ACIDE URIQUE
Ce corps est un de ceux qui existent le plus souvent en excès dans l’urine et qui se déposent à l’état solide
par le refroidissement de ce liquide ; il ne suffit pas toujours d’attendre que l’urine soit refroidie pour voir se précipiter l’acide urique; ce n’est, dans certains cas, qu’au bout de vingt-quatre heures que les cristaux d’acide urique se forment dans l’urine où cet acide est en excès.
Lorsque l’acide urique ne se sépare à l’état solide qu’après l’émission de l’urine et par le refroidissement, ou bien par le séjour de ce liquide au contact de l’air, cette circonstance ne constitue pas un cas degravelle; la gravelle n’existe que lorsque l’acide urique ou d’autres matières salines de l’urine se sont précipitées et agglomérées dans la vessie et sortent en petits fragments, en graviers avec l’urine. Si ces graviers sont formés d’acide urique, la gravelle sera appelée gravelle urique, et gravelle phospbatique, si ces graviers sont composés de phosphate ammoniaco-magnésien ou de phosphate de chaux.
L’acide urique se précipite toujours en cristaux réguliers, de forme caractéristique et appréciables à la vue simple ou à la loupe. On remarque à la surface de l’urine, dans laquelle existe l’acide urique précipité, contre les parois du vase qui contient le liquide, et au fond dans un nuage muqueux, de petites paillettes dorées , isolées ou réunies, groupées ensemble, dont une simple loupe permet de reconnaître la forme rhoraboïdale ; l’acide cristallise en effet toujours sous cette forme que nous étudierons plus bas au microscope ; lorsque l’urine a été agitée, les cristaux se réunissent tous, excepté ceux qui adhèrent aux parois du vase, à la partie inférieure où ils prennent l’aspect d’une poudre rouge brique.
Une fois qu’ils sont formés, les cristaux d’acide urique ne peuvent plus se redissoudre dans l’urine, même en portant le liquide à la température du corps et audessus; ce caractère distingue l’acide urique des sels dans lesquels il entre en combinaison ; les urates en effet se redissolvent dans l’urine chauffée à 4o” centigrades.
Placé sous le microscope avec un grossissement de [00 à 200 fois, les cristaux d’acide urique présentent de belles lames rhomboïdales , le plus souvent d’un jaune-brun comme la gomme laque, mais extrêmement transparentes et de différentes dimensions 4?) 5 ces lames offrent des aspects divers suivant la position dans laquelle elles se placent, et suivant quelles sont isolées ou groupées; lorsqu’elles sont à plat , leur forme rhomboïdale apparaît nettement, et à leur transparence on les croirait très- minces ; mais lorsqu’on les rencontre de champ, ou s’aperçoit qu’elles ont une grande épaisseur; de telle sorte que si on voit ces lames par leur bord , on n’a plus sous les yeux qu’une figure prismatique au lieu d’une forme rhomboïdale, {fig. 47'^)î et même si les lames sont très-petites, un quadrilatère comme {fig. 4? ^ ) •
La meilleure position pour bien se faire une idée de la forme de ces cristaux, est de les voir inclinés, ou de trois quarts, comme ( jig.
Enfin , les groupes de lames d’acide urique représentent assez souvent des espèces de rosaces {fig. 48)> dans lesquelles on ne reconnaît pas de suite la forme primitive; mais en analysant avec soin ces groupes de cristaux, en les écrasant légèrement entre deux lames
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de verre, on ne tarde pas à s’assurer qu’ils sont composes de lames rhomboïdales de différente grandeur, placées de champ et convergeant vers un centre commun.
Tels sont les caractères physiques principaux de l’acide urique cristallisé dans l’urine ; ces caractères suffiraient à eux seuls pour reconnaître cette matière dans la plupart des cas ; mais si on y joint les caractères chimiques suivants, il ne peut plus rester aucun doute; les cristaux d’acide' urique sont insolubles dans l’eau froide et chaude, dans l’acide acétique, l’acide hydrochlorique et l’ammoniaque; ils sont solubles avec effervescence dans l’acide nitrique ordinaire. Pour faire agir ces réactifs sur l’acide urique soumis au microscope, on s’y prend comme toujours, en faisant pénétrer une goutte du réactif par capillarité, entre les deux lames de verre oîi sont placés les cristaux ; on suit l’action chimique à mesure qu’elle se produit sous le microscope et on voit les cristaux se dissoudre au contact de l’acide nitrique, en laissant dégager de nombreuses bulles de gaz ; l’ensemble de caractères que nous venons de signaler ne permet pas de confondre l’acide urique avec quelque autre corps que ce soit dans l’urine.
