EXAMINE AU MICROSCOPE
On connaît les mouches volantes y les filaments qui passent devant les yeux, qui semblent voltiger dans l’air quand on regarde le ciel,^ et qui dépendent de l’organe même de la vision; tout le monde a plus ou moins de disposition à voir ces objets, et quelques personnes en sont affectées au point de s’inquiéter, de se croire menacées de cataracte ou de quelque autre trouble de la vue; il est bon de savoir à quoi s’en tenir sur ces objets, afin de rassurer les personnes qui s’exagèrent l’inconvénient de cette circonstance, et qui croient être atteintes d’une infirmité qui n’est qu’une disposition générale et universelle; mais les mouches volantes intéressent particulièrement les micrographes et surtout les débutants, qui ne savent pas toujours distinguer ce qui vient de leur œil de ce qui appartient à l’objet examiné; rien de plus commun , par exemple, que d’attribuer un mouvement à des objets immobiles, uniquement par suite du déplacement de ces petits filaments en forme de chapelets qui voltigent entre l’œil et le champ du microscope. Nous devons donc faire une étude spéciale de ces particules sous le rapport de leur cause, de leur nature, et des formes quelles affectent ordinairement.
Quant au premier point, on ne peut leur attribuer d’autre origine et d’autre siège que l’œil lui-même, et d’autre nature que celle de certaines parties constituantes de l’organe de la vision ; ce n’est ni dans l’es-
pace qu’existent ces objets, ni dans les matières que l’on examine; on peut s’en assurer en passant la main devant soi, en agitant l’air dans le point qu’ils semblent occuper, en les considérant dans diverses directions et dans divers points du ciel, ou bien en regardant dans un microscope éclairé, mais dépourvu d’objets à examiner; on remarquera que ces particules suivent tous les mouvements des yeux, et quelles conservent toujours les mêmes formes. Appartiennent-elles aux parties extérieures du globe oculaire, sont-elles dans* les larmes qui lubrifient la surface de l’œil, ainsi qu’on a voulu le prétendre? assurément non., car les frottements exercés sur les yeux, ne changent rien à ces filaments, dont la disposition et la forme sont à peu près constantes dans chaque individu.
Il est beaucoup plus probable que ce sont les parties intérieures, les globules de quelqu’une des humeurs internes que l’on aperçoit dans son propre œil ; et ce n’est pas seulement parce que nous trouvons, dans les humeurs de l’œil , des globules à peu près semblables pour l’aspect à ceux dont se composent ces filaments, que nous émettons cette opinion; mais où placer le siège de ces particules, de ces filaments, lorsque nous voyons qu’ils suivent tous les mouvements que l’on imprime au globe oculaire, qu’on augmente à volonté leur dimension en regardant près ou loin dans l’espace, et que rien de ce qui vient changer les circonstances extérieures, n’a d’influence sur la foimie et la disposition dè ces mouches volantes?
Dans tous les cas, et quels que soient le siège et la nature de ces corps, toujours est-il que chacun les voit,
qu’ils sont plus- on moins apparents, plus ou moins opaques, qu’ils existent en plus ou moins grand nombre , suivant les individus, et que leur étude présente de l’intérêt, au point de vue surtout de l’observation microscopique.
Nous n’avons parlé jusqu’ici de ces corps qu’en général, mais nous devons entrer dans les détails de leur structure , établir des distinctions , des catégories entre eux, attendu qu’ils sont de plusieurs espèces.
Les mouches volantes , les Glaments, les toiles d’araignée, existent dans tous les yeux, et je n’ai encoi-e rencontré personne qui ne se plaignît d’en être affecté à un plus ou moins haut degré; c’est le premier objet que l’on aperçoit dès que l’on s’occupe du phénomène que nous étudions, et rien n’est plus facile que de le faire apparaître. Il suffît de cligner les yeux en regar-* dant un point bien éclairé , un mur ou mieux des nuages blancs, un globe de lampe, la flamme même d’une bougie , pour distinguer ces filaments avec la forme qui leur est propre dans chaque individu; ils passent devant les yeux en s’abaissant , en tombant pour ainsi dire vers la partie la plus déclive, et si on les examine avec attention, on voit que ees filaments ne sont pas simples dans leur structure ; ils paraissent composés de petits globules fixés à une certaine distance les uns des antres, et pour donner une idée juste de leur apparence, on dirait de petits vaisseaux contournés sur euxmêmes, en partie vides et en partie remplis de petits globules arrêtés et immobiles ; aucun signe de mouvement, de circulation ne se manifeste dans rintérieur de ces espèces de canaux. La Jig. 83 représente l’aspect
que ces filaments affectent dans l’un de mes yeux et
dont la disposition est stable.
La meilleure manière d’observer ces filaments est de regarder, à travers un trou d’épingle percé dans une carte, un point bien éclairé. Ces filaments viennent fréquemment s’interposer entre l’œil de l’observateur et le champ du microscope, dans lequel on cherche de petits objets, et gêner l’observation ou simuler des mouvements dans la matière que l’on examine.
Certaines personnes, non pas toutes , découvrent par ce même procédé , d’autres globules d’un aspect remarquable, composés de deux anneaux concentriques dont l’interne est très-prononcé, très-noir, et avec un point brillant au centre {fig. 84); ces globules rares et dispersés sont libres et non liés entre eux; ils n’occupent pas toujours le même point dans le champ de la vision ; tantôt on n’en trouve aucun , tantôt on en voit passer plusieurs , et il arrive souvent qu’un d’entre eux vient se fixer dans l’axe même du rayon visuel, de manière à gêner beaucoup la vue lorsqu’on veut étudier de très-petits détails au microscope; lorsque cette circonstance se présente et surtout lorsqu’on est une fois préoccupé de ces petits corps, qui accompagnent l’œil dans tous ses mouvements, marchant à droite, à gauche, en haut, en bas, suivant qu’on porte l’œil dans ces différentes directions , il faut renoncer pour le moment à l’observation microscopique et la reprendre un peu plus tard.
Enfin, en considérant avec encore plus d’attention le champ de la vision à travers un trou d’épingle, ainsi que nous l’avons dit , on voit que ce champ tout
entier est rempli par de ti’ès-petits globules, très-transparents, serrés les uns contre les autres {fig. 85) et occupant absolument tout l’espace que la vue embrasse. Tout le monde ne réussit pas du premier abord à voir cette dernière espèce de globules , et il faut quelquefois des observations répétées pour les découvrir; il est donc inutile de dire que ces globules ne viennent jamais gêner ni troubler l’observation microscopique.
Tels sont les différents objets qui apparaissent en certaines circonstances au-devant de l’œil , et qui font illusion aux débutants; il suffit d’être averti pour échapper à cette cause d’erreur; rien de plus facile en effet que de distinguer ces apparences de la réalité; on peut toujours s’assurer qu’elles dépendent de l’œil en remarquant qu’elles suivent tous les mouvements de cet organe , qu’elles sont liées à toutes ses évolutions, qu’elles subsistent indépendamment des objets en expérience, et que par conséquent elles n’appartiennent pas à la matière placée sur le porte-objet du microscope.
Maintenant si on me demandait mon opinion sur le siège de ces corpuscules voltigeants, sur le point de l’œil qu’ils occupent, je dirais que suivant moi, c’est à la capsule antérieure du cristallin, à l’humeur de Morgagni et au cristallin lui-même qu’il faut les rapporter ; mais ce n’est là qu’une opinion.
BAPPORT
OBSERVATIONS CONCERNANT LE LAIT DES VACHES AFFECTÉES DE LA MALADIE VLXGAIREMENT APPELÉE LA COCOTE,
PRÉSENTÉES A t’ ACADÉMIE
Par M. le Uoctenr Al. DOKRîK ;
Suivi de Considérations générales relatives à la recherche des matières actives sur l’économie animale qui •peuvent se trouver dans les produits morbides, L’ atmosphère et les eaux.
