‹ Cours de microscopie complémentaire des études médicales. Anatomie microscopique et physiologique des fluides de l'économieChapitre 89 sur 123 · LAIT. — NOURRICES · texte numérisé non relu

LAIT. — NOURRICES

n’en mettais il y a six ans, en parlant d’une méthode dont l’utilité n’est plus mise en doute; mais je ne suis pas fâché de marquer le point de départ en rappelant l’état de la question il y a quelques années; c’est un moyen de constater les progrès d’une science qui existait à peine pour les médecins il y a moins de dix ans\

' Le rapport suivant de la Commission des Médecins nommés par le Conseil général des hospices, pour examiner mon travail sur le lait, a eu trop d’influence sur le pi’ogrès que je signale, pour que je ne m’empresse pas de le reproduire ici.

Rapport présenté au Conseil général des hospices dans sa séance du ag novembre 1837, par une Commission de médecins et chirurgiens précédemment désignés par le Conseil pour examiner et donner un avis sur un ouvrage intitulé :

DU LAIT, ET EN PARTICULIER DE CELUI DES NOURRICES ; DES QUALITÉS NUTRITIVES, DES ALTÉRATIONS DE CE FLUIDE, ETC.

Messieurs ,

La Commission que vous avez nommée à l’effet de vous faire connaître le mérite d’un ouvrage de M. le docteur Donné sur le lait, et en particulier sur le lait des nourrices , considéré sous le rap^ port de ses bonnes et de ses mauvaises qualités, s’est réunie, le 5 octobre dernier, sous la pi’ésidence de M. Orfila, dans une des salles de la Clinique de l’Ecole où M. Donné avait été prié de se rendre. Dès lors elle a commencé, avec l’auteur du Mémoire, une suite de recherches et d’expériences qui ont été continuées les 9, 12, 16 et 23 du même mois, à la Maternité et aux Enfants Trouvés. Ces expériences faites avec le microscope qui grossit trois cents fois les objets , n’ont offert aucune difficulté réelle ; chacun des membres de la Commission a vu, sans peine et très-nettement, ce que les autres avaient vu, et c’est à l’unanimité que les faits suivants ont été constatés :

i®. Le lait des femmes accouchées depuis un mois et plus, qui ofli'ent toutes les apparences d’une bonne santé, qui , par cette raison et par l’état de leurs nourrissons , peuvent passer pour bonnes

L’ignorance dans laquelle on est encore aujourd’hui sur les caractères du bon et du mauvais lait des nour-

nourrices , ce lait offre ua grand nombre de globules parfaitement sphériques, à bords noirs et réguliers, libres d’adhérences entre eux, bien nets et sans mélange de corps étrangers, quoique variés dans leurs volumes depuis jusqu’à — de millimètre environ; le plus grand nombre est de grosseur moyenne, et ils sont proportionnés de telle sorte que Ton n’en voit pas de démesurément gros à côté de très-petits, et que le nombre des très-petits ne l’emporte pas sur ceux de moyenne grosseur ;

2°. Les caractères microscopiques du lait des femmes récemment accouchées ou du colostrum , sont très-différents de ceux du lait dont il vient d’être question : on y trouve bien encore quelques globules sphériques bien détachés les uns des autres ; mais on y voit aussi des corpuscules granuleux jaunes, très-distincts des globules du lait, et un arrangement particulier de ces derniers globules, résultant delà présence d’une matière muqueuse qui les lie entre eux ;

5°. Dans l’état normal et chez les bonnes nourrices , le lait ne présente plus de colostrum du dixième au vingtième jour ;

4°. Mais on en retrouve les éléments à une époque beaucoup plus éloignée de l’accouchement, chez certaines nourrices dont le lait n’offre néanmoins aucune altération apparente; toutefois on ne saurait douter qu’alors le lait ne soit plus ou moins profondément altéré et qu’il ne doive exercer une action nuisible sur les nourrissons, l’expérience ayant appris, depuis longtemps, les effets nuisibles du colostrum sur les enfants au delà d’un certain âge ;

5°. Les nourrices qui présentent cet état particulier du lait sont sui’tout celles qui sont affectées d’engorgement du sein ou de tonte maladie locale ou générale capable d’appoi’ter un trouble dans la sécrétion du lait. La Commission ajoute que l’on peut, à volonté, produire cette modification du lait, chez la femme et chez les animaux , en le laissant s’accumuler dans les mamelles pendant plusieurs jours, et en produisant des engorgements artificiels; qu’il a été reconnu, par deux de ses membres, MM. Baron et Moreau, et par M. le docteur Paul Dubois , que le lait pris dans ces conditions causait quelquefois des accidents graves chez les enfants ;

