‹ Cours de microscopie complémentaire des études médicales. Anatomie microscopique et physiologique des fluides de l'économieChapitre 9 sur 123 · GLOBULES BOUGES · texte numérisé non relu

GLOBULES BOUGES

La forme, la dimension et la structure de ces globules sont différentes , suivant la classe d’animaux auxquels ils appartiennent : circulaires dans le sang des mammifères, ils sont elliptiques dans le sang des oiseaux, des poissons et des reptiles. Chez tous les animaux , ils sont plats; nulle part on ne les trouve renflés dans tous les sens ou sphériques. Ils contiennent la matière colorante du sang : c’est à eux que ce liquide doit sa couleur rouge.

Le sang de l’homme, que nous prenons pour type du sang des mammifères, offre donc des globules circulaires, aplatis, renflés vers leur contour, et légèrement déprimés dans leur centre, qui paraît clair ou obscur suivant que l’on approche l’objet plus ou moins du microscope 2 et 3) : on se fera une idée assez juste

de leur forme en se les représentant comme de petites lentilles molles dont on aurait déprimé le centre par une légère compression.

D’après cette forme, on conçoit qu’un globule sanguin roulant dans un liquide, doit se présenter alter-

nativement pai' la face et par la tranche, comme ferait une pièce de monnaie [fig. 4 )•

Cette forme et cet aplatissement des globules sanguins, si faciles à constater à la première inspection microscopique, n’ont pourtant pas été reconnus d’abord, et beaucoup d’observateurs ont décrit ces globules comme étant de petites sphères. Cette erreur tient moins à l’imperfection des instruments qu’on employait alors qu’au procédé dont on se servait pour disposer les objets sous le microscope. On délayait , comme on le fait encore aujourd’hui, et comme c’est nécessaire dans une foule de cas, la matière avec de l’eau; mais, ignorant que le premier effet du contact de l’eau sur les globules sanguins des quatre classes d’animaux vertébrés, est de modifier leur forme, de les renfler dans un sens en les diminuant dans l’autre, de les rendre sphériques eu un mot, on considérait cette forme comme primitive et comme leur appartenant réellement. Ce n’est pas le seul exemple d’erreur commise par suite de l’action des modificateurs et de rcau en particulier, dont on méconnaissait l’effet. Nous retrouverons un fait analogue à propos des globules de sang d’oiseau, auxquels on attribuait une forme anormale à leur origine dans l’embryon.

On n’est d’accord sur la véritable dimension des globules du sang comme de beaucoup d’autres objets microscopiques très-petits , que depuis que l’on possède des moyens de mesure d’une exactitude rigoureuse , et d’un emploi commode; l’application de \a. caméra lacida au microscope a mis tous les observateurs à même de s’assurer très-approximativement de cette dimen-

sion , et l’oa ne diffère plus aujourd’hui que de quelques centièmes de millirnètres sur le diamètre de ces petits corps. Les globules de sang humain ont de^à millimètre, et les variétés que l’on trouve dans les observations à cet égard dépendent moins de l’imperfection des moyens de mesure, que de la variété même qui existe dans la grosseur des globules du même sang j tous les globules, en effet , n’ont pas strictement la même dimension, et il y a des différences entre eux, sous ce rapport, dans les limites que nous venons d’indiquer.

C’est aux globules dont nous parlons qu’appartient la matière colorante du sang, c’est à eux que ce liquide doit sa belle couleur rouge; le sang privé de ses globules est incolore , ou légèrement jaunâtre comme le sérum, et nous avons vu, dans l’expérience deMüller, le caillot de fibrine décoloré quand il est séparé des globules.

Toutefois , la couleur des globules n’apparaît pas au microscope lorsqu’on les observe par le procédé ordinaire, et cette circonstance est toujours remarquée avec quelque sarptàse par les personnes qui considèrent les globales sanguins pour la première fois; elles s’étonnent de ne voir qu’une légère tirinte jaune-clair qui ne leur rappelle pas du tout la belle couleur rouge du sang.

