‹ Cours de microscopie complémentaire des études médicales. Anatomie microscopique et physiologique des fluides de l'économieChapitre 40 sur 123 · PUS · texte numérisé non relu

PUS

j’ai faites et que j’ai publiées sur le mucus utérin; le flocon muqueux qui bouche le col de l’utérus et que l’on trouve chez les jeunes tilles comme chez les femmes, est chez les premières, lorsque les organes génitaux n’ont encore subi aucune atteinte et qu’ils sont parfaitement sains, formé d’une matière visqueuse, transparente, dans laquelle on ne découvre aucune trace de particules concrètes ou de globules ; mais dès que l’organe a été excité , le mucus présente des points opaques qui ne sont autre chose que des groupes de globules, et chez un grand nombre de femmes, surtout de celles que l’on peut examiner, le mucus utérin offre plus souvent l’aspect du muco-pus que du mucus pur.

Encore une fois, cette hypothèse n’a rien que de raisonnable au point de vue physiologique; mais au point de vue clinique et pathologique, il n’en faudra pas moins toujours distinguer soigneusement la véritable suppuration, de ce léger degré d’excitation qui trouble le mucus primitif.

D’après la seconde hypothèse, certaines espèces de globules de l’économie, quoique très-différentes entre elles, suivraient le même procédé de formation et de développement ; de telle sorte que des globules d’origine et de nature très-diverses auraient naturellement la même disposition et la même structure, comme des médailles de matières différentes, frappées dans le même moule, ont la même dimension et la même effigie. Si on admet, par exemple, et les expériences d’Ascherson sont favorables à cette opinion, que lorsque des particules de substance organique, des globulins de matière grasse, se trouvent en contact avec

une matière animale, albumineuse, ces globulins ont une tendance à s’agglomérer , à se réunir trois à trois , ou quatre à quatre , à s’envelopper en roulant d’une couche, comme d’une sorte de vésicule, on aura une théorie de la formation du globule muqueux, parfaitement correspondante au résultat qu’il présente et cette théorie conviendra également bien au globule purulent et même au globule blanc du sang ; on ne devra donc plus s’étonner de trouver une si grande analogie de forme et de structure entre des globules de nature et d’origine éloignées. A la vérité la composition intime de ces globules n’en devrait pas moins rester distincte, et cette différence devrait être indiquée par l’action des agents chimiques; mais comment constater des nuances de caractères fort légères sans doute, quand il s’agit de matières animales analogues et sur des particules d’une telle ténuité? Il est possible assurément que le globule purulent renferme, ainsi que le dit M. Gueterbock, plus de matière grasse que le globule muqueux, qu’il soit constitué par une albumine un peu différente de celle qui fait la base du globule blanc du sang; mais quand l’analyse chimique, faite en grand sur des masses de substance, arrive à peine à établir des distinctions tranchées entre ralhumine et la fibrine , on ne peut pas exiger de l’observation microscopique qu’elle fasse ce que l’analyse et la balance ne peuvent pas faire.

Après ces généralités, qui m’ont paru nécessaires et que j’ai longuement développées sur le mucus et le pus, nous allons entrer dans l’histoire spéciale de cette dernière substance.

Le pus de bonne nature, le pus phlegmoneux que je prendrai pour type, présente, comme on sait, les caractères d’un liquide blanc, jaunâtre ou légèrement verdâtre, épais, crémeux, onctueux, sans fétidité et réagissant le plus ordinairement à la manière des alcalis; il arrive néanmoins quelquefois que le pus est acide, mais le plus souvent il est légèrement alcalin et ramène au bleu le papier de tournesol préalablement rougi ; je ne sais pas à quelles circonstances tient cette diversité dans la réaction chimique du pus.

Je ne m’occuperai pas à décrire les variétés que l’on peut rencontrer dans les caractères extérieurs du pus, suivant sa nature et suivant la partie, la source d’où il provient ; ces détails trouvent naturellement leur place dans les traités de pathologie, et je ne m’astreindrai pas à les répéter ici ; l’analyse chimique de cette substance ne nous arrêtera pas non plus, nos études devant surtout se renfermer dans l’observation microscopique. Je me bornerai à faire remarquer que le pus de bonne nature, le pus louable, est un liquide doux, très-peu putrescible, comparé surtout à la plupart des autres fluides naturels et physiologiques de l’économie, au sang, au lait, à l’urine, etc. ; du sang conservé est déjà fétide et en pleine putréfaction, lorsque le pus, s’il n’offrait pas quand il a été recueilli une altération morbide , s’il n’avait pas déjà subi un commencement de décomposition dans les parties où il a séjourné, si en un mot il avait conservé ses propriétés de pus louable, est encore

COURS DE ÎRICROSCOPIE.

intact et ne répand aucune odeur; ses particules élémentaires résistent également très-bien à l’influence des agents extérieurs, et beaucoup plus longtemps que les globules sanguins.

