‹ Cours de microscopie complémentaire des études médicales. Anatomie microscopique et physiologique des fluides de l'économieChapitre 90 sur 123 · LAIT . — NOURRICES · texte numérisé non relu

LAIT . — NOURRICES

que d’intérêt ni au peu d’importance de cette question; il n’en est peut-être pas qui touche à un plus haut degré la santé publique, le bonheur et la sécurité des familles, ni qui se présente plus souvent à résoudre; et je ne crains pas de le répéter, ce que nous savons à cet égard , tout ce qui a été dit et écrit du lait, sous le point de vue de ses qualités relativement à l’alimentation des enfants, est absolument nul ou sans fondement; personne assurément ne s’en laisse sérieusement imposer par la couleur, la consistance, ni même par la saveur du lait; rien n’est plus vague que de tels caractères; il est impossible d’y attacher une valeur réelle; et, comme ils ne reposent sur rien de positif, chacun peut les interpréter à son gré ; aussi l’attention des médecins se porte-t-elle bien plutôt sur la santé générale des nourrices que sur les propriétés de leur lait, et l’examen de ce liquide ne se fait-il véritablement que pour la forme, quand il se fait.

Sans doute la santé générale est une condition indispensable et dont on doit tenir compte avant tout dans le choix d’une nourrice; mais cette condition est loin d’être la seule à considérer, et l’on sait très-bien que la plus belle santé ne garantit pas toujours les bonnes qualités d’une nourrice et les. propriétés nutritives de son lait; la sécrétion lactée peut être insuffisante ou altérée chez une femme parfaitement portante d’ailleurs; ne voit-on pas tous les jours telle femme assez cliétiVe être meilleure nourrice que telle autre d’une plus belle apparence, et n’est-on pas souvent trompé par l’extérieur sur l’étal de la constitu-

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lion ? il est évident que les organes chargés d’accomplir la fonction que nous considérons ici, sont pour ainsi dire placés trop en dehors de l’économie générale pour que l’on puisse juger les qualités du produit de la sécrétion par l’intégrité des autres organes et par la régularité des autres fonctions. C’est donc dans le lait lui-même qu’il faut chercher les caractères de ses bonnes et mauvaises qualités, et tant que l’on n’aura pas les moyens de reconnaître ses propriétés et sa nature bonne ou mauvaise relativement à l’alimentation , la pratique sera dépourvue de règle, le choix des nourrices se fera d’une manière empirique, et la détermination des mères qui voudront allaiter dépendra plus souvent du hasard ou du caprice , que de la raison et de l’intérêt de leurs enfants.

Des médecins ont pourtant entrepris de poser des règles; plusieurs ont écrit des traités spéciaux sur cette matière; leurs conseils ne sont pas à dédaigner; mais ils ne reposent pas sur des caractères précis, pris dans le lait lui-même. Tout se réduit à peu près à ce que dit M. deBlainvilleà ce sujet : « On préfère, toutes choses égales d’ailleurs, les nourrices d’une constitution bilioso-sanguine à celles d’un tempérament lymphatique : le lait des premières paraît avoir eu général plus de consistance et être plus nourrissant que celui de ces dernières; mais c’est là tout ce que nous savons à cet égard »

On avouera que c’est peu de chose et l’on conviendra volontiers de l’importance qu’auraient des moyens

* Cours de Physiologie, t, III, pag. 9.45, Paris, i833.

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propres à caractériser le bon et le mauvais lait, et surtout des moyens pris dans le lait lui-même, d’une application facile et pratique ; mais toute la question est dans la difficulté de ces procédés , dans la possibilité d’appliquer à une substance réputée si changeante et si variable que le lait, et en particulier celui des femmes , des moyens d’appréciation exacte et sûre.