C’est qu’en effet la couleur des corps disparaît lorsqu’ils sont réduits aune extrême minceur, et qu’on les regarde par transparence ou par réfraction^ Il arrive pour les globules sanguins ee qui se présenterait poim une lame de verre rouge, réduite à une pellicule trèsmince , et que l’on placerait entre L’œil et la lumière :

DES eEOBüLES SANGÜINS. 63

la couleur serait à peine sensible, et pour l’apercevoir il faudrait mettre plusieurs de ces lamelles les unes sur les autres, ou bien les examiner, non par transparence, mais en laissant tomber la lumière à leur surface ou par rèfleclion.

C’est ce qui se passe pour les globules sanguins que l’on soumet au microscope; pour les bien voir, pour distinguer nettement leurs formes et leurs contours , il faut qu’ils soient libres et détachés les uns des autres; c’est pourquoi on a soin d’étendre une très-petite couche de sang entre deux lames de verre , afin de pouvoir observer des glohules isolés , et non accumulés et confondus ensemble, comme ils seraient dans une couche plus épaisse; la coloration de ces particules si excessivement minces et traversées par une lumière très-vive , disparaît alors presque entièrement , ou plutôt il n’en reste qu’une légère nuance jaune.

Mais si l’on veut reconnaître la couleur réelle des globules sanguins , et s’assurer qu’ils sont véritablement rouges, il suffit de les examiner réunis, en petites mâ^es, ou bien en faisant tomber la luinière sur eux comme si ou observait un corps opaque, pourvoir aussitôt apparaître leur teinte d’un beau rouge.

COMPOSITION INTIME DES SDOBüIÆS SANOÜINS.

Après avoir passé en revue les caractères extérieui’s des globules sanguins , leur forme , leur dimension , leur couleur, tâchons de pénétrer dans leur intérieur et de nous faire une idée de leur struotiu’e et de leur composition.

Nous venons de voir que les globules sanguins sont de petits corps plats, circulaires, légèrement déprimés aucentre ; mais leur texture est-elle homogène, et peuton les considérer comme résultant simplement de la division extrême d’une matière identique?

Constatons d’abord qu’ils sont d’une grande flexibilité, qu’ils s’étirent, qu’ils s’allongent, qu’ils se plient en tous sens , et qu’ils reviennent ensuite à leur forme première avec une parfaite élasticité. Ce caractère est commun aux globules des divers sangs d’animaux. On a très-souvent l’occasion de vérifier cette propriété , lorsqu’on voit les globules sanguins courir entre deux lames de verre par l’effet de la capillarité, ou bien lorsqu’on les observe pendant la vie, circulant dans les vaisseaux ; on les voit passer à travers tous les obstacles , s’insinuer et glisser dans les passages les plus étroits et les plus sinueux, en s’allongeant et se pliant pour s’accommoder aux directions qu’ils doivent prendre, aux difficultés qu’ils ont à franchir ; arrêtés a l’éperon formé par deux vaisseaux qui se séparent sous un angle aigu, ils restent souvent à cheval , pour ainsi dire , sur cette saillie , pliés en deux , et flottant jusqu’à ce que la force du courant les entraîne d’un côté ou de l’autre.

Tirons déjà de cette propriété les deux conséquences suivantes : i°. c’est qu’en admettant des orifices aux parois des vaisseaux , pour le passage du fluide organisateur qui va constituer les organes, ou bien un ordre de vaisseaux plus petits que ceux dans lesquels on voit circuler les globules rouges , la dimension et la grosseur de ces globules ne seraient pas les seules causes

qui les empêcheraient de passer et d’être admis dans ces vaisseaux. S’il n’existait pas à ces orifices, ou à l’origine de ces vaisseaux , une propriété particulière , une sorte de faculté élective (qu’on me passe l’expression , je ne l’emploie que pour me faire comprendre et sans y attacher aucune opinion), les globules sanguins, en vertu de leur élasticité , franchiraient aisément ces ouvertures, quelle que soit leur dimension ; ce n’est certainement pas d’après le diamètre relatif des vaisseaux et des globules que l’on doit calculer la limite que ceux-ci peuvent atteindre dans les différents ordres de vaisseaux; il est facile de s’assurer, en contemplant le magnifique spectacle de la circulation du sang dans la langue de la grenouille, et jusque dans les follicules de cet organe, que les globules sanguins traversent des canaux d’un diamètre plus petit que le leur propre.

