RÉSUMÉ ET CONCLUSIONS
Nous avons l’honneur de présenter à l’Académie le résumé et la conclusion de ce Rapport dans l’ordre meme où les matières qui en font l’objet ont été renvoyées à l’examen de la Commission par l’Académie elle-même.
1°. Examen de la Note de M. Donné.
Résumé. — M. Donné en proposant , pendant l’épizootie , l’usage du microscope pour distinguer le lait normal du lait des vaches malades , et l’emploi de l’ammoniaque qui , sans action apparente sur le premier , épaissit plus ou moins le second , a atteint le but qu’il s’était proposé , puisque toutes nos observations ont été conformes à sa proposition. Mais en rappelant, d’après M. Donné lui-même, que les caractères qui distinguent le lait morbide du lait normal se retrouvent dans le colostrum et dans des laits qui ont reçu l’influence d’affections fort différentes de la cocote , nous avons fait remarquer que les caractères proposés ne sont point spécifiques à une affection particulière.
Conclusion. — Nous proposons à l’Académie qu’elle veuille bien remercier M. Donné de la communication de sa Note , et l’engager à continuer ses observations microscopiques sur la constitution physique des liquides animaux , afin qu’il cherche à multiplier autant que possible les caractères propres à distinguer les différentes sortes de globules de ces liquides en recourant à l’emploi des procédés chimiques , comme il a déjà commencé à le faire.
1°. Effets qui peuvent résulter de t usage du lait des vaches malades.
Résumé. — La Comnîission a été nommée à une époque trop rapprochée de la fin de l’épizootie pour qu’elle se soit livrée à
des recherches propres à définir les eifels du lait morbide sur l’économie animale; car en supposant même qu’il lui eût été facile de les constater par la voie de l’expérience, elle eût été dans l’impossibilité de le faire , faute d’une quantité sufiisante du lait morbide. Les renseignements qui sont parvenus h sa connaissance étant négatifs relativement aux mauvais effets de ce lait sur l’économie animale, elle a fait remarquer que les observations microscopiques et chimiques ne sont point en désaccord avec ce résultat. Mais la Commission , en arrivant à cette conclusion , ne l’a point présentée dans un sens absolu , et c’est pour qu’on ne se méprenne pas sur sa manière de voir à ce sujet qu’elle a cité 5 sous le nom des auteurs qui les ont fait connaître, trois cas où l’on assure que des vaches attaquées d’aphthes ont communiqué cette affection à trois vachers. A la vérité , si ces faits sont exacts , la cause matérielle de la maladie ne se trouvait pas dans le lait; mais comme la source du virus pourrait être voisine des organes mammaires , ce voisinage a paru un motif suffisant à la Commission pour appeler l’attention des observateurs sur la vérification des faits avancés. En définitive, la conclusion de la Commission sur l'innocuité du lait des vaches attaquées de la cocote est empirique et ne dérive point par conséquent d’un système d’ expériences institué pour la démontrer.
3®. Recherches qiCil conviendrait d’entreprendre, non-seulement dans le cas de retour de l’épizootie, mais encore dans le cas où des maladies épidémiques contagieuses et d’infection se développent.
Résumé. • — ^ Il a été impossible à la Commission de faire un plus grand nombre d’observations que celles qu’elle a exposées, faute de lait morbide ; mais ces observations ont suffi pour établir les caractères qui distinguent le lait normal d’un lait morbide ; ces caractères résident principalement dans l’homogénéité ou l’hétérogénéité des globules , la propriété de conserver la mobilité de ses particules par l’addition de l’ ammoniaque, ou de la perdre jdus ou moins.
Dans l’opinion où elle est de l’importance qu’il y a pour les
progrès des sciences chimiques, physiologiques et medicales, de rassembler le plus possible de connaissances précises, et coaséquemment indépendantes de tonte hypothèse sur la cause immédiate des épizooties, des maladies épidémiques, contagieuses, d’infection, etc., elle a profilé de l’occasion que l’Académie lui a oEFcrte lorsqu’elle l’a chargée de voir sHl ne connendrait pas de provoquer des recherches sur l’épizootie régnante , pour traiter non plus une question trop tardivement posée , mais pour examiner la question générale dont celle-là n’est qu’un cas particulier. Sous le point de vue où elle s’est placée , elle a dû s’occuper des recherches concernant ;
1°. La nature des matières constituant immédiatement les animaux I
2°. La nature des matières du monde extérieur en rapport avec les êtres organisés qui sont exposés à être frappés par une épizootie, une maladie épidémique , contagieuse, d’infection.
Les recherches concernant la nature des produits morbides ne peuvent être entreprises avec succès qu’autant qu’on peut comparer leurs principes immédiats avec ceux qui constituent à l’état sain les matières correspondantes à ces produits ; car de cette comparaison se déduisent les modifications qu’une maladie a pu apporter à la composition des animaux. La nécessité d’avoir réduit en formules précises les procédés chimiques au moyen desquels on isole les corps qui doivent servir de termes de comparaison , une fois posée en principe , nous nous sommes efforcés de démontrer que les analyses normales propres .à donner ces termes, ne peuvent être entreprises avec quelque chance de succès que dans le cas où l’oo connaît bien les propriétés principales de tous les principes immédiats de la matière objet de l’analyse. Conséquemment, si cette connaissance manque, il faut l’acquérir avant tout, et la voie la plus sûre pour y parvenir est de chercher à isoler de toute matière étrangère, nonseulement les principes présumés identiques à ceux qui doivent être V objet de V analyse normale, mais encore ceux qui y sont analogues, afin d’ établir des types de matière définie par un en-
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semble de propriétés qiiil soit facile de constater dans V analyse projetée.