Si on examine au microscope, avec un pouvoir amplifiant de 5oo fois, une petite gouttelette de pus, étendu en couche très-mince entre deux lames de verre, on aperçoit une multitude de particules sphériques, grisâtres, pointillées, abords nets et prononcés, et d’un diamètre de ^oô ^ millimètre , ou

un peu plus grosses que les globules du sang; ces particules sont les globules du pus, qui flottent dans un liquide incolore et diaphane 36).

Je .ne m’étendrai pas longuement sur les caractères physiques et chimiques des globules purulents, c’est-àdire sur leur forme, leur structure et leur composition, attendu qu’ils sont, comme nous l’avons vu, tout à fait analogues à ceux du mucus, et que ce que j’ai dit des uns s’applique entièrement aux autres ; je rappellerai seulement qu’ils se composent d’une enveloppe ou vésicule granuleuse , renfermant dans son centre un noyau composé de petites granulations ou globulins ordinairement au nombre de trois ou quatre; cette structure est surtout évidente lorsqu’on traite les globules purulents par l’acide acétique, qui condense les globulins intérieurs en rendant l’enveloppe plus claire et plus transparente (^g. 3 j).

Ces globulins résistent à l’action de l’eau et se désagrègent promptement dans l’ammoniaque; ce réactif transforme la matière purulente en une niasse visqueuse, tenace, qui ne peut plus se séparer en s’écou-

lant, et qui tombe en uq seul flocon lorsqu’on la verse d’un vase dans un autre. Cet effet de l’alcali nous expliquera par la suite pourquoi nous ne trouverons plus les globules purulents intacts dans le pus mêle à l’urine ammoniacale, et comment cette matière prendra dans l’urine ainsi altérée la forme de flocons visqueux, filants et glaireux.

L’eau iodée colore les globules purulents en jaune , et l’éther en sépare une certaine quantité de matière grasse.

Tels sont les caractères que présentent les globules dans le pus de bonne nature, dans le pus louable et phlegmoneux, quand ce pus n’a subi aucune altération ; mais il faut bien savoir que les globules n’existent pas toujours dans cet état d’intégrité.

C’est faute de connaître les circonstances dans lesquelles les globules du pus se modifient et s’altèrent que l’on a varié sur les caractères qu’on leur a assignés et dans les descriptions que l’on en a données; c’est par la même raison que moi-même j’ai , pendant longtemps, éprouvé de la difficulté dans mes cours à montrer les globules de pus avec tous leurs caractères normaux, tels que je les connais et que je les ai vus si souvent; ne sachant pas que ces globules se déforment, se désagrègent au sein même des parties qui les sécrètent; ignorant dans quels cas il fallait prendre le pus pour trouver les globules intacts, il m’est souvent arrivé, au début de mon enseignement, de n’avoir à montrer que des globules déformés et déchiquetés , nageant au milieu d’un liquide troublé par une multitude de parcelles et de débris d’autres globules, se conser-

vant à peine pendant une heure entre les lames de verre sous le microscope, et répondant très-mal à la description que j’en faisais dans mes leçons ; cet inconvénient m’a forcé de rechercher les conditions où il convient de recueillir le pus pour avoir les globules dans toute leur netteté. Je croyais bien faire en prenant le moment où un foyer purulent, un abcès était ouvert pour recueillir le pus destiné à mes démonstrations; sans doute un tel pus offre ordinairement assez de globules intacts pour permettre d’observer les caractères de ces globules, si on est seul ou avec quelques personnes expérimentées, dans son cabinet; mais dans un cours public, au milieu d’un grand nombre d’auditeurs peu familiarisés avec l’observation microscopique, et que la moindre incertitude déroute, il faut des caractères tranchés et des échantillons assez nets pour que rien ne puisse tromper ni faire prendre un corps pour un autre; il est en outre nécessaire que les substances se conservent assez bien et assez longtemps, pour qu’étant préparées avant la leçon elles soient encore régulières et pures dans leurs formes, une heure après, lorsque les élèves viennent les observer et vérifier ce qu’a dit le professeur. Or, c’est ce qui n’arrive pas pour les globules purulents, lorsque le pus provient d’un foyer où il a séjourné pendant quelque temps; les globules sont alors en partie désagrégés, réduits à leurs principes constituants, ou très-peu résistants, faciles à se désunir et prêts à se dissoudre; il en résulte d’une part que leur forme n’est déjà plus nette quand on vient , au bout d’une heure , pour les observer, et de l’autre, qu’ils sont mélangés de particules, de globu-

lias, débris des globules désagrégés qui détournent l’attention et rendent l’observation douteuse et incertaine {fig. 38).