. 2°. La seconde conséquence est relative à la difficulté de retenir sur les filtres les globules du sang des mammifères, ces globules passant à travers les papiers les plus serrés ; cette difficulté ne doit pas être seulement attribuée à la petitesse des globules, mais aussi à leur faculté de s’allonger , de s’effiler; à la vérité, des globules sanguins très-gros , comme ceux de la grenouille , ne passent pas avec la même facilité , mais outre qu’ils sont d’une dimension beaucoup plus considérable que ceux des mammifères , ils sont en même temps moins élastiques, probablement à cause de la densité de leur substance interne; d’autres globules, plus petits que ceux du sang de l’homme, mais d’une autre nature et d’une consistance rigide et inflexible , tels que les glo-

hules du lait, restent sur les filtres et ne pénètrent pas au travers des papiers suffisamment serrés.

En voyant la manière dont l’eau agit sur les globules du sang, la manière dont elle les pénètre, les modifie et les transforme en petites sphères; en suivant surtout l’aetion de l’acide acétique qui , ainsi que nous le répéterons plus loin, fait éclater les globules sanguins des mammifères comme des bulles et sans laisser de résidu, ©n est porté à les considérer comme des vésicules aplaties, renfermant dans leur intérieur une substance plus ou moins fluide. Pour moi , c’est l’opinion à laquelle je suis définitivement arrivé, après un nombre considérable d’observations, de recherches et d’expériences, suivies et répétées pendant plus de dix années; une vésicule colorée, circulaire, aplatie, éminemment flexible et contenant une matière semi-liquide , telle est la définition à laquelle je me suis arrêté pour le globule du sang des mammifères, et de l’homme en particulier.

Quant à la substance dont est composée la vésicule, elle se comporte comme étant de nature albumineuse; elle se dissout en effet dans l’eau , dans l’acide acétique et l’ammoniaque, elle résiste et se condense sous l’in* fluence de l’acide nitrique.

Dü NOVAÜ CENTRAL,

C’est ici le lieu de parler du noyau central dont il a été si souvent question, à propos des globules sanguins, et qui a été l’objet de tant d’opinions diverses; je ne rapporterai pas toutes ces opinions, il serait inutile

de les discuter ; je me bornerai à dire que la plupart des observateurs ont admis dès longtemps l’existence d’un noyau solide dans l’intérieur des globules sanguins en général et sans distinction de classes d’animaux; il est évident que cette opinion est résultée de l’examen des globules du sang de grenouille, qui ont presque toujours servi de type aux recherches des micrographes, et c’est par analogie que l’on a étendu aux autres espèces de sang ce que l’on remarquait dans celui-ci; les globules du sang de grenouille, par leur volume et par la facilité avec laquelle on peut en avoir sans cesse à sa disposition, se prêtent merveilleusement aux observations microscopiques; et il est incontestable qu’ils offrent toutes les apparences d’un noyau solide existant au centre d’une enveloppe membraneuse; presque aucun observateur ne met en doute cette disposition du globule sanguin de la grenouille et des autres reptiles , des poissons et même des oiseaux ; je partage tout à fait cette manière de voir, à l’égard de ces globules, quoiqu’on n’aperçoive pas d’abord le nucléus et qu’il ne soit rendu visible que par l’action de l’eau; mais ce n’est pas une raison de croire qu’il en soit de même pour les globules des mammifères, et c’est à mon avis pousser l’analogie trop loin , que de conclure rigoureusement de la composition des uns à celle des autres. II est prudent , en fait de microscopie , de s’en tenir à ce que l’on voit , sans se laisser entraîner par des analogies plus ou moins probables; cette science, plus qu’aucune autre, demande une grande réserve, les corps dont elle s’occupe ne pouvant ni être maniés ni être soumis aux mêmes épreuves