Nous avons envisagé ensuite les gloLules des liquides comme des matières, et conséquemment comme sujettes à l’analyse chimique, qui doit être immédiate avant d’être élémentaire, si ces globules renferment plusieurs espèces de principes; nous avons posé la règle que Videntité entre des globules donnés nest admissible qu autant que l’identité de propriétés et de composition chimiques -concorde avec l’identité des autres propriétés.
Ces généralités une fois établies, il nous a été facile de faire concevoir que, faute d’une analyse normale du lait, la Commission n’aurait pu se livrer à des recherches vraiment approfondies sur le lait des vaches attaquées de la cocote, lors même qu’elle en aurait eu à sa disposition des quantités suffisantes. Enfin, nous avons fait remarquer que l’incertitude où l’on est sur la composition immédiate du pus, qui présente des variations de nature non définies, apporte encore des difficultés , par sa présence dans le lait morbide , à l’analyse de ce dernier.
En parlant de la recherche des principes du monde extérieur qui ^out capables de troubler la santé des êtres animés , nous avons cherché à expliquer clairement en quoi consiste réellement ce qu’on appelle V impuissance de la chimie, dans le cas où l’examen chimique d’une atmosphère soupçonnée viciée, conduit à un résultat négatif. En supposant qu’elle soit réellement rendue délétère par la présence d’un corps qui se soustrait à l’analyse, à cause de la faible proportion où il s’y trouve, nous avons vu que celte impuissance n’est que relative , puisque le but pourrait être atteint par la perfection d’un procédé mécanique ou physique propre à condenser ou à refroidir les vapeurs disséminées dans un gaz , s’il ne pouvait pas l’être même par des recherches exclusivement chimiques.
Nous avons appelé l’attention des chimistes sur la recherche des principes qui peuvent être la cause de maladies épidémiques, celle des maladies contagieuses et d’infection, comme rentrant essentiellement dans son esprit , et nous avons assimilé cette recherche à celle qui a amené l’isolement des principes.ac-
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tifs de l’opiüni, du quinquina, etc., etc. •, mais en faisant ce rapprochement, nous avons dit que la découverte d’un principe actif dans l’atmosphère, dans un produit morbide, etc., n’est incontestable que quand V expérience a démontré que le principe isolé de toute matière étrangère' a produit sur V économie animale les effets quon lui attribue.
Conclusion. — - Avoir signalé les difficultés de l’analyse immédiate - des produits morbides, et celles de la recherche des principes actifs auxquels on peut attribuer des épizooties et des maladies qui frappent un grand nombre d’individus à la fois; avoir indiqué la voie qui nous semble la plus sûre pour les surmonter, c’est avoir satisfait déjà à une partie de la question que l’Académie nous a chargés d’examiner ; nous pensons compléter notre réponse en demandant le renvoi de la proposition suivante à une Commission :
Aura droit à un prix Montyon, V auteur d’un travail qui sera jugé par la section de Chimie , avoir avancé d’une manière remarquable les connaissances concernant particulièrement la distinction et la définition des espèces des principes immédiats qui constituent les parties solides et liquides des animaux, ou les connaissances concernant la détermination des principes auxquels l’air, les eaux, des matières morbides, peuvent devoir, dans certains cas, l’influence qu’ils exercent sur les animaux en général et l’homme en particulier.
Nous espérons que les chimistes attachés à des écoles vétérinaires, à des établissements agricoles, en un mot, que tous ceux qui sont en po.sition de se procurer facilement des produits animaux, soit à l’état normal, soit à l’état morbide, s’empresseront de répondre à l’appel que nous faisons, en supposant, bien entendu, que notre proposition soit adoptée par l’Académie.
DOCtJMENTS.
TABLEAÜ DES EXPÉRIENCES SUR l’iNJECTION DU LAIT DANS LES VAISSEAUX SANGDINS.
19 mars i84i- — Injection de 2 grammes de lait de vache dans la veine porte d’une grenouille. En observant la circulation dans les vaisseaux de la langue , on aperçoit un grand nombre de globules laiteux mêlés aux globules du sang , et circulant avec eux.
Le 20. — Même état à peu près de la circulation. Il existe encore un bon nombre de globules laiteux dans le sang. — L’animal paraît bien portant.
Injection de lait sur une autre grenouille. Même résultat.
Ze 16 juin. — ■ Injection de 3 grammes de lait par la veine porte d’une grenouille.
Les l'j et 18. — Même injection sur deux autres grenouilles.
' — ■ Même résultat immédiat.
Le 25. »— Je ne trouve plus aucune trace de globule laiteux dans le sang. Les grenouilles sont en très-bon état ; les plaies ne .sont pas cicatrisées.' — Plusieurs autres injections de lait chez les grenouilles ont offert le même résultat.