(Commissaires, les membres de la section de Chimie et M. Turpin,
M. CHEVEEtjt , rapporteur. )
(Extrait des Comptes rendus des séances de F Académie des sciences, séance du i8 mars iSSg.y
INTRODUCTION
L’épizootie qui, sous le nom de cocote, a frappé la plupart des vaches de Paris et uu grand nombre de celles de la banlieue, a été pour M. Donné une occasion d’examiner l’influenee de cette maladie sur plusieurs des propriétés du lait , et particuliérement sur celles qu’il présente lorsqu’on l’observe au microscope. On appréciera mieux l’intérêt qui s’attache aux observations de l’auteur lorsque nous aurons rappelé celles qu’il a consignées dans une brochure publiée en iBS-j sous le titre : Da Lait, et en particulier de celui des nourrices, considéré sous le rapport de ses bonnes et de ses mauvaises qualités nutritives, et de ses altérations,
M. Donné reconnaît , avec Leeuwenhoek et tous ceux qui de-
puis cet observateur ont soumis le lait au microscope, que ce liquide est composé de deux parties distinctes ; i°. d’eau tenant en solution différents corps; 2°. de globules qui, en suspension dans cette eau, lui donnent l’aspect laiteux. Mais M. Donnén’admet que des globules gras ou butyreux, tandis que Leeuwenboek y admet encore des globules d’une autre nature. M. Donné fonde son opinion sur les expériences suivantes :
1®. Le lait filti’é laisse sur le papier des globules butyreux solubles dans l’éther, et le liquide aqueux filtré est transparent ; .
2®. Lorsqu’on traite le lait sur le porte-objet du microscope par de l’éther, on voit les globules se dissoudre dans ce dernier.
M. Donné n’admet dans le lait à l’état normal que des globules sphériques butyreux d’un diamètre variable de yfj- à 7^’ millimètre, et meme au dehà. A leur caractère chimique d’être solubles dans l’éther, il faut ajouter celui de ne se dissoudre dans la potasse qu’après avoir été saponifiés.
M. Donné , d’accord avec M. Dujardin , et en opposition avec MM. Raspailet Turpin, ne reconnaît aucune apparence de structure organique à ces globules ; il ne les considère donc point comme formés d’une membrane ou d’un tissu cellulaire renfermant la matière butyreuse, mais bien comme de petits sphéroïdes résultant de particules butyreuses réunies par la force de cohésion .
Le lait de femme qui se montre immédiatement après l’accouchement est assez distinct du lait normal, c’est-à-dire de ce qu’est celui d’une bonne nourrice, à partir du second mois après l’accouchement , pour qu’on l’ait distingué de ce dernier par la dénomination de colostrum. L’examen microscopique justifie pleinement cette distinction. En effet, le lait normal ne présente à cet examen que des globules isolés , se mouvant au sein d’un liquide clair, par la moindre agitation , tandis que M. Donné a observé dans le colostrum jusqu’à quatre sortes de matières globuleuses :
J®. Des globules butyreux isolés comme le sont ceux du lait normal ;
2®. De petits globules hutjreux liés entre eux par une matière visqueuse ;
3®. Des globules muriformes, c’est-à-dire des agglomérations globuleuses ayant la forme du fruit du mûrier ;
4°. Des globules muqueux semblables à ceux du mucus de la bouche , des narines , etc.
Enfin, M. Donné s’est assuré que l’ammoniaque mêlée au lait n’en change pas la consistance , tandis que son mélange avec le colostrum donne lieu à un liquide visqueux , qui peut même se prendre en gelée. L’intensité du phénomène lui a semblé correspondre à la quantité des globules non butyreux. Nous reviendrons plus bas sur cette observation.
Il a vu que lé colostrum jouit de la réaction alcaline sur le pa- ■ pier rouge de tournesol , aussi bien que le lait normal de femme auquel déjà M. Payen avait reconnu cette propriété. Suivant M. Donné , le colostrum passe peu à peu à l’état de lait normal dans les organes mammaires.
Quoiqu’il y ait des différences entré le colostrum et le lait normal chez la chèvre et l’ânesse , cependant elles sont loin d’être aussi prononcées que les différences que nous venons de signaler entre le colostrum et le lait normal de la femme. Et un fait notable , c’est qu’un colostrum d’ânesse qui contenait des globules agglomérés et des globules muqueux , n’éprouvait pas de changement dans sa liquidité lorsqu’on y ajoutait de l’ammoniaque.
M. Donné a trouvé dans le lait d’une nourrice , dont le sein droit était engorgé , des globules agglomérés , des globules muqueux comme dans le colostrum , et il a constaté que , comme ce dernier, il se prenait en gelée par l’addition de l’ammoniaque. Enfin, il a reconnu dans du lait de femme l’existence des globules du pus , lesquels se distinguent des globules butyreux par leur insolubilité dans l’éther et leur solubilité instantanée dans les alcalis. La viscosité que ce lait prenait par son mélange avec ces derniers corps , n’avait rien de surprenant , puisque Grasmeyer a donné cette propriété comme un des caractères distinctifs du pus.
Les figures des globules du lait normal, des globules agglo-
COURS DE MICROSCOPIE, méi’és, des globuies muriformes , des globules muqueux et des globules purulents que 1\I. Donné a jointes à sa brochure , comparées avec les globules qu’on aura observes au microscope dans des échantillons de lait , seront un moyen de reconnaître si ceuxci sont à l’état nonnal ; et il y a plus , suivant lui , c’est que si ces échantillons proviennent d’une meme espèce d’animal , on pourra juger de leur qualité nutritive respective paf la proportion des globules normaux, par la raison que l’analyse chimique semble indiquer que , dans les échantillons divers de lait d’une même espèce d’animal , les principes immédiats , tels que le caséum, le sucre de lait, sont proportionnels aux globules butyreux
Enfin plusieurs observations ont conduit M. Donné à penser qu’il y a un rapport entre la santé du nourrisson et la matière globuleuse que le microscope fait découvrir dans le lait , de sorte que le lait d’une nourrice qui présente dans le second mois après l’accouchement les globules étrangers à la composition du lait normal , compromet la santé de l’enfant auquel il est donné.
Le travail que nous venons de résumer explique bien comment M. Donné a été naturellement conduit à faire sur le lait des vaches attaquées de la cocote, les observations qu’il a consignées dans une Note que l’Académie nous a renvoyée en meme temps qu’elle nous a chargés ^examiner /il ne conviendrait pas de provoquer des recherches sur F épizootie régnante et sur les effets qui peuvent résulter de l’usage du lait des vaches malades. C’est afin de remplir autant qu’il est en notre pouvoir celle mission de l’Académie, que nous allons l’entretenir :
De la Note de M. Donné, sur le lait des vaches attaquées de la cocote.
§. II. Des recherches que nous avons faites et de celles qui sont parvenues à notre connaissance sur ce sujet.
HT. Des effets qui peuvent résulter de l’usage du lait des vaches.
' Ce résultat, déduit de plusieurs analyses chimiques sur lesquelles M. Donné fonde son opinion , est contredit par M. Simon , auteur de nouvelles recherches sur le lait, publiées à Berlin , en i838.
D0CU3IENTS. 495
§. IV. Des recherches qu’il conviendrait d’entreprendre, afin que la chimie pût donner toutes les lumières qu’on peut espérer d’elle dans les cas d’ épizooties, d’épidémie et de maladies contagieuses , etc. , .etc.
§. I"‘. — Examen de la.Note de M. Donné sur le hit des saches attaquées de la cocote.
Cette Note n’ayant point été lue ni imprimée dans le Compte rendu des séances de l’Académie , nous allons en présenter l’extrait.
