aucun angle inutile ; se montrer impitoyable à l'égard des fautes de cette nature, c'est tarir une source trop féconde de pertes de temps et d’erreurs, et couper dans sa racine une habitude funeste, qui, une fois invétérée, résisterait à toutes les tentatives.
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il est enfin un dernier précepte que nous n’hésitons pas à considérer comme la clé de voñte de l'écriture rapide, et sans l’accomplissement duquel le sténographe ne fera jamais qu'un mauvais praticien : l’évolution de la main doit être uniforme.
Il faut que chaque monogramme, que chaque lettre, que chaque portion de lettre soient tracés d’un mouvement doux, régulier, continu ; il faut que la plume n'éprouve aucun arrêt pour passer d’un signe au signe suivant ; il faut enfin que la vitesse, en dehors de l'accélération produite par l’assouplissement graduel de la main, reste toujours et partout la même, sans s’accroitre aux lignes droites, sans ralentir aux courbes, sans procéder par soubresauts ni saccades, sans subir en un mot d'oscillation d'aucune sorte.
Pour employer une comparaison qui nous fera mieux comprendre, la plume doit s’avancer sur le papier d’une marche aussi égale, aussi constante, que si elle était actionnée par un mouvement d'horlogerie,
Plus on serrera cette règle de près,moins on aura à se hâter dans la reproduction d’un discours. Le véritable praticien écr it lentement.
Ne perdant aucun femps, il est inutile qu'il se presse, Le sténographe dont la main se précipite, s’interrompt au contraire chaque fois qu'il passe d’un signe à l’autre, d'un mot au mot suivant, et ces instants de raison, imperceptibles en eux-mêmes, représentent additionnés plus de la moitié discours.
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Il est d’ailleurs facile de réaliser la condition dont nous parlons, pour peu qu'on s’en préoccupe au début, avant d’avoir contracté une habitude contraire, Le moyen assuré d'y parvenir est d'écrire le plus lentement possible, et de faire mouvoir les doigts et le poignet, sans manœuvrer l’avant-bras.
Après quelques semaines de cet exercice, on sera tout étonné de l’aisance et de la souplesse avec laquelle la main tracera les monogrammes, et l’on s’accoutumera peu à peu à entrevoir comme d’un seul coup d'œil, non plus des signes successifs, mais l’ensemble même du sténogramme à tracer.
Car de même qu’en lisant un texte quelconque, on doit pénétrer instantanément la signification des mots, sans être obligé de les épeler, de même, dans l'écriture rapide, on doit arriver à cet état, que les sténogrammes ne se présentent plus à l'esprit comme une suite de voyelles et consonnes, nettement délimitées l’une par l’autre, mais comme un signe unique, à former d'un seul trait.
‘ La perfection d'un mot, écrit M. Michel Bréal, est d'arriver à l'état de “ simple signe, laissant clairement voir l'idée, sans trouble ni réfraction ?.
Cet automatisme de la main et cette activité de l'esprit sont la pierre de touche du praticien.
EXERCICES MÉTAGRAPHIQUES.
C'est à la suite de ce travail que l’on doit aborder les procédés abréviatifs,
Ce serait une erreur d'en différer trop longtemps l'application.
Le débutant doit s’y livrer dès qu'il est sorti de la période calligraphique.
A quoi bon s’acharner sur des tracés qu'il se verrait obligé de désapprendre plus tard ?
Il doublerait ainsi bien inutilement sa peine, et sa main, habituée à certains graphismes, deviendrait assurément moins souple et moins docile lorsqu'il s'agirait de contrarier des mouvements auxquels il se serait efforcé de la plier tout d’abord,
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L'étude du présent système, dont toutes les règles se tiennent étroitement, doit d’ailleurs être menée avec rapidité.
Aussi longtemps qu’on ne le possédera qu’en partie, les mots abrégés n'offriront qu’une physionomie d'emprunt, n'ayant aucun rapport afec leur forme définitive. Le travail d’assimilation de l'esprit ne pourra donc utilement s’accomplir sur de tels monogrammes. Tout au contraire, il faudra s’efforcer de ne point en conserver l'aspect dans sa mémoire, d'où une perte de temps et un travail à rebours qu'on pourrait éviter,
On commencera par la juxtaposition représentant l’article, puis on passera aux abréviations générales, en s’arrêtant quelques jours seulement sur chacune d'elles : on abordera enfin le principe fondamental dont l'application
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Quant aux abréviations finales, qui n'offrent qu'un intérêt secondaire, et aux abréviations conventionnelles, on ne les verra que lorsqu'on sera suftisamiment versé dans les premières,
Toute cette étude préliminaire ne prendra pas au maximum plus d’une quinzaine de jours.