Les circonstances dans lesquelles se produit l’acide urique sont fort remarquables et intéressantes à étudier ; elles donnent une valeur particulière à la présence de cette substance en excès dans l’urine.
Chez les rhumatisants et les goutteux, l’urine est presque constamment chargée d’acide urique en excès, qui cristallise par le refroidissement du liquide et forme
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au fond des vases un sédiment rouge brique; des iirates, comme nous le verrons tout à l’heure, accompagnent ordinairement les cristaux d’acide urique. C’est ce qui a depuis longtemps porté à faire prendre des boissons alcalines, i’eaii de Vichy en particulier, aux malades atteints de rhumatisme chronique et surtout aux goutteux ; mais il faut bien savoir qu’on ne remédie par ce moyen qu’à l’un des effets de la maladie, à l’im de ses symptômes, à l’acidité excessive de l’urine, et encore n’y remédie- t-on que momentanément ; les alcalis neutralisent promptement à la vérité l’excès d’acide de l’urine , et pendant tout le temps que l’on en fait usage , les urines s’éclaircissent, elles cessent de déposer de l’acide urique et des urates, le sédiment fouge brique disparaît; mais dès que l’on cesse les boissons alcalines, l’acide urique reparaît, surtout s’il survient un nouvel accès de rhumatisme ou de goutte. Or, comme les alcalis ne paraissent avoir aucune action spéciale sur le principe même de la maladie, il ne faut pas en exagérer l’emploi ; sans doute les eaux alcalines sont très-utiles pour détruire l’âcreté des urines, pour prévenir la formation d’un noyau calculeux eu neutralisant l’excès d’acide, mais il faut mesurer la dose de ce médicament suivant l’état de l’estomac et suivant la composition de l’urine ; M. Rayer a vu un malade gravement affecté de l’estomac, pour avoir fuit abus de boissons ‘alcalines, et je citerai plus loin un cas dans lequel un calcul de phosphate aimnoniaco-magnésien s’est produit en quinze jours, sous l’influence de l’eau de Vichy.
Il est facile de déterminer accidentellement, en dehors
de la diathèse goutteuse ou rhumatismale, la formation d’uii excès d’acide urique et des sels dont cet acide fait partie, dans l’iirine de personnes parfaitement bien portantes. Les substances excitantes, dont l’action se porte sur le système nerveux en général, le café noir par exemple et les vins gazeux, lorsque l’économie n’est ^as dès longtemps habituée à leur usage, ont la propriété, du moins chez beaucoup de personnes, défavoriser la sécrétion de l’acide urique et des urates en excès. Il m’est arrivé bien souvent , lorsque je n’avais pas pu me procurer de cristaux d’acide urique pour les démonstrations de mon cours, d’en produire à l’aide d’une bonne dose de café noir un peu concentré , et d’une demi- bouteille de vin de Champagne. Il suit de là que ces substances et d’autres analogues doivent être interdites aux personnes qui ont une disposition naturelle à sécréter un excès de cet acide, surtout s’il y a en même temps tendance à l’agglomération des particules cristallines dans la vessie.
URATE d’ AMMONIAQUE.
Je comprends sous ce nom les divers sels dont l’aeide urique fait partie ( les urates de soude ou de chaux par exemple qui peuvent se déposer quelquefois dans l’urine), attendu que l’urate d’ammoniaque domine toujours dans les sédiments de cette nature, et qu’il nous intéresse assez peu de savoir si une autre base se trouve parfois combinée en petite proportion avec l’acide urique.
L’urate d’ammoniaque donc se présente presque tou-
jours dans Turine sous forme {lulvcrulente ( fig. 46) ; ii se distinguerait déjà par là de l’acide urique , au moyen de l’observation microscopique ; mais nous avons beaucoup d’autres caractères à l’aide desquels ce sel ne peut être confondu avec aucune autre matière sédimenteuse.
Avant que le microscope eût été appliqué à l’analyse de ces substances, l’urate d’ammoniaque était près* que toujours confondu dans l’urine avec l’acide urique, le caractère dont on se servait pour reconnaître l’acide urique comprenant également l’urate d’ammoniaque ; ce caractère était fondé sur l’action particulière exercée par l’acide nitrique sur l’acide urique. Lorsqu’on traite une quantité même très-petite d’acide urique par l’acide nitrique, dans une capsule de porcelaine, et que l’on fait évaporer, on obtient une belle couleur rouge ca*ractéristique de l’acide urique; mais que ce soit de l’acide urique pur, ou des tirâtes, que l’on traite de cette manière, le résultat est le même, attendu que les orales sont rapidement décomposés par l’acide nitrique, et que l’acide urique se trouve à nu en présence de ce réactif.