Observations , — Au premier jour de la maladie le lait ne diffère pas du lait normal , lorsqu’on l’observe au microscope ; mais du jour suivant , on y aperçoit des globules butyreux agglomérés , et le troisième , M. Donné y a reconnu les quatre sortes de globules du colostrum de la femme , ainsi que la propriété de devenir visqueux par l’ammoniaque. Enfin il lui a semblé que le lait , en s’altérant , perdait de plus en plus de son alcalinité au papier rouge de tournesol , du moins c’est ce qu’il a observé sur le lait d’une même vache.
Le lait d’une autre vache lui a présenté , au bout de sept jours de maladie, une forte proportion de globules agglomérés, de globules muriformes et de globules muqueux ; ce lait , fortement alcalin , devenait , pat son mélange avec l’ammoniaque , visqueux et filant. Au deuxième jour, un des trayons fut engorgé et atteint de l’affection que les nourrisscurs nomment le cru ,• le lait qu’on en tira était verdâtre , excessivement fétide , et nous ferons remarquer que l’odeur sulfurée qu’il exhalait , participait de celle des acides du beurre et de celle des acides développés par la putréfaction des matières azotées. M. Donné reconnut dans ce lait la présence des globules purulents ; mais , fait remarquable , le lait extrait des autres trayons que le cru n’avait pas affectés , était blanc et sans mauvaise odeur ; cependant il était altéré , car il contenait quelques grumeaux ; le microscope y faisait découvrir non-seulement les globules du colostrum , mais
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encore des globules purulents; l’ammoriiaque l’épaississait eu
gelée , enfin il rougissait le papier de tournesol.
Conséquences. — M. Donné a conclu de ces observations, 1”. qu’au moyen du microscope il est facile de distinguer le lait des vaches atteintes de la cocote du lait normal , puisque le premier renferme des globules fort différents des globules butyreux sphériques isolés , qui caractérisent le second ;
Qu’il y a la plus grande analogie entre les globules du colostrum et les globules du lait des vaches atteintes de la cocole;
3“. Que les laits extraits des différents trayons d’une meme vache attaquée de la cocote , peuvent être fort différents , si les glandes qui sécrètent le lait sont dans un des trayons sous l’influence d’une affection locale.
L’examen microscopique des deux échantillons de lait présentés à l’Académie par M. Donné , à l’appui de sa Note , répété par plusieurs membres de la Commission , et en particulier par M. Turpin , nous a convaincus qu’il y avait des différences extrêmes entre ces échantillons et le lait normal , et qu’en outre , ils en différaient par la propriété de s’épaissir et même de se prendre en gelée par l’ammoniaque , conformément aux observations de l’auteur de la Note.
§. IL — Des recherches de la Commission et de celles qui sont parvenues à sa connaissance , relativement à la nature chimique du lait des vaches attaquées de la cocote.
Le i6 et le 19 janvier, nous nous rendîmes à l’abattoir de Montmartre où M. Bizet , inspecteur des abattoirs de la ville de Paris, nous donna les moyens d’examiner le lait des vaches attaquées de la cocote, avec une obligeance que nous nous plaisons à reconnaître. A cette époque , l’épizootie touchant à .sa fin , nous ne pûmes observer que quelques animaux malades , dont le lait recueilli par nous , fut ensuite soumis à nos expériences.
Nous avons examiné huit échantillons de lait provenant de huit vaches affectées de la cocote : cinq d’entre eux avaient été traits sous nos yeux, et les trois autres nous étaient parvenus de
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la ferme-modèle de Grignon, par l’intermédiaire de M. Huzard fils.
Deux échantillons exceptés , qui répandaient l’odeur fortement fétide signalée plus haut , les autres pouvaient passer pour être inodores , ou presque inodores : ceux-ci étaient alcalins au papier rouge de tournesol , mais à des degrés différents.
Les huit échantillons s’épaississaient plus ou moins par l’addition de l’ammoniaque.
Quatre des échantillons non fétides enti’aient en ébullition sans se troubler et sans exhaler d’odeur , si ce n’est l’arome léger de la frangipane ; deux autres , pareillement non fétides , se troublaient un peu avant de bouillir , et en répandant cette odeur légèrement sulfurée qui est un des caractères du liquide albumineux exposé à la chaleur.
L’examen microscopique des huit échantillons de lait y a fait reconnaître la présence de globules agglomérés , de globules muriformes, d’un jaune verdâtre, de globules muqueux, et dans quelques échantillons de globules du pus. Conséquemment, ces huit échantillons étaient bien distincts au microscope du lait normal, conformément à la proposition de M. Donné. Enfin, nous avons observé trois cas analogues à celui qu’il a signalé à l’Académie, relativement à la différence qui peut exister entre deux échantillons d’un lait fournis par la même mamelle d’une vache, mais fournis par des trayons dont l’un est engorgé et l’autre est sain en apparence : le premier échantillon est fétide, tandis que le second est inodore ; mais celui-ci contient pourtant plusieurs sortes de globules , et il s’épaissit par l’ammoniaque.
Deux causes se sont opposées à ce que la Commission se livrât à des recherches approfondies sur le lait des vaches atteintes de la cocote: la première , purement accidentelle , a tenu à l’impossibilité où nous nous sommes trouvés de nous procurer des quantités suffisantes de ce lait, pour le soumettre à des recherches de ce genre ; car , ainsi que nous l’avons dit , lorsque la Commission a été nommée , l’épizootie touchait à sa fin , et ce n’est même pas sans peine qu’alors nous avons pu avoir les petites quantités de lait qui ont servi à nos observations ; la seconde
cause, sur laquelle nous reviendrons à la fin de ce rapport, §. IV, tient aux difficultés inhérentes encore à l’analyse immédiate des matières organiques en général , et à celle du lait en particulier.
Mais avant de donner nos conclusions sur les faits de ce paragraphe, nous exposerons plusieurs observations dont les unes sont particulières à un de nous, M, Robiquet, et les autres appartiennent à M. Lassaigne, qui , par sa position de professeur de chimie à l’École vétérinaire d’Alfort , a pu suivre les modifications que l’épizootie a apportées aux propriétés chimiques du lait des vaches qui font partie du troupeau de cet établissement.
M. Robiquet a examiné plusieurs échantillons de lait provenant de diverses vaches malades. Tous, dépourvus d’odeur fétide, étaient alcalins au papier rouge de tournesol et prenaient de la viscosité par l’ammoniaque, observations conformes à celles que la Commission a exposées plus haut. Mais M. Robiquet a de plus remarqué :
1°. Que l’acide acétique, qui, comme tout le monde sait, coagule le lait normal en en précipitant sur le caséum , ne produisait dans le lait morbide qu’un trouble à peine sensible ; ce fait conduit M. Robiquet à penser que le caséum de ce lait avait subi une altération qui pouvait provenir de l’iufluence des sels alcalins du sérum ;
2°. Que la matière qui donne au lait morbide la propriété de devenir visqueux par l’ammoniaque , est en suspension et non en dissolution ; car lorsque ce lait est bien filtré , il a perdu cette propriété, et s’il retenait en solution de l’albumine , comme les échantillons examinés par M. Robiquet qui provenaient d’une même vache , cette albumine se coagulerait par la chaleur. Cette observation est conforme à ce qu’avait avancé M. Donné relativement à la liaison de la propriété de s’épaissir par l’ammoniaque , avec l’abondance des globules dans le lait malade , c’està-dire avec l’abondance de corps qui ne sont point en dissolution.
M. Lassaigne a pu multiplier assez ses observations et ses expériences sur les vaches malades du troupeau d’Alfort pour se convaincre de la difficulté de caractériser , au moyen des propriétés ou des réactions chimiques , les laits de ces vaches , par
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la raison qu’ils peuvent différer beaucoup entre eux; il admet cependant comme caractère la viscosité que le lait morbide acquiert par l’ammoniaque.
Voici , en résumé , ce que M. Lassaigne pense de l’influence que la cocote a exercée sur les vaches du troupeau d’Alfort , relativement à la sécrétion et à la nature du lait :
La sécrétion du lait a été diminuée ; le lait était moins butyreux, plus aqueux; il a paru plus alcalin lorsque l’épizootie avait le plus d’intensité , qu’au déclin de la maladie : il renfermait de la matière butyreuse , du caséum , du sucre de lait , comme le lait normal.