Nous concevons que l’on se soit pour ainsi dire laissé décourager par cette excessive mobilité que l’on a remarquée dans les propriétés extérieures et même dans les proportions des éléments du lait de femme, et par cette infinité de causes venant sans cesse modifier une substance soumise à toutes les impressions morales et physiques ; désespérant de pouwir tenir compte de tant d’influences passagères et dont un grand nombre sont inappréciables, on a peut-être renoncé trop facilement à l’étude de cette question et à la recherche de procédés propres à la résoudre : « Il n’est peut-être pas d’espèces de lait , disent Parmentier et Deyeux dans leur intéressant Mémoire % dont les propriétés varient autant que celles du lait de femme. A chaque instant du jour, ce fluide change d’état et les changements qu’il éprouve sont quelquefois si marqués, qu’ils étonnent les observateurs les plus exercés. Combien de fois ne nous est-il pas arrivé de trouver des différences dans nos résultats, malgré l’attention que nous avions d’opérer en même temps sur deux

^Précis d’expériences et d’observations sur les différentes espèces de Lait, Strasbourg, 1799, in-8".

"“Ce changement tient à des circonstances faciles à apprécier aujourd’hui.

quantités de lait fourni par une même femme, mais à

deux époques de la journée! »

Berzélius porte un jugement analogue; les données que nous possédons sur ce lait sont, suivant lui, trèscontradictoires; aussi n’en dit-il que peu de chose dans son ouvrage.

Il n’est pas étonnant qu’une semblable Opinion, énoncée par de savants chimistes, ait fait considérer la question dont il s’agit comme à peu près insoluble; les médecins surtout s’en sont rapportés au travail de Parmentier et Deyeux, sans se livrer à de nouvelles expériences. Nous n’aurions pas nous-même entrepris une pareille tâche , si nous n’avions pas pensé que la plus grande difficulté tenait surtout aux moyens mis en usage et aux méthodes jusqu’à présent employées dans l’examen du lait relativement à ses qualités; est-ce en effet à l’analyse chimique ordinaire que l’on doit avoir recours pour distinguer la bonne ou la mauvaise nature du lait? nous ne le pensons pas, par dejix raisons principales : la première c’est que l’analyse ordinaire ne s’attachant qu’à déterminer les proportions relatives des éléments constituants du lait, et à étudier leurs propriétés comme produits chimiques, ne fait que toucher un des points , et le moins important sans doute de la question , celui qui est relatif à la plus ou moins grande quantité de principes nutritifs contenus dans le lait, à ce que l’on peut appeler son plus ou moins de richesse. Il importe il est vrai de savoir quelles proportions relatives ou absolues un lait contient de caséum, de beurre et de petit-lait; mais ces proportions n’indiquent pas rigoureusement les qualités de

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ce fluide relativement à l’alimentation de l’enfant; certaines propriétés délétères du lait résident probablement dans d’autres éléments ou dans des dispositions organiques qui échappent à l’analyse chimique.

La seconde raison de l’insuffisance des méthodes employées jusqu’à présent, c’est quelles sont impraticables dans l’usage ordinaire; c’est que, fût-on arrivé par l’analyse chimique à pouvoir déterminer les qualités nutritives du lait, cette découverte serait comme non avenue appliquée au lait des nourrices , soit par la difficulté de faire une semblable analyse sur les petites quantités de liquide que l’on peut ordinairement se procurer, soit par l’impossibilité de faire usage de ce procédé tous les jours , à chaque instant , aussi souvent que le besoin l’exige; de telles méthodes ne sont donc nullement pratiques et ne peuvent devenir usuelles.

Dans l’étude du lait à laquelle je me suis livré, je n’ai pas renoncé à l’emploi de quelques moyens chimiques très-simples et de certains réactifs dont l’action m’a paru remarquable; mais c’est surtout à l’aide du microscope qu’en observant le lait pendant longtemps et dans toutes les circonstances où on peut le rencontrer, je suis arrivé à la détermination de caractères propres à éclairer sur ses propriétés essentielles et intimes.

Je crois en effet être parvenu par ce mode d’observation, combiné avec l’action de quelques réactifs, à des résultats plus positifs que tous ceux obtenus jusqu’à présent , et même assez satisfaisants pour me permettre de les présenter avec confiance aux praticiens et au public; c’est au reste ce que l’on va juger par l’exposé des observations suivantes.

J’ai eu particulièrement pour but, dans ce travail, l’étude du lait considéré sous le rapport de l’alimentation des enfants, et par conséquent le lait de la femme; je n’ai pas négligé celui de quelques animaux dont l’usage est généralement répandu, comme le lait de vache, le lait d’ânesse et le lait de chèvre ; mais c’est surtout dans la vue de compléter mes recherches sur celui des nourrices, que j’ai fait des expériences comparatives; il en est résulté , comme on le verra , la confirmation de quelques faits importants pour la question dont il s’agit.