Au contraire , nous avons vu que l’acide urique libre est toujours cristallisé, et nous aurons tout à l’heure une nouvelle preuve de cette tendance nécessaire à cristalliser, taudis que l’urate d’ammoniaque est amorphe et pulvérulent. Indépendamment de ce caractère, l’urate d’ammoniaque se redissout dans l’urine , après s’être précipité, en reporlant l’urine à la température du corps, c’est-à-dire à environ 4o°.
L’urate d’ammoniaque est, comme l’acide urique, so^
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lubie avec effervescence clans l’acide nitrique, mais de plus il se dissout dans les acides faibles, tels que l’acide nitrique étendu de huit parties d’eau sur dix, et dans l’acide acétique.
- Cette dissolution donne lieu à un phénomène curieux, intéressant à observer au microscope, et qui caractérise l’urate d’ammoniaque d’une manière on ne peut plus précise :
Nous avons dit que l’acide urique a une telle tendance à cristalliser, qu’il se dépose en cristaux réguliers de la forme que nous avons décrite , dès qu’il est libre. C’est ce qui se produit ici quand on traite, sous le microscope, l’urate d’ammoniaque par un acide faible, par l’acide acétique; que l’on fasse pénétrer une goutte de cet acide entre les deux lames de verre où est déposé l’échantillon de sédiment d’urate , et on ne tardera pas à apercevoir, à mesure que la dissolution s’opérera, de petits cristaux naître sous les yeux; ces cristaux, d’abord excessivement petits, commencent par un point , s’accroissent et grandissent peu à peu, et bientôt on reconnaît la forme de lames rhomboïdales propre à l’acide urique {fig- oo). Ces petites lames sont très-transparentes , plus ou moins régulières, suivant des circonstances de cristallisation inappréciables, leurs angles étant tantôt allongés et tantôt tronqués, mais leur nature ne peut être méconnue soit à leurs caractères physiques , soit à leurs propriétés chimiques ; leur origine indique également ce qu’elles sont. Que s’est-il en effet passé dans cotte expérience? L’acide employé décompose l’urate, s’empare de la base et met l’acide urique à nu. Or, dès que cet acide est libre il
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cristallise , et c’est le produit de cette cristallisation que l’on voit naître et se développer. Cette expérience est une des plus intéressantes que l’on puisse faire au microscope ; avec un grossissement de 3oo fois, on assiste à la formation de cristaux qui grandissent rapidement jusqu’à ce qu’ils aient atteint la dimension qu’ils peuvent acquérir au milieu de la gouttelette de liquide oïl ils sont plongés.
Les sédiments d’urate d’ammoniaque sont importants à bien connaître, parce qu’ils simulent on ne peut mieux, dans certains cas, des'dépôts de matières toutes différentes , et même des substances organisées telles que le pus et le sang. Ces sédiments, dont la couleur varie depuis le blanc mat ou légèrement verdâtre, jusqu’au blanc rosé, au rose et au rouge vif, sont très-propres à induire en erreur lorsqu’on se contente d’examiner leur apparence extérieure. J’en ai vu de tellement semblables à des dépôts de pus et d’autres, dans des cas de maladie du foie, d’un rouge si analogue à celui du sang, qu’il m’eût été impossible, à la simple vue, de dire à quelle substance ils appartenaient. J’ai montré plusieurs fois dans mes cours des sédiments semblables , un entre autres du rouge le plus intense, dans l’urine d’une femme affectée d’hépatite chronique , que le plus habile clinicien aurait eu de la peine à ne pas prendre pour du sang pur; et pourtant ce sédiment ne contenait pas un seul globule sanguin ^ il était entièrement formé de matières salines , d’urate d’ammoniaque coloré par une substance particulière peu connue encore dans sa nature, à laquelle les chimistes donnent le nom d’acide purpurique.
2i6 COURS DE MICROSCOPIE.
Quant aux circonstances clans lesquelles l’urate d’aminoniaquc en excès se dépose clans l’urine, je n’aurais qu’à répéter ici ce que j’ai dit de l’acide urique.
PHOSPHATE AMMONIACO-MAGNÉSIEN.
Ce sel se rencontre quelquefois dans des urines acides, mais très-rarement , par une raison facile à apprécier; il est très-soluble dans les acides faibles, par conséquent il ne peut se déposer à l’état solide que dans l’urine neutre ou très-légèrement acide. IjC phosphate ammoniaco-magnésien appartient essentiellement aux urines alcalines, et nous ne ferons son histoire qu’en parlant de cette classe d’urine.
Le phosphate de chaux doit exister aussi dans certaines urines puisqu’on le trouve dans un certain nombre de calculs qu’il concourt à former; mais je ne l’ai jamais reconnu dans les dépôts d’urine , et ce serait compliquer inutilement l’étude des sédiments que d’en traiter ici.