Enfin M. Lassaigne a examiné un lait fort remarquable , provenant d’une vache attaquée d’une maladie autre que la cocole. Ce lait très-alcalin , sortait trouble du pis de l’animal, et se réduisait bientôt en sérum albumineux et en une matière solide qui a paru à M. Lassaigne formée albumine coagulée et de fibrine.
Après avoir exposé tous les faits de quelque importance qui sont parvenus à la connaissance de la Commission concernant la constitution du lait des vaches attaquées de la cocote , nous allons présenter en résumé les caractères du lait normal et ceux qu’on a donnés pour distinguer de celui-ci le lait des vaches affectées de cette maladie.
1°. Le lait normal est parfaitement liquide ; et s’il n’a pas été récemment trait , il suffit de l’agiter pour qu’il prenne un aspect homogène , puisque les globules butyreux sont alors uniformément distribués dans le sérum ;
2“. Le lait normal est parfaitement mobile dans ses parties , comme le serait un liquide dépourvu de viscosité ;
3°. Lorsqu’on le regarde au microscope il ne présente que des globules sphériques d’une belle transparence , comme l’est celle du liquide aqueux au sein duquel ces globules se meuvent avec rapidité par la moindre impulsion ;
4°. Le lait normal , loin de s’épaissir par l’ammoniaque, paraîtrait prendre plus de mobilité et perdre de son opacité ;
5°. Exposé au feu il ne se coagule pas comme le fait l’albu-
COURS DE MICROSCOPIE, mine, et par la cuisson il n’exhale pas l’odeur sulfureuse prononcée qu’exhale cette dernière ;
6°. L’odeur du lait normal n’est que très-légère ;
7°. Il est blanc, quelquefois nuancé de bleuâtre ou de jaunâtre;
8°. Nous parlerons plus bas, au §. IV, de son action sur les papiers réactifs colorés.
D’après ce qui précède, il est évident que lorsqu’on étudiant , sous les rapports précédents , un lait naturel donné , on sera parvenu à constater des différences dans les propriétés que nous venons de reconnaître comme caractères du lait normal, on en conclura que le premier a subi l’influence d’une cause étrangère à l’état normal.
I®. Défaut d' homogénéité. — Il peut être assez prononcé pour qu’un lait , à sa sortie du pis , présente une matière solide , abondante , composée , suivant M. Lassaigne , d’albumine coagulée et de fibrine. Mais ce lait est rare et ne peut être considéré comme un produit essentiel de la cocote, puisque la vache qui l’a présenté pendant l’épizootie en donnait encore le 2! février, époque où depuis un mois il n’y avait plus de cocote ; cependant nous ne disons pas que des vaches affectées de cette maladie ne puissent présenter une matière solide floconneuse ou fibrineuse, puisque trois échantillons de lait provenant de ces vaches en ont offert à notre examen.
2®. Défaut de mobilité ou de fluidité. — Il s’aperçoit très-bien lorsqu’on presse une goutte de lait entre deux lames de verre pour le soumetti’e ensuite au miscroscope ; il coule avec peine et ne s’étend pas à la manière d’un liquide homogène.
3“. Présence de globules distincts des globules du lait normal. — Les globules agglutinés , les globules muriformes , les globules muqueux , les globules du pus distinguent parfaitement le lait où ils se trouvent du lait normal.
4°. Épaississement par V ammoniaque. — Ce caractère, signalé par M. Donné , a été retrouvé dans tous les laits provenant des vaches décidément affectées de la cocote, par la Commission, parM. Robiquet, en particulier, et parM. Lassaigne-
5®. Coagulation par la chaleur. — La coagulation par la cha-
leur indiquée comme caractère du lait de vaches attaquées de la cocote, est tout à fait trompeur ; car nous ne l’avons point observé dans des laits qui contenaient de la matière solide fibrineuse, qui manquaient de fluidité , qui renfermaient des globules étrangers au lait normal, enfin qui s’épaississaient beaucoup par l’ammoniaque. Nous avons constaté , en outre , qu’un lait morbide non coagulable par la chaleur ne donnait pas celte propriété au lait normal auquel on le mêlait.
6°. Fétidité. — Ce caractère , facile à constater, n’est point essentiel aux laits des vaches attaquées de la cocote, puisque le plus grand nombre des échantillons que nous avons examinés étaient inodores ou presque Inodores.
■J®. Couleur. — Une couleur jaune verdâtre, une coudeur rougeâtre , annoncent un lait altéré ou mêlé de sang. Une couleur jaune franche peut appartenir à un sérum normal ; dans ce cas, il ne se produit pas de dépôt coloré dans le lait abandonné à lui-même, ainsi que cela a lieu dans celui qui doit sa couleur à des globules sanguins.
8®. Alcalinité. — Ce caractère est décidément mauvais pour distinguer le lait morbide du lait normal , puisque nous avons constaté, d’après MM. Gay-Lussac ,'Darcet , Payén et Donné, l’alcalinité dans plusieurs échantillons de laits de vaches , de chèvres, de brebis à l’état normal , le 21 février, à l’école d’Alfort; fait sur lequel nous reviendrons.
9". Non précipitation du lait en flocons opaques par l’acide acétique. — Nous signalons ce caractère , observé par M. Robiquet sur plusieurs échantillons de lalt.morbide, La Commission regrette de n’avoir pas soumis tous les échantillons de lait qu’elle a examinés à ce genre d’épreuve.
En définitive , si nous cherchons les caractères des laits provenant de vaches affectées de la eocote proprement dite , qui ont présenté des propriétés différentes de celle du lait normal, nous les trouvons dans un défaut visible d’homogénéité, dans un défaut de mobilité ou de liquidité, dans V épaississement par l’ammoniaque , c’est-à-dire dans trois propriétés dépendantes d^une ou de plusieurs matières contenues dans le lait morbide à V état
502 COORS DE MICROSCOPIE.
solide , et enfin dans la présence de globules qui ne se rencontrent pas dans le lait normal.
Si l’on se rappelle maintenant, d’une part que la matière floconneuse ou fibrineuse que nous avons trouvée dans du lait de vaches affectées de la cocote était loin d’y être en une aussi forte proportion que celle des matières signalées par M. Lassaigne, sous les noms d’albumine coagulée et de fibrine dans le lait d’une vache atteinte d’une affection hien différente de la cocote, et d’une autre part que les globules du lait des vaches atteintes de la cocote, se retrouvent dans le colostrum et dans divers laits morbides , il est évident qu’on ne peut caractériser la cocote par une constitution spécifique.
§. l\ï. — Des effets qui peuvent résulter de l’usage du lait des vaches malades.
La maladie qui a frappé les vaches dans l’hiver de i838 à i83g, à Paris et aux environs, se manifeste d’ahord par un mouvement fébrile, et ensuite par des phlyctènes à la langue, aux gencives, au bourrelet et même aux pieds et aux mamelles; c’est ce dernier symptôme qui la fait appeler maladie aphtheuse. Elle n’avait pas reparu aux environs de Paris depuis 1810 : elle n’a aucune gravité ; elle n’exige que des soins hygiéniques et ne dure guère que huit jours , lorsqu’elle n’est pas compliquée- de quelque autre affection. Ces renseignements nous ont été communiqués par M. Girard , d’Alfort. Quant à ceux que nous avons pris , relativement à l’influence que le lait des vaches attaquées de cette maladie , appelée vulgairement la cocote, a pu avoir sur la santé des personnes qui en ont usé et sur celle de différents animaux domestiques auxquels on eu a donné, ils s’accordent tous sur ce point qu’il n’a eu aucune action nuisible , et nous devons ajouter que les recherches chimiques , précédemment exposées, sont conformes à un tel résultat. En effet , les globules signalés dans les laits morbides des vaches atteintes de la cocote, se trouvent dans le colostrum, et celui-ci n’a jamais passé pour être malfaisant , abstraction faîte de la légère vertu purgative
sur les nouveau-nés qu’on lui a attribuée. Il est évident encore que l’albumine liquide de quelques échantillons de lait morbide, et même la matière solide fibrineuse, n’ont par elles-mêmes aucune propriété délétère.