PREMIER GENRE d’aLTÉRATION DU LAIT; ÉTAT MUQUEUX;

PERSISTANCE DE CE FLUIDE A l’ÉTAT DE COLOSTRUM.

Tant que je me suis' borné à observer le lait dans ses conditions normales , je n’ai rien trouvé de remarquable , et mon attention n’était pas frappée de certains caractères , de certaines différences qui plus tard acquirent à mes yeux une grande importance. Je désespérais presque d’arriver à quelque chose de positif par ce moyen, lorsqu’il me vint à l’idée que , loin de prendre le lait dans les conditions normales et chez les femmes saines, il fallait, pour saisir des nuances tranchées dans la composition de ce fluide , l’examiner d’abord dans son état d’imperfection et dans les diverses maladies que peuvent présenter les nourrices; les principales modifications une fois saisies et Bien constatées me serviraient ensuite à reconnaître des altérations moins caractérisées et des nuances plus délicates; le sujet si difficile et si obscur que j’avais entrepris ne tai’da pas à s’éclaircir du moment où je commençai à le considérer de ce point de vue.

Maintenant que les caractères du colostrum et du véritable lait nous sont bien connus, on comprendra le parti que l’on peut tirer de cette étude et de l’observation microscopique, quand nous dirons que certains laits conservent leurs propriétés primitives, que les éléments du colostrum persistent au delà du terme habituel, en un mot, que le lait peut rester à l’état de colostrum , non-seulement au delà de l’époque ordinaire , mais pendant plusieurs mois et jusqu’à la fin de l’allaitement. Cette imperfection du lait, si je puis dire ainsi, n’existe pas toujours au même point ; mais, quel que soit le degré de ce genre d’altération , il n’ôle pas au lait ses propriétés physiques ordinaires ; le lait se présente avec sa blancheur, sa consistance, son aspect accoutumé; et ce qui le prouve, c’est qu’aucun lait de femme n’est complètement débarrassé des éléments du colostrum cinq ou six jours- après l’accouchement , et l’on sait bien qu’à cette époque ce liquide n’offre point , à la première vue, de caractère particulier; dès le cinquième jour, il paraît, dans la plupart des cas, avoir acquis la composition normale ; il n’y a donc pas moyen de reconnaître l’altération que je signale par un examen superficiel : il faut l’emploi du microscope pour la vérifier. C’est par ce procédé que j’ai trouvé , je le répète , des laits parfaitement bons, en apparence , chez des nourrices très-saines et bien portantes, offrant ce mélange des éléments du colostrum longtemps après qu’il ne devait plus en exister de trace. Je pourrais citer un bon nombre d’exemples de ce genre d’altération à un degré plus ou moins prononcé; certains laits restent impurs pendant des mois entiers, et ne se débar-

Fassent des éléments du colostrum à aucune époque de l’allaitement; en rapprochant ces observations de l’examen des nourrissons, on trouve très-souvent ceuxci dans un état chétif, comme s’ils ne recevaient qu’une nourriture insuffisante ou malsaine. Pour le moment je vais me contenter de rapporter un des faits les plus tranchés de cette nature que j’ai eu l’occasion d’observer; connaissant la marche ordinaire et régulière, on aura les deux extrêmes en bien et en mal, et l’on sera à même de bien apprécier les nuances intermédiaires.

Une jeune femme vint accoucher d’un second enfant à la clinique de la Faculté le a3 juillet 1 836; cette femme, couchée au n° i6, jouit d’une bonne santé apparente; le i®*" août, les seins sont volumineux , le lait abondant coule facilement ; ce liquide a tout à fait l’aspect extérieur d’un lait de bonne nature ; néanmoins , en l’examinant attentivement, il paraît un peu visqueux; l’enfant est dans le meilleur état possible et parfaitement constitué, mais il refuse souvent de téter sans raison appréciable.

Observé au microscope , ce lait présente une quantité de masses agglomérées plus considérable que l’on n’en trouve ordinairement huit jours après l’accouchement ; les globules laiteux sont en outre peu nets et mal circonscrits ; il y a comme une poussière de très-petits globules qui rend l’aspect confus; on voit aussi un bon nombre des corps granuleux que j’ai décrits plus haut; ce lait se prend en masse glaireuse et filante quand on le traite par l’ammoniaque. Il est d’ailleurs alcalin.