Quelles sont donc les circonstances dans lesquelles il faut prendre le pus , pour avoir tous les globules , bien formés, résistants, intacts, bien nets dans leurs contours, et sans aucun mélange de particules étrangères ?

Règle générale, il faut que le pus soit récemment sécrété et qu’il n’ait pas séjourné longtemps dans les cavités, dans les foyers, ou dans les parties qui le fournissent. Ce n’est donc pas au moment où l’on vide une collection purulente plus ou moins ancienne, que l’on doit recueillir le pus pour faire observer les globules et constater leurs caractères dans une démonstration publique; il faut attendre que le foyer soit bien dégorgé et débarrassé du pus qui a séjourné, et prendre celui qui s’écoule ensuite; ce pus s’échappant à mesure qu’il est formé, est fraîchement sécrété lorsqu’on le recueille, et on y trouve les globules dans le meilleur état possible pour l’observation. Si on avait toujours étudié le pu:. dans de semblables circonstances, si on n’eût pas comparé ensemble, tantôt du pus frais, contenant de beaux globiîtes parfaitement intacts, et tantôt du pus à globules déformés, désagrégés , réduits à leurs parties élémentaires , on n’eût pas décrit les globulins provenant de la destruction des globules propres, pour les globules eux-mêmes; on eût été dès longtemps d’accord sur la forme et la structure de ces particules purulentes, et l’idée ne serait pas venue de les assimiler aux globules du chyle. Mais

faute de cette précaution , et par l’ignorance des faits que nous venons de rapporter, on a pris indifféremment le pus dans un point ou dans un autre , dans un abcès ou à une surface suppurante , du pus frais ou du pus sécrété depuis un certain temps ; on n’a tenu compte ni du séjour dans une cavité close, ni du séjour sur une plaie au contact de l’air, et on a plusieurs fois confondu les globules altérés, déformés, déchiquetés, et même les parties constituantes de ces globules ou les globulins , avec les globules en nature. Ces détails bien compris , j’ajouterai que l’im des cas les plus favorables à l’étude des globules purulents , est celui d’un abcès du sein , suppurant depuis plusieurs jours , et dont on peut recueillir une certaine quantité de pus chaque matin. Une fois recueilli de cette manière , et dans un état d’intégrité complète, le pus se conserve fort longtemps intact dans les vases où il séjourne en dehors de l’économie.

Quelle est l’origine des globules du pus ? Si les observateurs sont à peu près d’accord aujourd’hui sur les faits que nous venons d’exposer, c’est-à-dire sur la forme et sur la structure des globules du pus, ils sont loin de s’entendre sur l’origine de ces corpuscules, sur la source d’où ils proviennent et sur la manière dont ils se produisent. Les uns ne veulent voir dans les globules de pus que des globules sanguins malades, altérés, et dans cette opinion, séduisante à quelques égards, la production du pus, si rapide et si considérable quelquefois, n’aurait rien qui puisse surprendre, ce produit morbide ayant sa source directe et inépuisable dans le sang. J’ai adopté moi-même celte manière de voir pendant

quelque temps, à la suite de recherclies dans lesquelles j’avais constaté l’altération produite sur les globules du sang par leur contact avec le pus; cette altération me paraissait être le premier degré de transformation des globules sanguins en globules purulents, et de là découlait naturellement une théorie rationnelle des phénomènes de la résorption purulente, des abcès métastatiques , etc.

Mais j’ai dû renoncer à cette explication , et je ne pense pas que d’autres observateurs professent encore cette opinion , qu’un examen plus attentif des faits ne permet pas de soutenir. Le mélange du pus avec le sang détermine à la vérité une modification dans les globules sanguins ; ceux-ci se déforment , se rident , se flétrissent pour ainsi dire au bout d’un certain temps de contact , et un examen superficiel peut faire croire qu’ils tendent à passer à l’état de globules purulents; mais ce rapprochement n’a rien de réel, attendu que cette modification se borne au changement que je viens d’indiquer. Jamais le globule sanguin ne prend, sous l’influence du contact avec le pus, les caractères essentiels du globule purulent ; il subit une altération dans sa forme, analogue à ce qui arrive spontanément par l'effet de la putréfaction, il se flétrit, il acquiert un aspect framboisé, mais il ne devient globule purulent ni par sa structure, ni par sa composition intime, ni par la manière dont il se comporte avec les agents chimiques. Il est toujours facile de distinguer les deux espèces de globules , et l’on ne voit pas le globule sanguin normal passer par degrés insensibles à l’état de globule purulent parfait.