Tout en considérant cet état de choses comme propre à rassurer le public dans le cas du retour de l’épizootie, cependant nous mettrons quelques restrictions à l’interprétation trop absolue qu’on pourrait prêter à ce que nous venons de dire.
M. Girard croit , non-seulement à la contagion de la maladie pour les vaches , les bêtes à laine et les porcs , mais il adnâet encore la possibilité de la transmission à l’homme d’une maladie aphtheuse^ par suite du contact des pustules de la vache ou du contact de la bave de cet animal malade avec la membrane muqueuse de la bouche , d’après les faits suivants : M. Lamberlichi , vétérinaire italien , annonça , dans un Mémoire adressé à la Société royale et centrale d’agriculture, en 1827, que deux vachers des environs de Milan contractèrent des aphthes par le frottement des parties de la vache qui en étaient attaquées. « Enfin dans la dernière épizootie, un des vachers de M. De- « brosse, nourrisseur à Neuilly, eut la langue et presque toute « la bouche couverte de petites pustules vésiculaires , par suite « d’un flocon de bave , rejeté dans la bouche du vacher par une « vache malade à laquelle il administrait un breuvage. » Mais il est bien entendu que tous cés effets sont attribués à d’autres liqueurs que le lait. Au reste , nous allons revenir sur la question de la recherche des miasmes et des virus , en même temps que nous examinerons la question que l’Académie nous a posée en ces termes : Ne cowiendrail-il pas de piwoquer des recherches sur V épizootie régnante?
Nous nous écarterions de l’esprit qui a Institué l’Académie des sciences , si , stricts observateurs des termes en lesquels la question précédente nous a été posée quelques jours seulement avant la terminaison de l’épizootie , nous déclarions maintenant que , faute de temps , nous n’avons rien à dire relativement aux recherchés qu’il conviendrait de provoquer pour connaître toutes les modifications que le lait peut recevoir d’une maladie qui a dis-
paru. Loin de là , nous pensons qu’en envisageant là question non plus sous un point de vue particulier , mais d’une manière générale , en signalant ce qui manque aüx connaissances actuelles en chimie organique pour qu’on soit en mesure de traiter d’une manière utile et approfondie , dans un cas donné , une question du genre de celle qui nous a été proposée, nous allons droit au but de notre institution , qui est la connaissance de la vérité , et par conséquent la direction à donner aux efforts propres à l’amener dans l’avenir le plus prochain.
§. IV. — Ifes recherches qu’il conviendrait d’ entreprendre afin que la chimie pût -donner toutes les lumières qu’on peut espérer d’elle dans les cas d’éphootie, d'épidémie, de maladies contagieuses , etc.
Lorsque des épizooties , des maladies épidémiques ou contagieuses se déclarent , les perles que les premières occasionnent parmi les animaux dont nous faisons notre nourriture, ou que nous employons comme force motrice , la désolation que les autres portent dans les populations qu’elles frappent , le mystère encore si profond de la nature des influences qui se déclarent contre la vie des êtres menacés, sont autant de causes qui conduisent l’homme à chercher des lumières partout où il a le moindi'c espoir d’en trouver. C’est alors qu’on est souvent fort étonné que la chimie ne réponde pas à une foule de renseignements qu’on lui demande , tant on comptait sur elle, tant on avait foi en ses moyens de pénétrer la nature des corps ! Si cette science est aujourd’hui impuissante pour répondre à beaucoup de questions provoquées par l’apparition des fléaux dont nous parlons , il est bon d’en exposer les raisons et de faire voir ensuite ce qu’on peut attendre d’elle , lorsqu’on aura reculé les limites qui en resserrent actuellement le domaine :
Les questions auxquelles la chimie doit répondre concernent la nature de matières appartenant à deux classes fort distinctes;
1°. La nature des matières organiques constituant les animaux , telles que le sang , la bile , l’urine , le lait , etc. , la chair musculaire, la matière cérébrale, etc. , etc. 5
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2®. La nature des matières du monde extérieur en rapport avec les êtres organisés frappés par le fléau. Telles sont les eaux et surtout l’atmosphère, et ce qu’elle peut tenir en suspension.
Article — Question concernant la nature des matières organiques.
La connaissance des désordres apportés dans l’économie animale par l’invasion d’une maladie, pour être scientifique, exige que le médecin définisse les symptômes de la maladie , que l’anatomiste pathologiste et physiologiste constate les lésions qu’elle peut avoir déterminées dans les organes des individus qui ont succombé ; enfin, que le chimiste examine les solides, les liquides et les produits des excrétions , afin de -constater les modifications qu’ils ont pu recevoir de la maladie. En consér quence , i7 faut avoir dès analyses immédiates de toutes ces matières prises à l’état normal, afin qu’elles servent de termes de COMPARAISON, pour les matières correspondantes prises dans les individus malades qiCon doit soumettre à des analyses analogues. Eh bien ! ces analyses destinées à servir de termes de comparaison , qui supposent la connaissance de procédés assez précis pour qu’on puisse non-seulement établir le dénombrement exact des principes immédiats constituant les solides , les liquides et les produits excrétés, mais encore les proportions respectives où ils s’y trouvent ( car on conçoit qu’il y aura trouble où des principes essentiels à la vie seront dans des proportions différentes de celles qui sont nécessaires à l’état normal de l’être qu’ils constituent), nous ne les possédons pas. En effet, nous n’avons point encore réduit en formules précises des procédés propres à déterminer exactement la proportion des principes immédiats du sang, de l’urine, du lait, etc., etc. De sorte qu’un praticien parfaitement au courant des manipulations chimiques, manque de méthodes écrites pour faire l’analyse immédiate d’un échantillon d’une des matières précitées ; en outre il y a encore beaucoup d’incertitudes sur les propriétés qui caractérisent comme espèces certains principes immédiats dont le rôle dans l’économie animale est des plus importants. Nous ci-
tons pour exemple, le caséum , la fibrine , l’albumine qui est associée à un composé sulfuré dont la nature nous est absolument inconnue. Ajoutons même que la méthode de l’analjse immédiate quantitative du lait n’a pas avancé progressivement avec les, expériences qui ont démontré que sa partie butyreuse est très-complexe, puisqu’elle renferme , dans le lait de vache du moins, outre de la stéarine et de l’oléine, une matière beaucoup plus soluble dans l’alcool que ces dernières, et qui est très-probablement constituée par trois espèces de corps, la butyrine, la caproïne et la caprine..
Les conséquences d’un tel état de choses sont faciles à déduire pour tous ceux qui ont quelques connaissances chimiques, c’est que , faute d’analyses immédiates normales et de formules précises propres à les exécuter, lorsqu’à un instant donné il faut comparer une matière organique morbide à la matière organique normale correspondante , on manque de la donnée principale, du terme de comparaison, et la difficulté d’atteindre à un résultat satisfaisant se trouve encore augmentée par la petite quantité de matière qui est à la disposition du chimiste, et par le peu de temps meme où il peut se procurer cette petite quantité, puisque les matières morbides sont presque toujours passagères, et que dès lors il peut être dans l’impossibilité de vérifier une induction importante qui lui aurait été suggérée par des expériences faites sur les dernières portions de matière qu’il avait à sa disposition.
Parlons maintenant de la difficulté des analyses immédiates normales et de la direction qu’il nous paraît le plus convenable de suivre pour les établir.