Je ne manquai pas d’examiner ce lait tous les deux ou trois jours, à différentes heures , et il présenta tou»

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jours le même état; loin de s’améliorer, de s’épurer, les globules parurent de plus en plus liés entre eux par une substance visqueuse , et mêlés d’un grand nombre de corps granuleux ; ceux-ci se présentaient souvent par douzaine dans le champ du microscope ; traité par l’ammoniaque , ce lait ne manqua jamais de se prendre entièrement en masse comme de l’albumine ; il y eut toujours une grande disproportion dans la dimension des globules, quelques-uns étant très-gros et la plupart des autres d’une extrême petitesse; du reste, il ne cessa pas de ramener au bleu le papier rouge de tournesol. Sa couleur était d’un beau blanc mat, sa consistance ordiname, et il eût été impossible de trouver aucune différence à l’extérieur entre ce lait et celui des meilleures nourrices.

L’enfant ne prenait pas le sein volontiers; la mère m’assura que, malgré l’abondance de son lait , il ne paraissait pas suffire à la nourriture de son enfant.

Je fus tellement frappé de la composition de ce lait , de ce mélange des globules laiteux avec des éléments étrangers, de cette espèce de persistance à l’état de colostrum plus de vingt jours après l’accouchement , que je suivis attentivement cette observation jusqu’à la fin.

Le I O août, dix-huit jours après l’accouchement, l’enfant avait été pris de diarrhée; le lait ne changea pas de caractère, et douze jours plus tard l’enfant ayant sensiblement dépéri, mourut subitement.

Je ne me permets pas d’établir un rapprochement forcé entre l’état du lait que j’ai signalé et la mort de l’enfant , et je ne puis affirmer que le second

fait soit la conséquence nécessaire du premier; j’ai voulu seulement rapporter un exemple tranché d’un genre d’altération du lait tenant à la persistance des éléments du colostrum dans ce fluide , et cette observation me semble mériter une sérieuse attention ; il n’est peut-être pas indifférent de faire savoir que la femme dont nous venons de parler n’avait pas élevé non plus son premier enfant, qu’elle avait également nourri ; celui-ci était mort à cinq mois \

Voyons maintenant si nous trouverons dans le lait des animaux des altérations du même genre.

Je dois à la complaisance de M. Damoiseau d’avoir pu examiner le lait des ânesses et des chèvres qu’il nourrit dans son bel établissement de la rue Pigalle, à toutes les époques et dans les circonstances qui m’ont paru intéressantes pour la question dont je m’occupe.

Les deux exemples suivants suffiront pour montrer l’état dans lequel se trouve le lait chez les ânesses et chez les chèvres pendant qu’elles sont pleines, après avoir mis bas, et jusqu’à ce que le lait ait acquis ses propriétés et sa composition normales; nous trouverons une grande analogie entrç cette marche et celle que suit le lait chez les femmes, si ce n’est toutefois

' Depuis l’époque où je décrivais pour la première fois l’état du lait dans lequel persisten.t les éléments du colostrum , cette altération est une de celles que j’ai eu le plus souvent occasion de renconti’er ; je possède un grand nombre d’observations dans lesquelles l’influence délétère d’un semblable lait sur les enfants est évidente, et plusieurs médecins distingués de Paris ont été témoins avec moi du changement qu’opère en pareil cas , le lait pur d’une bonne nourrice; je puis dire que c’est maintenant un fait entré dans la pratique des médecins qui se tiennent au courant de la science.

que les corps granuleux particuliers au colostrum humain sont beaucoup plus rares chez les animaux.

LAIT d’une ANESSE PLEINE DE DOUZE MOIS ET PRÈS DE METTRE BAS.

Ce lait a l’aspect d’une espèce de sérosité blanchâtre , ne contenant que quelques globules très-rares ; on dirait de l’eau dans laquelle on aurait mis une petite quantité de lait; cette liqueur, traitée par l’ammoniaque, n’acquiert pas de viscosité.

