LAIT PURULENT CHEZ LES ANIMAUX. — CO COTE
11 était intéressant de voir si les animaux me présenteraient quelques cas semblables; le zèle de M. Da-
* Depuis la composition de ce Mémoire, M. le professeur P. Dubois m’a cité des faits recueillis par lui-même, et qui viennent trop fortement à l’appui de mes propres observations pour que je né-r gligede les rapporter ici. Ces faits sont bien propres à détourner, ainsi que je le recommande , de l’usage trop généralement adopté de faire téter aux enfants les seins de leurs nourrices qui deviennent lé siège d’un travail inflammatoire et phlegmoneux.
Sans avoir cherché à déterminer la nature des altérations du lait sécrété dans ce cas, M. Dubois a constaté les effets délétères produits par une telle nourriture sur l’enfant. C’est ainsi que , dans un bon nombre de cas , il a vu survenir des érysipèles et des abcès gangréneux particulièrement au scrotum , et déterminer promptement la mort. Aussi a-t-il cru devoir depuis lors faire renojicer à l’allaitement lès femmes dont les seins s’engorgent et deviennent le siège d’abcès.
En faisant connaître les altérations dont le lait est susceptible, le mélange du pus avec ce fluide, etc., mes recherches ne laisseront aucun doute sur lai conduite à tenir en pareille circonstance.
= Nous joignons à la fin de cet ouvrage, comme un document précieux sur l’épizootie appelée cocote, qui a attaqué les vaches
moiseau m’a procuré deux très-beaux exemples de laits purulents , ou du moins de laits altérés par une matière ayant la plus grande analogie avec le pus. Le premier fut celui d’une vache ayant la mamelle très-malade et très-engorgée depuis plus d’un mois; le lait fourni par les trayons postérieurs ne pouvait, à la seule vue, être méconnu' pour du lait extrêmement altéré; ce liquide ressemblait absolument au pus qui s’écoule de certains kystes où il est resté renfermé pendant longtemps; il se séparait, par le repos, en deux parties, l’une inférieure, composée de grumeaux jaunâtres, l’autre supérieure, séreuse, un peu trouble et visqueuse , et totalement dépourvue de crème ; examiné au microscope, ce liquide paraissait composé presque entièrement de globules purulents tout à fait analogues à ceux d’un phlegmon , insolubles dans l’éther et solubles dans une solution de soude caustique qui transformait en outre toute la substance en une masse visqueuse et filante ; le petit nombre' de globules laiteux mêlés à cette matière purulente conservait ses caractères habituels; cè liquide ramenait au bleu le papier rouge de tournesol.
J’étais curieux d’examiner le lait fourni par les trayons antérieurs de la même mamelle , que l’on m’assurait avoir conservé son aspect ordinaire et ses bonnes qualités, et que l’on continuait à débiter au public; à la simple vue , ce lait présentait quelques grumeaux ; il était d’ailleurs d’une bonne couleur et d’une bonne consistance ; mais observé au microscope , je le trou-
d’une partie de ta France en iSSg, le savant rapport de M. Chevreul ; ce rapport a été fait à l’occasion d’nne communication que nous avions présentée à l’Institut.
vai rempli de globules laiteux agglomérés et confondus, entremêlés de globules purulents; en traitant par l’éther, ceux-ci restèrent seuls en nombre considérable; ce lait était donc altéré , et cela n’empêchait pas qu’on ne le livrât aux consommateurs ; on n’en sera pas surpris, puisque ce lait conservait à peu près ses caractères extérieurs habituels. Mais que pensera-t-on quand on saura que le lait des trayons postérieurs, ce lait entièrement purulent dont j’ai parlé, dont l’altération profonde était si sensible à la première vue , que tout le monde, sans le secours du microscope, l’eût reconnu instantanément pour du pus, est lui-même mêlé avec le bon lait et se vend encore actuellement tous les jours au public*! Il paraît que pour les nourrisseurs, tout ce qui sort du pis des vaches est considéré comme du bon lait, quel que soit d’ailleurs l’état de l’animal. Je n’ai pas besoin de dire que ce fait est étranger à l’établissement de M. Damoiseau.
Une autre vache attaquée de la maladie si commune à Paris, et que les nourrisseurs désignent sous le nom de maladie pulmonaire ( phthisie ), fournissait un lait ne différant du lait ordinaire, à l’extérieur, que par quelques grumeaux suspendus dans sa masse ; au microscope on découvrait un bon nombre de globules purulents mêlés aux globules laiteux ; ceux-ci étaient presque tous agglomérés en masses confuses; la quantité des globules purulents était surtout appréciable après avoir dissous les globules laiteux par l’éther; les premiers restaient seuls sur la lame du microscope. Ce lait était neutre.
' Ceci est écrit en iSSq, à l’époque de l’épidémie de eocote.
ALTÉBATIONS Dü LAIT.