Si l’on proposait à un chimiste habile de s’occuper expérimentalemeut d’établir l’analyse normale d’un liquide animal, tel que le sang ou le lait, nous doutons qu’il s’y engageât avec la condition de justifier l’existence de tous les corps qu’il isolerait, comme il le ferait s’il s’agissait de métaux formant un alliage ou de composés oxygénés formant un composé pierreux. Éclaircissons cette proposition par des faits incontestables.
Avant qu’on eût défini les espèces de corps qui constituent' la
masse principale des matières grasses que l’on rencontre le plus fréquemment dans l’homme et les animaux domestiques, on portait parmi les principes immédiats du sang, de la bile, etc., une matière grasse ; on disait que l’alcool et l’éther en réagissant sur la fibrine, les tendons et le tissu qui se transforment en gélatine par l’eau bouillante , produisaient une matière grasse , aux dépens des éléments de ces matières. Eb bien ! la dénomination àe matière grasse n^ex^virafàt cÿae ceci, c’est que l’on trouvait dans le sang, dans la bile, etc., dans l’alcool et l’éther qui avaient agi sur certaines matières animales, une matière inflammable insoluble dans l’eau et soluble dans l’alcool et l’éther. En outre, le chimiste le plus habile qui aurait voulu absolument caractériser chacune de ces matières grasses sans se livrer à une suite de recherches sur toutes autres substances que celles soumises à son analyse actuelle , aurait perdu son temps, par la raison que les matières signalées dans le sang, la bile, etc., etc., s’y trouvaient dans des proportions trop faibles et accompagnées d’un trop grand nombre de corps étrangers, pour qu’il fût possible d’arriver à un résultat précis ; mais le but a été atteint sans diflS culte, lorsqu’on étudiant les principaux corps gras dont on peut se procurer sans peine des quantités suffisantes à tous les essais imaginables, en partant de l’examen des produits de la saponification beaucoup plus faciles à caractériser que ne l’étaient les matières avant la saponification , on est parvenu à définir et à caractériser ces dernières ; car les corps gras une fois réduits : i°. en acides parfaitement définis; 2°. en corps neutres saponifiables, c’est-à-dire réductibles par les alcalis en différents produits définis ; 3°. en corps neutres non saponifiables, il a été possible ensuite, sans de grandes difficultés, de réduire la matière grasse du sang en matière grasse du cerveau, en acides raargarique , oléique , en cholestérine, etc. ; la matière grasse de la, bile en cholestérine, en acides margarique, oléique, etc. Il a été facile de reconnaître la matière grasse du cerveau dans la fibrine du sang, la stéarine et l’oléine dans les tissus azotés réductibles en gélatine.
Nous concluons de ces faits que, pour entreprendre avec es-
poil' de succès une analyse immédiate normale , il faut être sûr d’avance qu’on pourra définir comme espèces, si ce ne sont tous les principes immédiats d’une matière organique donnée, du moins les principaux , eu égard à l’importance de leurs propriétés et à la forte proportion où ils s’y trouvent ; que si cette certitude manque, et qu’on ne recule pas devant de pénibles travaux, il faudra ctercher les principes immédiats qu’on juge être le plus analogues à ceux qu’on veut séparer, dans les matières où ils sont le plus abondants, le plus isolés, ou dans l’état de plus facile séparation , afin d’étudier leurs propriétés , d’en choisir d’essentielles faciles à reconnaître , qui servent de caractères propres à faire juger si les principes séparés d’une matière dont on veut établir l’analyse normale , sont identiques ou simplement analogues aux premiers.
Il est une considération que nous ne devons point omettre, c’est celle des globules qui, simplement suspendus dans des liquides animaux, ne sont perceptibles qu’avec le secours de la loupe ou du microscope, tant est grande leur ténuité! Dans toutes les analyses des liquides , et même dans celles des matières solides qui paraissent homogènes à la simple vue , il est indispensable de recourir aux instruments d’optique pour savoir s’il existe des globules dans les premiers , et plusieurs matières distinctes dans les secondés. S’il existe des globules , il faut les étudier comme matière indépendante du liquide où ils sont, et, si dans la matière solide on aperçoit des parties distinctes, il faut les séparer mécaniquement si c’est possible, ou dans le cas contraire, recourir aux réactifs les plus simples, l’eau, l’alcool, l’éther, etc. Voyons comment le chimiste doit envisager les globules.
Si à l’aide du microscope on fixe la forme des globules, quelques traits d’une structure organique s’ils sont organisés, et certains rapports de connexion physique qu’ils peuvent avoir, soit ensemble, soit avec quelque autre matière non globuleuse , ces globules, comme matière, rentrant dans le domaine de la cldmie, doivent être étudiés sous le rapport de leur composition immédiate, sous celui de la composition élémentaire de leurs principes
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immédiats , s’ils résultent de l’union de plusieurs de ces principes; mais cette étude suppose qu’on les a isolés du liquide où ils sont disséminés, et jusqu’ici on n’a fait que de bien faibles tentatives pour y parvenir. Quoi qu’il en soit des diflScultés que présente l’isolement des globules , on ne saurait trop insister sur l’utilité qu’il y a pour les sciences naturelles, qu’un même observateur consacre ses efforts à l’étude comparative de tous les globules qui se trouvent dans les liquides des animaux , afin de saisir les analogies et les différences qu’ils ont entre eux. Il devra s’abstenir de faire des rapprochements d’identité basés uniquement sur une forme qui, à cause de sa simplicité même, peut appartenir à des corps très-différents ; il ne devra jamais perdre de vue que l’identité de nature ne peut être démontrée que là où se trouve identité de propriétés chimiques, parmi lesquelles nous comprenons la composition élémentaire. Un observateur, sans avoir approfondi la chimie, peut tirer un grand parti de l’usage des réactifs , s’il évite toutefois de confondre les phénomènes qui peuvent naître de leur action sur quelques corps dissous dans le liquide où se trouvent les globules.
Des considérations précédentes qui sont relatives aux questions concernant la nature des matières organiques en général, nous pouvons conclure pour l’étude du lait en particulier, objet spécial de ce rapport :
J®. Que non-seulement l’analyse du lait normal manque, mais encore que l’analyse actuelle n’est point au niveau des travaux qui ont fait connaître la composition immédiate du beurre , puisqu’on l’a considéré dans toutes les analyses faites depuis ces travaux comme une matière constante, sans tenir compte des proportions respectives de la stéarine, de l’oléine, de la butyrine, de la caproïne et de la caprine qui le constituent;
2°. Q.ue le caséum n’a point été étudié d’une manière assez complète relativement aux autres principes azotés , tels que la fibrine, l’albumine, l’albumine coagulée, pour que dans une analyse de lait morbide on puisse exprimer une opinion précise sur les modifications que le caséum peut avoir éprouvées de la maladie;
3®. Que rien n’est plus propre à démontrer combien sont vagues nos connaissances actuelles sur le lait normal que la difficulté même que nous avons éprouvée lorsqu’il s’est agi de définir, dans ce rapport, son action sur les réactifs colorés. Macquer ( Dict. de Chimie, au mot Lait ) dit que le lait normal d’un animal frugivore est neutre. M. Bouillon-Lagrange {Ann. de Chimie, tom. L, pag. 2'j3) avance que le lait récemment trait rougit le' papier de tournesol. M. Thénard ( Ann. de Chimie, tom. LIX, pag. 280) lui reconnaît la même propriété à sa sortie des glandes mammaires; Thomson, Berzélius partagent cette opinion. Dans un voyage que firent, en 1826, MM. Gay-Lussac et d’Arcet, en Belgique , ils reconnurent l’alcalinité du lait à la sortie du pis d’une quarantaine de vaches. M. Payen constata l’alcalinité de plusieurs échantillons de lait de femme et la neutralité du lait de chèvre (Journal dh Chimie médicale, 1828). M. Lassaigne (Journal de Chimie médicale, 1882) ayant examiné le lait d’une vache suisse, vingt-deux jours avant qu’elle eût mis bas, trouva le lait ou le liquide qui le représentait alcalin ; mais onze jours après cet essai , le lait était acide, et cette propriété persista dans le lait après la délivrance. Enfin , tout récemment, M. Péligot et M. Lassaigne ont considéré l’acidité comme une propriété du lait normal.