Deux jours après, cette ânesse ayant mis bas, son lait est recueilli de suite avant que le petit ait tété ; il est séreux et jaunâtre; le nombre des globules s’est acfcru , mais ils sont encore très-rares , mal formés et réunis en petites masses agglomérées comme dans la

Dès le lendemain, après avoir laissé téter le petit, ce lait est déjà d’un beau blanc bleuâtre, d’une bonne consistance, et contient de nombreux globules beaucoup mieux formés que la veille ; mais la plupart sont agglomérés et entremêlés de quelques corps granuleux; l’ammoniaque n’a pas d’action sensible sur ce fluide 79).

Au bout de quinze jours, ce lait a pris la plupart de ses qualités normales : il est d’un beau blanc, il n’a pas beaucoup de consistance et n’est pas très-riche en globules; mais ceux-ci sont réguliers et quelques-uns seulement sont agglomérés.

LAIT d’une chèvre PLEINE DE QUATRE MOIS.

Ce lait est séreux, jaunâtre et présente des petites masses de globules agglomérés; ces globules sont d’une

forme irrégulière et très-disproportionnés entre eux

pour la grosseur {^jîg. 8o).

Un mois plus tard, même aspect et même couleur; quelques globules commencent à se détacher, à circuler librement; leur forme est plus régulière, et leur grosseur mieux proportionnée.

Quinze jours après, cette chèvre mit bas , et j’observai son lait immédiatement; il présentait déjà de nombreux globules agglomérés plus gros quà l’état normal, mais assez réguliers; ce fluide était encore séreux,

Ije lendemain , le petit ayant tété , le lait est d’un beau blanc mat, d’une bonne consistance; les globules se détachent les uns des autres et deviennent réguliers; les jours suivants, ils diminuent de grosseur, ils sont mieux proportionnés entre eux, bien circonscrits; les agglomérations deviennent de plus en plus rares; et enfin, au bout d’un mois environ, le lait de cette chèvre présente son caractère normal tel que dans la {fig.&ty

Le lait suit donc la même marche , il passe par les mêmes modifications chez ces animaux et chez la femme; la différence entre le lait primitif et le lait normal est à la vérité moins grande chez eux que dans l’espèce humaine; il ne paraît pas exister un fluide particulier, un véritable colostrum tout à fait différent du lait arrivé à son état de perfection; mais enfin nous voyons d’abord un liquide séreux ne contenant que quelques globules, mal formés, irréguliers, agglomérés par une matière muqueuse dont ils ne se débarrassent que peu à peu dans l’espace de vingt jours à un mois; le lait prend bientôt sa belle couleur blanche, sa consistance

normale; les globules deviennent nombreux, réguliers, indépendants les uns des autres et nettement circonscrits; lorsqu’il y a des corps granuleux, ils disparaissent également au bout de quelques jours.

J’ai voulu voir si des circonstances accidentelles étaient capables d’altérer le lait et de lui rendre pour ainsi dire ses caractères primitifs ; pour cela j’ai fait sur des ânesses et sur des chèvres des expériences auxquelles il n’était pas possible de soumettre des femmes.

M. Damoiseau a bien voulu laisser engorger les mamelles d’une chèvre en cessant de la traire pendant un certain temps et en ne permettant pas au petit de téter; au bout de seize heures de ce sevrage , le lait du trayon droit présentait déjà des globules réunis en masses agglomérées et confuses; mais le cinquième jour, il y avait dans le lait du trayon gauche une telle confusion parmi les globules, ils étaient pour ainsi dire tellement amalgamés ensemble, que l’on pouvait à peine les distinguer.

Une ânesse fut soumise à la même expérience et présenta les résultats suivants :

Trayon droit : au bout de douze heures de sevrage, les globules sont d’une bonne grosseur, d’une forme régulière bien proportionnée, et l’on ne voit pas un nombre considérable de très- petits globules; il y a quelques agglomérations assez rares.

Trayon gauche : au bout de quatre jours de sevrage, la mamelle est engorgée, les globules sont pour la plupart réunis en masses agglomérées et compactes, leurs contours sont irréguliers et il y a une si grande

quantité de très-petits globules, qu’ils forment comme une poussière dont la transparence du liquide est troublée(/^. 82).

Ces quatre espèces de lait ne présentaient d’ailleurs aucune différence appréciable dans leurs caractères extérieurs.

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