OXALATE DE CHAUX
II y a peu de temps encore, on ne croyait à l’existence de ce sel dans les sédiments que dans des cas trèsrares ; c’est l’opinion exprimée par M. Rayer dans le traité récent qu’il a publié sur les maladies des reins et j’cn parle de même dans mon Tableau des sédiments des mines; depuis lors j*ai démontré que rien au contraire n’est plus fréquent que la présence de l’oxalale de chaux cristallisé dans l’urine.
On savait et M. Magendie avait surtout contribué à
élablir ce fait , que des calculs d’oxalate de chaux s’étaient formés chez quelques malades , à la suite de l’usage hahitucl de l’oseille, mais on ne se doutait pas que quelques cuillerées de cette substance suffissent pour produire des cristaux d’oxalate de chaux en moins de deux où trois heures dans l’urine; on ignorait quels étaient les caractères distinctifs de cette cristallisation , et on ne reconnaissait pas les cristaux de ce sel lorsqu’ils existaient dans les sédiments; ils étaient passés inaperçus par moi et par beaucoup d’autres observateurs, avant que j’eusse spécialement porté mon attention sur ce sujet.
Les cristaux d’oxalate de chaux ont des formes et des caractères très-distincts ; mais ils sont généralement très-petits, et on ne doit pas s’étonner qu’ils aient pu pendant si longtemps échapper à l’observation.
Voici quels sont les principaux caractères physiques et les propriétés chimiques de ce sel :
Les cristaux d’oxalate de chaux sont des octaèdres résultant de deux pyramides à quatre faces réunies base à base; ils sont très-brillants, très- nets, à arêtes vives et d’une régularité parfaite quel que soit leur volume {fig> 5i). Ces cristaux prennent des aspects variés suivant la position dans laquelle ils se présentent à l’observateur; leur transparence permettant de voir à la fois les angles inférieurs et les angles supérieurs, comme pour la plupart des cristaux microscopiques observés par réfraction , il en résulte des figures quelquefois bizarres , dont ou a peine à se rendre compte, lorsqu’on n’a pas l’habitude de ce genre d’observation ; c’est pourquoi j’ai fait tailler en cristal
des modèles de tous les cristaux qui peuvent faire partie dès sédiments des urines, afin de bien faire comprendre leurs formes et leurs caractères physiques aux élèves qui suivent mes cours; ce procédé m’a réussi, et je n’éprouve plus maintenant aucune difficulté à faire concevoir comment dans telle position, une croix se dessine au milieu du cristal d’oxalatede chaux 5i a), dans telle autre un quadrilatère comment le
même cristal peut paraître rliomboïdal ou bien octaédrique, etc.
Les cristaux d’oxalate de chaux sont insolubles dans l’eau froide et chaude, dans l’urine chauffée, dans l’acide acétique , l’ammoniaque , et l’acide nitrique étendu; ils se dissolvent sans effervescence dans l’acide nitrique concentré, et l’ammoniaque précipite de nouveaux cristaux de la dissolution.
Lorsqu’on les recueille et qu’on les brûle sur une lame de platine, ils donnent pour résidu de la chaux, qui, placée sur du papier de tournesol rougi et humecté, le ramène au bleu.
L’oxalate de chaux se produit comme nous l’avons dit , lorsqu’on mange de l’oseille , et ce sel est si peu soluble, il cristallise avec une telle facilité, que l’on trouve les cristaux tout formés au moment même de l’émission de l’urine; il convient donc de s’abstenir des végétaux acides et des fruits rouges qui contiennent de l’acide oxalique, pour peu que l’on ait de disposition à la gravelle.
Les enfants ont, à ce qu’il paraît , une tendance particulière à produire des graviers d’oxalate de chaux; un grand nombre des calculs vésicaux formés dans
le très-jeune âge, ont pour centre un noyau de ce sel, ainsi qu’on le voit dans l’Atlas de M. Ségalas \
On voit aussi l’oxalate de chaux se déposer en excès dans l’urine des adultes, sans que l’on puisse attribuer cette production à l’usage de substances riches en acide oxalique; cette circonstance se montre à peu près constamment chez les personnes affectées de pertes séminales; je ne sais à quoi attribuer ce fait, mais il a été vérifié par d’autres observateurs, en particulier par M. Rayer, depuis que je l’ai annoncé; de telle sorte que lorsqu’on rencontre des cristaux de ce sel dans l’urine d’un homme qui n’a fait usage ni d’oseille , ni de végétaux ou de fruits dans lesquels on puisse soupçonner l’existence de l’acide oxalique, on doit être sur ses gardes relativement aux pertes de semence ; non pas que l’oxalate de chaux cristallisé ne puisse se trouver dans l’uriue indépendamment de cette cause, mais du moins peut-on affirmer qu’il s’y montre presque toujours lorsque l’urine contient du sperme ; cette indication n’est donc pas à négliger sous ce rapport et doit inviter à rechercher attentivement les animalcules spermatiques par les procédés que nous indiquerons plus loin
‘ Essai sur la Gravelle et la Pierre, Paris, iSSg, in-8, et Atlas in-4, col.
® L’oxyde cystique ou la cystine est, comme Pou sait, excessivement rare dans les calculs vésicaux , et je ne sais pas si elle a jamais fait partie des sédiments; comme il pourrait se faire qu’on Py rencontrât , je vais donner ici les principaux caractères de cette curieuse substance : elle est formée de cristaux lamelleux , hexagones, d’un blanc plus ou moins gris ou jaunâtre ; elle est insoluble dans Peau et l’acide acétique, et soluble dans l’ammoniaque; elle
se dissout également sans effervescence dans l’acide nitriqueétendn, et par l’évaporation on voit se former de belles aiguilles cristallines, soyeuses, et d’un blanc éclatant {fig. Sa ). En joignant à ces caractères l’odeur pénétrante, phosphorée, qu’elle répand quand on la brûle sur une lame de platine , et surtout la présence du soufre dont cette curieuse substance ne contient pas moins de vingt pour cent, il est impossible de confondre la cystine avec aucune autre matière. On met le soufre en évidence en traitant la cystine par le nitrate de potasse; dans cette opération, le soufre est oxygéné, passe à l’état d’acide sulfurique, reconnaissable par un sel de baryte , qui donne avec cet acide un précipité insoluble.