Nous avons pensé que cette dissidence d’opinions sur un fait facile à constater, était un puissant motif pour ajouter quelques nouvelles observations à celles que nous venons de rappeler; en conséquence , un des membres de la commission s’est rendu à l’École vétérinaire d’Alfort, où M. Lassaigne a eu l’obligeance de le mettre à même de constater les faits suivants :
Le lait appartenant à trois vaches anglaises, dont l’une avait mis bas depuis huit mois et les autres depuis dix, dirigé à sa sortie du pis sur un papier rouge de tournesol , l’a fait passer au bleu. Il était donc alcalin.
Le lait de deux chèvres qui avaient mis bas dix mois avant l’expérience , était alcalin.
Enfin , deux brebis mérinos de pur sang , prises dans un troupeau de quarante nourrices, dont l’une avait mis bas deux mois
el l’autre trois mois avant l’expérience, donnaient du lait pareillement alcalin.
Ainsi, voilà sept échantillons de lait pris sur sept individus appartenant à trois espèces différentes d’animaux qui sont alca»lins. S’ensuit-il que le lait possède toujours cette propriété à l’état normal? On serait tenté de tirer cette conclusion absolue de nos observations et de celles analogues , faites antérieurement , que nous avons citées ; mais si l’on considère que des chimistes connus par leur exactitude, disent avoir eux-mêmes constaté la neutralité et l’acidité du lait au sortir de la mamelle; que M. Lassaignea, sur un même animal soumis à un régime constant d’alimentation , constaté , à des époques différentes , l’alcidinité d’abord , et ensuite l’acidité du lait , la Commission ne croit pas devoir trancher la question ; elle se bornera à dire que l’état habituel du lait normal lui paraît être une légère alcalinité, et qu’il reste aux expérimentateurs à déterminer s’il y a des circonstances où le lait devienne acide sans qu’il soit possible de reconnaître dans V animal qui le produit le moindre symptôme de maladie. Il est entendu que nous ne parlons que du lait au moment où il sort de la mamelle d’un animal jugé bien portant; car nous savons qu’une maladie ou une affection subite ont rendu le lait acide.
4°. Aux difficultés qui arrêtent le chimiste dans une étude approfondie du lait considéré à l’état normal et à l’état morbide que nous venons de signaler, il en faut ajouter une autre qui provient du manque de connaissances précises relatives à la véritable composition de produits morbides susceptibles de se mêler au lait dans les organes mammaires : tel est le pus. SI l’observation de l’état morbide des organes où il se trouve suffit au médecin pour appliquer ce mot sans équivoque, il n’en est pas de même pour le chimiste auquel on proposera de reconnaître et de démontrer la présence du pus dans le sang, dans le lait; car pour une démonstration incontestable, il ne faut pas se borner à une observation microscopique , pas plus qu’à des phénomènes produits par des réactifs sur des corps dont l’espèce est indéterminée. En effet , il ne suffit pas d’avoir constaté
au microscope une dififérence enlre les globules d’uu liquide normal et ceux de ce même liquide qu’on a mélangé avec du pus; il ne suffit pas d’avoir constaté que le liquide normal ne se prend pas en gelée par l’ammoniaque, comme le fait le mélange de ce liquide et du pus, pour qu’on soit en état de faire la démonstration dont nous parlons. Car, tant qu’on n’aura pas donné un caractère spécifique aux globules du pus, tant qu’on n’aura pas défini les principes immédiats qui le constituent et les caractères de ces principes, qu’on n’aura pas défini toutes les matières qui peuvent donner du pus, les circonstances qui, en agissant sur tels de ses principes , le font passer à l’odeur putride , il sera impossible de résoudre sûrement la question que nous avons posée dans sa généralité , et , pour justifier notre conclusion , il suffit de rappeler que le colostrum a présenté à M. Donné la propriété de s’épaissir par l’ammoniaque, comme le fait le pus.
Article ii. — Question concernant la nature des matières du inonde extérieur en rapport avec les êtres organisés.
L’atmosphère a une si grande influence sur l’existence des animaux, que de tout temps on a été porté à y chercher la cause de plusieurs maladies qui frappent à la fois un grand nombre d’individus. C’est, en conséquence de cette opinion, qu’à l’époque même où l’on reconnaissait l’oxygène et l’azote comme les éléments essentiels de l’atmosphère, on imaginait le nom d’ewdiomètre pour désigner les instruments propres à reconnaître la proportion respective où ils s’y trouvent , et , par extension , la présence des corps qui pourraient y être accidentellement mêlés. Les recherches faites jusqu’ici pour découvrir, dans une atmosphère où une population a été frappée par une maladie, quelque matière à laquelle on pût attribuer la cause de cette maladie, n’ont donné aucun résultat précis, soit que l’on ait dit avoir découvert quelque matîère'particulîère, soit que l’on ait avancé n’avoir reconnu aucune diÉFérence entre l’air de cette atmosphère et l’air normal. Examinons ces deux cas.
Premier cas. Si l’on a reconnu un composé de carbone et d’hydrogène dans une atmosphère prétendue Ticiée, au moyen d’uu réactif comburant , ou si l’on a conclu qu’il s’y trouvait un miasme, parce que l’eau que l’on avait précipitée de celte atmosphère, par un moyen quelconque, avait présenté les phénomènes qui résultent de la décomposition spontanée des matières organiques, on n’a point justifié cette conclusion par une expérience qui aurait consisté à démontrer la propriété délétère dans les deux matières. Cependant cette preuve était absolument indispensable -, car il suffit de se rappeler que des huiles, des acides empyreumatiques sc dégagent incessamment dans l’almosphère par suite de nos combustions incomplètes; que l’hydrogène carboné se développe dans la vase des marais ; que des matières organiques volatiles, telles que des essences, des arômes, etc., se dégagent des végétaux et des animaux, pour être convaincu qu’en soumettant un volume d’air suffisant aux procédés précités, on démontrera dans l’air ordinaire non vicié l’existence d’une matière organique, d’un carbure d’hydrogène.
Deuxième cas. Dans le cas contraire où l’on a nié la présence d’un miasme, d’une matière délétère d’origine animale dans une atmosphère, parce qu’on n’a pu y démontrer, par les procédés eudiométriques, aucun corps étranger à la composition normale de l’air, on a été trop loin. Il peut y avoir, dans une atmosphère, une matière délétère qui échappera au chimiste, parce qu’elle y est en une proportion trop faible relativement à l’air normal pour qu’on l’y reconnaisse au moyen des réactifs, absolument comme il arriverait que la présence d’un métal qui n’aurait point encore été décrit échapperait à l’analyste le plus habile, si ce métal n’était contenu dans un alliage qu’en une très-faible proportion. C’est ici le lieu de faire remarquer que si l’analyse chimique ne démontre point, dans un air qui contient accidentellement une matière sensible à un de nos sens, l’existence de ce corps étranger, ce n’est point toujours une raison de conclure qu’elle est impuissante à le faire, même à l’aide de ses procédés actuels, car il serait possible qu’elle y parvînt par deux voies différentes : premièrement, par le secours d’un moyen
mécanique ou physique j deuxièmement, par ses propres procédés ; mais alors, au lieu de rechercher la matière délétère dans l’atmosphère où elle n’est qu’en petite quantité , elle la trouverait dans une matière solide ou liquide qui en fournirait une quantité sufEsanle à un examen approfondi.