Or, ce qui arrive dans le mélange artificiel dont nous parlons , se présente également dans les collections purulentes, où le sang et le pus ont séjourné pendant longtemps mêlés ensemble; les globules sanguins s’y mon-trent plus ou moins déformés, plus ou moins altérés ; les globules purulents de leur côté sont plus ou moins bien conservés , plus ou moins éloignés de leur forme normale et primitive ; mais ces deux espèces de globules ne se confondent pas ensemble, et la limite entre elles reste parfaitement tranchée. Ne faut-il pas conclure de là que les globules du pus ne résultent pas d’une transformation morbide des globules sanguins? Si cette transformation avait lieu , n’est-il pas évident que dans cette circonstance on saisirait le passage d’un globule à l’autre, en suivant toutes les nuances de cette dégradation ?

Il n’est pas plus probable que les globules du pus doivent leur origine aux globules blancs du sang, et que ceux-ci passent dans le pus par une sorte de filtration dans le point suppurant.

De même il est vrai que l’on a prétendu que les globules blancs du sang n’étaient que de la fibrine précipitée et déposée sous cette forme globulaire; de même aussi on a voulu voir dans les globules du pus des globules de fibrine, dus à l’élément fibrineux du sang; mais l’une de ces opinions n’est pas plus soutenable que l’autre , et les globules purulents ne justifient nullement cette théorie par la manière dont ils se comportent avec les réactifs chimiques. Il suffira de rappeler que la fibrine se gonfle et devient transparente sous l’influence de l’acide acétique, et qu’au contraire les

globules purulents, ainsi que les globules blancs du sang, se contractent et se condensent par l’action du même réactif.

Ainsi donc je n’admets pas que les globules du pus se forment aux dépens de la fibrine du sang, qu’ils puissent être considérés comme une sorte de précipité de la partie fibrineuse du fluide sanguin ; et malgré leur analogie de structure et de composition avec les globules blancs du sang, je n’admets pas non plus qu’ils aient rien de commun dans léur origine et dans leur nature intime avec ces derniers; je regarde les globules du pus comme un produit de sécrétion spécial et direct de la partie qui suppure, de la membrane pyogénique; cette opinion que je professe depuis longtemps dans mes cours de microscopie, est aussi celle du professeur de physiologie de la faculté de Médecine; dans un excellent article sur le pus, du Dictionnaire de médecine, répertoire général des sciences médicales, M. Bérard aîné établit très-bien cette origine des globules purulents ; je suis heureux de signaler ici ce travail rempli de très-bonnes doctrines sur le mucus et le pus, sur ce que l’on doit entendre par résorption purulente, et dans lequel l’auteur se montre parfaitement au courant de l’analyse microscopique de ces substances. *

Après avoir montré l’action du pus sur les globules sanguins , je dois faire connaître l’influence plus remar-

‘ Nous ne relèverons qu’une erreur dans cet article, qui n’est probablement qu’une faute d’attention ou d’impression ; on y dit que le mucus vaginal est toujours alcalin, tandis qu’il est constamment acide.

quable encore de cette matière sur la fibrine. Cette influence se manifeste lorsqu’on mêle une certaine quantité de pus phlegmoneux, au sang sortant de la veine; voici comment se fait l’expérience :

On reçoit dans un tube fermé par un bout, du sang sortant de la veine au moment d’une saignée ; ce sang est abandonné à lui-même pour comparer le caillot de fibrine normal au caillot altéré par le pus ; dans un second tube contenant du pus phlegmoneux frais, on reçoit du même sang, de manière à mettre trois parties de sang à peu près pour une de pus. On agite aussitôt le liquide, afin de mélanger intimement les deux substances avant que le sang ne se solidifie.

La coagulation s’opère dans les deux tubes avec des nuances plus ou moins prononcées dans la couleur du caillot, dans sa consistance, dans la séparation du sérum , suivant certaines propriétés particulières du pus, et suivant sa proportion; mais au bout d’un certain temps, de 24 ou 48 heures, selon les circonstances, l’aspect de la matière est bien différent dans les deux tubes; dans l’un, le caillot est encore ferme et intact, tandis que sous l’influence du pus, la fibrine est devenue molle et diffluente, et le caillot par conséquent n’a plus de résistance; il est en même temps d’une couleur plus foncée, presque noire, quelquefois livide, et la matière colorante s’est en partie dissoute dans le sérum.

Si on examine les globules de ce caillot, on les trouvera ridés et déformés ainsi que nous l’avons dit plus haut.

GLOBÜLES PURULENTS.

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