que ceux que nous touchons et qui tombent naturellement SOUS nos sens; certes, je n’exclus pas les inductions que l’on peut tirer de ses observations; mais il faut d’abord bien déterminer ce que l’on voit, bien circonscrire les faits appréciables sur lesquels tous les observateurs peuvent tomber d’accord , et faire nettement la part du positif avant de se livrer à la théorie; or, on ne voit pas, ou du moins presque aucun observateur ne prétend apercevoir de noyau solide dans les globules du sang des mammifères, et tous les efforts que j’ai faits pour ma part dans cette intention, ont été vains; jamais je n’ai pu rendre ce noyau sensible dans les globules de sang humain ou de tout autre mammifère, ni par l’observation à l’aide des meilléurs instruments, ni par l’emploi d’aucun réactif chimique; les substances les plus propres, soit à colorer le nucléus, soit à agir sur lui autrement que sur. son enveloppe, à dissoudre celle-ci en condensant l’autre, n’ont amené aucun résultat, et j’en suis toujours revenu, après des recherches multipliées , à considérer les globules sanguins de l’homme et des manimifères comme étant formés, ainsi que je l’ai dit, d’une vésicule contenant une matière semi-liquide; le noyau solide des globules elliptiques serait remplacé dans les globules circulaires de la premièré classe des animaux vertébrés , par une substance fluide , et l’analogie se trouverait ainsi suffisamment conservée.

Les globules circulaires ont une singulière propriété, qui a frappé tous les observateurs et qui sans doute à contribué à répandre l’opinion d’après laquelle ils serviraient à constituer la fibre élémentaire des tissus, en

s’accolant les uns aux autres; à peine a-t-on étendu une gouttelette de sang entre deux lames de verre, qu’on voit les globules se réunir face à face en séries régulières, et former des chapelets, ou plutôt des piles dont on ne peut pas donner une idée plus exacte qu’en les comparant à des piles de pièces d’or renversées sur une table {fîg. 5) ; le sang obtenu d’une piqûre du doigt est surtout très-propre à observer ce phénomène, qui se produit au reste toutes les fois que les globules sanguins peuvent se mouvoir librement entre deux lames de verre. Mais je le répète , cette propriété n’appartient qu’aux globules ronds , c’est-à-dire à ceux du sang des mammifères, et jamais les globules ovales, c’est-à-dire ceux du sang des trois autres classes d’animaux vertébrés, ïîe présentent rien de semblable; ils se groupent au contraire par masses irrégulières et dans tous les sens.

On serait tenté de croire que cet accolement des globules circulaires est déterminé par la coagulation de la fibrine, qui servirait de moyen d’union entre ces petits corps; mais il n’en est rien ; cette circonstance se manifeste également lorsque la défibrination du sang a été préalablement opérée.

Une certaine quantité de globules échappent à cette sorte d’attraction qui réunit le plus grand nombre d’entre eux; quelques-uns restent libres et isolés à côté des chapelets réguliers formés par les autres; nous aurons occasion par la suite de revenir sur ces différences dans la manière d’être et les caractères extérieurs des globules sanguins, qui montrent que tous les globules d’un même sang ne sont pas absolument identiques.

Une anomaiie singulière a été signalée par un observateur distingué, dans la forme des globules sanguins d’une seule famille de mammifères, la famille des caméliens; M. Mandl a reconnu que les globules du sang des chameaux étaient elliptiques comme ceux des oiseaux ou des poissons {fig. 6); mais l’anomalie, ainsi que nous l’avons vérifié, ne porte absolument que sur la forme et nullement sur la structure intime; ces globules n’ont pas plus de noyau solide que ceux des autres mammifères, et ils se comportent avec les réactifs de la même manière que ceux-ci ; c’est-à-dire que le contact de l’eau ne manifeste aucune trace de substance solide au centre , et que l’acide acétique les dissout sans laisser de résidu , et en les faisant éclater de la même manière que les globules de sang humain.

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