A. A l’aide d’un moyen mécanique ou physique. On conçoit la possibilité d’opérer la liquéfaction ou la solidification d’un miasme à l’état de vapeur dans une atmosphère , soit par une compression , soit par un refroidissement. La matière délétère ainsi liquéfiée ou solidifiée, serait ultérieurement étudiée à l’aide de nos procédés chimiques actuels , comme l’ont été l’acide hydro-cyanique, la morphine, la picrotoxine, la strychnine, etc.; dès lors on ne serait plus fondé à dire que les miasmes échappent à l’analyse chimique ou qu’ils sont des fluides impondérables, et le résultat dont nous admettons la possibilité ne serait pas nouveau sous le point de vue scientifique, puisque déjà M. Faraday a étudié des carbures d’hydrogène qui ont été séparés par une forte compression du gaz destiné à l’éclairage. Cet exemple a encore l’avantage de faire sentir comment le perfectionnement de procédés purement mécaniques ou purement physiques, propres à condenser ou a refroidir lès gaz et à rassembler les produits liquides ou solides de la condensation , peut contribuer à l’avancement des sciences chimiques, physiologiques et médicales.
13. A l’aide de ses procédés actuels, la chimie pourrait parvenir à reconnaître la nature d’un miasme en le saisissant, non plus dans l’atmosphère, mais en le séparant de quelque matière solide ou liquide , ou en en déterminant la formation aux dépens des propres éléments de cette matière ; et la preuve que cette supposition n’est point dénuée de fondement, se trouve dans les faits suivants : si, avant la découverte des acides volatils auxquels le beurre doit son odeur persistante caractéristique, on eût proposé à un chimiste de reconnaître la nature de la matière odoi’ante qui est répandue dans quelques litres d’air par du beurre qu’on y laisse péndant vingt-quatre heures , il n’y serait certainement pas parvenu à cause de la petite quantité de
ceite matière ocloraule. Eh Lien I une fois que l’étude approfondie des produits de la saponihcatîon du beurre eut fait connaître les acides butyrique, caproïque et caprique, la question des arômes que le beurre cède à l’air dans lequel il séjourne a été résolue. Maintenant , partons de ces faits : supposons que l’air chargé de l’odeur du beurre, qui n’affecte que notre odorat, soit délétère pour un animal, et il sera évident que la chimie, qui n’aarait pu découvrir ce miasme dans l’air, serait parvenue à le connaître en étudiant la matière qui lui donne naissance. Et c’est là encore un exemple propre à démontrer que des recherches approfondies peuvent répandre un jour inattendu sur un sujet qui semblait absolument étranger à celui de ces recherches.
Les eaux potables donnent lieu à des considérations analogues à celles que nous venons d’émettre sur l’atmosphère. Il n’est pas douteux que , dans beaucoup de cas , elles ne méritent de fixer l’attention des chimistes, non-seulement sous le point de vue des petites quantités de matières actives qu’elles peuvent contenir, mais encore sous celui de l’oxygène atmosphérique dont elles peuvent être plus on moins dépourvues , soit qu’elles aient été privées d’un contact de l’air suffisant pour s’en saturer, soit qu’elles aient contenu des matières organiques combustibles qui se soient approprié l’oxygène qu’elles avaient pris à l’atmosphère ambiante. Le grand usageque l’on fait aujourd’hui dans plusieurs arts de composés vénéneux, tels que des sels arsenicaux, cuivreux, etc., etc., doivent éveiller l’attention ; car il est possible, par exemple, que des eaux qui ont servi à laver des étoffes imprégnées de compositions arsenicales , aient dans quelque lieu une influence fâcheuse sur les animaux. Il est possible que le même effet soit produit par des matières contenant de l’arsenic qu’on aura enfouies, et qui, disséminées par les eaux .souterraines , pourront être amenées à la surface du sol , loin du lieu où on les a déposées.
Conséquences déduites des considérations exposées dans ce paragraphe (§. IV}.
La recherche des principes actifs sur l’économie animale qui peuvent se trouver dans l’atmosphère , dans les- eaux , etc,, qui peuvent résulter d’un changement d’équilibre entre les éléments qui constituent les matières organiques , soit que ce changement d’équilibre ait lieu dans ce qu’on nomme la fermentation , la putréfaction d’une matière qui a appartenu à un être vivant, soit qu’il ait lieu dans l’intérieur meme d’un être vivant malade , doit être envisagée comme une des recherches les plus importantes qui concernent l’histoire de la vie animale. Si dans le moment actuel , le chimiste n’est point appelé à se prononcer sur les définitions des causes auxquelles on attribue les maladies endémiques , épidémiques , contagieuses et d’infection , s’il trouve dans les sciences physico-chimiques des raisons d’apprécier l’influence que les vents et des changements brusques de pression , de température et d’humidité survenus dans l’atmosphère peuvent avoir sur l’économie animale, ce n’est point un motif pour s’abstenir de recherches tendantes à découvrir la cause d’une maladie qui sévit sur une population , dans quelque matière active répandue dans l’atmosphère , dans les eaux , ou dans des produits morbides. Il ne doit donc pas être enclin à partager l’opinion de quelques esprits qui sont trop pressés de conclure affirmativement qu’il n’y a ni effluves délétères, ni miasmes, ni virus, parce que les expériences entreprises pour les rechercher ont donné un résultat négatif ; et dans le cas où il aurait découvert une matière particulière qu’il soupçonnerait avoir une influence délétère, et qui se trouverait par une expérience ultérieure n’en pas avoir , il faudrait , pour que les recherches fussent complètes, qu’il procédât à de nouvelles épreuves sur l’économie animale , en employant non plus la matière particulière , mais les produits qu’elle pourrait donner sous l’influence de l’air , de l’eau , de la chaleur , etc.; par exemple , supposons que l’acide butyrique soit un miasme ou un virus pour un animal , il est clair que le beurre
(lésacîdifié , qui serait sans action sur lui , venant à dégager de l’acide butyrique sous l’influence de l’atmosphère , deviendrait par là même délétère. Ce qui importe le plus au chimiste , c’est la solution d’un problème posé en ces termes : Un effet étant donné , reconnaître la nature spécifique des corps qui le présentent et les circonstances où il se manifeste à notre observation. Ce sont des problèmes rentrant dans cet énoncé général, qui ont été résolus lorsqu’une matière complexe , douée d’une forte action sur l’économie animale , comme l’opium, le quinquina , la coque du Levant, la noix vomique, etc., étant donnée, MM, Sertuerner , Düncan , Boullai , Pelletier, Caventou , etc., en ont extrait les principes actifs. Ces découvertes ont trop le caractère chimique pour que l’esprit qui y a présidé ne dirige pas les efforts de l’analyse appliquée à la recherche des matières délétères que l’analogie conduit à admettre dans l’atmosphère , dans les eaux , dans les produits morbides, etc. ; mais tout en recommandant des travaux de cet ordre , il importe d’insister sur l’esprit critique qui doit y présider ; ce n’est pas assez , en effet , parce qu’un corps particulier aura été trouvé dans une atmosphère supposée viciée , dans une eau supposée nuisible à la santé , qu’un principe immédiat particulier aura été reconnu dans des produits morbides , pour qu’on attribue à ce corps , à ce principe la cause qu’on cherche à découvrir. Une telle conclusion ne sera permise que lorsqu’il sera prouvé par une expérience positive que l’effet dont on cherche à pénétrer la cause est le résultat de l’action mutuelle de ce corps et d’une matière appartenant à l’économie animale ; car il faut s’empresser de dire que souvent , dans l’économie animale, un principe morbide, c’est-à-dire un principe dont les éléments ont été associés sous l’influence d’une maladie, peut être absolument neutre sur l’économie animale , comme l’est le sucre de diabète ; dès lors la présence de ce principe dans la matière morbide qui le présente ne peut être qu’un indice , qu’un symptôme , et non plus la cause de cette maladie, et c’est sons ce dernier point de vue que les globules agglomérés mûri formes et muqueux doivent être considérés dans le lait de vaches attaquées de la cocote , si la probabilité que nous avons
encore sur l’innocuité de ce lait se change en certitude par des recherches ultérieures.