Aussitôt qu'on pratiquera les abréviations d’une manière correcte et régulière, on abordera les exercices de vitesse.
L'étudiant choisira de préférence un texte qu'il saura par cœur; il le transcrira en métagraphie, et, lorsqu'il en aura en main toutes les phrases, tous les alinéas, à l’écrira chaque jour en ectier plusieurs fois de suite, avec la plus grande rapidité possible (1).
Comme l’observe judicieusement M. Cuvellier, ces exercices constituent les gammes du sténographe.
Ainsi préparé, l'étudiant pourra sans peine attaquer le morceau de résis. tance qui doit enfin l’élever au titre de praticien : nous voulons parler des dictées et des cours publics.
Il commencera par la dictée, d'un abord plus accessible, puisqu'il peut à son gré diriger la vitesse du débit.
La sténographie des cours publics, des débats parlementaires ou judiciaires, des discours et des sermons prononcés à une certaine vitesse, formera la dernière période d'entraînement de l’aspirant-praticien ; elle lui donnera son dernier lustre et sa consécration suprême
Sans être absolument indispensable, une telle pratique n’en est pas moins d’une grande utilité, puisqu'elle place le sténographe en présence des difficultés mêmes qu'il devra surmonter dans le cours de sa carrière, C'est ainsi qu’il prendra l'habitude d'écrire dans des positions plus ou moins incommodes ; il s’aguerrira contre la fougue et la prolixité des orateurs ; il acquerra une lucidité d’esprit, un calme, une maîtrise qui lui feront véritablement dominer son sujet (2).
La fréquentation des cours publics aura enfin pour l'étudiant cet inappréciable avantage d'étendre et de fortifier sa culture intellectuelle,
(1). MM. Estoup, sténographe de la Chambre des députés, en France, et M. J.-B. Weber, sténographe du parlement de Luxembourg, qui remplissent aujourd'hui si supérieurement leurs fonctions, ont eu l'ingénieuse idée, au début de leur période d'entrainement, de se composer un texte d'environ mille mots, renfermant les expressions les plus usitées du style parlementaire. Après l'avoir appris par cœur, its l'ont écrit plusieurs fois en sténographie abrégée, et sont ainsi parvenus, en un laps de temps fort court, à une très grande rapidité.
(2). Ilest bien entendu que tous ces exercices de vitesse ne doivent pas faire abandonner complètement à l'élève les copies à main posée du début. Celles-ci restent nécessaires pour conserver à la sténographie la régularité du mouvement et la correction des tracés. ‘L'emploi exclusif des gammes sténographiques, constate M, Choquenet, éminent pédagogue français, tend à déformer l'écriture, C'est ainsi que M. Michel Bréal, dans une étude sur la Phonétique, observe qu'en signant son nom une dizaine de fois, la dixième signature se trouve ordinairement la moins Lsible, M, l'abbé Émile Duployé avait déjà constaté, durant l'année 18S8, que c'était toujours le dernier chiffre qui était le plus mal conformé D'où la nécessité, conclut M, Choquenet, d'alterner les exercices calligraphiques avec les exercices de
vitesse, en s'appliquant plutôt à in métagraphie intégrale exécuice à toute vapeur 7
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Si l'on ne demande pas à un sténographe de professer de omni re scibili, il doit être cependant, au moins superficiellement, pour peu qu'il soit soucieux de son art, une véritable encyclopédie vivante,
Ne faut-il pas qu'il connaisse la technologie de toutes choses, car l’orateur qu'il est appelé à suivre peut à chaque instant faire des allusions scienti. fiques ou littéraires, employer des formules spéciales, ou des mots empruntés à une langue étrangère, L
A défaut de ces notions générales, il pourra, comme certain sténog aphe autrichien, écrire gravement qu'un tribunal est composé de Dragons, ou prendre une édition Princeps pour une édition de Princesse.
En sténographie comme ailleurs, l'ignorance est une source intarissable de méprises. Quelque rigoureusement phonétique que soit le système qu'on emploie, lorsqu'un orateur prononce ces temps de service, ne peut-on pas entenc're sept ans de service, et lui faire dire toute autre chose que sa pensée ?
Nous ne saurions donc trop recommander aux jeunes sténographes de varier le sujet de leurs exercices, et de se familiariser autant que possible avec toutes les questions qui pourraient se présenter dans leur vie.