‹ Cours de microscopie complémentaire des études médicales. Anatomie microscopique et physiologique des fluides de l'économieChapitre 4 sur 123 · SANG ABANDONNÉ A LUI-MÊME HORS DES VAISSEAUX · texte numérisé non relu

SANG ABANDONNÉ A LUI-MÊME HORS DES VAISSEAUX

La première modification importante que le sang subisse dès qu’il est soustrait à l’influence de la vie, peu de temps après avoir été reçu dans un vase est, ce que l’on nomme la coagulation ; ce phénomène remarquable, inexpliqué jusqu’ici, peut être appelé la mort du sang; le sang, en effet, dès qu’il est coagulé, a perdu sa propriété vitale par excellence, il a cessé de vivre, et il est devenu lui-même impropre à entretenir la vie; rien ne peut plus lui rendre cette faculté, qui s’est échappée on ne sait comment, par la perte d’un principe inconnu ou par une action moléculaire intime et insaisissable ; la mort, dans son essence , n’est pas plus accessible à notre esprit, dans ce cas particulier, que lorsqu’elle frappe l’ensemble des corps organisés; elle reste un mystère ainsi que la vie, dans l’atome aussi bien que dans l’être tout entier.

Pour bien comprendre ce qui concerne la coagulation et la part que prennent à ce phénomène les différentes parties du sang, le rôle qu’elles jouent les unes par rapport aux autres, il est nécessaire de connaître les éléments microscopiques de ce fluide; et, pour procéder méthodiquement à cette dernière étude, il est avanta-

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geux de commencer par défibriner le sang, afin d’éviter la coagulation qui empâte et confond les globules et la fibrine, et ne permet plus de distinguer certains éléments les uns des autres.

On sait qu’en agitant et en fouettant le sang dans le vase où on le reçoit sortant de la veine , on ne tarde pas à en enlever la fibrine sous forme de lambeaux, qui s’attachent à la verge dont on se sert; une fois la fibrine séparée, le sang reste fluide et ne se coagule plus. Si on l’abandonne alors à lui-même, dans une éprouvette, on le voit bientôt se diviser en deux couches distinctes, nettement tranchées, l’une inférieure rouge et opaque, l’autre supérieure jaunâtre et limpide; la première contient tous les globules rouges du sang, que nous étudierons minutieusement plus loin; la seconde est formée par le sérum.

Ces faits sont connus de tout le monde , et les deux couches que nous venons de signaler ont été décrites; mais i^ en existe une troisième, sous forme de pellicule très-mince, que l’on n’avait pas remarquée jusqu’ici. Celle-ci est intermédiaire aux deux premières; elle est placée à la surface de la couche rouge, à laquelle elle donne une légère teinte grise , mais sans qu’on puisse lui assigner aucune épaisseur {fig. C®). Cette couche renferme les globules que nous décrirons sous le nom de globules blancs du sang.

Cette simple épreuve opère , comme l’on voit , une analyse naturelle entre les principaux éléments du sang, et nous donne les moyens de les examiner séparément. Il est étonnant que cette expérience, anciennement connue et si souvent répétée , n’ait pas suffi pour éta-

biir depuis longtemps un fait important dont la démonstration n’a été donnée que dans ces derniers temps. Il résulte, en effet, clairement de cette opération que la fibrine et les globules sont deux éléments distincts dans lè sang; que la coagulation n’est pas due, comme on le disait dans l’ancienne théorie de MM. Prévost et Dumas, à la réunion et à l’acoilement des globules entre eux , que le caillot n’est pas uniquement formé par cette réunion des globules, puisque nous obtenons, par le fouettement du sang , d’une part la fibrine en lambeaux et coagulée , et de l’autre tous les globules intacts et nullement déformés. Mais on n’avait pas eu l’idée d’observer au microscope la composition de la couche rouge, et il n’a fallu rien moins que la célèbre expérience du professeur Millier pour démontrer que la fibrine et les globules ne doivent pas être confondus; que la première est dissoute dans le sang, qu’elle y est à l’état liquide et qu’elle ne prend l’état solide que par la coagulation , tandis que les globules flottent dans le sang à l’état concret, sous forme de particules solides, et ne prennent part à la coagulation et à la composition du caillot qu’iudirectement et d’une manière accessoire.

L’expérience du professeur Muller établit ce fait directement par la séparation, au moyen du filtre, de la fibrine dissoute et des globules. Le sang humain et celui des mammifères ne sont pas propres à cette démonstration ; ces espèces de sang ont des globules trop petits et surtout trop élastiques , doués à un trop haut degré de la propriété de s’étirer et de s’allonger, de pénétrer parles plus petits orifices, pour être retenus par les filtres. M. Millier a employé le sang de grenouille , dont

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les globules, beaucoup plus gros, plus rigides , ne passent pas à travers les pores des bons papiers à filtre. On obtient donc, sur le filtre, les globules, et dans la liqueur filtrée , incolore, la fibrine dissoute, qui ne tarde pas à se prendre en un caillot blanc , filamenteux.

Il résulte donc évidemment de cette expérience, ainsi que delà précédente, sur la défibrination ; i“. que les globules et la fibrine sont distincts dans le sang; 2°. que la fibrine est h l’état de dissolution.

Quelques observateurs ayant de la peine à se rendre à l’idée que la fibrine soit dissoute dans le sang , prétendent qu’elle y existe plus probablement à l’état de très-petits globules invisibles; nous ne discuterons pas cette opinion qui se présentera plusieurs fois à propos de quelques autres liquides de l’économie, attendu que, pour nous, un état de division de la matière, tel que ses particules échappent complètement à l’action de nos sens, même armés des pouvoirs amplifiants les plus considérables, équivaut, au point de vue de l’observation microscopique, à la dissolution.

Quant aux globules, de ce qu’ils sont distincts de la fibrine dissoute dans le sang, il ne s’ensuit pas qu’il ii’entre aucune trace de substance fibrineuse dans leur composition ; à la vérité nous ne le pensons pas, d’après l’étude approfondie de leurs caractères chimiques que nous ferons connaître plus loin, mais les expériences dont il vient d’être fait mention n’excluent pas l’idée de la présence d’une certaine portion de fibrine dans leur texture *.

' La défibrination est une opération à laquelle on devrait avoir plus souvent recours pour l’observation clinique du sang ; la sépa-

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