DES PARTICULES SUSPENDUES DANS LE SANG OU DES GLOBULES SANGUINS
Le sang n’est pas un liquide homogène , une dissolution de matières entièrement solubles , et privée, dans l’état de vie, de toute substance solide et concrète. S’il en était ainsi, nous ne pourrions pas suivre et voir, comme nous le voyons au microscope, le cours et la marche du sang dans l’intérieur des vaisseaux. Le mouvement d’un liquide homogène coulant dans des vaisseaux exactement pleins, ne serait pas sensible à la vue, tandis que le mélange de particules solides qui se meuvent et se déplacent, rend le cours du sang parfaitement appréciable à la vue, ainsi que nous le dirons lorsque nous étudierons le fluide sanguin dans les vaisseaux et le phénomène de la circulation.
Le sang contient donc des particules solides, nageant dans ce fluide, circulant avec lui, et auxquelles il doit plusieurs de ses propriétés importantes. Ces particules sont en nombre incommensurable , et la moindre gouttelette de sang en renferme des myriades; jusqu’à ces derniers temps , les observateurs n’en connaissaient et n’en décrivaient que d’une seule espèce : les globules rouges ou sanguins proprement dits, les seuls que l’on aperçoive par les procédés ordinaires d’observation , et
dont le nombre est incomparablement au-dessus de celui des autres espèces de globules qui existent en même temps danslefluide. Ceux-ci , relativement rares et disséminés, sont cachés par les premiers, qui remplissent entièrement le champ du microscope , et ils ne peuvent être découverts qu’à l’aide de certaines précautions : aussi ne s’est-on , pendant bien longtemps, occupé que des globules rouges ou sanguins proprement dits. Les autres, dont on avait bien remarqué de temps en temps quelques traces, n’avaient pas fixé et ne semblaient pas mériter l’attention ; on leur attribuait d’ailleurs une fausse origine, en les considérant comme des débris des premiers; on verra au contraire combien leur étude est digne de nous intéresser aujourd’hui.
Les petits corps solides, répandus dans le sang, se distinguent par des formes régulières et constantes, par une composition complexe et une structure déterminée; ils ont une véritable organisation , et on peut même dire une vie propre ; car ils ont un commencement, un développement et une fin. Ils passent par diverses transformations successives, depuis leur origine jusqu’au moment où ils ont accompli leur évolution et rempli leur but final , qui est de constituer le fluide vraiment organisateur, le bildungsjlüssigkeit des physiologistes allemands. Les globules sanguins n’ont qu’un état transitoire, pendant lequel ils jouissent sans doute de quelque action spéciale sur l’organisme; mais ils ne servent pas, ainsi qu’on l’avait établi dans une théorie ingénieuse qui a longtemps régné dans l’école, à former paria réunion de leurs noyaux en chapelet, la fibre élémentaire organique; iis ne concourent pas directe-
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ment au développement des organes par leur adjonction mécanique, et jamais on ne les voit sortir des vaisseaux pour aller s’incorporer aux tissus. En un mot, les globules suspendus dans le sang ne sont pas le dernier terme de l’élaboration du fluide sanguin.
Étudions maintenant ces diverses espèces de globules ; observons leur forme , leur dimension , leur structure , leur composition intime ; voyons comment ils se comportent avec les agents extérieurs et les réactifs chimiques : apprenons enfin à les distinguer les uns des autres par des caractères assez nets pour pouvoir les reconnaître partout oîi ils se trouveront, et sans jamais les confondre avec d’autres.
Il existe trois espèces de particules en suspension dans le sang et roulant avec lui : i°. les globules rouges ou sanguins proprement dits ; 2°. les globules blancs; 3°. les globulins.
Indiquons d’abord la manière de préparer le sang pour l’observer au microscope. Cette préparation est bien simple : elle consiste à déposer une très-petite gouttelette de sang ( grosse comme une tête d’épingle) sur une lame de verre bien propre , puis à placer un autre petit carré de verre mince sur la goutte de sang, de manière à l’étendre, en couche très-mince et transparente, entre les deux lames de verre. Dans cet état, la substance est bien disposée pour être soumise au microscope et observée avec un grossissement de trois à quatre cents fois. Les globules sanguins se distingueront nettement, séparés les uns des autres ou réunis en chapelet, mais non agglomérés en masses confuses. Une piqûre faite au bout du doigt est le moyen le plus
commode pour se procurer le sang humain que l’on veut étudier de cette manière.
Quant aux réactifs que l’on veut faire agir sur les globules, je répète ce que j’ai dit dans l’introduction : on les introduit par capillarité entre les surfaces des lames, en déposant une goutte du liquide au bord de la lame de verre supérieure à son point de contact avec la lame inférieure.