6°. L’ammoniaque concentrée rend sensible la matière muqueuse dont il a été parlé plus haut, en communiquant au lait

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rices, sur les moyens de distinguer celui qui possède les qualités convenables à la vie et à la santé de Ten-

une viscosité qu’il ne contracte pas, quand il est pur, avec ce réactif;

7°. La richesse du lait, qu’il n’est j^as possible d’apprécier rigoureusement par les moyens ordinaires, se conclut facilement et rigoureusement des expériences microscopiques, par le nombre et l’abondance des globules, qui sont toujours proportionnés aux autres éléments substantiels de ce fluide, le caséum et le sucre de lait; de manière que celui qui ne contient que des globules très-petits et rares est évidemment peu riche en principes nutritifs.

8®. On constate aisément , au moyen de l’analyse microscopique , la présence du sang et du pus dans le lait , d’abord par la différence d’aspect et d’organisation des globules constituants des trois liquides, le lait , le sang et le pus ; puis à l’aide de l’ammoniaque et de i’étber ; car, tandis que les globules du lait résistent à l’ammoniaque, ils sont extrêmement solubles dans l’éther , et c’est précisément le contraire pour les globules du pus et du sang.

Les faits qui viennent d’être exposés ne diffèrent pas de ceux qui ont été observés par M. Donné, et qu’il a consignés dans le Mémoire sur le mérite duquel la Commission doit se prononcer : ils en sont la confirmation pure et simple ; ils prouvent incontestablement que les bonnes et les mauvaises qualités du lait, sa pauvreté ou sa richesse, peuvent être rigoureusement appréciées au moyen du microscope aidé de quelques réactifs , l’éther et l’ammoniaque.

Cette appi'éciation était complètement impossible jusqu’ici , et l’ouvrage de M. le docteur Donné, en remplissant une lacune importante, satisfait à un besoin senti depuis longtemps par les praticiens.

Il est à désirer que l’Administration des hôpitaux puisse mettre à profit les résultats de l’expérience de M. Donné dans les établissements qui lui sont confiés, et la Commission fait des voeux pour que les difficultés qui pourraient s’élever à cet égard soient promptement levées.

Tout en mettant en première ligne les résultats consignés dans l’ouvrage de M. Donné, qui lui ont paru le plus immédiatement applicables à la pratique , la Commission croit cependant conve-

faut, de celui qui ne lui offre qu\in mauvais aliment, eit telle, qu’il n’est pas un médecin, pas un accoucheur, ni même un chimiste, capable de dire avec confiance si tel lait est de bonne ou de mauvaise nature.

L’espèce d’indifférence dans laquelle on reste à cet égard, tient sans doute à la difficulté du sujet, à l’insuffisance des résultats que nous ont jusqu’à présent fournis les analyses chimiques, et au défaut de moyens pratiques propres à faire un examen utile de cette substance; on ne peut, en effet, l’attribuer ni au man-

nable de déclarer qu’elle a encore pu vérifier l’exactitude d’autres faits avancés par l’auteur :

1°. Que le lait des femmes, celui d’ânesse, de chèvre et de vache ramènent au bleu le papier rouge de tournesol ; qu’ainsi le lait n’est pas acide , comme on le dit généralement dans les traités de physiologie et de chimie ;

20. Que les globules du lait ne sont pas dus, comme on le disait jusqu’ici, en partie au beurre et en partie au caséum ; qu’ils sont tous fournis par la matière grasse, comme le démontre leur solubilité dans l’éther.

Ainsi les études microscopiques ne peuvent plus être considérées comme un objet de simple curiosité; elles ont désoi’mais une véritable importance, et si elles sont toujours conduites avec l’esprit de sagesse qui brille dans le Mémoire dont il s’agit et dans d’autres de M. le docteur Donné , elles sont appelées à rendre de grands services à la médecine et à éclairer beaucoup de points jusqu’à présent obscurs.

Paris, le ro novembre 1837.

OKYlLk, P re'sident, MOREAU, YELPEAU, BARON , BLANDIN , LOUIS , Rapporteur.

Pour copie conforrne :

Le Secrétaire général de V Administration des hospices , Signé THUNOT.

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